Moulin de son coeur

DERNIERE VERSION JEAN MOULIN

Critique de Jean Moulin, Évangile, de Jean-Marie Besset, vu le 16 septembre 2017 au Théâtre 14
Avec Arnaud Denis, Sophie Tellier, Gonzague Van Bervesselès, Laurent Charpentier, Chloé Lambert, Stéphane Dausse, Michaël Evans, Loulou Hanssen, Jean-Marie Besset, dans une mise en scène de Régis de Martrin-Donos

Bon, je dois l’avouer, je n’y allais pas en traînant les pieds mais j’avais un peu peur de ce que j’allais voir. Même si pour moi, Jean-Marie Besset est un grand auteur contemporain, et que Un coeur français fait sans nul doute partie de mes pièces préférées. Mais j’avais entendu parler, de loin, de sa pièce sur l’homosexualité de Molière et je craignais que sa petite obsession pour ce thème ne vienne obstruer sa nouvelle pièce, Jean Moulin, Évangile. En réalité, l’idée d’un Jean Moulin homosexuel n’est finalement que peu présente dans la pièce et c’est bien plus sur son parcours au sein de l’organisation de la France libre que se centre le spectacle.

Jean-Marie Besset a voulu en faire trop : la pièce de 2h20 comporte des longueurs – et encore, si le texte avait été joué dans son intégralité, il aurait été près de deux fois plus long. Parmi elles, des scènes inutiles qu’il pourrait aisément tronquer, qui semblent ajoutées artificiellement à la pièce, comme si elles avaient été dans un premier temps oubliées. Peut-être aurait-il fallu se concentrer plus encore sur l’Histoire, qui m’a laissée parfois sur le côté en tant que non spécialiste de la résistance. Cependant, il faut bien le reconnaître, on se prend dans cette histoire aux allures de thriller et s’il faut parfois s’accrocher pour comprendre les différents tenants et aboutissants, on n’est jamais totalement perdu : d’abord grâce au programme soigneusement distribué à l’entrée du théâtre qui permet de nous situer à n’importe quel moment de la pièce, ensuite grâce aux acteurs qui portent le spectacle avec un don d’eux-mêmes évident.

L’impression qui ressort de l’écriture, c’est que l’auteur n’a pas su choisir entre l’historique et l’intime, et qu’il a choisi l’un sans vouloir écarter l’autre. Cela donne un spectacle essentiellement centré sur l’histoire mais par instant saupoudré de scènes plus familières qui s’intègrent mal à l’ensemble. Une dualité dommageable, car non seulement la sphère intime a moins d’intérêt pour nous, en tant que spectateur, mais on se retrouve soudainement moins sûr de la véracité des faits qui se déroulent sous nos yeux. Et quel besoin de venir éternellement ajouter une pointe d’homosexualité dans sa pièce ! Je suppose que cela lui tient à coeur, mais si c’est très compréhensible dans des fictions autour de ce thème, ça tombe ici comme un cheveux sur la soupe : la scène pourrait être retirée de l’intrigue, cela n’aurait aucune conséquence sur notre perception de la pièce…

Cependant, on ne tombe jamais dans l’ennui, et ce d’abord grâce à un premier rôle porté de main de maître par Arnaud Denis. Le comédien s’impose à nouveau comme un grand de sa génération en campant un Jean Moulin renversant de véracité, jamais en force, soulignant avec délicatesse les doutes habitant le personnage. Sophie Tellier, qui incarne une amie intime de Jean Moulin, s’émancipe au fil de la pièce et finit par écarter totalement un démarrage qui sonnait faux. Gonzague Van Bervesselès et Laurent Charpentier interprètent leurs différents rôles avec une belle justesse. Malheureusement, la distribution est inégale puisque Loulou Hanssen est une Lydie Bastien bien trop frêle et Michael Evans un Klaus Barbie peu effrayant, frôlant parfois le ridicule – c’est dommage car on aurait espéré le summum de la terreur nazie et on découvre une pâle imitation de Drago Malefoy.

