#OFF21 – Pères

Critique de Pères, de Elise Chatauret et Thomas Pondevie, vus le 18 juillet à la Manufacture (17h45)
Avec Laurent Barbot et Iannis Haillet, dans une mise en scène de Elise Chatauret et Thomas Pondevie

Cette année, j’ai un peu boudé La Manufacture. Elle fait pourtant partie des théâtres dont je scrute systématiquement la programmation. Plusieurs pièces ont retenu mon attention, mais je n’ai d’abord eu le déclic pour aucune. Elles étaient dans ma liste, elles ne devaient pas en bouger. Père fait partie de ces pièces-là. C’est un sujet qui m’intéresse mais je n’arrivais pas à me décider, peut-être parce que c’est un sujet sensible ou que j’avais trop peur de la caricature. C’est finalement sur le conseil de Lucie Martin, qui certes défend le spectacle mais connait surtout mes goûts en matière de spectacle vivant, que j’ai sauté le pas. Sans regret.

Comme l’annonce le titre, Pères est une enquête sur les paternité d’aujourd’hui. Une vraie enquête : les deux auteurs, Elise Chatauret et Thomas Pondevie, sont allés sur le terrain interroger des quidam sur leur histoire de famille, sur leur rapport avec leur père, sur leur manière d’être père eux-même. Les témoignages qu’ils ont récoltés nous sont transmis directement par l’intermédiaire des deux comédiens. Des témoignages attendus, quelques clichés assez merveilleux de misogynie intégrée, d’autres qui témoignent d’une évolution dans les moeurs et prône une nouvelle forme de paternité et même de parentalité.

Là, comme ça, j’imagine qu’on pourrait se représenter le spectacle comme quelque chose de mou, d’ennuyeux. Pas du tout. C’est tout le contraire. C’est du théâtre documentaire qui avance grâce à un dispositif scénique qui évolue en permanence. C’est très inventif : avec seulement deux tables d’écoliers, un tableau blanc et des autocollants, on va de surprise en surprise. J’adore ce style de théâtre qui construit beaucoup de chose à partir de rien. Quand ils ouvrent les tiroirs, ce sont des cavernes d’Ali Baba – on n’a qu’une envie, c’est qu’ils en ouvrent de nouveaux.

C’est vraiment très bien fait. On sent la complicité des comédiens, leur investissement dans ce sujet qui peut être touchy. Il n’y a pas de jugement. On sort l’autocollant du patriarcat comme celui de papa poule, on pose des faits, on constate, et c’est davantage dans le public que les réactions se font sentir. Ce n’est pas moralisateur, c’est juste intelligent. Et ça pose les bonnes questions au bon moment. Ce que je trouve génial, c’est que j’ai appris que c’était du théâtre d’appartement : la pièce peut se jouer chez vous. Un format à l’image du spectacle : ouvert, populaire, intelligent.

Ravie d’avoir mis un pied dans l’univers de Elise Chatauret. J’y sauterai à pieds joints la prochaine fois. ♥ ♥ ♥

© Christophe Raynaud de Lage

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