On n’en sort pas red dingue

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Critique de Rouge, de John Logan, vu le 18 septembre 2019 au Théâtre Montparnasse
Avec Niels Arestrup et Alexis Moncorgé, dans une mise en scène de Jérémie Lippmann

Je suis un peu un mouton. Quand je vois Niels Arestrup sur une affiche, j’oublie mes déceptions passées. J’oublie que la pièce est américaine, j’oublie le prix de la place, j’oublie que le metteur en scène m’a rarement convaincue, j’oublie que les choix artistiques récents de Niels Arestrup divergent des miens, j’oublie que le sujet me paraît si peu dramatique, j’oublie que la pièce n’a que deux personnages, j’oublie la difficulté à rendre une conversation de ce genre intéressante. J’oublie tout. Le rappel est d’autant plus rude.

Un jeune homme débarque dans l’atelier de Marc Rotkho un matin pour devenir son employé. Les règles imposées par le peintre sont claires : il ne sera ni son apprenti, ni son ami, mais bien son aide à tout faire, il doit accepter de satisfaire toutes ses demandes, même ses caprices. Le jeune homme accepte.La présence de ce nouvel individu dans son atelier perturbera les habitudes misanthropes du vieux peintre et un lien finira par se nouer. Pas toujours aimable, pas toujours bienveillant, mais un lien quand même.

Lorsqu’une pièce ne fonctionne pas, lorsqu’on a du mal à accrocher, lorsqu’on se met à observer le moindre détail du plafond du théâtre – témoin ma grande expérience ! – notre manque d’implication est souvent imputable au texte. Et ici, malgré les 6 tony awards affichés en gloire sur l’affiche du spectacle – un prix américain, on aurait dû se méfier ! – je dois dire que la pièce m’est apparue sans grand intérêt.

Je n’ai pas du tout été emballée par cette histoire. Si elle traite de l’évolution dans la relation entre les deux hommes, c’est plutôt raté : elle n’est pas linéaire, donc pas réellement interprétée puisque c’est dans les noirs elliptiques que passent toute l’ambiguité de leur rapprochement. Or même les noirs sont ratés : ils sont longs sans être incarnés, et semblent décorrélés de la pièce, comme s’ils avaient été pensés à part. Ainsi, à chaque noir, on sort totalement du spectacle – ce qui n’aide pas à y rentrer. Ou y entrer, c’est selon.

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Le résultat n’est pas beaucoup mieux si elle cherchait mettre en perspective l’acte artistique : les grandes phrases assénées par Rothko – « dans chaque coup de pinceau, il y a une tragédie » ou « la tragédie, c’est de devenir inutile de son vivant » – sont risibles tant elles font dans le cliché. Et puis de temps à autres, avec de grosses ficelles pour bien comprendre qu’on change de sujet vers un « il faut tuer le père » pas très subtil, les deux personnages se mettent à évoquer la mort des parents du jeune homme, qui n’aura pas vraiment d’impact sur l’histoire mais qui revient quand même à plusieurs reprises. Etrange.

Il faut dire aussi que la mise en scène n’aide vraiment au schmilblick. Certes, les lumières sont belles et font habilement échos au sujet de la pièce. Certes, le décor est somptueux – mais comment rater un atelier d’artiste quand on en a les moyens ? Si le décor semble vivre, la matière, elle, ne bouge pas : les acteurs sont souvent très statiques, se contentant d’allers-retours entre les toiles et le bord de scène, les musiques qui accompagnent les scènes m’ont semblé hors-propos, les échanges manquent de vie. C’est peut-être la scène, muette, où les deux personnages peignent ensemble qui m’a semblé la plus réussie. Et puis mince, mais c’est triste de voir pareil plateau occupé par seulement deux comédiens. Quand on voit en plus que le spectacle de première partie de soirée est un seul en scène – de Stéphane Bern, sans commentaire – on en vient un peu à déplorer les choix de Myriam de Colombi. D’autant que, vu le décor, on se doute que le spectacle tournera difficilement. Tout cela résonne à mon oreille comme un petit gâchis.

