Avis sur la Comédie-Française, 2e version

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Quelques visites sur mon blog et l’on comprend bien vite que c’est là où je passe pas mal de mon temps. La Comédie-Française, il n’y a pas à dire, nous présente le plus souvent des spectacles de qualité soutenus par des comédiens de grand talent. Je vais bientôt voir mon dernier spectacle de la saison ;Cyrano de Bergerac. J’aimerais revenir rapidement sur cette saison, ayant vu près de 15 spectacles au Français cette année. 

J’ai écrit, il y a maintenant presque 2 ans, un article sur le Français. J’étais plus jeune et je m’indignais de la salle si peu attentive et de la scène un peu hypocrite que le premier théâtre de France nous présentait. Aujourd’hui, je crains que mon avis ne change pas, ou peu. La salle est toujours la même. Les portables sonnent, les gens discutent, bougent, soupirent, regardent l’heure. Sur la scène, c’est plus difficile à percevoir. Mais des signes, des anecdotes rapportées, semblent confirmer que parfois, on est plus dans lesingulis que dans le simul. Comme cette confrontation sur scène entre deux acteurs lors d’une représentation de Candide. Et comme probablement d’autres événements passés sous silence …

La Comédie-Française est un lieu qui m’impressionne et sur lequel je m’interroge souvent. Que nous cache-t-on ? Comment est-ce « à l’intérieur » ? Quelle y est la véritable ambiance ? Quel comédien lorgnait quel rôle ? Comment est-ce d’appartenir à pareille troupe ? Quel est la relation entre l’administratrice et les comédiens ? Et la relation entre les comédiens et tous ces acteurs du Français que l’on ne connaît pas : techniciens, maquilleurs, … ? Comment se déroulent les répétitions ? 

Je suis toujours excitée à l’idée d’aller au Français. Quoi que j’aille voir, j’aime retrouver ces comédiens que je commence à « connaître », dont la voix m’est familière et le jeu pourtant toujours renouvelé. Et puis, disons-le, lorsque le Français rate, il rate en profondeur, et c’est aussi drôle (enfin, sauf pour le porte-monnaie). J’avouerais que je me suis presque amusée à écrire cet article sur Phèdre, malgré mon indignation. C’est toujours plus facile de démonter un spectacle que de l’encenser. Et un ratage aussi complet que celui-ci m’offrait un article entièrement négatif : c’est rare et précieux, il ne faut pas le gâcher. Pour revenir à la pièce, elle est malgré tout la preuve que le Français fait des erreurs … et n’apprend pas de celles-ci. Car Phèdre est repris l’an prochain. Lisez les autres critiques, je ne suis pas seule négative.C’est Phèdre qu’on assassine dit Armelle Héliot. Alors pourquoi reprendre un tel spectacle ? Encore une question qui demeure sans réponse.

Heureusement, on voit également des spectacles d’un niveau que l’on trouve rarement ailleurs. Je pense à Antigone, ou encore aux Trois Soeurs. Autant de spectacles qui me laissent un souvenir imperissable. Des spectacles qui m’ont émue aux larmes et que j’ai pris plaisir à revoir ou à réécouter (je rappelle qu’Antigone est disponible ici en podcast). Des spectacles où tout est parfait, de la mise en scène au moindre rayon de lumière ou coin d’ombre, d’un haussement de sourcil à un regard noir de mépris.

Le mandat de Muriel Mayette s’arrête bientôt. Sera-t-elle reconduite au poste d’Administratrice du Français ? Car elle a amené du bon, comme du mauvais … Je mentionnais Phèdre plus haut, mais là n’est pas sa seule erreur, d’après moi… Lorsque j’ai regardé le programme de l’an prochain, j’ai été déçue de l’absence des Cartes Blanches aux comédiens. Dommage que ces moments particuliers aient été supprimés ainsi … Je me souviens pourtant que la salle était pleine pour la Carte Blanche de Cécile Brune … Étonnant enfin de retrouver l’an prochain l’École d’Acteur de Pierre Niney : il me semble en effet un peu jeune pour l’exercice, contrastant avec les autres présentées l’an prochain, comme celle de Martine Chevallier. Mais, si certains des choix de Mayette s’avèrent décevant, il faut tout de même lui reconnaître un don pour dénicher des talents : Hecq, Niney, Jenicot, Lopez, Brahim … ils iront loin. Mais peut-être qu’il faudrait à présent regarnir le Français en femmes, puisque les 6 derniers engagés sont tous des hommes, qui de plus se ressemblent beaucoup … ?

