#OFF17 – On ne voyait que le bonheur

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Critique d’On ne voyait que le bonheur, d’après Grégoire Delacourt, vu le 15 juillet 2017 au Théâtre Actuel
Avec Grégori Baquet, Murielle Huet Des Aunay, dans une mise en scène de Grégori Baquet

Chaque année dans le OFF, c’est la même chose : je DOIS voir le nouveau spectacle de Grégori Baquet. L’artiste, que je suis depuis plus de 7 ans maintenant et que j’ai découvert avant la création de ce blog, fait partie des incontournables du Festival. Je ne crois pas avoir été une seule fois déçue par les créations qu’il y présente, et c’est également une manière d’attendre son spectacle parisien – n’oubliez pas qu’il sera Hamlet la saison prochaine au Théâtre 14 ! J’en profite également pour faire ici de la pub pour son deuxième spectacle, Adieu Monsieur Haffmann, présenté au Théâtre Actuel à 20h40. Une valeur sûre.

L’histoire rappelle un peu celle de la chanson de BigFlo et Oli – avant de dénigrer, il faut écouter – Monsieur Tout L’monde. On rencontre Antoine, un père de famille qui se décrit comme un lâche depuis toujours, et qui nous raconte la perte de son travail suite à son seul épisode de compassion en plus de 20 ans de métier. Cet échec entraîne pour lui une remise en question de tout le monde, et le conduit à vouloir mettre fin à ses jours ainsi qu’à celle de ses enfants. Un soir, il tire dans sa fille mais la rate et ne parvient qu’à lui casser la mâchoire. Le spectacle met en parallèle la convalescence de Joséphine, sa fille, et celle d’Antoine : comment vont-ils se reconstruire, et, finalement, se retrouver.

Ma première réaction au sortir du spectacle a été : qui est cet auteur américain ? J’avais fait aveuglément confiance à la distribution sans m’attarder sur le pitch de la pièce, et cette abondance de bons sentiments, un peu larmoyants, sonnait à mon sens bien américain. Erreur ici, il s’agit d’un auteur bien français. Ce qui me gêne fondamentalement dans cette écriture, c’est qu’on sent à quel point c’est pensé et c’est réfléchi de manière à tirer la larme, et que ça ne vient pas des tripes ; ça ressemble vraiment à une recette toute faite pour émouvoir, et sentir cela m’empêche d’apprécier pleinement ce que je vois. Cette ode à la vie est trop insistante pour respirer la véracité.

Pourtant, le spectacle commençait très bien. La première scène, dansée, a produit un grand effet sur moi et j’ai trouvé ça visuellement très réussi, très poétique, très beau. De manière générale, la scénographie est plutôt réussie, avec de belles idées. Si l’écriture avait été à la hauteur du rendu visuel du spectacle, j’aurais adhéré sans hésiter.  Il faut aussi reconnaître que les acteurs sont excellents : Grégori Baquet est l’humanité faite homme, ce qui rend ce personnage attachant alors qu’il aurait pu être détestable – il sait nous le rendre commun, entraînant fatalement une comparaison avec nous même face à cet homme dépassé par la vie, totalement perdu. A ses côtés, Murielle Huet Des Aunay, que je découvrais, n’est pas en reste, et enchaîne les personnages avec aisance dans des transformations physiques totales. A eux deux, ils forment un joli duo.

De ce spectacle, il me restera de beaux souvenirs visuels, mais je crains que le texte ne reste pas longtemps en moi. 

Festival d’Avignon 2016

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Ayant raté le Festival l’année dernière à cause de mes oraux, je n’étais que trop impatiente de revenir : la chaleur, l’ambiance, et les 4 pièces par jour me manquaient cruellement. Cette année, je ne reste que 4 jours au Festival, mais je compte en profiter au maximum !