Néanmoins, aussi bougon que je sois, je dois reconnaître que Niels Arestrup reste le plus grand acteur que j’ai jamais vu. Je suis toujours aussi fascinée par la manière dont il devient son personnage sur scène – c’est très cliché d’écrire ça mais je ne vois pas comment l’exprimer autrement. On a vraiment l’impression qu’à tout moment il peut nous peindre un chef-d’oeuvre, que ses colères sont réelles, qu’il invente les mots au fil des conversations. Cette incarnation ne connaît pas d’égal sur la scène française et le voir reste un privilège dont je suis pleinement consciente. Face à ce monstre sacré, Alexis Moncorgé ne se démonte pas. Dans la première scène, où il est d’abord dos au public, muet, son attitude, quoique légèrement accentuée, est extrêmement parlante. Lorsqu’il se retourne, j’ai cru voir Linguini, ce personnage de Ratatouille tout timide et maladroit au début du film ; on retrouvait la même peur de mal faire, le même embarras. Dans l’évolution qui suit, on distingue deux moments : lorsqu’il tente l’émotion, pas vraiment convaincant, et lorsqu’il s’énerve. Alors il prend une réelle place sur le plateau et réussit à s’imposer face au maître devant lui, sans forcer. Et plutôt prometteur.

Dispensable, hélas. pouce-en-bas

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Le fil (et le plomb)

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Critique d’Un fil à la patte, de Georges Feydeau, vu le 8 juin 2018 au Théâtre Montparnasse
Avec Catherine Jacob, Jean-Pierre Michaël, Christelle Reboul / Noémie Elbaz, Marc Fayet, Adèle Bernier, Bernard Malaka, Patrick Chayriguès, Cédric Colas, et Stéphane Cottin, dans une mise en scène de Christophe Lidon

On arrive dans cette période de l’année où soudainement, comme par magie, mon agenda s’allège : la saison se termine doucement, pour laisser place à l’été et au temps des Festivals. Mais pas seulement ! Vient aussi le temps des spectacles de l’été, ceux qui raviront les touristes comme les passionnés en mal de théâtre. Et pour choisir ces pièces, le mot d’ordre est au rire : quoi de mieux alors qu’un bon Feydeau pour soulever les salles ?

Bois d’Enghien est embêté : lui qui était revenu chez sa maîtresse pour rompre, la voilà qui s’emballe à nouveau sur une possible histoire d’amour. Il faut dire que Lucette Gautier est folle de lui ! Comment lui annoncer alors son mariage avec Viviane Duverger le soir-même ? Qu’importe, l’homme est lâche, il ne lui annoncera pas tout de suite. Mais la vérité le rattrape puisque la Baronne Duverger, sa future belle-mère, décide d’inviter la divette Lucette Gautier à chanter pour animer le mariage… comment s’en sortir, alors que ni son amante, ni sa fiancée, ni sa belle-mère ne sont au courant de ses frasques ?

Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu cette impression : devant la mise en scène de Christophe Lidon, des flashs d’autres représentations me revenaient. Impossible en effet de me défaire de l’interprétation de José Paul dans la mise en scène d’Alain Sachs il y a presque 20 ans. J’ai dû la revoir une fois en DVD depuis, mais José Paul possédait tellement le personnage qu’il s’est gravé dans ma mémoire. Il faut dire aussi que Jean-Pierre Michaël, s’il a le physique parfait pour interpréter Bois d’Enghien, ne dispose absolument pas de l’aplomb comique qui sied au personnage. Manquant de rythme, il passe totalement à côté – ce qui est bien dommage pour un rôle principal.

