Fashion Fric Show

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Critique du Fashion Freak Show de Jean-Paul Gaultier, vu le 30 janvier 2019 aux Folies Bergères
Avec Demi Mondaine, Grégoire Malandain, Fanny Coindet, Nacer Marsad, Lazaro Cuervo Costa, Maud’Amour, Mike Gautier, Julie Demont, Jean-Charles Zambo, Anouk Viale, Marie Meyer, Lea Vlamos, Anna Cleveland, Mounia Nassangar, Patrick Kuo, Kévin Bago, Julien Ramade, dans une mise en scène de Jean-Paul Gaultier

Je ne sais pas trop ce qui m’a donné envie de voir ce Show. Peut-être l’affiche, colorée, intrigante – bref, réussie. Peut-être mes cours, qui me font envisager la création sous toutes ses formes – l’étude de grands chefs cuisiniers ou de l’industrie de la parfumerie m’a absolument passionnée, cette année. Peut-être une curiosité mêlée de peur qui me donnait à la fois envie de découvrir le travail de ce créateur, mais qui me faisait également craindre de ne pouvoir appréhender correctement son travail. Bref, autant de raisons qui m’ont poussée à me rendre aux Folies Bergères pour la deuxième fois. J’y avais découvert Cabaret avec des étoiles dans les yeux. Je n’ai pas vu ma rencontre avec Jean-Paul Gaultier du même oeil.

Vous l’aurez compris : je ne savais pas vraiment ce que j’allais voir. J’étais enthousiaste, parce que Jean-Paul Gaultier, parce que Folies Bergères, parce que revue. Mais je n’avais rien lu sur le projet. J’ai rapidement compris le point de vue adopté : le spectacle revenait sur le parcours de Jean-Paul Gaultier à travers des scènes chantées et dansées évoquant les diverses époques de sa vie. Ainsi, on apprend que sa première création est sur un nounours, que ses parents n’étaient pas forcément encourageant mais qu’il avait tout le soutien de sa grand-mère qui lui donnait des corsets en cachette, on revient sur son premier défilé en 1976, sur son amour pour Francis, son compagnon jusqu’en 1990, sur Le Palace, etc. Mais c’est à peu près tout ce qu’on y apprend.

Je suis déçue car ce spectacle pourrait presqu’être le Fashion Freak Show de n’importe qui. Certes, les costumes sont de Jean-Paul Gaultier et prend pour fil directeur son histoire personnelle, mais j’y ai senti autant d’âme que sur une page Wikipedia. J’en viens même à questionner le degré d’implication du créateur, qui remercie les spectateurs en fin de spectacle… via une vidéo. De même, les guests que je pensais associées au projet (Catherine Deneuve, Cristina Cordula, Catherine Ringer – entre autres) ne le sont que de manière enregistrée, sur des projections. Tout cela rend l’ensemble finalement assez cheap, malgré un étalement d’argent bien visible sur les costumes, les décors et la vidéo live.

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© TS3 / Boby

Alors oui, je mentirais si je disais qu’on s’ennuie devant ce spectacle. Ce n’est pas vrai. Il y a toujours quelque chose à regarder, les shows sont réussis sans être exceptionnels, toujours très tape-à-l’oeil avec des costumes pailletés et leurs couleurs pétantes, les choix musicaux permettent à chacun de trouver son compte, enchaînant par exemple sans transition J’ai deux amours de Joséphine Baker et Ta Fête de Stromae. Mais cela reste des grosses ficelles à base de lumières sans finesse et de musique à fond, et j’ai été étonnée que les basses retentissant lourdement dans Les Folies Bergères peinent à entraîner les applaudissements rythmés des spectateurs.

Pourtant, ce spectacle avait un vrai potentiel. D’abord parce qu’au vu de ce que j’apprends de la vie de Jean-Paul Gaultier, il y avait de quoi en faire une revue trépidante et véritablement animée. Ensuite, parce que comme je l’ai déjà mentionnée, le spectacle ne semble pas souffrir d’un manque de moyens – simplement, on ne voit que lui, là où on aimerait voir du Jean-Paul Gaultier. Or, il y a de rares passages où on aperçoit soudainement le créateur. Et c’est beau. Je pense notamment à ce passage sur la mort de Francis, son compagnon et presque sa muse jusqu’en 1990. C’est une scène très réussie, pudique, poétique, où l’on comprend tout sans que l’on ne dise rien, où seul le corps d’un danseur exprime la pensée du metteur en scène. On frissonne… et puis, tout est gâché par ce besoin d’expliquer, de mettre noir sur blanc le mot SIDA sur tous les écrans et de hurler sa haine de la maladie dans les rangées de spectateurs. Dommage.