La mise en scène de Régis de Martrin-Donos est sobre et efficace. Le choix de son décor, qui n’est pas sans rappeler celui du Bajazet d’Éric Ruf, est ici plus que justifié puisqu’il impose une ambiance qui s’équilibre entre le suspens, le danger, l’incertitude et la peur qui régnaient en continu pour les résistants. Enfin, en continu, pas tout à fait, car on nous rappelle à plusieurs reprises que Jean Moulin était un homme avant d’être un résistant, à travers des scènes trop légères, contrastant de manière trop brutale avec le reste – comme cette bataille de polochon qui a provoqué chez moi un rire jaune : le chef de la résistance perdant ainsi son temps en de telles futilités ? Si c’est vrai, ce n’est pas très bien amené, et si c’est faux, ça casse le rythme de la pièce pour rien. Dommage.

Un spectacle intéressant sur l’histoire de la résistance et qui gagnerait à s’assumer en tant que pièce historique. ♥ ♥

BESSET2017

L’importance d’être sérieux, au TOP

l-importance-d-etre-serieux-n1337-d-oscar-wilde-livre-thea.jpegCritique de L’Importance d’être sérieux, d’Oscar Wilde, vu le 2 février 2013 au TOP
Avec Claude Aufaure, Mathieu Bisson, Mathilde Bisson, Matthieu Brion, Arnaud Denis, Marilyne Fontaine, et Margaret Zenou, dans une mise en scène de Gilbert Désveaux

Ce n’est que mon deuxième Wilde, mais quelle joie de voir ses pièces ! Après Dorian Gray que j’ai vu et lu, je retrouve quelques personnages aux traits communs que j’adore, et bien que l’histoire ait un aspect bien moins sérieux que celle de Dorian Gray, les deux me conviennent parfaitement. A travers les thèmes de la jeunesse, de l’amour, ou du mariage, abordés assez légèrement par certains personnages, Wilde, traduit ici par Jean-Marie Besset, se dirige plus vers la farce que vers une pièce morale. Algernon, un homme cynique à souhait et qui ne croit pas au mariage, ce genre de personnage qui rappelle Sir Henry dans Dorian Gray, s’invente un ami à la campagne de manière à pouvoir échapper à la ville ; de son côté, Jack fait le contraire, pour pouvoir rejoindre la ville quand il le souhaite. Les deux hommes, dont la relation voulue amicale reste ambigue, sont amoureux de deux jeunes femmes, Cécilie et Gwendoline, qui ne rêvent que d’un homme dont le prénom est « Ernest ». Ils sont bien sûrs prêts à changer leur nom, et tout ceci pourrait se faire facilement, sans le personnage de la mère de Gwendoline, incarné par Claude Aufaure, si drôle mais si rigide en matière d’éducation.
L’histoire n’est donc pas très réaliste. Qu’importe, puisqu’elle est servie par une traduction admirable et d’excellents acteurs. Concernant cette traduction, tous les bons mots y sont excellement transmis, et le seul bémol qu’on puisse trouver – bien que ça ne m’ait pas dérangée – sont les « connard » qui viennent parfois ponctuer une discussion. Rien de grave. Venons-en aux acteurs … Je dois dire qu’ils sont tous parfaits. Les différents duos marchent à merveille, et tous ont su s’approprier leur rôle avec brio. Arnaud Denis et Mathieu Bisson ouvrent la pièce. Immédiatement, le rythme rapide et sans accroche s’installe. Arnaud Denis, qui excelle dans ce genre de rôle d’homme cynique, qui se moque de tout, et joue avec les gens comme avec les mots, atteint ici des sommets : son jeu est brillant, sans aucun faux pas, aucune fausse note, il fait rire la salle de ses mots placés avec un rythme sans faille, ce style si naturel, et son ton en accord parfait avec son rôle. Avec Mathieu Bisson, excellent également, ils forment un duo amical très ambigu ; lui est moins décalé, plus dans la norme, croit aux valeurs du mariage. Les deux partis pour et contre mariage nous sont donc présentés avec brio, par deux acteurs de grand talent. De plus, un membre de la famille de Mathieu Bisson joue dans la pièce : il s’agit de Mathilde Bisson, incarnant Cécilie, la femme qui change les choses pour Algernon. Naïve, pure, innocente, l’actrice paraît aussi candide que son personnage, son jeu est aussi sincère que doivent l’être ses pensées. L’actrice avec qui elle a une belle scène, Marilyne Fontaine, est très bien aussi, si ce n’est qu’elle cabotine un peu, par trop de moues, de petits gestes qui attirent les regards vers elle. Dommage, elle n’en a pas besoin. Mathieu Brion, tantôt serviteur d’Algernon puis jardinier de Jack, est tout à fait dans le ton aussi, de même que Margaret Zenou, chargée des cours de Cécilie. Et puis il y a Claure Aufaure. Claude Aufaure, sa voix si puissante et si grave, son jeu si précis, son jeu superbe. La dureté de Lady Bracknell n’en ressort que mieux, ses phrases tranchantes n’en sont que plus drôles, son décalage par rapport aux jeunes de la pièce n’en est que plus frappant. Et l’acteur nous prouve à nouveau son talent en se transformant pour jouer le révérend-Chasuble, homme simple et bon. On ne le reconnaît pas.
La troupe est donc plus qu’excellente. Et chaque détail comptant, le fait que les décors soient beaux, élégants, élaborés, sans non plus en faire trop, et que les costumes et particulièrement leurs couleurs soient impeccables et parfaitement accordées, tout cela ne peut qu’ajouter un plus à ce spectacle déjà si réussi. Et puis vraiment, cette traduction m’a semblé sans accroc. Les quelques allusions aux mariage gay ne m’ont pas déplu puisque c’est très implicite, la traduction est moderne, … que demander de plus ?

