Il était une fois, Pommerat

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Critique de Cendrillon, de Joël Pommerat, vu le 1er juin 2017 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Alfredo Cañavate, Noémie Carcaud, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Nicolas Nore, Deborah Rouach, Marcella Carrara, Julien Desmet, dans une mise en scène de Joël Pommerat

Mon premier Pommerat. C’est toujours un moment spécial lorsqu’on découvre un auteur ou un metteur en scène dont on a entendu parler depuis longtemps. Je ne suis pas particulièrement adepte des spectacles pour enfant mais les critiques de ses adaptations de conte étaient telles que je me suis finalement décidée à prendre des places. Pour tout dire, j’étais quand même curieuse et impatiente face à cet artiste qui a su se faire une place totalement méritée dans le théâtre contemporain.

Cendrillon – j’allais dire : ce n’est pas mon Disney préféré. Je ne crois pas garder un quelconque souvenir du conte de Perrault – alors que par exemple Le Petit Chaperon Rouge ou Barbe Bleue resteront longtemps dans ma mémoire. Ici, l’adaptation reprend bien sûr la trame principale, celle d’une jeune fille qui perd sa mère durant son enfance et dont le père se remarie à une horrible femme qui a déjà deux filles, et qui, toutes ensembles, contribueront au malheur de Cendrillon. Heureusement, la chance finira par tourner puisque la maisonnée se retrouvera invitée à une fête organisée au château, lors duquel Cendrillon se fera repérer…

Mais ici, on est bien loin du cliché que Disney nous sert habituellement. Comme je l’attendais, Pommerat va plus loin, mettant plus en valeur l’orphelinité de Cendrillon et son combat à travers sa vie que la gloire simple (et finalement totalement injustifiée) du bien sur le mal. L’écriture de Pommerat est tout à fait particulière : parfois très cruelle, elle prend aux tripes et aborde frontalement les différents thèmes du conte. Sa mise en scène enrobe ses écrits de manière tout aussi étonnante : à travers des décors projetés sur les murs à grand renfort d’illusions d’optiques, et d’une musique jazzy, dans une ambiance toujours très sombre, Pommerat nous entraîne dans le flou artistique brumeux mais jamais confus de notre conscience de la vie, du rêve et de la réalité, où les contours ne sont jamais parfaitement définis. La touche Pommerat, c’est cette espèce d’âme hybride, indéfinissable, cette touche de poésie mêlée de réalisme qui fait de ce spectacle un ovni théâtral d’une perfection absolue.

Ici, pas de mièvrerie : Pommerat reprend le conte de manière plus rationnelle. Non, les jeunes filles ne pensent pas uniquement au prince charmant. En réalité, à l’âge où Cendrillon perd sa mère, on peut très bien supposer que c’est un événement traumatisant qui lui occupera l’esprit bien plus que la recherche de l’homme idéal, accentué par le fait qu’elle pense que sa mère lui a demandé de penser à elle le plus régulièrement possible pour l’éviter de « mourir vraiment ». Mourir vraiment. C’est empli de la naïveté et de l’imaginaire d’un enfant que de penser qu’on peut mourir « pas vraiment ». Et pourtant, c’est tellement vrai. Seules les grandes personnes penseront de manière rationnelle que les morts sont partis puisque leur cœur ne bat plus. L’idée qu’un proche puisse être encore là par la simple pensée est non seulement poétique, mais magique et pourtant concrète, puisqu’on fait réellement vivre nos morts en nous rappelant ce qu’ils ont été. C’est probablement tous ces moments un peu philosophique, oniriques et pourtant profonds qui font de ce spectacle un étonnement continu, et qui permettent au conte de nous donner à réfléchir profondément sur des questions toujours présentes mais jamais autant mises en valeur dans les histoires pour enfants.

