La Viala, la Locandiera !

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Critique de La Locandiera, de Carlo Goldoni, vue le 10 novembre 2018 à la Comédie-Française
Avec Florence Viala, Coraly Zahonero, Françoise Gillard / Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Noam Morgensztern et Thomas Keller, dans une mise en scène d’Alain Françon

Enfin ! Enfin, je découvre cette Locandiera, après six mois d’attente ! On se souvient évidemment de la grève Salle Richelieu qui empêcha le spectacle de se donner, de mes billets déplacés et finalement annulés, de ma tristesse de manquer un spectacle de Françon pour finir en beauté (et surtout relever un peu) ma saison au Français. J’ai craint que ces péripéties n’altèrent le spectacle – c’était sans compter le Maître qui en est à l’origine.

Pièce féministe avant l’heure, La Locandiera conte l’histoire de Mirandolina, qui tient l’auberge où se déroule l’action. Des voyageurs, qui ressemblent à des habitués, un Marquis et un Comte, lui font la cour et redoublent d’inventivité pour lui offrir les plus beaux présents (ou leur plus belle protection, pour le plus pauvre). Un valet, Fabrizio, amoureux de la patronne et qui s’accroche au fait que le père de cette dernière lui avait conseillé de l’épouser. De manière assez générale, tous les hommes qui passent dans cette auberge tombent amoureux de Mirandolina. Sauf un Chevalier de passage, qui dit haïr les femmes et les mépriser, et qui jure que jamais il ne tombera sous son charme. Mirandolina se promet alors de tout faire pour le convertir.

Je pourrais écrire : voir mes critiques précédentes de spectacles de Françon. Pour la finesse, pour la perfection, pour la beauté de ce qu’il propose et que jamais je n’arriverai à poser par écrit. Mais ce serait facile et lâche, et surtout ce ne serait pas entièrement juste. Françon ne donne jamais le même spectacle. S’il a une patte, c’est celle de la justesse, de l’harmonie et du respect de l’oeuvre. Mais cela se traduit différemment pour monter un Beckett et un Goldoni. Du « Molière italien », j’avais déjà vu La Trilogie de la Villégiature par Françon et c’est toujours le même plaisir, cinq ans après.

Françon, c’est le metteur en scène qui vous cale une atmosphère dès les premières secondes, alors qu’aucun mot n’a encore été prononcé. Mais déjà, les déplacements des comédiens, accompagnés par des lumières magnifiques, disent quelque chose. Déjà, l’espace se remplit à la manière si particulière de Françon. Dans ses décors qui peuvent parfois paraître un peu vides, l’espace n’a jamais été si bien occupé : les déplacements, évidemment, sont d’une précision rare, mais les regards, les mouvements de tête, les échanges ou les réponses gestuels quels qu’ils soient emplissent le plateau de vie. Tout est déjà là.

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© Christophe Raynaud de Lage

Et tout suit cette grandeur, deux heures durant. Autant dire directement qu’on ne les voit pas passer. J’espérais presque que le tableau final n’était que la fin du premier acte. Mais impossible de ne pas sentir malgré tout que c’est la fin. Ça se joue à la fois dans les tripes et dans le cerveau, et c’est ça qui est beau. Rien n’est laissé au hasard ; la montée en puissance se fait progressivement jusqu’à une fin en point d’orgue. Et entre les deux, on passe par diverses émotions. C’est un spectacle triste et beau. Évidemment, parfois, on rit, mais c’est un rire étrange, un rire déconnecté de notre cerveau – quelque chose dans la scène nous arrache ce rire mais le cerveau reste attentif à d’autres détails qui nous empêchent d’être pleinement heureux. Dans une scène, toujours, plusieurs strates de lecture. Et j’en ai certainement manqué pas mal.

Je n’aime pas dire ça, mais je vais le dire quand même : dans La Locandiera, Florence Viala et Stéphane Varupenne trouvent le rôle de leur vie. C’était un rôle taillé sur mesure pour Florence Viala, pour sa gouaille naturel et son côté bien ancré sur le sol. Elle le transcende, ce rôle, elle lui donne de l’éclat, elle en fait entendre chaque virgule et elle en fait exploser les saveurs. Lorsqu’elle se met à entonner une chanson pour un toast, le temps s’arrête et soudainement le monde se met à tourner autour de La Locandiera. Dans la salle, le silence se fait religieux et plus rien d’autre n’existe que Mirandolina entonnant ce petit air. Je ne crois pas m’avancer trop en déclarant que nous sommes tous tombés amoureux, à ce moment.