Un sans faute brillant, plein de vie, comique à souhait. A voir, et à revoir au théâtre Montparnasse à partir de mars ! ♥ ♥ ♥

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Jean-Marie Besset

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Jean-Marie Besset est un auteur que j’ai découvert il y a 2 ans, lors de la première de Ce qui arrive et ce qu’on attend (25 août 2010). Je n’ai pas immédiatement apprecié l’écriture, le style. Malgré tout, j’étais intriguée, persuadée que quelque chose m’avait échappé, et comme j’avais tout de même apprécié la pièce, j’y suis retourné à plusieurs reprises. Il m’a fallu plusieurs représentations pour comprendre l’excellence de ce que je venais de voir. Après cette pièce, j’ai voulu en découvrir d’autres, et j’ai lu, vu des DVDs, et d’autres de ses pièces (Il faut je ne veux pas) …

Cet auteur m’a également interessée par son parcours. En effet, poussé par ses parents, il a d’abord fait une grande école de commerce avant de se diriger vers le théâtre. Ce passé, ces études qu’il ne souhaitait peut-être pas, tout ceci se ressent beaucoup dans son oeuvre : je ne crois pas me souvenir d’une pièce où l’univers des grandes écoles n’est pas mentionné. Une de ses oeuvre a d’ailleurs pour titre Grande École(je n’ai vu que le film, que je n’ai pas beaucoup aimé, mais je pense lire la pièce d’ici peu).

De Besset, j’ai donc beaucoup lu. Certaines pièces m’ont beaucoup plu (Commentaire d’amour, Perthus, Je ne veux pas me marier), d’autres moins (Fête Foreign, RER). Mais j’en élève une bien plus haut que tout ce que j’ai pu lire, ou voir … J’ai longtemps pensé que Ce qui arrive et ce qu’on attend était indépassable. Puis j’ai lu Un coeur français. Dans cette pièce, on découvre Janvier lors de sa transplantation cardiaque. Je ne veux pas m’essayer à résumer plus que cela, car la pièce est bien trop complète pour pouvoir être résumée. Le fait est que cette pièce est grandiose. Jean-Marie Besset y mêle avec brio les sujets de la mort, de l’amour, et de la politique, entre autres. On y retrouve cette tension sous-jacente qui m’avait tant marquée dans Ce qui arrive et ce qu’on attend. De la tension liée à la mort comme aux choix importants devant lesquels se retrouve Janvier. De la tension par les actions qui s’y déroulent, comme par les mots qui s’y disent. Et quel titre : Un coeur français. L’expliquer, ou l’analyser, briserait sa beauté. Il faut lire, pour comprendre. Voir aurait été mieux, mais la pièce ne se donne pas en ce moment. Dans tous les cas, cette pièce m’a vraiment touchée. J’ai pleuré en la lisant, ce qui est plutôt rare. S’il y a une oeuvre de Besset à lire, je pense que c’est celle-ci. J’aimerais beaucoup lire d’autres avis !