Pour ce spectacle, les comédiens sont tout aussi inattendus – j’entends par-là que ce ne sont pas forcément des physiques que l’on voit couramment sur scène. Certains personnages sont joués par le même comédien – et je suis tellement entrée dans cet imaginaire que je n’y ai vu que du feu. A titre d’exemple, c’est Noémie Carcaud qui interprète l’une des fille de la marâtre et la fée, et ce n’est que lors des saluts que j’ai arrêté de chercher « l’autre comédienne ». La transformation est totale, et sa fille pimbêche se transforme en fée beaucoup trop cool qui se refuse à utiliser les moyens actuels à sa disposition mais préfère vivre dans un passé, certes plus poétique, mais également moins pratique. J’ai adoré ce personnage et notamment le duo qu’il forme avec Cendrillon, cette jeune fille aux accents belges lui donnant un côté un peu bourru et tellement attachant, rompant totalement avec un présent qu’elle fuit à tout prix. Mais il y a également la mère, dont les cris incessants soulignent un malheur évident dans ce corps qu’elle refuse de voir vieillir – Catherine Mestoussis transmet cette crise de la cinquantaine avec force énervements, si bien qu’on se retrouve à se demander qui d’elle ou de Cendrillon est la plus mûre. Il y a également un beau moment d’émotion qu’on doit à Caroline Donnelly, qui porte alors sa casquette de Prince, et qui entonne une chanson pour son père, le roi. La chanson est en anglais – la belle idée de l’avoir sous-titrée ! – l’air est envoûtant, les paroles, touchantes.

Une perfection en son genre. ♥ ♥ 

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Les femmes navrantes

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Critique des Femmes Savantes, de Molière, vues le 24 septembre 2016 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Evelyne Buyle, Philippe Duquesne, Julie-Marie Parmentier, Catherine Ferran, Benjamin Jungers, Chloé Berthier,René Turquois, Baptiste Roussillon, Chloé Lorphelin, Thomas Harel,Thomas Keller, Olivier Lugo, dans une mise en scène de Catherine Hiegel

Voilà quelque chose que je ne fais jamais, ou si rarement : partir avant la fin d’un spectacle. Je trouve cela irrespectueux envers le travail des comédiens, metteur en scène, techniciens lumières et autres costumiers qui ont passé tant de temps pour nous offrir cela. Mais devant un travail aussi bâclé, sans idée, sans but, je ne peux plus perdre mon temps qui se fait rare cette année. Je suis allée voir les Femmes Savantes de la grande Catherine Hiegel, et j’assiste à une représentation digne d’une fin de collège. Lorsqu’on ne trouve pas une nécessité dans un spectacle, mieux vaut ne pas le monter que d’ennuyer ainsi le public.

Je me souviens des Femmes Savantes d’Arnaud Denis, après lesquelles je m’étais dit qu’il serait difficile de faire mieux. Sa mise en scène, classique et brillante, était limpide et intelligente. Quel contraste avec ce que j’ai vu ce soir ! Avec 10 fois plus de moyen, Catherine Hiegel n’atteint pas le petit orteil de ce spectacle qui me laisse encore aujourd’hui un souvenir incroyable. Quel besoin de mettre tant d’argent dans des costumes – certes magnifiques – et dans un décor – tout aussi beau – si l’âme du spectacle est absente ? En est-on à un tel point qu’on privilégie la forme à la matière ? A quel moment est-on tombés si bas ?

40 secondes à peine que le spectacle a débuté et déjà je sens que quelque chose ne va pas. Les deux jeunes femmes qui s’affrontent sur la scène sonnent faux, mal, dépensent leur énergie en criant alors que le texte reste incompréhensible. On attendait mieux de Julie-Marie Parmentier, qui campe une Henriette bien fade. Mais je suis aussi là pour le duo Bacri et Jaoui, comme les 4/5e de la salle, alors je prends mon mal en patience. Je vois passer un Benjamin Jungers bien terne avant qu’entre enfin en scène Jean-Pierre Bacri. Ah, voilà un Chrysale de qualité, bien que par moments Bacri lui-même ne semble pas y croire. Mais lorsqu’entre face à lui Agnès Jaoui, ce qu’il avait commencé à construire s’effondre : où est la femme forte qu’est Philaminte ? Où est la terreur, l’agressivité, l’intelligence ? Je ne vois qu’insipidité et banalité. La voix mal posée, les répliques tombantes, le corps gênant, on se demande bien ce qu’Agnès Jaoui fait là.