C’est un peu un résumé de ce que je reproche au spectacle. Je venais voir un maître de la haute-couture et je me retrouve avec du prêt-à-porter de seconde main. Au-delà de la simple démonstration, tout est souligné, explicatif, sans aucune subtilité. Je suis triste quand je constate qu’on montre beaucoup de fesses simplement pour faire rire le public – c’est un rire facile et gras, qui me semble vraiment éloigné du travail de Jean-Paul Gaultier. Au contraire, cela donne une image caricaturale et superficielle des défilés, alors même que, dans son message final, il souligne que la mode n’est pas seulement un objet de consommation. S’il ne l’avait pas dit, on ne l’aurait pas deviné.

Il aurait été chouette que, pour une fois, Jean-Paul Gaultier fasse dans la dentelle.

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© TS3 / Boby

Tango Pasion, Folies Bergères

Tango Pasion Affiche

Critique de Tango Pasion, vu aux Folies Bergères le 8 février 2013
[ Avec ? ]

Je préviens d’avance que je n’ai jamais critiqué de spectacle de danse. A vrai dire, je n’en avais jamais vu. Je n’étais même pas sûre que ça me plairait. La danse, transmettre des émotions ? La danse, on doit s’ennuyer, non ? Pas de texte, pas d’histoire … ? J’ai pris une bonne claque. C’était vraiment remarquable.

Le tango, c’est un style. Un style où les femmes portent de belles robes rouge, verte, bleue, ou violette, avec des chaussures à talons. Un style où les hommes sont habillés élégamment, avec un costume souvent noir, mais parfois coloré lui aussi. Un style où les cheveux sont laqués ou attachés en chignon. Un style où la classe et l’élégance sont au rendez-vous, un style où le port de tête est impeccable, et où tous les protagonistes se tiennent extrêmement droit.

Le tango, c’est une danse. Une danse où l’homme et la femme sont partenaires, plus que jamais. Une danse lors de laquelle un jeu de séduction s’impose. Une danse où l’on croit avoir vaincu l’autre, l’avoir mis à nos pieds, mais où il se relève et revient pour danser encore, pour séduire encore. Une danse où les mains caressent le corps du partenaire, où les jupes volent, où les chemises sont ouvertes. Une danse où le jeu de jambes est incroyable et scotchant. Une danse où l’homme peut être aussi macho qu’il veut, mais où tout reste beau. Une danse où la femme tournoie, portée par l’homme, qui guide tout : elle peut se retrouvent dans ses bras, où portée au dessus de lui, ou encore, la tête à l’envers, toujours maintenue par ses soins. Une danse où aucun mouvement ne s’arrête jamais, où tout est incroyablement réglé.

Le tango, c’est une musique. Une musique tantôt pleine de vie, aux rythmes si reconnaissables, donnant envie de danser et de chanter, une musique brillante et gaie. Mais parfois, c’est aussi une musique plus lente, peut-être moins vive, avec plus de suspens. Alors l’histoire est différente. Alors la séduction est plus longue et plus difficile. Alors le jeu change.

Voilà ce que j’ai vu. J’ai vu un spectacle où le désir, la séduction, le sexe, et la sensualité étaient rois. Et lorsque je parle de sensualité … Elle émane réellement des danseurs. Ce n’est pas une impression : ils parviennet réellement à quelque chose de si fort, que c’est presque indécent pour le spectateur de regarder. J’ai vu un spectacle où les pas étaient d’une précisions et d’un naturel tels qu’on sort en souhaitant à notre tour nous mettre au tango. J’ai vu des danses où tous les couples étaient mélangés, où ils étaient parfaitement ensemble : le tout était vraimnet réussi. J’ai également vu des danses avec un seul couple sur scène. Ils ne s’arrêtaient à aucun moment de danser, ils occupaient tout l’espace, la lumière suivait leurs pas, nos yeux aussi … 

Si je pouvais, j’aimerais le revoir encore et encore. Et encore. Courez-y. ♥ ♥ ♥

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