De son côté, Stéphane Varupenne, qui n’en finit pas de nous surprendre, est un Chevalier complexe. On pourrait le détester simplement ; il n’en est rien. Certes, ses insultes faites aux femmes déplaisent ; mais le voir plier devant Mirandolina n’est pas une partie de plaisir. Il souffre, c’est dur à voir ; il est amoureux, me voilà tout sourire. On aimerait presque croire à ce couple impossible. Mais chassez le naturel… lorsqu’il revient, au galop, c’est pour être plus brutal, plus désespéré que jamais. La scène qui en découle est d’une violence désagréable – impossible de ne pas faire l’écho avec notre époque. Mais jamais rien n’est souligné. Tout est dans l’intention.

Le reste de la distribution ne fait pas obstacle à cette grandeur. Quel plaisir de retrouver un Michel Vuillermoz si bien dirigé, donnant à son Marquis des reflets ridicules et pathétiques, être rejeté poignant dans sa solitude. Heureusement que Hervé Pierre, le vrai contrepoint comique du spectacle, est là pour alléger un peu les choses. De son côté, Laurent Stocker campe un Fabrizio déchirant, qui parvient à faire passer, parfois dans une réplique bien ordinaire, un mélange d’abattement, d’espoir et de passion qui m’ont serré le coeur. Sublime également, Noam Morgensztern, qui à travers un simple rôle de serviteur parvient à rendre beaucoup : témoin, une petite phrase toute simple lancée sans trop d’éclat, mais qui décochera instantanément un sourire à toute la salle. Il n’y a rien, mais il y a tout.

Que dire de plus ? On se lève, on applaudit à tout rompre, et on y retourne. Pour toucher, à nouveau, au sublime. ♥ ♥ ♥

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© Christophe Raynaud de Lage

Le string ne fait pas le king

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Critique de La nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, de William Shakespeare, vu le 6 octobre 2018 à la Comédie-Française
Avec Denis Podalydès, Laurent Stocker, Stéphane Varupenne, Adeline d’Hermy, Georgia Scalliet, Sébastien Pouderoux, Noam Morgensztern, Anna Cervinka, Christophe Montenez, Julien Frison, Yoann Gasiorowski, et Paul-Antoine Bénos-Djian / Paul Figuier, Clément Latour / Damien Pouvreau

Ce spectacle, à la Comédie-Française, est sans doute l’un des événements de la rentrée théâtrale. La venue de Thomas Ostermeier dans le Premier Théâtre de France pour y monter pour la première fois La Nuit des Rois est un accomplissement certain pour Eric Ruf : il l’avait dit, l’un des buts de son mandat était de faire venir au Français les grands metteurs en scène européens. La saison passée avait été presque « sacrifiée » au profit de celle-ci, qui accueille de grands noms comme Ostermeier ou Ivo Van Hove. Mais grand nom implique-t-il forcément grand spectacle ?

La Nuit des Rois telle que l’a traduite Olivier Cadiot interroge la question du genre. On est en Illyrie et le bateau de Viola et Sébastien, deux jumeaux, vient de faire naufrage. Les frères et soeurs échouent à des endroits différents du royaume et pensent tous deux que leur moitié s’est noyée. Viola, amoureuse du duc d’Orsino qui gouverne le pays, décide de se faire passer pour un homme, Césario, et se rend à sa Cour pour lui proposer ses services. Orsino accueille le jeune travesti avec joie et lui confie la mission d’aller parler pour lui à la Comtesse Olivia, dont il est fou amoureux, et qui refuse constamment ses avances. Viola-Césario, bien que contrarié par cette situation, accepte l’ambassade et se rend auprès d’Olivia qui tombe amoureuse de lui (ou d’elle, cela dépend de comment vous voyez la chose). Voilà grossièrement l’intrigue à laquelle se mêlent des quiproquos introduits par les similitudes physiques qui lient Sébastien et Viola, et des scènes de pures comédies menée par le bouffon d’Olivia, son oncle ivrogne et un de leurs compagnons.

Vous avez forcément vu des images de ce spectacle sur les réseaux sociaux. Les Comédiens-Français en petite tenue – strings, guêpières et déshabillés de dentelle au programme – ont beaucoup fait parler. Il faut dire que l’idée était bonne et la forme est cohérente d’un bout à l’autre : quoi de mieux en effet pour traiter la question du genre que d’en souligner un de ses éléments les plus caractéristiques ? L’idée de la passerelle traversant la salle vient renforcer encore cet effet, mettant les derrières des comédiens à la vue de tous. Une idée qui fonctionne bien, il n’y a pas à dire.

Mais ensuite ? Comment faire entendre ce qu’on a donné à voir ? Sur ce dernier point, je trouve qu’Ostermeier pêche un peu. Beaucoup. Pour parler crûment – après tout je reste ainsi dans le ton du spectacle : on s’ennuie ! Le désir, l’amour, le bouillonnement attendus manquent à l’appel. La sensualité est également aux abonnés absents. A aucun moment on ne sent les personnages déstabilisés par le désir – on se contente de les voir, mais jamais cela ne passe des yeux dans la poitrine. Seule la fin, assez brillante, semble ajouter un peu de fond à une forme peut-être trop privilégiée dans ce spectacle où tout reste en surface.