De plus, Jean-Marie Besset n’est pas seulement auteur de théâtre. Il est également adaptateur. Par exemple, c’est lui qui a traduit le texte de Will Eno, Thomas Chagrin. C’est également lui qui signe la traduction de The Importance of being Earnest en L’importance d’être sérieux (Oscar Wilde), qui se jouera dès janvier 2013 au TOP. Enfin, à tous ses talents, ajoutons qu’il est également l’un des fondateurs du festival NAVA auquel j’ai assisté cette année. 

 

Festival NAVA 2012 !

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Si le festival d’Avignon est connu de tous (n’est-ce pas ?), ce n’est pas forcément le cas pour le festival de Limoux, cette petite ville près de Carcassonne. Ce festival a pour particularité de présenter des lectures … comme si le travail était toujours en cours, nous assistons donc à des spectacles où les comédiens tiennent leur texte dans leur main, y jetant des coups d’oeil de temps à autres. Etonnant, mais finalement pas si génant que ça.

Je n’ai pu assister qu’à 2 spectacles, celui du 27 et du 28. Deux spectacles vraiment très différents.

Tout d’abord, le vendredi, j’ai découvert Car tu es poussière. Dans la continuité de mes découvertes de vacances (après Jarry et Genêt), voici maintenant Pinter qui s’ajoute à ma petite liste. Pinter, c’est spécial, c’est plutôt compliqué, plutôt implicite, plutôt difficilement compréhensible à vrai dire. Je pense même que plusieurs interprétations sont possibles, étant donné que rien n’est clairement explicité. De plus, les deux comédiens étaient sur scène, sans mise en espace, juste lisant leur texte sur leur pupitre … Peut-être qu’avec une plus grande mise en scène, l’histoire se comprendrait mieux (y a-t-il des ellipses entre chaque intervention de la femme ? Difficile à dire ici …). Mais c’est le principe de NAVA, qui met en avant le texte avant la mise en scène.

Le lendemain, c’était au tour du Kiné de Carcassonne d’être présenté, en plein air cette fois-ci. La pièce, écrite à 4 mains, relate une histoire de famille, française, Carcassonnaise, qui à la suite du decès du frère du père de famille, se rend à New-York où il résidait et cherche à obtenir l’héritage de ce dernier … Et particulièrement certains tableaux. Mais son colocataire (et ancien compagnon) ne l’entend pas de cette oreille … Entre guerre familiale et troubles dans les vies privées de chacun, la pièce reste pourtant comique, chose plutôt rare chez Jean-Marie Besset qui nous avait habitués à des sujets profons et souvent noirs. Elle est soutenue par d’excellents acteurs, et tout particulièrement Raphaëlline Goupilleau et sa voix si marquante, irrésistible en mère totalement perdue et dépassée par les évènements, ou encore Arnaud Denis et Chloé Olivères, des « valeurs sûres » qui continuent de m’étonner par leur talent … Ces deux comédiens parlent durant toute la pièce avec un accent américain prononcé, allant parfois jusqu’à dialoguer dans la langue, et gardent malgré tout leur aisance et leur naturel sur scène. J’ai également été très heureuse de découvrir un David Zeboulon meilleur que dans Pour un oui ou pour un non, plus assuré, et bien plus crédible. Enfin, l’ acteur Félix Beaupérin m’a beaucoup impressionée : malgré son jeune âge, il semble sûr de lui et joue comme s’il avait déjà du métier derrière lui. J’espère vraiment que la pièce montera à Paris !

