Les Funambelles !

Critique de Elles, des Funambules, vu le 13 octobre 2023 au Théâtre de l’Essaïon
Avec Marion Préïté, Nouritza Emmanuelian, Iona Cartier ou Camille Nicolas, Marie-Anne Favreau, Alix Löffler, Stéphane Corbin, mis en scène par Stéphane Corbin, assisté de Valentin Lacouture

J’ai découvert Les Funambules au 2016 grâce à la merveilleuse programmation du Vingtième Théâtre qui faisait la part belle aux spectacles musicaux. J’avais adoré, certaines des chansons étant devenues complètement cultes pour moi (on est des Filles à pédés ou pas nous ?). J’ai vraiment hâte de les redécouvrir dans cette version féminine et féministe, d’autant qu’elle intègre dans sa distribution Marion Preïté, découverte dans Comédiens en décembre dernier, et que j’ai bien l’intention de suivre dans toutes ses aventures musicales !

Le précédent spectacle chantait la lutte contre l’homophobie, le nouveau chante le féminisme. Et il y a de quoi faire ! De la charge mentale à l’endométriose, des injonctions à la féminité aux violences conjugales, du passage obligé chez l’esthéticienne au consentement, il y a de quoi faire sur le sujet. Il peut se prêter autant à la chanson légère qu’au moment d’émotion et permettent aux Funambules de s’exprimer sur une large palette… pour notre plus grand bonheur !

J’ai pris un grand plaisir à retrouver Stephane Corbin et cette patte musicale qui lui est propre, à retrouver les Funambules et ces chansons à histoires qui invitent tout le monde avec elles. C’est un spectacle parfaitement équilibré, qui s’autorise toutes les ambiances, tous les sujets, qui sait manier l’humour et l’auto-dérision autant que le pathos et les larmes, sans jamais tirer, sans jamais tomber dans les extrêmes, juste à travers le don absolu des interprètes sur scène. Il y a telle ambiance sur le plateau, une telle harmonie, une telle ferveur, qu’en vérité, on n’a qu’une envie : les rejoindre !

Ce n’est jamais vraiment évident d’écrire sur un spectacle pareil. C’est un moment à vivre. Le rapport scène-salle de l’Essaïon est assez unique, et porte complètement le moment. Quand elles chantent et dansent à moins d’un mètre de vous, il y a une connexion particulière qui se crée, quelque chose de presque intime. C’est un grand petit spectacle, généreux, enthousiasmant, engagé, et plein d’espoir. C’est fait simplement, « entre nous », et pourtant la nécessité est là, prégnante, comme un personnage invité au spectacle.

Les Funambules – Elles – Théâtre de l’Essaïon
6 Rue Pierre au Lard, 75004 Paris
Avec partir de 16,20 €
Réservez sur BAM Ticket !

On en redemande !

Critique de Qu’on en finisse, concert d’adieu, vu le 30 août 2023 au Théâtre de l’Essaïon
Avec Florence Andrieu et Flannan Obé, accompagnés au piano par Philippe Brocard

Flannan Obé, je l’ai découvert dans Lucienne et les Garçons, en 2005. Je n’avais même pas dix ans, les chansons ne m’étaient clairement pas destinées, je me demande d’ailleurs ce que j’en ai réellement compris, mais j’avais simplement a-do-ré. Je connais le CD par coeur et il fait partie des noms que je guette avec envie. Je découvre avec Qu’on en finisse qu’il forme un duo récurent avec Florence Andrieu, que je découvre, et pour tout vous dire : j’ai hâte !

J’ai hâte, et je sais que, ce soir, je vais passer une bonne soirée. Une intuition. Une impression. J’en suis sûre, en fait. Ce qui est bizarre, c’est que d’un côté j’en suis sûre et de l’autre je me demande comment ils vont faire pour tenir 1h20 avec un spectacle musical. En général, sur ce genre de spectacle, on est sur des formats plus courts. Mais dès qu’ils entrent en scène en fait, je comprends.

Je comprends que ce n’est pas juste un spectacle musical. C’est le spectacle de deux amis, de deux complices, qui ont probablement autant de bonheur à se retrouver sur ensemble sur scène que nous, spectateurs, à les y voir. Les entendre chanter, je me doutais que ce serait chouette. Mais les intermèdes parlés, ça, c’est le truc que j’avais pas prévu. Le truc en plus qui rend le moment assez unique.

