Daechespoir

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Critique de Mon ange, d’après Henry Naylor, vu le 19 octobre 2017 au Tristan Bernard
Avec Lina El Arabi, dans une mise en scène de Jérémie Lippmann

Présenté au Théâtre du Chêne Noir lors du Festival OFF 2017, je me souviens encore des affiches de Mon Ange placardées dans Avignon. Déjà, la présence de Lina El Arabi, ce mélange de résignation et de tristesse, m’avaient interloquée. Mais speed d’Avignon oblige, je n’ai évidemment pas pu tout voir, malgré les critiques engageantes qui encourageaient le spectacle. Je n’ai pas voulu manquer sa reprise parisienne.

Peut-être que si j’avais lu attentivement le pitch de la pièce, j’aurais douté. Ce genre de spectacle, je le sais, provoque en moi de désagréables échos d’événements encore trop récents pour être correctement cicatrisés. Pourtant notre traumatisme d’occidentaux privilégiés n’est en rien comparable au destin de Rehana, devenue malgré elle symbole de résistance lors du siège de Kobané, il y a quelques années.

L’horreur de la guerre, la sensation que tout peut prendre fin à n’importe quel instant, la fragilité de la vie et l’absurdité de la violence qui régnait alors sur la région, tout transparaît dans ce spectacle. Lina El Arabi a une présence indéniable et semble voir, devant ses yeux, les paysages ravagés par Daech. Malgré un texte parfois un peu verbeux, elle parvient à nous maintenir en haleine, terrorisés, plaqués au siège. Les choix scéniques de Jérémie Lippmann sont très esthétiques, tant sur ces décors d’arbres qui deviennent, à travers les jeux de lumière, successivement des cadavres puis les ombres des mitraillettes braquées sur la jeune femme, mais également sur son costume : Lina El Arabi est à la fois l’élégance et la grâce féminine, très belle dans cette longue robe noire qu’elle porte avec une certaine distinction, et l’Ange de la mort, terrible, implacable.

Je déteste l’utilisation des armes au théâtre. Dès qu’apparaît le moindre flingue sur la scène, mes doigts viennent boucher mes oreilles et mes yeux se ferment à demi. Je ne cherche pas à réfuter l’horreur, mais elle a tellement d’écho dans notre réalité que j’ai du mal encore à l’affronter en face. Connaissant mon peu d’attrait pour les sons pétaradants, la personne qui m’accompagnait m’a proposé de partir peut-être 10 minutes après le début du spectacle. Mais si le rôle du théâtre est de montrer, mon rôle de spectateur est de voir, d’entendre, de prendre conscience. Affronter une réalité que je m’efforce inconsciemment de nier, me montrer à la hauteur de celle qui, chaque soir, vit une vie de violence.

Une épreuve… nécessaire. ♥  

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