D’autant plus regrettable qu’autour de lui, la troupe est d’un absolu dynamisme, rendant un bel hommage à la pièce de Feydeau. C’est Christelle Reboul qui interprétait Lucette Gautier le soir où je suis venue (elle est en alternance avec Noémie Elbaz) : si ma première rencontre avec la comédienne dans l’Amphitryon de Stéphanie Tesson était bien plate, la voilà transcendée par son rôle : piquante, légère – Lucette Gautier à souhait ! – sa composition est pleine de charme. Mais c’est Catherine Jacob que tout le monde semblait attendre : dans la salle, lors de son entrée en scène, l’enthousiasme se fait sentir. Il faut dire que sa Baronne Duverger est réussie ! Peut-être un poil cabotine – mais juste ce qu’il faut – elle étonne par sa folie aérienne et sa diction précise. Marc Fayet, que l’on avait déjà découvert dans un Bouzin raté dans la mise en scène d’Alain Sachs, se range cette fois-ci dans la lignée de la composition mythique de Robert Hirsch et propose un personnage toqué et parfaitement rythmé, lui permettant de retrouver son potentiel comique.

La mise en scène de Christophe Lidon est une grande réussite : l’entrée en matière nous met dans l’ambiance des folles nuits de cabarets qui accueillent la divette Lucette Gautier et les changements de décor se font toujours de façon très rythmée. J’ai particulièrement apprécié l’utilisation de la vidéo : le décor est comme complété par une projection en fond de scène, permettant de beaux trompe-l’oeil – par exemple, on voit un comédien arriver de très loin vers le portail puis entrer en scène, et il ne s’agit en réalité que d’un raccord parfaitement maîtrisé. Cela permet aussi le bon déroulement du troisième acte, qui nécessite bon nombre de figurants. J’ai trouvé le procédé à la fois très ingénieux, pas du tout tape à l’oeil et employé à sa juste mesure. Joli !

Un spectacle qui pourrait frôler l’excellence avec le changement de distribution adéquat ! ♥ ♥

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© J. Stey

La Vérité, Théâtre Montparnasse

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Critique de La Vérité de Florian Zeller, vu le 19 février 2011 au Montparnasse
Avec Pierre Arditi, Fanny Cottençon, Patrice Kerbrat, et Christiane Millet ; mis en scène par Patrice Kerbrat ]

« Oui, c’est vrai, il y a Arditi … »

Pour tout dire, Arditi, lorsqu’on l’a vu une fois (comme dans Faisons un rêve, qui était absolument génial), on connaît : c’est un excellent acteur, mais il joue toujours le même jeu, alors, évidemment, si le texte ne suit pas … et bien … on s’ennuie.

Et, évidemment, c’est facile à deviner, ici … Le texte est fade. Vide. Pour être gentille … « mignon ».

Il y a de l’idée, ça, je ne le rejette pas. Mais elle est très mal traitée …

Pour me justifier, voilà deux passages de la pièce (jugez-en par vous-même !) :

 » Tout ce que tu veux, mais pas la culpabilité. Je déteste ce sentiment.
– Tu détestes tous les sentiments.
– Moi ? Moi, je déteste tous les sentiments ?
– Oui.
– Je déteste tous les sentiments ?
– Oui. « 

Ou, encore … :

 » Et ça ne te manque pas ?
– Hein ?
– Ça ne te manque pas ?
– Si … Mais on ne peut pas faire autrement, Alice.
– Je ne vois pas pourquoi.
– Tu ne vois pas pourquoi ?
– Non.
– Tu ne vois pas pourquoi on ne peut pas faire autrement ?
– Non. « 

Trop répétitif.

Beaucoup, beaucoup trop répétitif.

Un peu trop répétitif à mon goût.

(Moi aussi, je pourrais remplir mes critiques à me répéter …)

Heureusement, tous les acteurs sont bons, et « sauvent », autant qu’ils le peuvent, le texte.

En fin de compte, ce n’est pas du grand Art … diti.