Une année globalement bonne au Français donc, d’excellents spectacles, des surprises agréables, plutôt beaucoup de musique avec deux cabarets et René Guy Cadou, quelques petites déceptions comme Dom Juan, et un échec important (et pourtant improbable : rater Phèdre à ce point, c’est fou). J’en attends au moins autant pour l’année prochaine : pour moi, on n’a pas le droit de rater Hamlet ; si on le monte, c’est qu’on est sûr de soi.

Bien sûr, et même si je ne l’ai pas mentionné dans cet article, je pense à Dominique Constanza, et à ses proches. 

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Laurent Stocker

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La première chose qu’on remarque sur cette photo, c’est peut-être le beau sourire de Laurent Stocker. Un sourire et une joie de vivre qui semblent le caractériser si bien. J’aimerais aujourd’hui vous parler de ce comédien que j’admire beaucoup, et dont le nom me réjouit à l’avance lorsque je vais le voir, car je sais qu’il fait partie de ceux qui parviennent toujours à me surprendre, à renouveler leur jeu. C’est un acteur qui se renouvelle constamment, un acteur qui m’étonnera toujours.
Un proverbe arabe dit « Qui veut paraître grand est petit. » Pour Laurent Stocker, le procédé est inverse. Ce acteur de 1m67 fait partie des plus Grands. Né en 1973, il est aujourd’hui un acteur complet : sociétaire de la Comédie-Française, apparaissant au cinéma, César du meilleur espoir masculin en 2008 pour son interprétation parfaite de Philibert dans Ensemble c’est Tout, vu récemment, hors Comédie-Française, jouer avec brio un Prix Martin à l’Odéon… Il est plein de ressources, de vie, de talent. 
« Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie. » disait Jules Renard. Et cette vie, il l’a. Sans nul doute, il est l’acteur présentant le plus d’entrain et de vivacité que j’ai vu sur scène. Il brille. Il rayonne. Le Figaro qu’il a incarné sur la scène du Français restera dans les meilleurs prestations de ce valet de génie. En plus de la malice et de l’esprit qui caractérisent ce personnage de Beaumarchais, Stocker y ajoutait sa patte : de son Figaro émanait sympathie et joie de vivre, intelligence et amour.
Vittorio Gassman dit qu’« Au théâtre, le langage est tout. » C’est simple, lorsque Stocker parle, on boit ses paroles. Diction sans faille, évidemment, voix claire, forte, commune mais malgré tout reconnaissable. Moi qui n’avait jamais réussi à accrocher au monologue de Figaro, j’y ai trouvé de nombreuses réponses en l’écoutant par lui. Il ne le récite pas. Il le raconte, il l’explique, il le vit. Il soutient l’attention du spectateur avec une facilité … Et je prends l’exemple de Figaro, mais à chaque apparition, c’est un délice que de l’écouter. 
De plus, « L’élément du théâtre est la métamorphose » affirme Heiner Müller. Face à moi, ce n’est jamais le même personnage. Laurent Stocker a une faculté de transformation incroyable. Certes, il est évident que le maquillage aide à se transformer. Mais il y a autre chose. Entre le Mercure d’ Amphitryon, ce Figaro dont j’ai déjà parlé, Philibert, son personnage de Ensemble c’est tout, ou encore Agénor dans Le Prix Martin, je n’ai jamais eu le même homme devant moi. J’aimerais déjà souligner que le personnage pour lequel il a obtenu un César était merveilleusement interprété : l’évolution lente et visible de Philibert est signe d’un réel talent, et son bégaiement est des meilleurs et des plus naturels que je connaisse. Quant à ses autres rôles … J’aurais juré que l’acteur incarnant Agénor avait l’âge du rôle, c’est-à-dire 60 ans. Il avait les difficultés de la vieillesse, le visage marqué, la bouche tirée … De même, pour Mercure, si sa vivacité était reconnaissable, cet air malsain qu’il affichait était tout sauf habituel. 
Enfin, comme dit Francis Huster, « Un texte de théâtre est à voir. Un texte de théâtre est à écouter. Est-ce qu’un texte de théâtre est à lire ? » Laurent Stocker sait nous donner à voir. Il me semble bien qu’il est 2e dan de karaté (ou excellent en escrime, ça reste à confirmer), ce qui lui confère une agilité … impressionnante. Sa gestuelle n’en est que plus parfaite. Il faut voir, par exemple son « Qu’il s’avise de parler latin, j’y suis grec, je l’extermine »… La gestuelle est impeccable et produit immanquablement son petit effet comique.