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© Jean-Louis Fernandez

Il faut dire que le spectacle a du mal à se lancer. En cause, un Denis Podalydès un peu mou, qui peine à trouver le rythme adéquat lors de la première scène et nous perd dans ses déclarations. Il faut dire qu’en plus d’être difficilement crédible dans son rôle de duc d’Orsino, il est un intrus total dans cette distribution jeune et dynamique. La différence est d’autant plus appuyée que Podalydès, comme les autres comédiens, est en string, et même si, après certaines mises en scène récentes, sa physionomie n’a plus de secret pour nous, on a du mal à croire que Viola (Georgia Scalliet) soit folle de lui. Enfin, son incarnation est également en décalage avec le reste de la troupe, et on ne comprend pas vraiment où il va : il le joue fou, légèrement halluciné, rappelant parfois son interprétation magistrale de Calogero dans La Grande Magie il y a quelques années. Mais sans grand effet ici.

Le manque de rythme se fait lourd durant la première partie de la pièce. Les scènes entre Viola et Olivia m’ont laissée totalement de marbre, aucune alchimie ne semblant lier les personnages. Là où l’air devrait devenir électrique, le courant est nul. Les échanges sont lents, les silences ne semblent porter aucune intention véritable. L’ambiguïté liant les deux personnages n’éclate pas. Adeline d’Hermy, pourtant si belle dans son costume d’Olivia, est bien fade dans ses échanges avec Georgia Scalliet. De plus, si les interludes musicaux qui viennent ponctuer la plupart des scènes sont très appréciables au début de la pièce, ils deviennent un peu lassants avec l’avancée du spectacle (oui, même Monteverdi peut lasser !), en cassant un rythme qui a déjà du mal à s’installer.

Heureusement, les intermèdes burlesques parviennent à réveiller nos esprit endormis. Le contrepoint comique est mené de main de maître par un Laurent Stocker en grande forme. Si le trio Stocker-Varupenne-Montenez fonctionne à merveille, il est clair que c’est le premier qui mène la danse. Le moindre de ses gestes, le moindre de ses mots, la moindre de ses grimaces provoque le rire de la salle. Son échange avec Christophe Montenez sur l’actualité politique est facile, mais finalement bien trouvé et hilarant. L’arrivée d’Anna Cervinka dans le trio devenu quatuor ne gâte rien. Leur présence fait du bien, et ça se sent : dans la seconde partie du spectacle où ils sont plus présents, un certain rythme semble prendre ses marques, et notre attention se fait soudainement plus présente. Et je pense qu’on le leur doit en grande partie.

Le jour où j’ai vu le spectacle, Adeline d’Hermy a dû faire une annonce avant le début de la pièce : Noam Morgensztern ayant des problèmes de transport, ils ne savaient pas si un comédien devrait le remplacer ou s’il arriverait à temps pour interpréter son rôle. C’est peut-être cet imprévu qui les a rendus si absents ce jour-là, mais il n’a pas atteint une seconde le comédien en question : Noam Morgensztern, même dans un plus petit rôle, était brillant. Il avait vraiment saisi quelque chose de son personnage, n’en faisant pas qu’un pantin destiné à aimer mais un Antonio complexe, dégageant à la fois une puissance animale et une peur d’aimer qu’il semblait combattre. En quelques répliques, il a fait de son personnage le centre de toutes les attentions, il est devenu duc, il est devenu roi. Peut-être le seul roi de la Salle Richelieu, ce soir-là.

Une Nuit des Rois en petite culotte qu’on attendait bien plus culottée ! 

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© Jean-Louis Fernandez

L’irrésistible Arturo Ui de la Comédie-Française

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Critique de La résistible ascension d’Arturo Ui, vue le 31 mars 2017 à la Comédie-Française
Avec Thierry Hancisse, Éric Génovèse, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, et Julien Frison, dans une mise en scène de Katharina Talbach

Alors qu’on célèbre les 80 ans du Guernica de Picasso, et devant la découverte de l’immense texte qu’est Arturo Ui, une constatation s’impose : les périodes de très grandes crises produisent toujours de grands génies. Je connais mal Brecht, et ne l’ai vu monté qu’ici, à la Comédie-Française, il y a près de 6 ans maintenant. J’étais plus jeune, trop jeune peut-être pour percevoir l’intensité de la dénonciation, la puissance des mots, et le pouvoir du théâtre qui s’incarnent à travers ses textes.