Seule Evelyne Buyle semble dans son élément, en accord avec cette idée de Catherine Hiegel de faire des Femmes Savantes une pièce féministe : l’actrice, bien qu’interprétant Bélise, est d’une grande classe. Mais elle est bien la seule : à croire que Catherine Hiegel est partie d’une idée sans la creuser, sans chercher en profondeur un fil directeur dans cette mise en scène qui n’en ressort que profondément vide et dénuée de sens.

Allez, je reste encore un acte, pour la scène de Trissotin. Quand même, ça, c’est drôle. Mais non ! Catherine Hiegel a réussi l’exploit d’empoussiérer ces Femmes Savantes, de les rendre lentes et ennuyeuses, froides et mornes, inintéressantes, éteintes. Autour de moi, les enfants s’agitent, ne rient pas, s’ennuient. Comme je les comprends ! Mais j’ai la chance, contrairement à eux, de pouvoir prendre la décision de partir, et c’est ce que je fais. En moi la colère gronde : dire que des parents emmènent probablement pour la première fois leurs enfants au théâtre pour voir pareil spectacle, il y a de quoi les dégoûter ! Se jouer ainsi d’un public qui paie sa place plein pot, c’est indigne et je ne me tairai pas. Je ne me cacherai pas derrière « une mise en scène classique » sous prétexte que c’est Catherine Hiegel qui met en scène. Non, disons les choses clairement : Catherine Hiegel a fait une erreur. Elle ne voulait pas monter cette pièce et cela se sent. Il fallait penser au public avant de répondre au caprice d’acteurs incapable de se rendre compte que le rôle n’est pas pour eux. C’est fou, ça !

Il y a tant de beaux spectacles en cette rentrée théâtrale qu’il ne faut pas perdre son temps avec celui-ci. pouce-en-bas

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Un spectacle à la coule

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Critique de Irma la douce, d’Alexandre Breffort, vue le 25 septembre 2015 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Lorant Deutsch, Marie-Julie Baup, Nicole Croisille, Andy Cocq, Olivier Claverie, Fabrice de la Villehervé, Jacques Fontanel, Valentin Fruitier,Laurent Paolini, Claire Perot, Bryan Polach, Pierre Reggiani, Loris Verrecchia,Philippe Vieux.

Qui lit régulièrement mon site ne peut manquer mon engouement certain pour les spectacles de Nicolas Briançon. Rarement décevants, ils sont toujours synonymes d’une soirée électrique, brillante, mémorable. Ce metteur en scène a le don de nous en mettre plein les yeux avec doigté ; il y a toujours quelque chose d’un peu clinquant, des dorures, des musiques, des costumes colorés, mais avouons-le : on l’aime pour ça ! En montant Irma la Douce, il signe à nouveau une belle soirée haute en couleurs, menée par une Nicole Croisille au sommet.

Irma la douce, c’est avant tout une histoire rocambolesque, qui n’en finit pas de rebondissements invraisemblables. Irma, c’est une prostituée qui tombe amoureuse de Nestor, titi parisien qu’elle croise souvent au bar des inquiets. Mais ils vivent dans un amour loin d’être parfait : en effet, Nestor est jaloux des hommes qu’Irma rencontre chaque jour. Ils en viennent à la conclusion qu’il ne faudrait qu’un seul contributeur pour atténuer la jalousie de Nestor. Pour pallier ce sentiment, il se transforme en Oscar, et rend visite à Irma durant ses heures de travail. Déguisé, elle ne le reconnaît pas, et il peut lui annoncer qu’il reviendra tous les jours pour lui donner 10 000 euros. Bien sûr, ce sont toujours les mêmes billets, mais elle ne s’en rend pas compte, et retourne tout heureuse l’annoncer à Nestor. Après quelques temps de ce tour, Nestor se lasse et met fin à sa double vie. Accusé injustement de sa mort, il est envoyé au bagne. S’ensuivent de nombreuses péripéties jusqu’aux retrouvailles finales entre Nestor et Irma, qui marquent également la naissance de leurs enfants.