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On pourrait dire bien des choses en somme sur Laurent Stocker. Mais je pense que le mieux est de le voir. Il est formidable, prodigieux, brillant, étonnant, renversant, drôle, grandiose, talentueux. Parfait. Pour moi, il fait partie des plus Grands acteurs français contemporains. Je n’ai jamais été déçue par son jeu, sa présence est toujours un bienfait pour la pièce.

Merci pour toutes ces belles et inoubliables soirées théâtrales que vous nous offrez.

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Jean-Marie Besset

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Jean-Marie Besset est un auteur que j’ai découvert il y a 2 ans, lors de la première de Ce qui arrive et ce qu’on attend (25 août 2010). Je n’ai pas immédiatement apprecié l’écriture, le style. Malgré tout, j’étais intriguée, persuadée que quelque chose m’avait échappé, et comme j’avais tout de même apprécié la pièce, j’y suis retourné à plusieurs reprises. Il m’a fallu plusieurs représentations pour comprendre l’excellence de ce que je venais de voir. Après cette pièce, j’ai voulu en découvrir d’autres, et j’ai lu, vu des DVDs, et d’autres de ses pièces (Il faut je ne veux pas) …

Cet auteur m’a également interessée par son parcours. En effet, poussé par ses parents, il a d’abord fait une grande école de commerce avant de se diriger vers le théâtre. Ce passé, ces études qu’il ne souhaitait peut-être pas, tout ceci se ressent beaucoup dans son oeuvre : je ne crois pas me souvenir d’une pièce où l’univers des grandes écoles n’est pas mentionné. Une de ses oeuvre a d’ailleurs pour titre Grande École(je n’ai vu que le film, que je n’ai pas beaucoup aimé, mais je pense lire la pièce d’ici peu).

De Besset, j’ai donc beaucoup lu. Certaines pièces m’ont beaucoup plu (Commentaire d’amour, Perthus, Je ne veux pas me marier), d’autres moins (Fête Foreign, RER). Mais j’en élève une bien plus haut que tout ce que j’ai pu lire, ou voir … J’ai longtemps pensé que Ce qui arrive et ce qu’on attend était indépassable. Puis j’ai lu Un coeur français. Dans cette pièce, on découvre Janvier lors de sa transplantation cardiaque. Je ne veux pas m’essayer à résumer plus que cela, car la pièce est bien trop complète pour pouvoir être résumée. Le fait est que cette pièce est grandiose. Jean-Marie Besset y mêle avec brio les sujets de la mort, de l’amour, et de la politique, entre autres. On y retrouve cette tension sous-jacente qui m’avait tant marquée dans Ce qui arrive et ce qu’on attend. De la tension liée à la mort comme aux choix importants devant lesquels se retrouve Janvier. De la tension par les actions qui s’y déroulent, comme par les mots qui s’y disent. Et quel titre : Un coeur français. L’expliquer, ou l’analyser, briserait sa beauté. Il faut lire, pour comprendre. Voir aurait été mieux, mais la pièce ne se donne pas en ce moment. Dans tous les cas, cette pièce m’a vraiment touchée. J’ai pleuré en la lisant, ce qui est plutôt rare. S’il y a une oeuvre de Besset à lire, je pense que c’est celle-ci. J’aimerais beaucoup lire d’autres avis !

De plus, Jean-Marie Besset n’est pas seulement auteur de théâtre. Il est également adaptateur. Par exemple, c’est lui qui a traduit le texte de Will Eno, Thomas Chagrin. C’est également lui qui signe la traduction de The Importance of being Earnest en L’importance d’être sérieux (Oscar Wilde), qui se jouera dès janvier 2013 au TOP. Enfin, à tous ses talents, ajoutons qu’il est également l’un des fondateurs du festival NAVA auquel j’ai assisté cette année. 