Ce festival possède une autre particularité : après chaque spectacle, les spectateurs sont invités à déguster de la blanquette (spécialité de la région), et peuvent ainsi discuter avec d’autres passionnés de théâtre, et même donner leur avis aux acteurs … Cela permet de passer de très bons moments, d’essayer de reconnaître certaines têtes connues (Virginie Pradal et Jean-Michel Ribes était présents, par exemple), ou encore de constater la simplicité de certains grands acteurs !

En bref, ce festival de théâtre fut une très bonne expérience, si ce n’est que la ville manque un peu d’attractivité, et que la journée peut se faire longue, en attendant le spectacle du soir.

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Il faut je ne veux pas, Théâtre de l’Oeuvre

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Critique de Il faut je ne veux pas, de Musset et Besset, vu le 22 janvier 2012 au TOP, puis à 2 nouvelles reprises au Théâtre de l’Oeuvre

[ Avec Adrien Melin, Blanche Leleu, et Chloé Olivères, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset ]

C’est encore avec le sourire aux lèvres que je commence cet article. Voilà pourquoi j’aime tant le théâtre, voilà pourquoi j’y vais tant. Une salle que je ne connaissais pas, et un horaire que je n’apprécie pas vraiment (dimanche en matinée). Et pourtant, quel spectacle !

Jean-Marie Besset met ici en scène quelque chose d’original et que je n’avais jamais vu auparavant, auquel même je n’avais jamais songé : on assiste, durant la première partie du spectacle, à une représenation de Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée de Musset. Et pour la seconde partie, Besset nous présente une de ses pièces, écrite en écho à celle de Musset : Je ne veux pas me marier. Les deux pièces, ou scènes, (elles sont de courte durée), traitent du mariage, mais, et c’est là tout le génie de Besset, la manière de l’aborder est différente sur certains points … et identique sur d’autres ! En effet, les deux courtes pièces représentent un couple abordant la question du mariage. Chez Musset, il s’agit d’une demande d’un homme à une femme : la femme semble garder le dessus et jouer avec cet amant qui est entré chez elle, se plaignant de ce que les hommes sont toujours les mêmes, faisant toujours les même compliments, sans renouvellement. N’empêche, dès qu’il lui demande sa main, elle se plie à son désire : elle place toute sa confiance en cette convention qu’est le mariage. Dans la seconde pièce, Jean-Marie Besset met en scène un couple de 2008, la veille de leur mariage. Le futur mari rend visite à sa future femme. Mais tout d’un coup elle hésite sur le mariage et ce qu’il implique, les changements qui le suivent, tout cela la stresse et elle se pose beaucoup de questions. Là aussi, le mari est un peu débordé. 

Ainsi, les deux pièces peuvent s’étudier en parallèle : l’homme reste le même, ou presque, et est d’ailleurs interprété par un même acteur : Adrien Melin. La femme, en revanche, évolue, et va même jusqu’à dire tout et son contraire entre les deux scènes. 

Dans la première scène, qui met en scène un Comte et une Marquise, c’est Blanche Leleu qui tient le rôle de la femme. Son jeu n’est pas toujours très juste et rappelle presque par instants celui qu’elle avait dansCe qui arrive et ce qu’on attend alors que les deux pièces n’ont rien en commun. Elle reste quand même bonne actrice et son personnage est crédible malgré quelques manières trop contemporaines. C’est comme si elle avait juste enfilé un costume de Marquise pour la forme, mais sans travailler vraiment le fond. Enfin, j’exagère, car on perçoit le travail derrière tout ça, mais peut-être pas entièrement fini … Mais il faut avouer que son rôle n’est pas évident à interpréter et que Musset est extrêment difficile et délicat à jouer et à mettre en scène …

Dans la seconde scène, cette femme stressée en plein préparatifs de mariage, pleine de doutes et de question sur elle, sur son mari, sur eux deux et leur avenir, est interprétée par Chloé Olivères. Je ne l’avais jamais vue jouer, et je suis très contente de l’avoir découverte : c’est une excellente actrice ! Enervée puis aimante, avec des appétits sexuels variés, elle va au fond des choses et est très nature sur scène ; elle ose tout et fait même des abdominaux tout en parlant avec Tigrane, son futur mari.