Nicolas Briançon a le don pour monter ce genre de pièce un peu folle. Je me souviens encore de l’excellent voyage avec ma tante, ou la folie était également de mise. On se retrouve presque dans le même contexte ici, si ce n’est que le spectacle se compose de bien plus de comédiens, accompagnés par de véritables musiciens sur scène. Assurément, ces derniers confèrent un réel plus au spectacle : la musique live est toujours bienvenue au théâtre ! En effet, même si le livret est un peu faible parfois, les intermèdes musicaux permettent d’oublier cette faiblesse et de redémarrer sur de meilleures bases. Les airs toujours entraînants sont chantés avec brio par les différents comédiens, qui ont plus d’une corde à leur arc, et ajoutent à leurs parties chantées ce que certains chanteurs de profession ne possèdent pas : une âme, un geste, une intention.

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Nicole Croisille est tout simplement éblouissante. Ne connaissant que la chanteuse, j’avais peur qu’elle soit plus un nom pour attirer qu’une réelle actrice. Mais je ne connaissais pas l’artiste entière, cette comédienne de talent qui incarne à la perfection la gérante du bar, la Maman de toute la troupe. Dès qu’elle entre sur scène, on ne voit plus qu’elle ; et même lorsqu’elle est entourée d’autres comédiens et que tous chantent ou dansent en cœur, impossible de détacher ses yeux de la doyenne de la troupe. Une telle prestation ne peut qu’être saluée bien bas, et rien que pour Nicole Croisille, je vous crie : allez-y !

Lorànt Deutsch et Marie-Julie Baup, dont la complicité se ressent sur scène, forment un très beau duo. Lui, que je suis rarement la première à encenser, campe un Nestor dont je n’ai rien à redire, et que j’applaudirai plutôt deux fois qu’une. Perdant quelques habitudes de cabotinerie, il réussit à me toucher, particulièrement dans les parties chantées. Quant à sa femme, elle est une Irma douce et touchante, peut-être un peu pudique pour une prostituée : plus de sensualité, voire un côté un peu plus racoleur, permettraient de parfaire son Irma.

On ne peut que saluer les performances du reste de la troupe, et souligner le sous-emploi de l’excellente Claire Perot. Ses rares apparitions sur le devant de la scène ne font que mettre en valeur son talent, sa composition parfaite. Heureusement, j’ai lu sur le programme qu’elle remplacerait Nicole Croisille dans son rôle de Maman de temps en temps, ce qui est rassurant pour une comédienne de cet acabit. Un autre sous-emploi est étonnant, celui d’Andy Cocq. Présenté comme une vraie star dans la bande-annonce, on le voit finalement assez peu dans le spectacle et il n’a qu’une grande scène, pourtant très professionnelle. Étrange.

Nicolas Briançon nous entraîne une nouvelle fois dans son monde : lumineux, enthousiaste, enchanté. Comme nous, au sortir de la pièce. ♥  

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Nicoméo et Julias : un Shakespeare un peu trop Briançonnesque

Critique de Roméo et Juliette, de Shakespeare, vu le 22 janvier 2014 au Théâtre de la Porte St-Martin
Avec Ana Girardot, Niels Schneider, Valérie Mairesse, Bernard Malaka, Dimitri Storoge, Cédric Zimmerlin, Bryan Polach, Charles Clément, Valentine Varela, Mas Belsito, Pierre Dourlens, Pascal Elso, Adrien Guitton, Côme Lesage, Geoffrey Dahm, Eric Pucheu, Ariane Blaise, Marthe Fieschi, et Noémie Fourdan, dans une mise en scène de Nicolas Briançon.