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Fabrice Luchini et moi – Théâtre Actuel

Premier spectacle de ce Off 2016 : choisi un peu au hasard pour son titre accrocheur, je retrouve avec plaisir le Théâtre Actuel, l’un de mes lieux préférés du Off. Je ne sais pas à quoi m’attendre ; je n’ai rien lu sur le spectacle. Olivier Sauton entre et nous raconte comment il a rencontré Fabrice Luchini dans les rues de Paris, un soir à 3h du matin. Il imagine alors ce qui aurait pu suivre s’il avait demandé à Luchini des cours particuliers : et là entre sur scène, par l’intermédiaire d’Olivier Sauton, Fabrice Luchini. Ce n’est pas la meilleure imitation vocale que l’on connaisse, mais c’est sans aucun doute l’une des meilleures reproductions faciales des exagérations du regards, et des mimiques incessantes de l’acteur. Mieux encore, pendant toute la représentation, les répliques de Luchini sont plus que fidèles à lui-même : c’est comme si le texte n’avait pas été inventé, mais bien reproduit à partir d’une rencontre réelle. Les punchlines de Luchini, qui sonnent tellement justes, entraînent la salle dans un rire général, et le désarroi d’Olivier Sauton, alors jeune homme imbu de lui-même, ajoute au contraste des deux personnages.

Fabrice Luchini dans le Off, c’est rare, alors courez-y ! ♥ ♥ 

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Adieu Mr Haffmann – Théâtre Actuel

Grégori Baquet dans le Off, c’est immanquable. Il revient cette fois-ci avec une création dans lequel il n’est pas seul en scène : dans Adieu Mr Haffman, il interprète Pierre, un bijoutier qui va reprendre la boutique de son patron juif lors de l’occupation nazie, en acceptant de le cacher chez lui à une condition : qu’il fasse un enfant à sa femme, lui-même étant stérile. Devant ce canevas improbable, j’avoue avoir eu un moment de doute. Pourtant, la pièce nous emporte tout de suite : bien qu’étonnante, l’histoire est remarquablement construite et écrite par Jean-Philippe Daguerre, qui la met également en scène de manière rythmée et très intéressante. Le suspens est haletant, et lorsqu’arrive la scène culminante de la pièce, un certain malaise s’installe en nous. Pour équilibrer ces sentiments, quelques doses d’humour, parfois cynique, sont insérées dans la pièce et produisent un effet immédiat. Les acteurs portent la pièce avec brio : j’ai retrouvé avec plaisir Grégori Baquet, toujours excellent, et découvert avec tout autant de ravissement ses partenaires, tous brillants. Ce n’est pas une énième pièce sur la seconde guerre mondiale, mais un regard nouveau qui présente des affrontements passionnants, et mon coup de coeur du Off 2016.

Un must see. ♥ ♥ 

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Marc-Antoine Le Bret fait des imitations – Le Palace

C’est agréable de retrouver Marc-Antoine Le Bret en-dehors d’On n’est pas couché – où je l’ai découvert. Même dans la grande salle du Palace, que je découvrais pour l’occasion, on se sent un peu entre amis. En tout cas, le public est connaisseur, et moi aussi : à peine reconnais-je Laurent Delahousse que je pars dans un fou rire. Marc-Antoine Le Bret n’est pas le plus grand imitateur que je connaisse – je lui préfèrerais Laurent Gerra – mais il a ses grandes imitations : lorsqu’il devient Delahousse, Ladesou, ou Yann Moix, je ris aux larmes. Son point fort n’est pas la voix mais plus la personnalité, qui, poussée à la caricature parfois, donne un très bon résultat. Seul petit reproche : comme l’indique le titre du spectacle, Le Bret fait des imitations. Le lien qui les unie n’est qu’une vague excuse au dévoilement de sa large palette d’imitations, et j’aurais apprécié un spectacle plus construit, peut-être plus recherché. Mais il est encore jeune, et son spectacle a le temps d’être perfectionné !

Une bonne soirée !  