Ils sont beaux, tous les deux. Leur plaisir est contagieux. Un sourire s’accroche sur mes lèvres au début du spectacle. Il ne les quittera pas. Je ne connais pas beaucoup des morceaux qu’ils ont choisis. Ce n’est d’ailleurs pas forcément toujours ma came musicalement parlant. Mais je me sens infiniment bien. Ils se chamaillent comme des enfants. Il y a une certaine insouciance dans l’air. On est un peu entre amis, ici. Elle a les yeux malins, rieurs, lui a ce regard à la fois vif et doux, et ces lumières qui se rencontrent font de véritables étincelles. Les regarder s’envoyer des punchlines provoque en moi une légère euphorie. Et finalement, 1h20, c’est passé vite. Très vite.

Tout va très bien pour Victor Duez

Critique de Tout va bien, de Victor Duez et Nicolas Depye, vu le 16 mai 2023 au Théâtre Essaïon
Avec Victor Duez, dans une mise en scène de Victor Duez et Nicolas Depye

Il y a des spectacles qui tombent dans le bon mood. Des messages qui arrivent au bon moment. Des dossiers sur lesquels on s’arrête un peu plus longtemps. Des plannings qui tombent juste. Des questions qu’on ne se pose pas. C’est peut-être parce qu’il s’appelle Tout va bien, mais ce spectacle s’est invité avec une telle simplicité dans ma vie qu’il est un peu tombé comme une évidence.

On est pris dès la première scène. Pas besoin de multiplier les moyens pour instaurer une ambiance. Dans la pénombre du théâtre de l’Essaïon, le voyage commence. On se retrouve quelque part dans des abysses futuristes, peu inspirantes mais réellement intrigantes. Dans cette société, il est nécessaire d’avoir un problème pour exister. On trouve sa place par le malheur. Sauf que voilà : notre personnage, lui, a toujours pris la vie du bon côté. Il va devoir creuser dans ses souvenirs pour essayer de noircir un peu le dessin…

Je suis amusée, mais je reste d’abord sur ma faim. Je sors ma moue de critique. Ce début est peut-être un peu démonstratif. J’ai fait l’erreur de lire le résumé – ça ne m’arrive pourtant jamais – et je sais donc à peu près où le spectacle veut nous emmener, et je trouve que le chemin qu’il prend n’est peut-être pas le plus intéressant. C’est comme un exercice de style. Les personnages sont maîtrisés, très bien trouvés, parfaitement dessinés, tous évoquent quelque chose en mois et les transformations sont hyper efficaces. Mais ce n’est pas ce que je suis venue voir. Et ça me semble un peu détaché du reste. C’est comme si Victor Duez nous montrait tout ce qu’il savait faire. Mais je n’ai déjà plus de doute : il sait faire. Et la suite suffit amplement à le prouver.

Quand la promesse arrive, quand le propos s’installe vraiment, quelque chose se passe. L’atmosphère devient plus dense. Comme si jusqu’ici, on avait tourné autour de notre sujet sans oser l’affronter de face, comme si tous ces tracas qui nous avaient été présentés étaient finalement plein de légèreté. Est-ce voulu ou nous, c’est assez original que l’ambiance s’alourdisse lorsque c’est l’optimisme qui prend possession du plateau. Le twist est parfait. On ressent cette urgence. L’urgence d’exister. De dévorer la vie. De s’accorder au reste du monde. De rentrer dans les cases. Et d’être soi, malgré tout.

Victor Duez a tout pour lui. Son personnage est si chouette. Insouciant. Libre. Généreux. Et son spectacle lui ressemble en tout point. Il multiplie les styles, mais rien n’est gratuit : tout participe à cette introspection auquel le spectateur s’invite. Il passe du poétique au pragmatique avec une aisance absolue. Il se balade. Et nous avec. La bande-son est un petit bonheur pour les oreilles. L’examen de ses souvenirs s’enchaîne, mais aucune scène ne se ressemble. La fantaisie est au rendez-vous. Et les émotions aussi. On rigole beaucoup, mais on entend aussi ce qui gratte, là, en creux. Et on va même jusqu’à l’entendre à travers un rap juste remarquable. On vous l’a dit : Victor Duez a tout pour lui. Même le flow.

Comme l’impression d’avoir fait partie d’un autre monde le temps d’une soirée. Et déjà hâte de voyager à nouveau. ♥ ♥