Qui ne connaît pas l’histoire de ces deux amants, à l’amour impossible car interdit ? La haine de leurs deux maisons, Capulet et Montaigu, empêche en effet tout rapprochement des deux jeunes gens. Mais, tombés fous amoureux l’un de l’autre lors d’un bal, ils se marient en secret. Malheureusement, Roméo étant coupable d’un crime envers les Capulet, il est condamné à l’exil, et Juliette se voit obligée par son père de se marier avec Pâris. Voulant se retrouver et partir tous deux, un malentendu les réunira finalement tous deux dans la mort. La langue de Shakespeare est belle, ce n’est pas une nouveauté, tout comme la patte de Nicolas Briançon est visible. Mais sur ce spectacle, elle est peut-être trop présente, eclipsant le grand William.

Je connais bien les spectacles de Nicolas Briançon maintenant, et il n’y en a pas un que je n’ai pas aimé. Mais ici, on sent trop le metteur en scène derrière le texte. Déjà, un grand défaut de ce spectacle, c’est qu’il n’y a pas d’émotion palpable. Je n’ai rien ressenti ou presque, un petit frisson lors de la mort de Roméo. Mais sinon, n’est pas franchement ému, et c’est parfois même l’inverse qui se produit : lors de la mort de Mercutio, ami de Roméo, des rires fusent. Ces rires, qui reviennent à d’autres reprises durant le spectacle, sont le signe que quelque chose ne va pas dans la mise en scène : le tragique de la pièce s’est envolé. Cela est dû aussi à certains partis pris de Nicolas Briançon, avec lesquels d’ailleurs je ne suis pas d’accord : la manière de traiter le père de Juliette m’a déplu, puisqu’il apparaît grotesque et caricatural, et qu’on ne croit plus à son personnage, il ne provoque pas l’inquiétude qu’il devrait, on ne comprend pas pourquoi Juliette est effrayée alors qu’elle devrait presque rire devant la colère bouffone de son père. Ce lit mobile, qui traverse la scène à plusieurs reprises, le lit de Juliette, est une idée dont on aurait pu se passer. Ce n’est pas esthétique, et je n’en comprends pas la signification. Et puis, quel casting étrange ! On n’aurait pu trouver pire Juliette, d’après moi. C’est d’ailleurs très visible sur la vidéo (ci-dessous), au moment où elle parle à sa Nourrice, on entend bien qu’elle n’a pas d’intonation, qu’elle ne transmet rien ; elle a également du mal à se tenir sur scène : elle reste bras ballant, comme si elle ne savait que faire de son corps. Ana Girardot manque aussi de métier, car elle s’est pris les pieds dans son texte à plusieurs reprises, et ça pardonne difficilement, au théâtre. Elle a la jeunesse de Juliette, mais il lui manque le charme et la naïveté, l’insouciance de l’enfance. Son Roméo est plus convaincant, il a une bien meilleure maîtrise de son corps, même s’il lui reste un peu de chemin à parcourir. Il prend de l’assurance durant le spectacle et son Roméo est frais et amoureux. De même que pour sa partenaire, il faut faire attention dans la diction, car il y a certaines phrases dans lesquels il se perd : il les dit, mais il ne paraît pas les comprendre. Du coup, nous, spectateurs, nous nous perdons également, car la phrase manque d »intonation explicative.

Passé le jeune duo un peu faible, le reste de la distribution m’est apparu bien plus convaincant. A commencer par Valérie Mairesse, excellente Nourrice, un sens du rythme excellent, qui apporte cette vitalité au spectacle qui manquait aux deux jeunes. Bernard Malaka interprète un très bon Frère Laurent, prêtre de confesseur de Roméo, prêt à aider les deux jeunes gens dans leurs problèmes. Il a cette humanité, indispensable au rôle, qu’il endosse avec brio. Dimitri Storoge est un Mercutio très convaincant ; on regrette cependant quelques incompréhensions face à son personnage, peut-être liées à des coupes de texte : lors de la bataille qui conduira à sa mort, par exemple, il dit qu’il ne veut pas y participer avant, puis, d’un coup, sort un couteau et provoque son adversaire. Une scène qui m’a laissée perplexe. Le reste de la troupe n’est ni brillant ni médiocre ; ils font tous un travail correct, guidés par leur metteur en scène, Nicolas Briançon.