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Pourquoi ? – Théâtre du Roi René

Déçue de l’avoir raté lorsqu’il était au Petit Hébertot, j’ai profité de ce Festival pour découvrir Michaël Hirsch et son seul en scène : Pourquoi ? Sage décision ! Le jeune comédien donne corps et âme dans ce spectacle qui, quant à lui, fait appel aux cellules grises du spectateur : Michaël Hirsch a écrit un one rythmé autour des grandes questions de l’existence, agrémenté de jeux de langages disséminés un peu partout. Même si la concentration est de mise pour ne pas louper un seul jeu de mot, la salle ne cesse de rire d’un bout à l’autre du spectacle : deviner le mot d’esprit devient un jeu pour tous les spectateurs, et Michaël Hirsch s’amuse à nous voir comprendre, plus ou moins rapidement, ses différents calembours. Et on le laisse poéter plus haut que son cul car c’est si agréable de se faire balader ainsi de questions en questions en écoutant une langue manipulée avec autant de style, d’humour, et d’amour.

Voilà qui saura enchanter les amoureux de la langue ! ♥ ♥ 

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Ivo Livi – Théâtre des Carmes

Voilà également un pèlerinage obligatoire : la Team Rocket cie est un immanquable de mon Festival. Si le Cabaret Blanche était sympathique l’an dernier, plus grâce à leur talent qu’au spectacle en lui-même, ils reviennent plus en forme que jamais avec Ivo Livi, un tracé de l’histoire d’Yves Montand. Pour les initiés comme ceux qui ne connaissent que peu de chose sur sa vie, ce spectacle est une merveille : très bien écrit par la Team Rocket eux-même, excellemment mis en scène par Marc Pistolesi et remarquablement interprété par les différents comédiens, j’ai trouvé ici mon deuxième coup de coeur du Festival. Si je connaissais le travail de la troupe, je découvre avec plaisir la mise en scène de l’acteur et lui tire mon chapeau, notamment pour la scène finale d’une poésie magnifique, qui fait monter les larmes aux yeux. Le spectacle retrace fidèlement à la vie du chanteur, très élégant face à certains aspects de sa vie, agrémenté bien sûr des chansons qui ont marqué les différentes étapes de sa carrière. Ajoutons à cela la sauce Team Rocket, dirigés d’une main de maître par un Ali Bougheraba qu’on ne présente plus, et le spectacle se conclut par une standing ovation spontanée, et tellement méritée.

Courez les applaudir, voilà un petit bijou. ♥ ♥ 

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Voyage dans les mémoires d’un fou – Pixel Avignon

Encore un spectacle que j’avais raté sur la capitale et que je ne voulais pas manquer maintenant qu’il passe à Avignon ! Dans son Voyage dans les mémoires d’un fou, Lionel Cecilio interprète un jeune homme qui apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, et mortelle. Il se réfugie dans l’écriture, dans le partage de souvenirs – mais sont-ce réellement des souvenirs ou le simple fruit de son imagination ? Pour calquer sur l’esprit agité du personnage, ses différents écrit – de styles parfois opposés – sont accompagnés d’ambiances changeantes, dont l’enchaînement est brusque, autant que les sujets abordés sont nombreux : de la religion à l’apprentissage de la langue en passant par la contradiction d’un apprentissage bête et méchant à l’école, Lionel Cecilio traite de nombreux sujets avec une plume très acérée, et interprète ses différents personnages et leurs particularités avec brio.

Un moment intense, mené d’une main de maître par un acteur brillant.  

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L’enseignement de l’ignorance – Pandora

C’est attirée par les critiques élogieuses du spectacle et la thèse intéressante de l’essai duquel est tirée la pièce que j’ai découvert ce spectacle, joué au Pandora durant le Festival. Voilà un spectacle bien particulier : l’auteur du spectacle veut avant tout nous faire réfléchir quant à la thèse de Jean-Claude Michéa – selon laquelle l’État aurait pour but non plus d’enrichir nos esprits mais bien plus de nous rendre ignorants, et ainsi moins propices à un quelconque mécontentement qui pourrait conduire à des révoltes – et c’est la raison pour laquelle les 10 premières minutes du spectacle sont uniquement lues sur l’écran qui constitue le fond du décor. Nous voilà mis en condition – la suite du spectacle appuiera les questions posées, interrogeant le spectateur en essayant d’aller plus loin que ce que Michéa posait comme base, suivant la pensée de Seb Lanz, l’auteur du spectacle. Si la thèse est passionnante et nous donne envie de lire l’essai, j’ai trouvé que le spectacle aurait pu être plus unifié : certes, il nous met en face du problème, mais les différents exemples présentés s’enchaînent sans forcément de lien précis. Autre problème très personnel : la musique présente durant les 10 première minutes du spectacle, qui m’ont empêchée de bien me concentrer devant un texte intelligent et exigeant.

