C’est vraiment chouette l’après-midi !

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Critique de C’est encore mieux l’après-midi, de Ray Conney, vu le 7 avril 2017 au Théâtre Hébertot
Avec Pierre Cassignard, Lysiane Meis, Sébastien Castro, Guilhem Pellegrin, Pascale Louange, Anne-Sophie Germanaz, Guillaume Clérice, et Rudy Pilstein, dans une mise en scène de José Paul

J’ai l’impression que ça fait une éternité que je n’ai pas vu de bon boulevard au théâtre. Je veux dire, hors Feydeau and co. Je crois que le dernier en date remonte à la rentrée 2016 : c’était l’ouverture de la saison pour l’Hébertot. D’ailleurs, ça ne me laisse pas un grand souvenir. Il faut croire que je deviens trop sérieuse – ou que cette saison parisienne toute en gravité n’est que le pâle reflet du monde agité dans lequel nous vivons. Mais laissons-là ces constatations alarmantes à plus tard. Avec C’est encore mieux l’après-midi, une soirée hors du monde est assurée !

Le mari, la femme, l’amant. Rien de mieux pour passer une bonne soirée théâtrale. Bon, c’est clair qu’ici, c’est un peu remasterisé. Déjà, ce n’est pas l’amant, mais l’amante d’un côté, et un peu tout ce qui bouge de l’autre : Richard, célèbre député, a prévu de retrouver Isabelle, secrétaire du premier ministre, dans une chambre du même hôtel où il est monté avec sa femme, Christine, pendant que cette dernière le croit à un débat parlementaire. Pensant qu’il a quitté les lieux, elle-même va tenter de séduire Georges, son assistant, qui enchaînera les gaffes et les situations malencontreuses…

Bon, mettons-nous vite d’accord : ce n’est pas un grand texte. Le canevas initial devient très vite abracadabrantesque, et les situations virent rapidement à de la loufoquerie pure. Pour monter un spectacle pareil, il faut parvenir à maintenir le spectateur en haleine malgré les situations fantasques et toujours plus folles les unes que les autres : il faut parvenir à nous capter dès le début, et nous entraîner avec eux dans cette grande extravagance, où on risque de se perdre en route. José Paul réussit le pari sans problème : il monte la pièce avec un punch sans faillite, et même lorsque le texte commence à nous laisser sur le côté, sa mise en scène entraînante et sa direction d’acteur parviennent toujours à dynamiser le spectacle.

On retrouve avec plaisir certains acteurs qui suivent José Paul depuis quelques années : c’est le cas de la fabuleuse Lysiane Meis, malheureusement un peu sous-employée ici. Elle fait du Lysiane Meis et c’est super, j’adore ça, mais j’ai hâte de la revoir dans quelque chose où elle peut plus s’épanouir. Je retrouve également un Sébastien Castro en grande forme… et qui me rappelle quelqu’un tout au long de la pièce. J’ai finalement compris qu’il me rappelait José Paul ! Son côté un peu désabusé, son décalage rythmique, ses aspects gaffeur à côté de la plaque… Seul le côté charmeur du metteur en scène manque à sa composition, remplacée ici par un aspect plus bêta pas non plus déplaisant. Le reste de la distribution suit cette belle direction d’acteur, avec une jolie note pour un Pierre Cassignard qui campe un personnage politique froid et détaché malgré ses scènes comiques.

En soirée, c’est très bien aussi ! ♥ 

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Un dîner savoureux

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Critique du Dîner de cons, vu le 6 septembre 2014 au Théâtre de la Michodière
Avec Patrick Haudecoeur, José Paul, Grégoire Bonnet, Patrick Zard’, Florence Mary, Anne-Sophier Germanaz, et Stéphane Cottin

Bien que ce soit le film qui est tiré de la pièce de théâtre, il est pour moi plus culte que la pièce elle-même, et je trouve difficile et audacieux de reprendre des rôles marqués par Villeret et Lhermitte. D’ailleurs dans la salle, il n’y a que des connaisseurs : entre ceux qui rigolent avant les blagues, ceux qui rappellent à leurs voisins la suite de l’histoire, et ceux qui chuchottent « C’était mieux fait dans le film ! », les novices comme moi qui sont loin de le connaître par coeur ont dû avoir du mal à apprécier la pièce à sa juste valeur. Cependant, les deux acteurs principaux s’en sortent plus qu’honorablement et nous permettent de passer tout de même une bonne soirée.