Évidemment. Monter Arturo Ui aujourd’hui, à un mois du premier tour des élections présidentielles, est une nécessité. Mettre en scène l’effrayante montée au pouvoir d’un homme (il faut comprendre ici l’être humain, et si Arturo s’était appelé Artura cela n’aurait rien changé à l’affaire, mais bien entendu je ne vise personne) au moyen des pires bassesses qui existent ne peut qu’entraîner une résonance amère avec la situation actuelle. J’aurais voulu que Brecht ne soit pas un classique, car sa capacité de parler au présent est absolument déroutante. Comment a-t-on pu oublier si vite des mécanismes qu’on connaît si bien et qu’on a tant haïs ? S’il vous plaît, n’oubliez pas d’aller voter les 23 avril et 7 mai prochains. Mais je m’égare.

J’avais peur des codes brechtiens. Je sais par ma courte expérience de la Commedia dell’arte que le théâtre de code n’est pas forcément ma tasse de thé. Je sais aussi que je peux me tromper et le reconnaître assez vite pour entrer dans une pièce qui me laissait perplexe en premier lieu. A travers La résistible ascension d’Arturo Ui, j’ai compris à quel point les codes étaient essentiels au théâtre de Brecht, à quel point la distanciation permettait la réflexion du spectateur, par son absence totale d’identification tout au long du spectacle. J’ai compris que le rire, nécessaire tout au long de la pièce pour pouvoir reprendre son souffle face à tant d’horreurs, était l’une des dernières échappatoires face à notre monde troublé.

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Mais on ne rit pas toujours, dans ce spectacle. La mise en scène permet de mettre en valeur ce texte d’une force incroyable, en reprenant les codes du Volkstheater. Les personnages, grotesques, ridicules, se retrouvent dessinés si grossièrement qu’ils en deviennent des pantins. Ils ont si peu d’intériorité qu’il ne s’agit plus alors pour les acteurs de rechercher en eux pour construire les personnages, mais bien plus de baser la plupart du spectacle sur un millimétrage précis, des effets musicaux imparables, et une technique époustouflante. Si je recherche souvent l’âme au théâtre, il n’en est ici jamais question : il ne s’agit alors plus que de faire ressortir l’horreur, inhumaine et incompréhensible, des ces êtres qui sont pourtant présentés comme des êtres petits, bas, et sans grande importance à première vue.

Pour compléter son tableau sans faute, Katharina Talbach réunit une distribution impeccable, proposant des comédiens en très grande forme. On retrouve avec plaisir un Thierry Hancisse aux allures de Mackie de l’Opéra de Quat’sous, dont la voix, le port, l’habileté et l’intonation siéent si bien à Brecht. Il y a ces comédiens pour lesquels je manque de superlatifs, comme Serge Bagdassarian qui ne cesse de m’étonner et dont je sens une montée en puissance sur les derniers spectacles, où il semble s’épanouir de plus en plus dans de nouveaux types de rôles. Et comment ne pas trembler en le voyant chanter Ein Freund, ein guter Freund, lui qui nous proposait il y a quelques mois sa propre version d’Avoir un bon copain. Je pense aussi à Michel Vuillermoz, pour cette grande scène où il apparaît dans cet habit de comédien qui ne va pas sans me rappeler cet homme au long nez qui est un jour tombé de la Lune. Mais je devrais citer également Éric Génovèse aux allures repoussantes de Donald Trump, Bakary Sangaré qui ouvre et conclut le spectacle de manière remarquable, Bruno Raffaelli dont la puissance s’abaisse face à la cruauté. Seule Florence Viala semble encore se chercher dans cette distribution. Il faut dire qu’il est délicat de se faire une place de gentil parmi ces pourritures.

Il y a un duo que j’attendais tout particulièrement dans ce spectacle. Un duo composé de deux comédiens dont je ne parviens pas à percevoir les limites. Rien ne semble les arrêter, et l’un marche dans les traces de l’autre. Ceci dit, comme je suis persuadée qu’ils peuvent tout jouer, leurs traces sont aussi difficiles à cerner que leurs limites. Vous l’aurez compris, je parle ici de Jérémy Lopez et Laurent Stocker. Je ne m’étalerai pas ici avec des superlatifs qui ne suffiraient pas à décrire l’énergie, l’enivrement, et l’espoir qu’ils transmettent. Car malgré l’horreur qui se dégage de ce spectacle, les personnages sont résistibles, et c’est là tout l’intérêt de la pièce. Du plus jeune, je pense que le rire glacial, glaçant, et inquiétant résonnera longtemps en moi. Du plus ancien, c’est l’hystérie, la nervosité, et la peur, qui laisseront une trace indélébile dans mon esprit, et continuent de me donner la force de me battre. De résister. Ironiquement. Grâce à cet immense Arturo Ui.