L’idée est bonne mais le spectacle pourrait être perfectionné. ♥ 

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Le Cid – Théâtre Actuel

Normalement j’évite d’aller voir des grands classiques dans le Off – sauf quand je connais bien la troupe. Mais face aux excellentes critiques et à ce théâtre que j’adore, je me suis laissée convaincre. Voilà un Cid mené avec une belle énergie, et c’est ce qui me vaut un avis plutôt enthousiaste, bien que j’aie quelques réserves. Les deux pères ainsi que Rodrigue sont interprétés avec une vitalité plus qu’appréciable ; malheureusement, Chimène est loin derrière avec des vers trop souvent criés et manque d’élégance pour ce rôle – or Le Cid appelle à une Chimène bien plus qu’à un Rodrigue. De même, si j’ai beaucoup apprécié la musique qui accompagne tout le spectacle, je ne peux que regretter l’interprétation étrange et totalement en contresens qu’est celle du roi : si Alex Bonstein était excellent dans Adieu Mr Haffman et bien qu’il dise magnifiquement les vers, sa version folle et zozottante du roi est une facilité visant à faire rire le public et dont Corneille n’a nullement besoin.

Certes, on passe un bon spectacle. Néanmoins, à la réflexion, avec de tels comédiens, Daguerre aurait pu faire quelque chose de bien mieux. ♥ 

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La Reine de beauté de Leenane – Théâtre des Corps Saints

Comme dit plus haut, je ne manque jamais un spectacle de Grégori Baquet au Festival Off. Ravie du Adieu Mr Haffmann présenté au Théâtre Actuel, et malgré la grande différence entre les deux pièces, je ne doutais pas de l’excellence qui m’allait être présenté. Bingo ! Cette histoire, un genre de Tom à la Ferme pinterien, décrit une relation mère-fille invivable, constamment conflictuelle et surtout malsaine, qui se verra chamboulée par l’arrivée de Pat’, un voisin. L’histoire est délicieusement délirante, les acteurs sont excellents, leurs compositions, exemplaires – Catherine Salviat est une mère-monstre, infâme, abjecte et grincheuse ; Sophie Parel une quadragénaire provocatrice qu’on imaginerait bien mâchant un chewing-gum la bouche ouverte ; Grégori Baquet a un visage qu’on ne lui connaissait pas, le regard vite et benêt, la voix monocorde et légèrement bougone ; et Arnaud Dupont suit cet exemple en composant un demeuré fini, à la personnalité ambigue. Attention, le spectacle est mal référencé dans le programme, et se joue au Théâtre des Corps Saints à 21h15.

N’hésitez pas ! ♥ ♥ 

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L’affaire de la rue de Lourcine – Collège de la Salle

Depuis quelques vaudeville-fiascos lors de mes précédents Festivals, j’ai plus d’hésitation devant le nom de Labiche ou Feydeau. Cependant, le nom de Patrick Pelloquet évoquant en moi des précédentes bonnes critiques sur un Eduardo de Filippo monté au Théâtre 14, j’ai pris le risque. Monté de façon délirante, un peu noire, lente, plutôt inhabituelle, ce Labiche est un délice. La trame est pourtant glauque : deux anciens élèves de la même école, Labadens, se réveillent après une soirée arrosée, persuadée d’avoir commis un crime. Devant le tragique de la situation, ils n’hésiteront pas à commettre le pire pour éviter d’être dénoncés… Les comédiens sont excellents, et la mise en scène, bien que plus lente que ce qu’on pourrait imaginer pour ce genre du pièce, n’en est pas moins rythmée, agrémentée d’intermèdes musicaux très bien interprétés.