Rappelons brièvement le propos de la pièce : nous entrons chez Pierre Brochant, discutant avec sa femme au début de la pièce, et à qui il raconte qu’il s’est fait un tour de rein dans l’après-midi, ce qui ne l’empêchera cependant pas d’aller à son dîner du soir. Ce dîner, c’est tout ce que sa femme n’aime pas chez lui, car il souligne son mépris pour les autres, et sa bêtise. Le but ? Chaque invité amène un con, et plus il est grandiose dans sa connerie, plus l’invité a des chances de gagner. Ce soir là, Pierre Brochant a déniché le gros lot : François Pignon, employé du ministère des finances, et passionné par ses maquettes en allumettes. Seulement voilà, avec ce tour de rein, difficile de se rendre à son dîner… Incapable de bouger, ce sera donc le con qui viendra à Brochant, et qui lui fera passer une soirée mémorable, ponctuée de gaffe créant inévitablement des comiques de situation à n’en plus finir !

Le con, c’est Patrick Haudecoeur, récemment à l’affiche de la pièce à succès Thé à la Menthe ou Thé Citron. Il reprend le rôle associé à Villeret avec une certaine justesse, peut-être avec un peu moins d’ahurissement mais touchant dans sa bêtise et son désir de bien faire, et, il faut le dire, provoquant aisément les rires dans la salle. Il forme avec José Paul, qui joue Pierre Brochant, un duo fonctionnant à merveille, jouant réellement ensemble, et se tendant constamment de belles perches qui entraînent des moments comiques très réussis. Mais, pour moi qui connaît bien José Paul pour le suivre depuis quelques années, j’ai quand même une pointe de déception vis-à-vis de son jeu, qui à mon avis aurait pu être encore plus poussé pour déclencher le rire. José Paul a un talent comique indéniable, mais c’est à croire qu’ici, il conquiert si vite la salle qu’il se repose sur cet acquis et ne semble pas donner tout ce qu’il pourrait pour porter son Brochant au sommet du rire. Dommage, car si j’apprécie beaucoup José Paul, je ne lui en demande pas moins de se transcender sur scène. Il fait du José Paul, et ça, on connaît.

Le reste de la troupe sert très bien le texte, sans non plus permettre des envolées comiques inoubliables. On retient tout particulièrement le très bon Grégoire Bonnet, qui incarne Cheval, un ami de François Pignon, contrôleur fiscal de son état. Très nerveux, agité de tics en tous genres, il crée le rire même hors de ses morceaux de textes purement comiques. La mise en scène est sobre et classique, le décor permettant de conversations téléphoniques ingénieuses et ajoutant un nouveau degré comique à cette pièce déjà bien ancrée dans le genre.

Une bonne soirée assurée au Théâtre de la Michodière, qui reprend avec justesse un classique du cinéma français. ♥ ♥

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Un boulevard presque parfayet

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Critique des Gens intelligents, de Marc Fayet, vu le 27 août 2014 au Théâtre de Paris
Avec Marc Fayet, Gérard Loussine, Lisa Martino, Lysiane Meis, Marie Piton, et Stéphan Wojtowicz, dans une mise en scène de José Paul

Des Gens intelligents, c’est avant tout des acteurs que je souhaitais revoir. Marc Fayet et Gérard Loussine m’avaient laissé un souvenir impérissable dans Un petit jeu dans conséquence, vu il y a quelques années, mais également Lysiane Meis, que j’avais découverte dans Un Fil à la Patte avec José Paul, un duo qui fonctionnait à merveille. J’avais déjà retrouvé le trio une fois dans Jacques a dit, dont Stéphan Wojtowicz faisait également partie : les revoir dans une comédie de Marc Fayet me semblait donc incontournable. Et c’est avec le même ravissement que je suis sortie du Théâtre de Paris après la première du spectacle, le 27 août.

C’est une banale histoire de couple qui lance la pièce : David a quitté Chloé, et il l’annonce à ses deux amis, Alexandre et Thomas. Il leur raconte la scène, dans laquelle il argumentait pour prouver à Chloé que le meilleur pour eux deux était la séparation, et l’étrange réaction de Chloé : elle reste parfaitement impassible. Ce comportement, analysé successivement par les hommes puis les femmes, entraînera suspicion et doute des deux côtés du couple, et les sous-entendus comme les non-dits entraîneront le spectateur, lui-même incertain, dans leur chute.

J’ai souvent peur lorsque je vais voir des pièces de boulevard écrites par des auteurs contemporains : peur d’assister à une pâle imitation de Feydeau, de tomber dans le ridicule ou le grotesque, dans une abondance de clichés inintéressante ou dans quelque chose de déjà fait. Là, c’est vrai que Marc Fayet base sa pièce sur des clichés : celui de l’homme aux nombreuses maîtresses, de la femme suspicieuse et vengeresse… Mais la mise en scène de José Paul, colorée et entraînante, ainsi que l’écriture bien dosée et rarement lourde de la pièce, parviennent à effacer ce côté basique de la pièce pour en faire un boulevard très correct et agréable, drôle et convaincant. On passe une très bonne soirée, et le spectacle est d’autant plus intéressant qu’il est interprété par des acteurs de talent qui savent nous faire rire.