Voilà une véritable claque théâtrale. Après La Règle du Jeu, je ne peux que m’incliner profondément devant la Comédie-Française qui me permet de découvrir des univers théâtraux extravagants, exceptionnels, et jusqu’alors inconnus. ♥ ♥ 

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La Ronde tourne à vide

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Critique de La Ronde, d’après Schnitlzer, vue le 3 décembre 2016 au Vieux-Colombier
Avec Sylvia Bergé, Françoise Gillard, Laurent Stocker, Julie Sicard, Hervé Pierre, Nâzim Boudjenah, Benjamin Lavernhe, Noam Morgensztern, Anna Cervinka, Pauline Clément,  et Louis Arène, dans une mise en scène d’Anne Kessler

Aïe aïe aïe… Gros raté à la Comédie-Française : l’affiche prometteuse dévoile un spectacle ennuyeux et parfois fétide. Si La Ronde se veut expérimentation plus que tranche de vie, en montrant des êtres créer des liens sexuels sans réel attachement d’autre sorte, on aurait pu attendre d’une mise en scène qu’elle prenne un parti : que ce soit celui du « sale », montrant ces coucheries comme bestiales et primitives, ou celui de la sensualité en y voyant un désir humain plus profond, j’ai été étonnée de voir ici l’acte sexuel se dérouler sans la moindre raison apparente. Au Vieux-Colombier actuellement, les comédiens simulent de manière ridicule et sans âme, frôlant parfois le ridicule dans leur gestuelle ou leurs intonations.

Alors oui, je pense que c’est une pièce délicate à monter, car ces personnages-pantins nécessitent un rythme nécessaire à maintenir l’attention des spectateurs. Peu dessinés, montée comme une démonstration scientifique, les personnages ne sont pas très digestes. Alors dirigés comme ils le sont dans la mise en scène d’Anne Kessler, l’ennui est au rendez-vous. La pièce impose déjà une distance non négligeable en faisant jouer des personnages-types et non des âmes, alors y rajouter un texte – inutile – montrant la pièce comme une expérience brise le tout fragile qui la reliait.

Ce texte, écrit par Guy Zilberstein et donné à réciter au pauvre Louis Arène, est une belle prise d’otage du public, car jamais Guy Zilberstein n’aurait osé monter un monologue pareil s’il n’avait pas eu la certitude que le public serait attiré par « La Ronde de Schitzler par la troupe de la Comédie-Française. » Louis Arène, devenu plasticien rajouté par le bon-vouloir d’un seul, récite avec la voix monotone d’un mauvais documentaire d’Arte un texte prétentieux agrémenté d’un faux style et d’une idée sans fondement. Il prétend vouloir retrouver dans les différents couples qui se succèderont, ses parents biologiques. Vaste programme.

Si encore il n’apparaissait qu’au début, peut-être aurais-je pu mieux entrer dans le spectacle. Mais il interrompt chaque couple, il casse le peu de rythme qui aurait pu s’installer, impose sa distance superfétatoire et contribue à m’éloigner un peu plus du spectacle. Quel contresens de le placer ainsi au milieu de la ronde, cassant ainsi l’effet voulu par l’auteur ! Peut-être a-t-il participé au fait que je n’ai cru à aucun personnage. Mais globalement, la mise en scène n’apporte ni idée ni explication : la transposition dans le Berlin des années 60 est plus un obstacle à la compréhension du texte qu’une révolution nécessaire et intelligente. Les facilités encadrent la pièce, de la porte tournante par laquelle entrent certains comédiens au plateau tournant – avez-vous bien compris que le titre de la pièce était La Ronde ? – aux artefacts de mise en scène pour cacher le manque d’idée en faisant rire le spectateur endormi, tout souligne . Je ne vous raconte pas ce moment gênant de la fin de la pièce, alors que tous les couples sont réunis sur scène et que le plasticien retrouve ses véritables parents dans un câlin qui se voudrait émouvant. Plutôt affligeant.

Pour finir, je ne retrouve pas les comédiens du Français que j’ai plaisir à voir habituellement. Probablement mal dirigés, chacun exagère les tics de jeu qu’on peut lui connaître, et même Laurent Stocker ne parvient pas à me faire décoller les mâchoires. Il est très bon, mais je reconnais trop l’acteur devant le personnage. Aucun ne parviendra à me faire oublier que je suis au Vieux-Colombier et que j’ai devant moi des comédiens-Français. Certaines situations sont mêmes tellement absurdes qu’elles en deviennent risibles : ainsi lorsque Sylvia Bergé se retrouve sur Hervé Pierre, j’ai le sentiment qu’on a touché le fond.

A éviter… pouce-en-bas

Simul et singulis

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Critique de Vania d’après Oncle Vania de Tchekhov, vu le 1er octobre 2016 au Vieux-Colombier
Avec Florence Viala, Laurent Stocker, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Noam Morgensztern, Anna Cervinka et Dominique Blanc, dans une mise en scène de Julie Deliquet

Jusqu’ici, pour moi, Oncle Vania était un mauvais souvenir d’un spectacle au Théâtre 14 vu il y a quelques années, alors que le spectacle n’était pas bon, et moi probablement trop jeune. Mauvais souvenir qui me hantait puisque le spectacle m’avait plongée dans un ennui mortel, et qui m’a presque fait hésiter lors de l’annonce d’une adaptation du texte pour la saison 16-17. Mais j’ai décidé de faire confiance au Français, qui atteint des sommets à travers ce spectacle.