 

Adrien Melin

adrienmelin3.jpgAdrien Melin est un jeune acteur que j’ai découvert dans Le Diable Rouge avec Claude Rich et Geneviève Casile, il jouait le jeune Louis XIV. J’étais plus jeune, lui aussi, et pourtant il me semble que j’avais déjà décelé en lui cette chose qu’on trouve chez les excellents acteurs, ce « petit truc en plus » … 

Je l’ai après retrouvé dans Ce qui arrive et ce qu’on attend (JM Besset), puis Thomas Chagrin (Will Eno) et Masques et Nez, et enfin dans Il faut je ne veux pas (Besset) qui se joue en ce moment, à l’Oeuvre. Et chaque fois, j’avais l’impression de découvrir un nouveau comédien. Un nouvel excellent comédien.

Tout d’abord jouant un personnage anxieux, hésitant, quelque peu dérouté et dépassé dans la première oeuvre de Besset, on le retrouvait transformé dans le monologue de Will Eno : seul en scène, et malgré la qualité du texte, il parvenait à saisir tous les regards, à faire passer quelque chose par l’histoire de son personnage. Ainsi, je savais qu’il était aussi bon en seul en scène que parmi une troupe. Mais qu’en est-il de la suite ? Et bien c’est simple : dans Masques et Nez, on a du mal à le reconnaître : sa voix est changée, son masque lui cache la moitié du visage, et il le porte très bien, cela donne quelque chose de très naturel : malgré cette composition, il reste excellent. Ainsi, pour Adrien Melin, ni le seul en scène, ni le rôle principal d’une pièce de JM Besset, ni la composition ne semble faire obstacle à son talent. Enfin, on le retrouve aujourd’hui dans une nouvelle pièce de Besset, et il est absolument renversant : incarnant tout d’abord un personnage de Musset, il enchaîne par un nouveau personnage de Jean-Marie Besset, et à nouveau, il est transformé : ses manières, sa diction, tout est adapté selon le contexte. Merveilleux.

Ainsi, Adrien Melin est un comédien complet. Il fait partie de la promotion 2007 du Conservatoire.

Jouant aussi bien du comique que des pièces plus sombre, ou à caractère plus profond, il excelle dans tous les domaines. On attend avec impatience une tragédie, il serait à mon humble avis, un parfait Hippolyte, et un Titus plus qu’émouvant.

Acteur à suivre. Un Grand, il ira loin, très loin.

Les Caprices de MDT

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 Petit article inattendu sur ce que j’aime et ce qu’au contraire je ne peux pas supporter au théâtre :

 Top 5 des détails susceptibles de m’énerver :

– 5e position : la fumée … quelle est donc cette nouvelle mode de mettre toujours de la fumée ? Entrer dans une salle pour être immédatement asphyxié ne sert absolument à rien …

– 4e position : les applaudissements pendant la pièce. Ça peut arriver que j’applaudisse également, comme après la tirade d’Harpagon par Denis Podalydès (lire ici) ou je peux comprendre cette réaction, comme ici, mais par exemple, applaudire Pierre Arditi lorsqu’il entre sur scène dans La Vérité n’a rien d’essentiel, et ça gâche 

– 3e position : les tousseurs

– 2e position : … et leurs amis les commentateurs

– et le grand vainqueur : une mise en scène à base de « théatre dans le théâtre ». Ça devient trop facile et ça m’énerve immédiatement : je pars alors avec un très mauvais a priori pour ce qui va suivre.

Top 5 de ce qui me met de bonne humeur :

– 5e position : une pièce absolument nulle. C’est plus facile à critiquer et c’est plutôt rare (de moins en moins malheureusement).

– 4e position : des applaudissements nourris et des spectateurs allant jusqu’à se lever pour remercier les acteurs. J’ai rarement été à ce genre de représentation mais je trouve ça vraiment dommage, car la fin du spectacle est le seul moment où le spectateur fait part de ses impressions aux acteurs. Il faut oser !

– 3e position : de belles musiques de transition entre les scènes.

– 2e position : entrer dans la salle avec une allergie (oui je suis très allergique) qui me fait éternuer toutes les 10 secondes et ne pas me moucher une fois durant la pièce : la magie du théâtre fonctionne et c’est le seul remède qui marche à ce jour (si jamais je continuais d’éternuer je sors de la salle, bien sur).

– et en 1ère position … : une bonne mise en scène, d’excellents acteurs et un texte parfait : là est tout mon bonheur.

Présentation de la saison 2011-2012 au Vingtième Théâtre

Tout d’abord, je vous prie de m’excuser d’avance. Une année très lourde m’attend et il se pourrait que le temps que j’accordais l’année précédente à ce blog soit réduit. Les critiques seront donc peut-être moins approfondies.

