… et rien n’y manquait

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Critique de Rien ne saurait me manquer, de Agathe Charnet, vu le 1er mars 2018 au Théâtre de la Reine Blanche
Avec Agathe Charnet, Lillah Vial, et Vincent Calas, dans une mise en scène de Maya Ernest

La Compagnie avant l’Aube est une découverte que je dois au Théâtre côté coeur, qui l’a évoqué en ma compagnie pour la première fois lors de l’ouverture de Radio Mortimer, en avril 2017. Leur spectacle L’âge libre était alors à découvrir au même Théâtre de la Reine Blanche, et je l’ai manqué. Mais devant leur nom retrouvé sur le programme du Festival d’Avignon, j’ai rattrapé mon erreur et me suis retrouvée emportée face à l’ovni qu’ils présentaient devant mes yeux. Coup de coeur pour la compagnie et décision immédiate : leurs prochaines dates seront les miennes.

Dans L’âge libre, les quatre filles s’inspiraient des Fragments d’un discours amoureux pour montrer comme se vit l’amour au féminin. On sentait déjà la part de vécu, l’implication et la nécessité qui émanaient de la troupe. Ici, ils sont trois à aborder les nombreux questionnements de la génération Y, les Millenials comme on les appelle. Ce sont des tableaux plus ou moins longs qui abordent les sujets clés des Millenials, et les références sont effectivement bien trouvées – le discours de Marion Cotillard aux Oscars, la découverte de la vie seule qui se ponctue d’appels désespérés aux parents, les tentatives d’être toujours dans la norme, les débats radiophoniques interminables par ces grands intellectuels qui pensent pouvoir théoriser tout ce qui se passe dans nos têtes…

Deuxième spectacle de la compagnie, et déjà une patte s’impose : les paillettes sur les yeux – et même parfois sur le corps, la créativité, un brin de fantaisie et pourtant toujours cet ancrage brutal dans une réalité qui nous touche. Ils ont su s’approprier le sujet avec non seulement une grande vérité dans le propos mais également, et on les reconnaît bien là, beaucoup d’humour et d’autodérision. Je ne me suis pas retrouvée dans tous les tableaux – mais c’est normal, j’ai 40 ans dans ma tête – mais j’ai bien perçu l’esprit Millenials et ces questions, parfois fondamentales parfois dérisoires, qui les agitent.

Ils ont une manière assez unique de présenter la chose ; peut-être est-ce dû à leur authenticité ? Cette entrée en matière brutale et euphorisante, cette confrontation au public, cette envie de vivre débordante et surtout communicative a quelque chose d’addictif. Le spectacle est trop court, on en voudrait encore, surtout qu’on ne doute pas une seule seconde qu’ils en ont sous la semelle. Des moments de groupe, des tirades plus solitaires, chacun a son moment et le trio semble prendre un réel plaisir sur scène. Comme nous !

Une compagnie à suivre. ♥ ♥ ♥

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#OFF17 – L’âge libre

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Critique de L’âge libre, écriture collective, vu le 16 juillet 2017 au Théâtre des Barriques
Avec Agathe Charnet, Lillah Vial, Lucie Leclerc, Ines Covile, dans une mise en scène de Maya Ernest

Lors de la première émission de Radio Mortimer, l’une des chroniqueuses, Le théâtre côté coeur, parle de ce spectacle qu’elle a vu à Avignon l’année passée et qui revenait pour quelques dates à Paris. Elle en parle comme d’un coup de coeur, et me donne clairement envie de le découvrir. Manquant de temps lors des quelques dates dans la capitale, j’ai finalement profité de mon court séjour à Avignon pour découvrir ces filles merveilleuses proposant un spectacle autour de l’amour. Un de mes meilleurs moments du Festival.

Je pense que ce qui décrit le mieux le spectacle est déjà sur l’affiche : sauvagement inspiré de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Comme dans cet ouvrage génial, on parle de l’amour tel qu’il est vécu et non tel qu’il peut être raconté dans les livres. Je ne me rends pas compte de la proportion du spectacle qui est tirée de l’oeuvre de Barthes, mais l’intégralité forme une unité indéniable, avec une parole libre, débridée, et pleine de vérité. A cela s’ajoute cet adjectif, sauvage, qui décrit bien l’état d’esprit du moment, à la fois farouche et pourtant très humain.

Ce spectacle est porté par trois comédiennes et une violoncelliste tout simplement épatantes. J’ai eu peur lors de mon entrée dans la salle – je ne savais pas du tout ce que j’allais voir. Mais dès que le spectacle commence, on est pris avec elle. Parce que ces filles ont une présence et un charisme époustouflants, qu’elles semblent prendre sur la scène un plaisir fou, et qu’elles vivent clairement le texte qu’elles défendent ; elles rayonnent. Elles sont belles, drôles, émouvantes, joyeuses, sans complexe, vivifiantes.

L’énergie qu’elles dépensent sur scène est directement transmis aux spectateurs, par ce hasard de transformation chimique, qui, lorsqu’il survient au théâtre, me réjouis totalement. Je suis ressortie de ce spectacle totalement tonifiée, alors même que j’y allais le coeur lourd de mon départ proche. Je découvrais la Compagnie avant l’aube et n’ai plus qu’une envie : la suivre.

Incontournable. ♥ ♥ ♥