J’avais une vague idée du spectacle auquel j’allais assister avant d’y être, et je ne me trompais pas. Nicolas Briançon veut faire grand public, mais il faut parfois faire attention à ne pas en faire trop. Les lumières nous ravissent les yeux, les ombres des arbres sur les hauts décors sont une belle idée. Transformer les deux familles en espèce de mafieux italiens, aussi, pourquoi pas ! Et de la musique, comme toujours, de la musique car ça ravit et que ça ne peut pas faire de mal dans un spectacle… Mais c’est un peu facile tout ça. Roméo et Juliette, c’est plus profond que de la guitare et de belles ombres. Alors oui, on passe un moment agréable, mais on voit plus Briançon qu’on n’entend Shakespeare. On rit plus qu’on est ému. Faire rire, c’est bien, mais rire parce que le texte y invite, c’est mieux. Rire pour détendre, c’est une erreur, pour moi. De la triche.

C’est un bon spectacle, mais ce n’est pas un bon Shakespeare. On aurait voulu un peu moins de Briançon, un peu plus de William… 

Gagnez vos places pour Roméo et Juliette au Théâtre de la Porte Saint-Martin

Le retour de la pièce emblématique après 40 ans d’absence sur la scène privée ! Entourés d’une troupe de plus de 20 acteurs, Ana Girardot et Niels Schneider seront les héros de cette nouvelle production du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Après la Nuit des Rois et le Songe d’une nuit d’été, Nicolas Briançon met en scène la pièce la plus célèbre du répertoire de Shakespeare, Roméo et Juliette. Retrouvez la plus belle histoire d’amour du théâtre classique dans une mise en scène prestigieuse et populaire, à partir du 16 Janvier 2014.

Grâce au Théâtre de la Porte Saint-Martin, 3*2 places sont à gagner pour la représentation du jeudi 16 janvier 2014 – la première – à 20h.

Pour gagner vos places pour la représentation, il suffit de répondre à cette question :
Comment s’appellent les deux familles ennemies de la pièce ?
Envoyez votre réponse à mordue.de.theatre@free.fr ; les plus rapides pourront assister au spectacle !

Et les gagnant(e)s sont : Marie T., Aurélie A., et Claire N. ! Bravo à elles !

Le Songe d’une Nuit d’été, Théâtre de la Porte St-Martin

vz-922a1790-dba6-4fc2-a761-ec8eca80b143Critique du Songe d’une Nuit d’été, de Shakespeare, vu le 9 février 2013 au théâtre de la Porte St-Martin
Avec Lorant Deutsch, Nicolas Briançon, Carole Richert, Eric Prat, Marie)Julie Baup, Nicolas Biaud-Mauduit, Sarah Stern, Thibault Lacour, Jean-Loup Horwitz, Dominique Daguier, Patrick Alexis, Léon Lesacq, Laurent Benoit, Thierry Lopez, Carole Mongin, Armelle Gerbault, Jessy Ugolin, Ofélie Crispin, Marlène Wirth, et Aurore Stauder, dans une mise en scène de Nicolas Briançon