Je compte ici donner mon avis, brièvement, sur certains spectacles présentés le 5 septembre, au Vingtième Théâtre (tout détailler serait trop long).

Dorian Gray [Oscar Wilde] (24 août – 30 octobre) : Par la magie d’un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de sa jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences. Vous connaissez mon avis sur la pièce, je veux juste préciser que j’ai trouvé l’attitude de Grégori Benchenafi assez déplacée, il n’a fait qu’une courte apparition, sans costume, pour présenter (je cite) « l’atout-charme » de sa pièce : Caroline Devismes, qui a chanté une courte chanson. Pour peu que l’histoire nous soit inconnue, impossible de la deviner ainsi. Vraiment dommage.

Chez Mimi [Aziz Chouaki] (7 septembre – 30 octobre) : Une comédie provençale chantée qui se déroule dans les années 60. Un bistro-guinguette avec ses rumeurs de comptoir et son bal du samedi soir. Un chanteur de rock qui fascine les midinettes. Et puis la guerre, celle d’Algérie. Et, trônant derrière le comptoir, Mimi l’Algérienne, avec sa faconde, son franc-parler et ses silences sur son pays natal : Mimi, l’âme du village. Avant de voir l’extrait présenté, je pensais que j’irais. Après, j’en avais un peu moins envie. Mise en scène qui a l’air assez simple, malgré une histoire qui peut-être intéressante. 

La Sublime revanche [Camille Germser] (2 novembre – 22 janvier) : En 1973, un groupe de danseuses, employées dans différents cabarets parisiens, fondait un syndicat pour se réapproprier corps et spectacle. Elles furent toutes licenciées. Un an plus tard, ces danseuses présentaient leur propre revue. Ce spectacle fit salle comble et scandale durant trois mois, au Théâtre du Soupirail. La Sublime revanche est une reconstitution de cette revue. Ici, c’est le contraire. Aucune envie d’y aller avant d’avoir vu les 2 passages qu’elles ont présentés. Mais après … Oui, je pense que j’irai le voir.

Andromaque, fantaisie barock’  [Pierre Lericq] (9 novembre – 15 janvier) : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector … qui est mort. Après L’Odyssée, la Genèse etAntigone, Les Epis Noirs déracinent Andromaque ! Une fantaisie barock’ où se mêlent et s’entremêlent burlesque et tragédie, chant et danse … avec La Mort comme maîtresse de cérémonie. Et en effet, ce sont deux extraits avec La Mort qui ont été présentés. Je n’ai pas vu le rapport avec Andromaque, mais c’était vraiment pas mal ! J’irai.

L’Hôtel des Roches Noires [Françoise Cadol et Stefan Corbin] (18 janvier – 4 mars) : Des fantômes hantent les murs d’un ancien hôtel. De courants d’air en éclats de rire, ils jouent pour passer le temps. Leur voeu le plus cher serait la réouverture de l’hôtel pour qu’enfin les clients reviennent et avec eux, leurs histoires d’amour. Bientôt arrive un homme avec un coeur qui bat… Indécise. Peut-être, peut-être pas…

Nuremberg, la fin de Goering [Arnaud Denis] (25 janvier – 10 mars) : A la fin de la deuxième guerre mondiale, les Alliés se retrouvent devant un épineux problème : que faire des grands dirigeants nazis ? Ils ne seront pas fusillés, ils seront jugés pour crimes contre l’humanité. C’est le début d’un des plus grands procès du XXe siècle : le Procès de Nuremberg. Sur le banc des accusés, Hermann Goering, deuxième personnage du Reich, attend son jugement. Que dire, à part que le discours du procureur américan, présenté par Jean-Pierre Leroux, ne peut me rendre que plus impatiente …

Alaska forever [création collective] (7 mars – 25 mars) : Au rythme d’un reality show stellaire et déjanté, « L’Homme en blanc », gourou du management et génie de la finance, confie son histoire, celle d’un grand patron de l’industrie pétrolière confronté à une catastrophe écologique sans précédent. Définitivement, non.

Pasolini [Michel Azama] (21 mars – 29 avril) : Communiste-catholique-homosexuel-dissident… controversé-excommunié-persécuté-assassiné ! Film-spectacle retraçant 25 ans de l’histoire et la fin tragique d’un des plus grands poètes, cinéaste, romancier italient du siècle dernier ! L’histoire est sûrement passionante, mais a priori … non.