Tout semble bien triste dans la vie de Vania et de ses proches, depuis que le professeur Alexandre a établi demeure chez eux. Tout est morne ici, et même la superbe Éléna, la femme du professeur, ne peut mettre fin à une atmosphère si grise. De vieilles rancunes pas totalement enterrées font parfois surface, et l’on sent que quelque chose est pourri dans cette campagne reculée. Pourtant quelque chose m’amène à penser que s’il n’étaient pas ensemble, cela fait longtemps qu’ils auraient cessé d’espérer. La collectivité compte chez Vania, et le spectacle se conclut sur une fausse lueur d’espoir certes, mais jamais le je ne triomphe : il s’agit bien de se reposer ensemble… Seuls, il ne sont plus grand chose. Une parfait écho à ce beau travail de troupe, qui entraîne spectateurs et comédiens dans un très grand spectacle.

Et pourtant, on pourrait si facilement tomber dans le pathos ! Mais ici pas une once de cette grandiloquence, seul l’humain est présent dans la mise en scène de Julie Deliquet, qui laisse parler le texte. Les conversations s’enchaînent avec une facilité monstre, et rarement Tchekhov m’a paru si accessible. La jeunesse de Laurent Stocker ajoute encore une certaine profondeur à la pièce : joué ainsi, le poids des années vides qui lui restent à vivre est accentué, alourdi : il lui resterait encore tant à vivre, que l’ennui ne peut être une option… On sent quelque chose de bouillonnant tout au long de la pièce, qui finit par exploser dans une scène qui nous cloue littéralement sur notre siège. Face à un Vania sorti de ses gonds, la terreur envahit le public autant qu’Alexandre, et à cet instant précis le théâtre n’existe plus. J’ai rarement ressenti pareillement cette proximité avec la vie se déroulant sur scène, mais le dispositif scénique, bifrontal, accentue tous nos ressentis, et me voilà prise dans une affaire familiale qui risque de mal tourner.

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Cramponnée à mon siège, Vania semble me faire face et nous sommes entrés dans une autre dimension que le simple jeu : il ne s’agit plus là de maîtrise, puisque le métier est totalement effacé derrière l’incarnation. Sa colère, que l’on sentait fermenter en Vania depuis quelques temps, est un véritable ouragan. Je ne parle pas ici de cris ou d’agressivité, mais d’une authenticité indéfinissable. Je parle de l’indicible, une évidence telle qu’elle est indescriptible. Comment mettre des mots sur un Vania vivant devant nos yeux ? Comment décrire cette flagrance ? Je me sens pourtant obligée de donner un autre nom à celui qui longtemps incarnera pour moi l’image de Vania : je parle bien entendu du grand Laurent Stocker. A nouveau, impressionnée par une incarnation qui dépasse la technique. A nouveau, ébahie devant la finesse, la retenue, le talent. Il donne à son Vania une belle humanité, et malgré nous, nous nous surprenons à croire, à espérer avec lui que quelque chose est possible.

Mais je n’oublie pas le reste de la troupe. Tous sont extraordinaire. Hervé Pierre, ce Professeur qui malgré une apparente joie de vivre, toujours bruyant et triomphal, sème partout sa vieillesse, son dégoût de soi, et de la vie. Habillé de manière extravagante, Hervé Pierre ne pose pourtant à aucun moment ne serait-ce qu’un orteil sur l’exagération : il est brillant. Dans cette même retenue, Florence Viala qui en tant que femme fatale pourrait se laisser aller à la fanfaronnade, ne déroge pas à la règle, et affiche elle aussi un profond mal-être. Stéphane Varupenne nous touche en plein coeur une nouvelle fois avec cette simplicité qu’on lui connaît et qui jure parfois à merveille avec certaines situations. Cette franchise se retrouve chez Noam Morgenstzern, qui compose peut-être le personnage le moins malheureux, puisque lui n’espère plus depuis bien longtemps. Dans ce décalage, on distingue aussi Dominique Blanc : la doyenne de la maison reste la seule encore fascinée par le Professeur, peut-être la seule qui parvient à s’accrocher à cela pour avancer, et sa naïve Maria a quelque chose de profondément touchant. Anna Cervinka, enfin, convainc parfaitement en composant cette Sonia bouleversante, tremblante, souvent agitée, et qui semble parfois s’accrocher à des mots pour ne pas hurler son désespoir.