Oui, oui, c’est une pièce que j’ai déjà vue. Au même théâtre, oui, avec une distribution quasi-similaire, oui. Mais j’étais mal placée : j’étais loin, et dans une zone de tousseurs récidivistes. Comme quoi, notre placement influe aussi sur notre vision du spectacle. Si la pièce ne m’avait pas énormément plu alors, j’ai changé d’avis en la revoyant hier, et j’écris donc un nouvel article.
Le Songe d’une nuit d’été, c’est plusieurs petites histoires en parallèles qui forment la pièce. Il y a d’une part Thésée et Hippolyte, futurs mariés, qui ouvrent la pièce quelques jours avant leur mariage. Thésée (Nicolas Briançon) est roi d’Athènes, et Hippolyte (Carole Richert), reine des Amazones. Entre alors Égée, père d’Hermia (Sarah Stern), et qui a des problèmes pour son mariage : il veut la marier avec un homme qu’elle n’aime pas, Démétrius, et elle désire épouser l’homme qu’il n’aime pas, Lysandre (Thibaut Lacour). Avec Héléna (Marie-Julie Baup), amoureuse de Démétrius (Nicolas Biaud-Mauduit), ils forment le quatuor des jeunes, et, avec Thésée, Hippolyte, et Égée, ils forment une première part de cette pièce : la part réelle, la part humaine. En parallèle, on va découvrir l’histoire d’Obéron (Briançon) et Titania (Richert), roi des Ombres et reine des Fées, qui se sont disputés pour un enfant, qu’Obéron désire et que Titania garde loin de lui. Ce monde est mystérieux, rempli d’esprits dont un, Puck (Lorant Deutsch), est farceur, et aime jouer des tours aux humains qu’il rencontre. Le troisième monde, rejoignant les deux premiers, est celui du théâtre. Il est à part, et la mise en scène le souligne bien : ce n’est pas le réel, puisque nos quatres acteurs incarnant des acteurs ne se mélangent pas au monde des humains. Mais ce n’est pas l’imaginaire, puisqu’ils sont humains. Et lorsque les trois mondes se mêlent, avec la merveilleuse plume de Shakespeare, et le talent de metteur en scène de Nicolas Briançon, on goûte à un mélange succulent, drôle et surtout très réussi !
J’avais un peu peur des acteurs « remplaçant », comme Carole Richert, Titania, que j’avais vu interprété par Mélanie Doutey. Mais l’actrice est à la hauteur de la première, c’est-à-dire qu’elle joue bien, sans être non plus remarquable. En revanche, c’est une bonne surprise que Nicolas Biaud-Mauduit, dépassant de loin le jeu de Davy Sardou : ici, l’acteur est investi, plein de vie, insupportable à l’égard d’Héléna, et surtout absolument excellent. La scène entre les quatre amants n’en est que meilleure : c’est une des meilleures scènes du spectacle, les deux homme devenant littéralement fous sur scène, leurs sentiments poussés au maximum, amour ou haine suivant la femme qu’ils ont devant eux, et Marie-Julie Baup composant avec talent un personnage toujours aussi drôle, pitoyable, et exaspérant ! Bonne surprise aussi que le remplacement de Yves Pignot … Enfin je dis « bonne surprise », parce qu’il me semblait impossible de remplacer Yves Pignot, acteur génial que l’on voit souvent jouer avec Nicolas Briançon. Mais celui qui a pris la relève, Eric Prat, le fait avec brio, et égale son prédecesseur. Ainsi, la scène de théâtre dans le théâtre, lors de laquelle les rires se faisaient déjà entendre dans la précédente version, est absolument hilarante : la meilleure scène de tout le spectacle, sans hésiter, et je suis sûre que tous les spectateurs seront d’accord avec moi. C’est simple, la salle rit aux éclats, et les comédiens donnent le meilleur pendant toute la scène : bra-vo ! Je reviens aussi sur le jeu de Nicolas Briançon … Il suffirait du mot « parfait » pour le décrire, mais je peux aussi ajouter une présence incroyable et une transformation sans faute … Je l’avais vu en Mosca (Volpone) il n’y a pas si longtemps, et, bien que j’ai reconnu son visage, j’étais vraiment impressionnée du changement de tonalité de l’acteur : composition impeccable.
Du côté de la mise en scène, signée Nicolas Briançon, on applaudit bien fort aussi. La pièce est comme une foumilière grouillante : elle grouille de sentiments : joie, amour, haine, désir, malice, intelligence, confiance, elle est abondante en émotions, puisque l’histoire rebondit à plusieurs reprises … Et Briançon a su donner un juste milieu à tout ça, tout est équilibré, tout est facilement compréhensible. Et bien que danseurs et ambiance année 80 n’étaient pas indispensables, ils sont utilisés à bon escient et sans exagération : les danseurs se montrent même très utiles lors des scènes dans la forêt, inquiétant en animaux étranges, cachés, impressionnant. Les décors sont idéaux : utiles à la fois pour les scènes dans la forêt, grâce aux barres de métal faisant offices d’arbres, ou pour les scènes au palais, avec cette estrade dressée en fond de scène. 