Mais celui qui semble porter le spectacle, celui qui enchaîne le Comte et Tigrane, soit des personnages vivant dans des époques différentes, dont les moeurs et les types de dialogues ont changé, c’est Adrien Melin. Cet acteur, que j’avais déjà vudans plusieurs pièces, est extraordinaire. Il a beau jouer dans les deux scènes, lorsqu’il arrive dans la seconde après avoir changé de costume, on en vient à se demander si c’est le même acteur. Il faut dire qu’il ressemble vraiment à un Comte dans la première. Poli, respectueux, amoureux, au ton courtois et aux manières élégantes, il ne ressemble plus au Adrien Melin que j’avais l’habitude de voir au théatre. Mais lorsqu’il arrive après la courte pause musicale … Il s’est littéralement transformé ! Il parle d’un ton plus pressé, peut-être moins charmeur, sa gestuelle et sa manière d’occuper l’espace n’ont plus rien à avoir avec « avant » : il bouge plus, s’agite, s’énerve aussi. Son jeu est sans cesse renouvelé, tout est inattendu et on est sans cesse étonné : d’abord il s’entête car il ne comprend pas ce que souhaite Vivien, sa future femme. Puis il finit par lui faire avouer qu’elle ne veut pas se marier … Finalement, on entend la chanson de Julio Iglesias, Vous les femmes. Et, tout d’un coup, il se met à danser sur scène. Mais il ne fait pas qu’esquisser pas quelques pas, non ! Ce qu’il fait est digne d’un véritable danseur ! Ces gestes, sa précision, et son rythme sont absolument parfaits. C’est sans doute mon moment préféré du spectacle … Je ne m’y attendais pas et l’effet était évident : on est subjugué par son talent.  Une telle perfection est quasi-inexplicable et je risque de gâcher le passage en essayant de le raconter. C’est incroyable, il faut le voir le pour le croire.

Au final, si l’on compare les deux scènes, on peut dire que la seconde déborde d’idées concernant le mariage … Se marier ?Ne plus se marier ? Partir en voyage ? Rester ici finalement ? Toutes ces questions que l’on ne retrouve pas dans la première scène, où il se contente de courtiser la Marquise jusqu’à lui demander sa main, qu’elle accepte presque immédiatement … Mais d’un autre côté, la première scène est plus en finesse, et semble peut-être plus légère, en tout cas en surface … C’est également là qu’Adrien Melin excelle : ce changement de genre ne semble lui poser aucun problème et il affronte la difficulté avec tant d’expertise qu’aux yeux du spectateur, cela paraît presque naturel et facile. Un grand bravo pour ce Grand acteur qui a une magnifique carrière devant lui !

Donc, même si on sent que la seconde pièce est dirigée par la main de l’auteur lui-même, et que celle de Musset semble moins travaillée, ou moins approfondie, peut-être n’est-il pas allé totalement au fond des choses, le spectacle reste un vrai moment de plaisir ! Voir de telles performances et découvrir de si jolies et intéressantes pièces est toujours une joie pour une passionnée …

Un excellent spectacle : à voir et à revoir au Théâtre de l’Oeuvre à partir du 14 février 2012 !

(J’ai revu le spectacle et ai rédigé un court article en conséquence : ici) 

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Sortie du DVD tant attendu

 

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie du DVD de Ce qui arrive et ce qu’on attend, de Jean-Marie Besset, mis en scène par Arnaud Denis, avec Virginie Pradal, Adrien Melin, Jonathan Max-Bernard, Jean-Pierre Leroux, Blanche Leleu, François Mougenot, et Arnaud Denis. Sa sortie officielle est le 16 septembre.