Triste et ravissant. ♥ ♥ 

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Tyrannicus

Britannicus

Critique de Britannicus, de Racine, vu le 27 mai 2016 à la Comédie-Française
Avec Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Georgia Scalliet, Benjamin Lavernhe, et Dominique Blanc, dans une mise en scène de Stéphane Brauschweig

Enfin ! Enfin, la Comédie-Française remonte un Racine ! Le dernier vu en date, Bérénice, monté par Muriel Mayette, ne m’a laissé qu’un vague souvenir. Ici, Eric Ruf a fait appel à son rival Braunschweig pour la mise en scène, contre lequel il avait disputé la place d’Administrateur de la Comédie-Française. D’abord réticente à sa transposition dans ces hauts lieux de pouvoir, avec des acteurs en costumes cravate – Comment ? Ne pas monter Racine en toges ? – j’ai finalement laissé sa chance au spectacle. Brillante résolution.

Si Britannicus prend pour titre celui d’un personnage de la pièce, il n’est pas toujours au premier plan. Certes, Britannicus aime Junie et est aimé d’elle. Bien sûr, son demi-frère Néron va l’enlever car il s’éprend d’elle à son tour. Mais tout cela n’est qu’une excuse pour appuyer l’intrigue : c’est d’abord une histoire de pouvoir, de passage de pouvoir, de désir de pouvoir, de trahisons pour le pouvoir… C’est une véritable pièce politique. Si une intrigue amoureuse est présente, elle n’est pas l’essentiel : on ne voit que Néron, empereur romain, tendre lentement vers une folie sûre, et rejeter peu à peu toute sa famille : son frère, Britannicus, et sa mère, Agrippine. Ce goût du pouvoir qu’il acquiert pendant la pièce, nulle doute qu’il le tient d’elle : redoutable, immorale, sans scrupule, elle écarte de son passage tout ce qui ne va pas dans son sens.

C’est dans le rôle d’Agrippine que Dominique Blanc fait son entrée comme pensionnaire à la Comédie-Française. Entrée très attendue… et très réussie. Elle est sur la scène de la Salle Richelieu comme une reine : imposante, belliqueuse, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mais tout ne glisse pas sur elle sans l’atteindre, et l’on sent que malgré tout, ce pouvoir qui l’échappe ne la laisse pas indifférente et la rage de le conserver fait parfois place à la peur de le perdre. A ses côtés, le reste de la distribution excelle tout autant : Georgia Scalliet est une Junie sensible et attachante, brûlant d’un amour pour l’excellent Stéphane Varupenne qui incarne un Britannicus qui monte en assurance au fil de la pièce. Hervé Pierre est un Burrhus attachant, raisonné et troublé, dont la souffrance face à l’évolution de César a su me troubler. Benjamin Lavernhe continue de monter en puissance : il est ici un Narcisse angoissant, redoutable et sans scrupule ; et sa voix, notamment dans la scène où il semble contrôler Néron, prend une tournure sombre et menaçante qu’on ne lui connaissait pas.

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Il y a longtemps que je ne doute plus du talent de Laurent Stocker. A l’annonce de sa future interprétation de Néron, contre-emploi pour l’acteur qu’on voit peu dans ce registre, je me suis vue le défendre à plusieurs reprises, arguant qu’il avait plus d’une corde à son arc et qu’il pouvait continuer à nous surprendre. J’étais encore loin de la vérité. Quelle transformation ! La composition de Stocker en Néron est d’une perfection absolue. Réglé au millimètre, son regard de faucon le précède partout où il entre, sa moue trahissant une amertume profonde. En un quart de seconde, son visage passe d’un plein éclairage, révélant l’amertume et la rage de ses prunelles, à la pénombre plus inquiétante encore qui le rend presque démoniaque. Le geste est mesuré et l’effet angoissant. Tyran aux éclats d’enfant gâté, il compose un Néron effrayant, impulsif, basculant peu à peu dans la folie.

La mise en scène de Braunschweig est d’une extrême rigueur : sous cette apparente simplicité, tous les détails sont pensés, minutés, parfaitement effectués. Les lumières créent une ambiance inquiétante en éclairant habilement chaque visage, les scènes d’affrontement sont réglées à la seconde, les placements anticipent les paroles, comme cet alignement total entre Néron et Narcisse lors de l’acte V, qui vient compléter le dialogue sans équivoque. Belle idée également de transposer la pièce dans ces grandes pièces qui évoquent des lieux de pouvoir à la House of Cards : l’alexandrin naturel des acteurs s’y adapte parfaitement, et même l’histoire romaine ne choque pas dans ce décor pourtant inhabituel chez Racine. Mais la pièce, plus actuelle que jamais, épouse parfaitement les contours amenés par Braunschweig, qui la porte ainsi à son sommet.