Lysiane Meis est une actrice qui me fascine. Elle n’a qu’à apparaître sur scène pour que son sourire amadoue toute la salle, que sa tonicité et son enthousiasme associés à son parler tout à fait naturel nous convainquent totalement. Elle interprète ici la femme d’Alexandre, à qui Marc Fayet a donné quelques petits défauts lexicaux, parfaitement dosés et insérés dans la pièce : et entendre Lysiane Meis refuser de « manger des vessies pour des lanternes », avec un air d’innocence affiché, c’est hilarant. L’autre acteur dont le talent comique est indéniable, c’est Gérard Loussine. Toujours cantonné dans le même genre de rôle, c’est vrai, il y excelle : l’ami un peu paumé, bien gentil, toujours un peu à côté de la plaque, et qui évidemment sort une énorme gaffe au moment où on s’y attend le plus, Loussine l’interprète avec simplicité et talent.

Marc Fayet, quant à lui, interprète David, celui qui lance l’histoire. Toujours dans une certaine forme de précipitation mesurée, il lui arrive cependant de s’emporter et de faire rire le public avec quelques bégaiements peut-être parfois trop appuyés. Si il a bien dosé sa pièce, il faut qu’il dose aussi les côtés comiques de son rôle pour ne pas en faire trop. Stephan Wojtowicz interprète le dernier personnage masculin, d’abord plus posé et calme que ses amis, donc d’autant plus surprenant et drôle lorsqu’il commence à s’énerver. Il est difficile de commenter le jeu des deux autres personnages féminins, car l’attention que Marc Fayet a apporté aux dialogues féminins semble moins importante que celle accordée aux dialogues masculins… ou peut-être a-t-il simplement plus de facilité pour s’imaginer l’un que l’autre… Finalement, leurs rôles ont une partition moins intéressante dont elles s’accordent relativement bien, puisqu’elles sont toutes deux très convaincantes : Lisa Martino en femme réfléchie et mesurée, qui réussit à créer le doute chez son compagnon, et Marie Piton dans son rôle de Corse imposante et presque dominatrice.

C’est donc un spectacle donc plutôt réussi que ces Gens Intelligents au théâtre de Paris ; on pourrait lui reprocher certains détails un peu gênants tels que son hétérogénéité : on rit beaucoup lors des scènes entre hommes par exemple, alors que les scènes de couple sont moins abouties. Et comme l’action est coupée par les tableaux, forme de plus en plus courante aujourd’hui et qui n’est pas forcément la plus théâtrale, les fluctuations en sont d’autant plus marquées : on sent une lourdeur lorsqu’une scène de couple un peu lente suit une scène de trio masculin très drôle. Enfin, et puisque j’aborde les points négatifs, je ne suis absolument pas convaincue par la fin de la pièce : clôture trop facile et manque d’idées, c’est bien dommage de finir un boulevard si agréable et divertissant par une narration trop farfelue.

Un spectacle absolument… virevoltant ! (comprenne qui pourra !) ♥ ♥

L’Illusion Conjugale, Théâtre de l’Oeuvre

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Critique de L’Illusion Conjugale, de Éric Assous, vu le 5 avril 2011 au théâtre de l’Oeuvre.
Avec Jean-Luc Moreau, Isabelle Gélinas, et José Paul ; mis en scène par Jean-Luc Moreau

L’Illusion conjugale … Un homme et une femme qui décident de s’avouer le nombre de liaisons extra-conjugales (durant leur mariage). C’est un bon départ, n’est-ce pas ?

De plus, les acteurs sont vraiment excellents, tous les trois ; José Paul, que je connaissais déjà, est toujours aussi drôle, aussi intéressant lorsqu’il joue ; Jean-Luc Moreau, que je découvre, est très bon lui aussi, dans un autre style cependant (j’aurais du mal à l’expliquer, mais disons qu’il a l’air de moins « mesurer l’impact que ses paroles auront sur le jeu », de négliger, en quelques sortes, ses silences, et ses intonations) ; la seule femme du trio, enfin, excelle également, Isabelle Gélinas, avec ses nombreuses mimiques, et ses airs innocents très travaillés, nous ravit.

Malgré tout, je regrette un peu la monotonie, et le « manque de recherche » du texte. En effet, à plusieurs reprises, l’auteur semble avoir manqué de finesse, et on devine aisément la suite de l’histoire. De plus, il y a certains moments où on s’ennuie… Et enfin, j’ai eu l’impression que même l’auteur ne savait pas, à plusieurs reprises, où il voulait en venir ; la fin « ouverte » est-elle si décidée ou n’a-t-il trouvé aucune explication à cette histoire capilotractée (par moments) ?

Mais bon, les acteurs parviennent à effacer ce « manque » de bon texte, et on parvient à passer, dans l’ensemble, un assez bon moment.

Placement : contrairement à ce que d’autres pensent, j’ai assez aimé le premier rang, car la scène n’est pas très haute, et les acteurs jouent souvent dans le fond.