Antigone [Sophocle] (28 mars – 6 mai) : Dans cette course suicidaire entre deux êtres que tout oppose, trois somédiens endossent tous les rôles tandis que le Choeur, accompagné d’un violoncelle, fait résonner cette langue d’une incroyable modernité. La salle semblait s’être endormie pendant leur présentation : sans hésitation, non.

Léonie Simaga

Léonie Simaga, sociétaire du Français

Léonie Simaga, sociétaire du Français

Léonie Simaga est une actrice que j’ai découverte dans Andromaque de Racine : elle jouait Hermione, et semblait alors parfaite pour jouer la tragédie. Je ne l’imaginais pas en un personnage autre qu’une jeune amoureuse trahie, pleurant sur l’épaule de l’homme qu’elle aime mais qui la rejette, se suicidant au dessus du corps, mort, de Pyrrhus, mélant son sang au sien : en deux mots, une véritable tragédienne. Puis, j’ai appris qu’elle jouait et chantait dans L’Opéra de Quat’sous … pièce que j’ai vue le jour de la fête de la musique : j’avais du mal à croire que j’avais des acteurs, et non des chanteurs, en face de moi. Et particulièrement, semblant se détacher des autres, Léonie Simaga, jouant le rôle principal (Polly), avec une voix magnifique, une gestuelle parfaite, un jeu absolument excellent.

C’est une jeune actrice, née en 1978, sociétaire de la Comédie-Française depuis 2010. Elle a mis en scène quelques pièces (Pour un oui ou pour un non au Vieux-Colombier, La Dernière Lettre et Epître aux jeunes lecteurs au Théâtre du Conservatoire). Elle a également fait un peu de cinéma (Le Bal des Actrices, Mon Pote), apparaissant même dans la série Vénus et Apollon.

Pourtant, sa carrière n’était pas toute tracée ; elle souhaitait plutôt devenir enseignante. Elle fait une hypokhâgne puis une khâgne à Condorcet, mais son échec au concours de l’ENS la dirige vers autre chose ; elle veut réussir un grand concours, et entre donc, tout naturellement, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où elle reste de 2002 à 2005. Elle entre rapidement à la Comédie-Française car on peut la voir dans Esther en 2004 puis dans Le Cid en 2005 (l’Infante, puis Chimène, en 2007). Elle est engagée comme pensionnaire le 13 juillet 2005, puis devient sociétaire le 1er janvier 2010.

C’est une excellente actrice, que je compte bien suivre ; lorsque j’ai vu sur le programme du Malade Imaginaire qu’elle interprétait, en alternance avec Julie Sicard, Angélique, j’ai espéré tomber sur elle ce soir-là : et lorsque je l’ai vue entrer sur scène, j’ai fait un grand sourire, car il n’y a rien de meilleur que de voir un acteur dont on connaît les capacités sur scène : on sait alors que notre soirée sera assurément bonne, si tant est que l’acteur/actrice en question apparaisse beaucoup. Malheureusement, là, elle avait un rôle plus secondaire : mais cela n’avait pas d’importance car elle est toujours très juste, toujours excellente, qu’elle soit le premier rôle, ou la « simple » amoureuse de second plan. Et j’ai tout de même passé une très bonne soirée (voir ici).

Je pense qu’elle peut tout jouer. Mais, si elle est parfaitement capable de jouer la comédie, la farce, comme L’Amour Médecin, on l’imagine aussi dans un grand rôle tragique ; à quand Phèdre (elle jouerait, bien sûr, Phèdre !) ? Elle a un talent … Elle dégage réellement quelque chose sur scène ; elle illumine le plateau, elle vit son rôle : comment ne pas souhaiter le retour de Pyrrhus vers Hermione après l’avoir vue se lamenter auprès de sa confidente ? comment ne pas s’indigner lorsqu’on voit Angélique découvrir son futur mari, Thomas Diafoirus ? Elle nous séduit par son jeu – parfait, sa voix – douce, son articulation – impeccable, sa beauté …sublime. Enfin, où sont ses défauts ? En a-t-elle seulement ?

Voici une interview, où on peut voir qu’elle n’est pas sûre d’elle … contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, car quand on a un tel talent, on peut se permettre d’avoir, au moins un peu, confiance en soi !

IL NE FAUT JURER DE RIEN,Léonie Simaga par publicsenat