L’Échange, Théâtre Mouffetard

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Critique de L’Échange de Paul Claudel, vu le samedi 11 juin 2011 au théâtre Mouffetard
Avec Xavier Lemaire, Grégori Baquet, Gaëlle Billaut-Danno, et Isabelle Andreani, mis en scène par Xavier Lemaire

La première chose qui m’a frappée, devant ce premier Claudel, c’est sa difficulté … Si vous êtes musiciens, vous pourrez comprendre cette comparaison : L’Échange me fait penser au Prélude en do dièse mineur de Rachmaninov. On sait que tout ce qu’il compose s’adresse à des virtuoses, et ce Prélude est le plus facile, ou plutôt le moins difficile qu’il a écrit. Néanmoins, il nécessite un bon nombre d’années de piano. L’Échange, c’est pareil. Claudel laisse derrière lui un bon nombre d’écrits, et parmi ceux-là, l’Échange est le plus abordable ; il n’en reste pas moins extrêmement compliqué … Je suis, d’ailleurs, très loin d’avoir tout compris à la pièce. En résumé, le jeune Louis Laine, 20 ans, est marié à Marthe, une femme à peine plus âgée que lui. Elle a quitté ton pays pour le suivre, aux Etats-Unis, où Louis est engagé par Thomas Pollock et sa femme. Marthe, elle, s’occupe de la maison. Mais Louis délaisse Marthe pour la femme de T. Pollock. Ce dernier voit en Marthe la femme dont il a besoin. Marthe, quant à elle, ne peut se résoudre à échanger Louis contre Thomas …

Ici, Xavier Lemaire choisit de nous présenter la 2e version de L’Échange. La pièce, en effet, a été « remaniée » par Paul Claudel à la fin de sa vie : la première version date de 1894, la seconde arrive 60 ans plus tard. Mais est-ce vraiment la meilleure des deux ? Ce qu’on fait à l’instinct, ce qui est écrit lorsque vient l’inspiration ne donne-t-il pas quelque chose de plus réel, quelque chose de mieux, que lorsqu’on opère des rajouts en essayant d’améliorer une pièce ?

Car ici, enfin pour moi, les longueurs sont présentes. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’on s’ennuie, car le texte, même difficile, est agréable à écouter ; il relève du poétique. Malgré tout, certains passages, plus courts (ou même non présents) dans la 1ère version, comme « la confession de Marthe », nous intéresse moins que d’autres … Notre intérêt varie donc selon les différentes scènes.

Cependant, on apprécie la mise en scène ; rien n’est en trop, rien ne manque – tout a été cadrée par Xavier Lemaire, qui interprète également Thomas Pollock Nageoire : bon acteur, avec une voix douce et qui porte. Mais il n’est pas très présent durant la pièce … Contrairement à son épouse, Lechy, jouée par Gaëlle Billaut-Danno : elle est très souvent là, et, son personnage étant actrice, elle apporte du « théâtre dans le théâtre ». C’est, en quelque sorte, une femme fatale ; et elle cherche à enlever Louis Laine à sa femme, Marthe. Et cette femme, c’est Isabelle Andréani qui l’incarne : sincère dans son désespoir, touchante dans ses tentatives de reprendre celui qu’elle aime, j’ai beaucoup apprécié son jeu. Enfin, venons en à un acteur que je connais déjà un peu, que j’ai vu 4 fois, et que j’aime beaucoup : Grégori Baquet.  C’est un excellent acteur, malgré le nombre restreint d’expressions dont il est capable : il semble en effet toujours triste (sans doute à cause de quelques rides au front …). En dépit de cela, il a une très bonne diction, et surtout, parait extrêmement naturel sur scène : ici, par exemple, il passe la première scène nu (acte dont je ne pense pas tous les acteurs capables) après s’être renversé un bassine d’eau en guise de douche. De plus, il est très gracieux lorsqu’il se déplace, dû à ses nombreuses années de danse. C’est un acteur polyvalent, et il a également participé à des comédies musicales comme Roméo et Juliette …

En conclusion, j’estime que cette pièce est à voir pour qui a déjà une certaine « maturité théâtrale » ; les acteurs font toujours en sorte que chaque scène, qu’elle soit plus ou moins intéressante, reste du moins agréable à entendre … et à voir ! 

Hamlet, Mouffetard

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Critique de Hamlet, de Shakespeare, vu le samedi 5 février au théâtre Mouffetard
Avec Clément Aubert, James Champel, Romain Cottard, Fanny Deblock, Yves Jégo, Imer Kutlovci, Dominique Massat, Arnaud Pfeiffer ; mise en scène Igor Mendjisky

Tout d’abord, il faut se débarrasser de l’idée d’un Hamlet en costume et avec le texte respecté ; c’est une adaptation moderne du chef-d’oeuvre de Shakespeare… Une fois entrés dans le jeu de cet excellent acteur qu’est Romain Cottard (Hamlet), on ne peut plus se détacher et, lorsqu’il n’est pas sur scène, le temps devient parfois long : il « porte » presque la pièce sur son dos, et, bien que d’autres acteurs soient très bons, il reste nettement au-dessus d’eux.

Malgré quelques dialogues que je n’aurais pas ajoutés au texte, il me semble que c’est tout de même une très bonne adaptation ; fidèle la plupart du temps, et très bien jouée. Les décors sont légers, voire inexistants, mais il ne manque tout de même rien sur scène (les accessoires utilisés remplacent presque le décor). Quelques idées de mise en scène sont tout de même vraiment bonnes ; je pense particulièrement au combat final entre Hamlet et Laertes, où les deux hommes, sans épée, simulent les tentatives de touches de l’adversaire en plongeant dans des sortes d’aquarium, puis en s’ébrouant comme des chiens (à dire, ça paraît bizarre, mais c’est une belle trouvaille). Le passage du théâtre dans le théâtre est également très réussi, avec l’utilisation des masques de théâtres (à la grecque ?), mais les acteurs ne sont pas très exagérés, et vraiment, la scène rend très bien !

Enfin, c’est un bon Hamlet, à voir je pense … Même si, un jour, j’aimerais voir un Hamlet en costume, en vers (pourquoi pas en anglais ?), et sans coupure …

Une question subsiste … Pourquoi James Champel (qui incarne Oratio) semble-t-il attendre le spectateur avant le commencement de la pièce, confortablement assis dans son fauteuil ?

Placement : premier rang !!!