Un très bon Labiche en somme, à conseiller pour petits et grands ! ♥ ♥ 

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C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde – La Condition des Soies

Découvert lors de la présentation de saison du Théâtre du Rond-Point, je savais que j’irais voir ce spectacle car j’adore Chloé Olivères. C’est avec un grand plaisir que j’ai appris qu’il se jouait à Avignon cette année : il faut courir à la Condition des Soies pour découvrir ce petit bijou. Elles sont deux sur scène à nous raconter les problèmes que peut rencontrer une femme depuis sa grossesse jusqu’après la naissance de son enfant : des difficultés au travail à la préparation à l’accouchement naturel en passant par les complications post-natales et l’incompréhension liée à l’aptitude des femmes quant à l’éducation d’un enfant, dont tout homme semble dénué, on sort de ce spectacle hilare – et avec, pour ma part, une petite réticence quant à la maternité (mais j’ai encore le temps d’y penser). Le texte est bien écrit et désopilant, et les deux actrices se donnent corps et âme durant plus d’une heure pour ce spectacle féministe qui donne à penser et arrive à faire rire avec une réalité non enjolivée et plutôt amère.

A voir à la Condition des Soies ou au Théâtre du Rond-Point dès la saison prochaine ! ♥ ♥ 

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Des Accordés – Atelier Florentin

Lilian Lloyd, c’est un nom que j’ai retenu depuis son excellent Comme un arbre penché vu il y a quelques années au Théâtre La Bruyère. Présent au Festival d’Avignon comme auteur à nouveau, je n’allais pas le rater. On a tous tellement besoin de sa pièce, en ce moment, et surtout un 15 juillet comme celui-là : une histoire d’amour entre un homme qui semble un peu abandonné par le monde sans qu’il l’ait lui-même laissé tomber, un homme seul qui s’invente une vie pour rassurer son père et éviter de le décevoir, et une SDF qui aime sa liberté et voudrait croire que « Le rêve, c’est ton moteur ». A eux deux ils se complètent et forment une grosse part de moi-même, de nous tous probablement. Durant le temps d’un spectacle, ils se découvriront l’un l’autre et comprendront que le bonheur est accessible même lorsqu’on vit dans une appartement pas plus grand qu’une cage avec une chaise, une table, et un lit. Enfermés, on ne l’est que si on le souhaite. Les comédiens sont successivement des pépites pleines de bienveillance et de tendresse et des volcans prêts à éclater. Mais l’un l’autre ils semblent s’apaiser, et leur affection est communicative : à la sortie du spectacle, on a envie de crier son amour pour le monde. Et on appelle ses proches.

Simple et essentiel. Comme un pansement en ces temps troublés. ♥ ♥ 

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Léonard – Ninon Théâtre

J’ai tellement regretté d’avoir raté le seul en scène de Marc Pistolesi il y a deux ans au Festival, et j’ai tellement adoré sa mise en scène d’Ivo Livi cette année, que je ne pouvais manquer de le voir jouer dans son spectacle (il en met d’autres en scène également) au Ninon Théâtre. Le texte qu’il a écrit ne ressemble à rien d’autre, c’est un univers assez différent de tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici dans le Off : il y a quelque chose d’enfantin, de poétique, mais on sent un espoir immuable dans ce rappel de l’enfance que vit Léonard, un plongeon dans sa vie passée où l’espoir semblait une certitude là où il n’est maintenant plus qu’une illusion. Les acteurs sont très bons, et Marc Pistolesi lui-même est fabuleux, incarnant successivement Léonard, un homme désillusionné, et Arnolde, sorte d’ami imaginaire sorti de sa tête, partie téméraire de son enfance qui possède toute l’impulsivité que le Léonard adulte a perdu. Sur une base poétique solide, le texte manque de clarté parfois, semble encore un peu brouillon et pourrait être plus abouti. Mais l’acteur-auteur-metteur en scène a plus d’une corde à son arc, et on lui fait confiance pour la suite.