Une pièce que j’ai vu 6 fois et que je reverrai encore ; je conseille donc à ceux qui ne la connaissent pas ou qui n’ont pas eu la chance de la voir d’acheter la captation de la pièce, qui vaut vraiment le détour. 

Vous pouvez commander le DVD sur le site de la Copat : ici, ou sur amazon, ici . 

Le DVD sera également disponible en grandes surfaces (fnac, gibert). 

Réalisation : Philippe Miquel

Thomas Chagrin, Déchargeurs

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Critique de Thomas Chagrin de Will Eno, vu le 17 août au théâtre des Déchargeurs
Avec Adrien Melin, mise en scène Gilbert Désveaux 

Voilà encore une pièce que je ne serais pas allée voir si je ne suivais pas le parcours de  l’excellent acteur qu’est Adrien Melin … Découvert dans Le Diable Rouge, je l’ai revu par hasard dans Ce qui arrive et ce qu’on attend, puis dans Masques et Nez. Il a vraiment énormément de talent, et nous le prouve ici, une fois de plus.

Un homme entre. Costume qui semble trop grand, un peu froissé … sans pour autant faire clochard, … disons qu’il ne semble pas faire attention à son allure … Il essaie d’allumer une cigarette, mais souffle sur son allumette. Il retente. Puis explique que, de toute façon, il devait arrêter. Et là, il commence son histoire … Une histoire ? Mais … y en a-t-il vraiment une ? Le texte paraît brouillon, confus, comme si le narrateur se perdait dans le fil de ses idées … C’est un homme, ce Thomas Chagrin … qui se pose beaucoup de question sur la vie, la mort, l’amour … Il a déjà vécu, se souvient de la difficulté à sortir de l’enfance … se souvient de ce chien, qu’il a perdu étant enfant … puis de cette femme, perdue, étant adulte … et s’adresse à nous, au public … C’est plus un dialogue entre lui et nous, dans la mesure où à plusieurs reprises il nous pose des questions, qu’un monologue. J’ai d’ailleurs eu droit, comme à tous ceux du premier rang, à des questions, de sa part … et c’est là qu’on s’aperçoit que le rythme est excellent … car, lorsqu’il vous pose une question, en vous regardant droit dans les yeux, vous ne savez pas si vous devez lui répondre … vous réfléchissez … et quand vous avez résolu de répondre (ou non) à haute et intelligible voix, il reprend tout naturellement la parole, comme si quelqu’un lui avait répondu… le rythme vous laisse donc juste assez de temps pour réfléchir, mais pas non plus assez pour répondre … cela permet, ainsi, au personnage d’enchaîner sur autre chose … Compliqué à expliquer, mais j’espère l’avoir à peu près bien transmis…

Ainsi, malgré un texte … comment dire ? un peu cafouilleux, sans être non plus inintéressant, Adrien Melin parvient à saisir le spectateur pendant plus d’une heure, grâce à son incroyable talent (il est sorti du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 2007, et je ne serais pas étonnée s’il était dans les meilleurs de sa promotion), diction parfaite, gestuelle et déplacement excellents, et une réelle présence … il est seul, d’accord, et réussi (donc ?) aisément à attirer le regard sur lui … mais le regard s’accroche, et on ne parvient plus à le quitter des yeux, même lorsqu’il nous raconte des histoires, on a du mal à s’intéresser aux playmobils qu’il sort de sa boîte … mais on se surprend tout de même à entrer dans son histoire, quelque peu étrange, qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît, et qui semble « sortie de nulle part »  .

Sans pour autant avoir jubilé devant cette histoire, j’ai surtout énormément apprécié le jeu d’un acteur qui fait sûrement partie des Grands … Je ne sais donc pas si je dois le conseiller .. on ne s’ennuie pas, ça, c’est sûr – mais ce n’est pas une histoire qu’on retient … plutôt un acteur qu’on admire durant un peu plus d’une heure ! Et pour cette simple raison, je vous conseille d’y aller. 

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