#OFF18 – Roberto Zucco

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Critique de Roberto Zucco, de Bernard-Marie Koltès, vu le 19 juillet 2018 à la Fabrik Théâtre
Avec Lola Blanchard, Axel Granberger, Akrem Hamdi, Rose Noël, Sixtine Païtard Gilardoni, Mélie Torrell, Jonathan Turnbull, Clyde Yeguete, dans une mise en scène de Rose Noël

Je n’avais pas prévu d’aller voir Roberto Zucco. Peut-être parce que, comme pour la parisienne que je suis il m’est parfois difficile de franchir le périph’, sortir des remparts est une épreuve pour la festivalière qui sommeille en moi. Mais c’est en sortant de Nos Rêves que, discutant avec l’un des spectateurs et nous rejoignant sur notre déception commune, nous avons élargi la conversation au Festival dans sa globalité. Il m’a alors parlé de ce Roberto Zucco et ce son comédien exceptionnel. Je ne connaissais ce festivalier ni d’Ève ni d’Adam. Je savais seulement que nous avions le même avis négatif sur un spectacle. Cela voudrait-il dire que nous nous rejoindrions sur une autre proposition artistique ? Le pari fut pris.

Lorsque la pièce s’ouvre, Roberto Zucco s’échappe de la prison dans laquelle il vient d’être enfermé pour avoir tué son père. Il rentre chez lui, tue sa mère, et, ne supportant pas l’enfermement, s’enfuit à travers la France. Au cours de son parcours, presque à la manière d’un voyage initiatique, il rencontrera de nombreuses personnalités qui, toutes, incarneront une manière spécifique de vivre, et surtout d’être libre. Ou prisonnier.

On ne peut pas dire que je sois une grande fan de Koltès. Mes rares rencontres avec lui aujourd’hui se résument à une mauvaise mise en scène du Retour au désert et d’une, bien meilleure, de La solitude des champs de coton, mais ce sont chaque fois des textes qui m’ont paru bien loin de moi. Je ne m’attendais donc pas à être happée comme je l’ai été. Ne connaissant pas Roberto Zucco je ne suis pas en mesure de dire si le texte a été adapté de quelque manière que ce soit. Je peux simplement dire qu’il m’a embarquée avec lui dès la première scène pour ne plus me lâcher.

Il y a d’abord une mise en scène brillante que l’on doit à Rose Noël, qui incarne aussi un rôle dans le spectacle. Elle commence comme une claque et ne s’affaiblit pas, se déroulant crescendo jusqu’à une fin d’une beauté symbolique à couper le souffle. La mise en scène bifrontale permet d’engager tous les spectateurs, qui s’attendent presque à devenir otages de Roberto Zucco entre deux scènes. Mais c’est peut-être le choix des corps et les rapports qu’ils induisent qui fait la grandeur de ce spectacle : Rose Noël a misé sur sa troupe plutôt que sur des trucs de mise en scène artificiels. La mise en scène est sobre mais tout y fait sens.

Mais il y a aussi, et surtout, cet acteur incroyable qui incarne Roberto Zucco. Axel Granberger. On ne voit que lui même si à aucun moment il ne cabotine. Il n’est même pas si présent que ça, mais a le don, absent, de se faire chercher. Il a quelque chose du Peter Pan originel, celui qui tue les enfants perdus qui grandissent, ce Roberto Zucco. Il est fascinant. Par son regard, souvent enfantin, parfois sauvage. Par son corps, qui peut briser sa mère mais qu’on imagine sans difficulté s’envoler d’un coup de vent. Par sa diction, car si son accent étranger accentue la particularité du personnage, il a une manière de dire, de crier, de murmurer, qui tend à l’universalisme. Ou peut-être sont-ce les mots de Koltès qui sonnent si vrais dans sa bouche ?

Un metteur en scène, un comédien, mais surtout un Collectif 13 à suivre.  ♥ ♥

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