Une jolie proposition. ♥ 

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Je suis plus une adepte du Festival Off ; cependant, lorsqu’un spectacle me tente dans le In, je n’hésite pas très longtemps avant de prendre des places…

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Les Damnés – Cour d’Honneur

C’est l’événement du Festival In de cette année : le retour de la Comédie-Française dans la Cour d’Honneur après plus de 20 années d’absence. Inconditionnelle de la troupe comme je suis, je ne pouvais rater cet événement ! Une adaptation du film de Visconti par Ivo Van Hove dont j’avais beaucoup apprécié Vu Du Pont en début de saison, avec les comédiens que l’on connaît, voilà qui promettait d’être grandiose. Nous avons tous lu les nombreuses critiques dithyrambiques qui ont salué le spectacle et m’ont mis l’eau à la bouche : la déception n’en fut que plus grande. Je ne comprends pas pourquoi ça n’a pas pris sur moi : il y a de très bonnes idées de mise en scène, ainsi que des comédiens auxquels on ne peut rien reprocher techniquement, mais qui n’émeuvent pas. Seuls Eric Génovèse et Christophe Montenez parviennent à nous donner un semblant de malaise, de peur. Les comédiens sont remarquablement filmés durant le spectacle pour insister sur un regard ou un geste, et le dispositif ne m’a pas gênée. Mais comme tout, peut-être qu’il a participé à mon extériorisation du spectacle : le spectacle est trop plein, il y a trop de moyen, et cela tend à dénaturer la pièce. Là où on devrait être terrifiés, on se retrouve face à une troupe glacée mais pas glaçante, qui ne parvient pas à nous émouvoir. Je mettrais une partie de la faute sur un texte peut-être trop peu présent : les acteurs n’ont finalement pas tant de chose à jouer. On est parfois au bord de l’ennui, car peu embarqués par cette histoire. Dommage.

J’en attendais peut-être trop… 

Mon coeur a fait boum aux Déchargeurs

Critique d’Un obus dans le coeur, de Wajdi Mouawad, vu le 18 avril au théâtre des Déchargeurs
Avec Grégori Baquet, dans une mise en scène de Catherine Cohen

Cette fois-ci encore, comme beaucoup de mes sorties théâtrales, c’est le nom de l’acteur qui m’a attirée. Grégori Baquet, je le cerne bien maintenant, je l’ai suivi ces dernières années, son sourire triste et ses yeux d’une profonde gentillesse qui se marient si bien aux rôles que je lui connais : Julien dans Colombe, de Jean Anouilh, ou Mr Jenkins dans Colorature de Stephen Temperley. Mais un rôle pareil dans une pièce pareille, je ne l’aurais pas envisagé, et c’est avec curiosité, et appréhension, disons-le, que je me suis rendue aux Déchargeurs vendredi dernier.

Wahab, aujourd’hui, peut dire « avant ». Pour qu’il puisse dire « avant », il a fallu que quelque chose se passe, et avec nous il va chercher ce qui a pu déclencher cet « avant ». Son enfance, sa peur, le changement de sa mère, la guerre civile au Liban, l’attentat d’un bus auquel il a assisté, et la mort, tout se mélange et tout se distingue pour Wahab. Il ne confond rien mais il assimile. Et il nous raconte.

Dans la petite salle des Déchargeurs, avec deux chaises pour seul décor, Grégori Baquet prend le corps de Wahab et nous surprend. Il n’est plus le Grégori Baquet triste et mélancolique que l’on connaissait ; il incarne Wahab avec énergie et émotion, jusqu’à effrayer les spectateurs dans ses instants de folie. Le crane rasé, il remet souvent sa capuche comme pour se protéger de ce qui l’attend. Avec sa capuche, il est Le Wahab du présent, celui qui vit au Canada et qui se dirige vers l’hôpital pour voir sa mère. Sans sa capuche, il est l’ancien Wahab, il est au Liban et il est dans son souvenir. Son regard effrayé ou inquiet se tourne parfois dans notre direction, alors il tourne la tête et continue son histoire. Le comédien voulait nous prouver qu’il pouvait tout jouer : le pari est réussi ; cette part d’émotion et cette faculté à raconter son histoire, seul en scène, il l’a. 