Indispensable. ♥  

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La Mer, qu’on voit tanguer

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Critique de La Mer d’Edward Bond, vue le 5 mars 2016 à la Comédie-Française
Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Coraly Zahonero, Céline Samie, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Pierre Louis-Calixte, Stéphane Varupenne, Adeline d’Hermy, Jérémy Lopez, Jennifer Decker, et les élèves-comédiens Pénélope Avril, Vanessa Bile-Audouard, Hugues Duchêne, et Laurent Robert, dans une mise en scène d’Alain Françon

Je suis une grande fan du travail d’Alain Françon ; j’entends d’ici les détracteurs l’accuser de mise en scène trop classiques. Je ne sais pas quand un tel adjectif est devenu reproche, mais il n’en reste pas moins l’un des plus grands metteurs en scène du XXe siècle à mon humble avis. Grand connaisseur de Bond et de son univers, il a monté la plupart de ses pièces et revient dans la grande salle de la Comédie-Française avec La Mer. Mais le spectacle risque de ne pas attirer suffisamment de spectateurs pour remplir la salle Richelieu, à cause d’un public peut-être justement trop classique. Avec La Mer, Alain Françon signe une mise en scène qui semble inaboutie : à la manière de la mer lors de la première scène, le spectacle est déchaîné, successivement calme et effervescent, qui, à la manière de la houle, nous emporte puis nous laisse couler.

Elle se voudrait reflet d’une société au bord de la crise : la pièce précède et annonce la Première Guerre mondiale. Elle part d’un naufrage, d’une tempête provoquant la mort de Colin alors que son camarade Willy survit. Obligé de rester dans la ville pendant l’enquête, il se voit projeté dans une commune aux traits effrayants d’ordre, de hiérarchie, d’étouffement de ses habitants. Point de ralliement des différents membres de la ville, il finira par choisir de mener une nouvelle vie, et de partir, loin de cette cité prête à éclater. C’est une pièce britannique, et cela se sent : le souffle de Shakespeare la pousse. Alternant comique et tragique, voilà un spectacle qui m’a laissé une étrange impression.

Certains tableaux sont d’une beauté à tomber : la première scène, celle du naufrage, est une réussite absolue, nous faisant sombrer dans un chaos assourdissant. Mais elle n’est pas le seul moment phare du spectacle : les différentes scènes soulevant les rires de la salle sont menées d’une main de maître et transcrivent au mieux l’humour grinçant de Bond : comme cette scène de funérailles où les cendres du noyés sont jetés sans cérémonie par une madame Rafi hilarante malgré elle. Cependant, les scènes pour lesquelles le rire n’est pas de mise m’ont semblé bien plus difficiles, et bien moins claires : le message de Bond, que j’ai découvert plus tard en lisant le programme, n’est pas passé. Peut-être les transitions entre les pièces, un peu longues et monotones, coupant le rythme, cassant l’unité, jouent-elles dans cette incompréhension. Cette non-unité casse le spectacle, accrue par le manque de continuité entre les scènes compréhensibles et celles qui le sont moins. Fatigue, stress de première, ou premier échec de Françon à traduire l’auteur, seule une nouvelle soirée de spectacle pourrait y répondre.

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Pourtant, Françon s’est entouré des meilleurs comédiens du Français : Cécile Brune, qui retrouve en Madame Rafi un emploi semblable en plusieurs points à celui de Bernarda, excelle en reine Victoria locale, autoritaire, parfois cynique. Jérémy Lopez, fil directeur vivant de la pièce, réunissant malgré eux tous les personnages à travers les différentes scènes, apporte à son rôle une certaine candeur, comme s’il traversait une épreuve initiatique. Hervé Pierre excelle dans le rôle d’Hatch, cet homme étrange qui parle de Martiens, et dont les scènes de folie sont simplement parfaites. Laurent Stocker se transforme intégralement et compose un Evens usé par l’âge, blasé, mais dont la morale finale n’est pas parvenue jusqu’à moi. Son monologue, qui clôture presque le spectacle, m’a laissée de marbre, alors qu’il appelle la jeunesse à changer le monde.

Pour une première approche scénique de Bond, je suis plutôt restée sur ma faim, jusqu’à me demander si c’est vraiment la rôle de la Comédie-Française que d’essayer de mettre en lumière un tel texte. J’ai eu la même réflexion après avoir vu le Déa Loher la saison dernière – loin de moi l’idée de mettre en parallèle les deux spectacles, dont l’un se rapproche plus d’une vaste plaisanterie. Mais – j’ai ce côté conservateur en moi – la Comédie-Française doit-elle réellement monter des auteurs vivants ? Ne doit-elle pas rester proche de sa vocation première – monter des classiques ? Si j’en crois la rumeur et qu’Alain Françon monte généralement avec brio les pièces de Bond, pourquoi suis-je à ce point restée en dehors du spectacle ? Le problème viendrait-il alors des comédiens, peu habitués à jouer ce genre de registre, et qui ne parviennent pas à transcrire l’originalité, l’aspect britannique contemporain, si indigeste pour nous, habitués aux classiques français ?

Je reconnais la belle performance d’acteur et quelques grands moments, mais je reste déçue face à un texte qui n’est pas clarifié par la mise en scène. ♥ 

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