#OFF21 – Un démocrate

Critique de Un démocrate (en duo), de Julie Timmerman, vu le 17 juillet au Théâtre de la Condition des Soies
Avec Mathieu Desfemmes et Julies Timmerman, dans une mise en scène de Julie Timmerman

J’ai découvert le spectacle dans la micro-sélection avignonnaise de Pas une critique et je ne sais pas trop pourquoi je l’ai tout de suite retenu dans ma propre liste. Peut-être pour son titre, on ne peut plus d’actualité, ou pour son autrice et metteuse en scène, qui avait déjà retenu mon attention pour son Bananas (and Kings) que j’avais raté à La Reine Blanche la saison dernière. Lire le résumé a fini de me convaincre et j’ai donc pris mon billet pour découvrir son travail dans cette version raccourcie de Un Démocrate.

Un Démocrate nous raconte Edward Bernays : sa vie… et son oeuvre, si je puis m’exprimer ainsi. Edward Bernays est l’inventeur de la public relation, autrement dit l’homme qui nous pousse à consommer, celui qui crée notre besoin, celui qui sait avant nous ce qui sera à la mode demain. On y apprend, entre autres, comment faire de l’argent en manipulant les masses, comme par exemple les méthodes peu recommandables d’Eddie pour faire en sorte que les femmes fument en public en 1920 – afin de faire grossir les caisses de l’industrie du tabas.

J’aime le théâtre documentaire quand il est assumé. C’est le cas de ce Démocrate. Le message n’est pas caché dans une fiction, on nous le délivre sans fioriture, il est franc et sûr. Alors évidemment, on est au théâtre, donc il est incarné : nos deux comédiens endossent successivement le costume de ce cher Eddie, ils apostrophent le public, ils arrivent à nous faire rire de l’horreur qu’ils nous présentent. C’est un théâtre éminemment politique mais qui reste accessible avec des exemples parlants – et peut-être d’autant plus intéressant que les faits sont suffisamment anciens pour qu’on ait un véritable recul sur la genèse, le déroulé et la conclusion de chaque bataille menée par Bernays.

Au-delà de l’histoire d’Edward Bernays, en filigrane, un aparté dystopique nous montre un futur possible, comme un clin d’oeil à l’une des visions de notre maître es propagande lorsqu’il déclare « Les données seront la nouvelle richesse ». La manipulation des masses s’appuie sur une surveillance constante quelque part entre Big Brother et les Sims, dans laquelle les leaders ont tellement d’information sur le peuple qu’ils peuvent exercer un contrôle total sur leurs agissements. J’ai adoré cette proposition, que j’ai trouvée parfaitement intégrée et qui permettait de mieux associer le spectateur au spectacle.

Ravie – et effrayée – d’avoir fait la connaissance de cet Edward Bernays. ♥ ♥ ♥

© Roland Baduel

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