La langue de Wajdi Mouawad frappe en plein coeur : avec un fil directeur bien dessiné, il parvient à nous raconter beaucoup de choses, tout en laissant la part à l’imagination : tout n’est pas rationnel, tout n’est pas expliqué, et la part d’interprétation personnelle est là. Grégori Baquet donne un corps à l’âme complexe, torturée et perdue, qu’est l’âme de Wahab. Derrière ce personnage, on sent l’émotion et le vécu du narrateur, qui parle ici beaucoup de son histoire personnelle. La peur, la mort, la guerre, il connaît, et les mots le soulignent à merveille. Grégori Baquet, habité par le personnage, est magistral.

Et il ne fait pas le combat seul. La mise en scène qui accompagne le comédien est sans faille : les lumières suspendent le temps et permettent la distinction les différents instants de sa vie. Tout particulièrement, lorsque le comédien décrit l’attentat du bus auquel il a assisté, et que les flammes semblent l’approcher du fond de la scène, l’ambiance inquiétante est retransmise avec brio, et la scène n’en est que plus réussie. L’utilisation des deux chaises enfin, dont je laisse la surprise, contribue encore à l’intelligence de cette mise en scène. Catherine Cohen, qu’on ne connaissait pas, a plus d’une corde à son arc. 

C’est un spectacle entier, une réussite totale, un monde racontée, une histoire soufflée, un Grégori Baquet transformé, qu’on espère retrouver bientôt au Festival Off. ♥ ♥ ♥

Colorature, Théâtre du Ranelagh

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Critique de Colorature, de Stephen Temperley, vu le 12 décembre 2012 au Ranelagh
Avec Grégori Baquet, et Agnès Bove, dans une mise en scène de Agnès Boury

C’est vrai que j’ai déjà vu cette pièce à Avignon, cet été. Mais devant tant de talents, impossible d’être insensible. Deux personnages, tout aussi attachants, sont sur scène. Cosmé Mac Moon, jeune pianiste de talent, et Florence Foster Jenkins, la colorature qu’il accompagne. Le seul bémol, c’est que cette chanteuse, qui reconnaît dans sa voix un don inné, est la seule à aduler sa voix. Elle chante faux, c’est un désastre. En réalité, elle n’a juste pas une belle voix. Mais dans cette pièce, pas une note n’est juste. 

C’est sans doute le plus remarquable chez Agnès Bove. Cette actrice a en effet une formation lyrique et chante merveilleusement bien (on l’entend chanter une véritable chanson à la fin de la pièce). Pourtant, tout au long du spectacle, elle ne chante pas une note juste. C’est faux, c’est admirablement faux. J’en suis restée bouche bée, car pour moi, seule quelqu’un qui ne sait pas chanter peut chanter aussi mal. C’est un comple, mais j’étais en admiration totale devant une voix aussi fausse ! Et là n’est pas le seul talent de l’actrice. Elle compose merveilleusement son personnage, de manière à ce qu’on soit aussi géné que son partenaire dans ses moments de doute, et que ce n’est pas de la pitié contrairement à ce qu’on pourrait penser, mais un réel sentiment d’attachement et de … compassion ? En tous les cas, le personnage est une réussite.

A ses côtés, Grégory Baquet, un acteur que j’ai déjà beaucoup loué sur ce blog. Ici, si l’acteur nous prouve une fois de plus son talent, il nous rappelle également l’excellent musicien qu’il est. Pianiste, chanteur, rien ne l’arrête. Il forme avec Agnès Bove un duo remarquable. Une complicité étonnante ressort de leur jeu, qui se ressent même un peu sur la photo ci-dessous. Plus qu’un attachement à leur personnage, ils semblent réellement attachés à leur partenaire, ce qui renforce les sentiments en jeu dans cette pièce ; affection, amitié, respect, admiration, tout en ressort plus beau, plus grand. 