60 exceptionnelles, ce n’est pas beaucoup, pour un spectacle pareil : dépêchez-vous ! ♥ ♥ ♥

Le Bourgeois Gentilhomme, Théâtre de la Porte St-Martin

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 Critique du Bourgeois Gentilhomme, de Molière, vu au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 27 janvier 2012

Je pense qu’on peut mesurer la qualité d’une comédie de Molière au nombre de rires dans la salle .. et tout particulièrement le rire des enfants. Ça devait faire plusieurs années que je n’ai pas entendu ces rires-là … Mais dans la salle, ils étaient nombreux : quel souvenir agréable ! quelle beauté, des rires francs, enthousiastes, clairs, qui accentuent l’ambiance joyeuse et presque enfantine du spectacle !

Et pourtant, Le Bourgeois Gentilhomme n’est pas une pièce que je porte spécialement dans mon coeur … On sent que Molière l’a écrite un peu à la va-vite, avec la contrainte de la musique, comme c’est une comédie-ballet, et cela ressemble plus à un assemblage de sketchs plutôt qu’une histoire continue. L’histoire, je pense que tout le monde la connaît, mais ça ne coûte rien de la répéter une fois encore : Monsieur Jourdain est un bourgeois, riche, qui cherche à tout pris à vivre comme un noble.

On peut envisager ce personnage de plusieurs façons. Ici, Catherine Hiegel choisit de nous montrer un bourgeois naïf et presque enfantin, qui attire à lui la sympathie de chaque spectateur, et qui finalement conquiert aisément toute la salle ! Il faut dire que l’acteur y est pour quelque chose : en effet, François Morel a vraiment un quelque chose qui empêche quiconque de le châtier … un air d’innocence dans le regard … des mimiques bien à lui, soulignant son inexpertise en la matière, sa découverte de tous les instants … rien n’est trop exagéré, tout est dosé de manière à attirer le rire du spectateur à tous moments … Par exemple, les scènes avec le maître de philosophie, excellent Alain Pralon, touchant, semblant être retombé en enfance, sont absolument hilarantes !

Mais ils sont tous excellents dans leur jeu, que ce soit celui de Nicole, lors de la célèbre scène du rire, qui parvient à rendre tout à fait euphoriques les specateurs, Cléonte et Covielle, le duo « maître-valet » dont le premier cherche à séduire la fille de Monsieur Jourdain, ou encore Mme Jourdain, représentée dans une attitude complètement hystérique. On regrette peut-être l’interprétation de Dorimène, femme que Mr Jourdain cherche à séduire par son célèbre « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour », rendue ici totalement cruche, on ne sait trop pourquoi … mais son personnage étant secondaire, cela ne choque pas non plus.

Puisqu’on en est au aspects négatifs, je poursuivrais par un certain contraste entre la première partie du spectacle et celle qui se déroule après l’entracte. En effet, on a un peu de mal (mais je suis vraiment pointilleuse) à totalement « entrer dans » la pièce, et la scène entre le Maître à danser et le Maître de musique, une des premières scènes pouvant être hilarante grâce à leur comportement ridicule, n’est pas tordante … Peut-être à cause de trop d’exagération … En revanche, directement après l’entracte, on est pris dans cette histoire absurde de Turcs, de grand Mamamouchis, et on rit d’un bout à l’autre !  

Enfin, pour ce qui est du décor : personnellement je l’ai trouvé assez laid, mais il est plutôt représentatif de la mode de l’époque, dans les couleurs et les motifs. Il est également conçu de manière à mettre en valeur la richesse du Mr Jourdain, avec de part et d’autre de la scène des fausses fontaines … et quant aux musiques, et bien elles sont magnifiques ! Lully, c’est quelque chose ! Et la chanteuse a une voix absolument merveilleuse …

Un excellent Bourgeois, comme on en voit de plus en plus rarement … à ne pas rater !

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