Très beau spectacle, plus que conseillé : émotions au rendez-vous ! ♥ ♥ ♥ 

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L’Échange, Théâtre Mouffetard

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vidéo ici

Critique de L’Échange de Paul Claudel, vu le samedi 11 juin 2011 au théâtre Mouffetard
Avec Xavier Lemaire, Grégori Baquet, Gaëlle Billaut-Danno, et Isabelle Andreani, mis en scène par Xavier Lemaire

La première chose qui m’a frappée, devant ce premier Claudel, c’est sa difficulté … Si vous êtes musiciens, vous pourrez comprendre cette comparaison : L’Échange me fait penser au Prélude en do dièse mineur de Rachmaninov. On sait que tout ce qu’il compose s’adresse à des virtuoses, et ce Prélude est le plus facile, ou plutôt le moins difficile qu’il a écrit. Néanmoins, il nécessite un bon nombre d’années de piano. L’Échange, c’est pareil. Claudel laisse derrière lui un bon nombre d’écrits, et parmi ceux-là, l’Échange est le plus abordable ; il n’en reste pas moins extrêmement compliqué … Je suis, d’ailleurs, très loin d’avoir tout compris à la pièce. En résumé, le jeune Louis Laine, 20 ans, est marié à Marthe, une femme à peine plus âgée que lui. Elle a quitté ton pays pour le suivre, aux Etats-Unis, où Louis est engagé par Thomas Pollock et sa femme. Marthe, elle, s’occupe de la maison. Mais Louis délaisse Marthe pour la femme de T. Pollock. Ce dernier voit en Marthe la femme dont il a besoin. Marthe, quant à elle, ne peut se résoudre à échanger Louis contre Thomas …

Ici, Xavier Lemaire choisit de nous présenter la 2e version de L’Échange. La pièce, en effet, a été « remaniée » par Paul Claudel à la fin de sa vie : la première version date de 1894, la seconde arrive 60 ans plus tard. Mais est-ce vraiment la meilleure des deux ? Ce qu’on fait à l’instinct, ce qui est écrit lorsque vient l’inspiration ne donne-t-il pas quelque chose de plus réel, quelque chose de mieux, que lorsqu’on opère des rajouts en essayant d’améliorer une pièce ?

Car ici, enfin pour moi, les longueurs sont présentes. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’on s’ennuie, car le texte, même difficile, est agréable à écouter ; il relève du poétique. Malgré tout, certains passages, plus courts (ou même non présents) dans la 1ère version, comme « la confession de Marthe », nous intéresse moins que d’autres … Notre intérêt varie donc selon les différentes scènes.

Cependant, on apprécie la mise en scène ; rien n’est en trop, rien ne manque – tout a été cadrée par Xavier Lemaire, qui interprète également Thomas Pollock Nageoire : bon acteur, avec une voix douce et qui porte. Mais il n’est pas très présent durant la pièce … Contrairement à son épouse, Lechy, jouée par Gaëlle Billaut-Danno : elle est très souvent là, et, son personnage étant actrice, elle apporte du « théâtre dans le théâtre ». C’est, en quelque sorte, une femme fatale ; et elle cherche à enlever Louis Laine à sa femme, Marthe. Et cette femme, c’est Isabelle Andréani qui l’incarne : sincère dans son désespoir, touchante dans ses tentatives de reprendre celui qu’elle aime, j’ai beaucoup apprécié son jeu. Enfin, venons en à un acteur que je connais déjà un peu, que j’ai vu 4 fois, et que j’aime beaucoup : Grégori Baquet.  C’est un excellent acteur, malgré le nombre restreint d’expressions dont il est capable : il semble en effet toujours triste (sans doute à cause de quelques rides au front …). En dépit de cela, il a une très bonne diction, et surtout, parait extrêmement naturel sur scène : ici, par exemple, il passe la première scène nu (acte dont je ne pense pas tous les acteurs capables) après s’être renversé un bassine d’eau en guise de douche. De plus, il est très gracieux lorsqu’il se déplace, dû à ses nombreuses années de danse. C’est un acteur polyvalent, et il a également participé à des comédies musicales comme Roméo et Juliette …

En conclusion, j’estime que cette pièce est à voir pour qui a déjà une certaine « maturité théâtrale » ; les acteurs font toujours en sorte que chaque scène, qu’elle soit plus ou moins intéressante, reste du moins agréable à entendre … et à voir !