Diabovillus Maximus

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Critique de The Servant, de Robin Maugham, vu le 14 février 2015 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Maxime d’Aboville, Roxane Bret, Xavier Lafitte, Adrien Melin, et Alexie Ribes, dans une mise en scène de Thierry-Harcourt

Décidément, le théâtre de Poche-Montparnasse est un théâtre où je ne vais pas assez souvent : ils ont chaque année une excellente programmation et je ne m’y rends qu’une ou deux fois par saison. C’est d’ailleurs au théâtre Montparnasse que se trouve la meilleure ouvreuse de tout Paris, en tout cas la meilleure que j’ai jamais vu. Enfin une annonce convaincue et convaincante anti portable, et un sourire sincère et agréable. C’est un théâtre qui gagne à être connu, et The Servant en est un parfait exemple.

Voici un huis-clos comme je les aime : la pièce se passe à Londres, où Tony vient d’emménager. Il y retrouve sa petite amie qui l’y attendait, ainsi qu’un ami de longue date, qui lui trouve un logement ainsi qu’un domestique, Barrett. Ce dernier se présente chez Tony et commence à y travailler : il est étrange, mais il fait un travail impeccable et Tony n’a rien à lui reprocher, il l’engage donc réellement et Barrett commence petit à petit à s’installer, et à prendre ses aises dans cette maison qu’il doit servir. Il devient si familier que son rôle dans cette maison serait à redéfinir : il est certain qu’il n’est plus un simple domestique. Un jeu pervers s’installe alors entre Tony et son domestique ; un jeu de rôle étrange et qui pourrait les entraîner très loin…

J’adore lorsque le théâtre représente les liens malsains qui peuvent s’établir entre les êtres. J’aime encore plus lorsqu’il pousse le vice jusqu’au bout ; et c’est ce que je reprocherai à cette pièce : d’avoir peur d’y aller carrément. Certes, l’ambiance est tendue grâce à l’ambiguité et aux non-dits qui pèsent sur les conversations. Mais même ce qu’on ne dit pas peut être poussé au plus haut. Et c’est dommage de ne pas mettre le spectateur encore plus mal à l’aise qu’il ne l’est déjà.

Je pense par exemple au jeu de Maxime d’Aboville. Il est un excellent servant, sombre et angoissant. Son visage toujours trop neutre rend le personnage encore plus étrange. Dans ses accès de colère, il devient encore plus inquiétant. Et pourtant, le personnage manque d’un petit quelque chose qui nous le rendrait effrayant, qui ferait qu’à chacune de ses apparitions, on craigne quelque chose, un peu comme le sentiment qu’on pourrait l’avoir devant un film d’horreur. Une tension supplémentaire ne serait pas de trop, au contraire. Cependant, il faut reconnaître qu’il fait un superbe travail, tout comme ses camarades.

Xavier Lafitte est un Tony extrêmement séduisant, mais qui perd en charme au fil de la pièce. Sa transformation est impressionnante : ses traits se creusent, ses yeux perdent leur pétillant, leur vie. A la fin de la pièce, il oscille entre le robot et le fantôme. Un acteur brillant. Je connais déjà le talent d’Adrien Melin, et c’est d’ailleurs pour l’admirer une nouvelle fois que je suis allée voir ce spectacle, dans lequel il interprète le meilleur ami de Tony. Raisonnable et intelligent, il tout d’abord est l’épaule de son ami, avant de l’abandonner à son sort. Enfin, si Roxane Bret campe plusieurs compagnes de Barrett avec vivacité et mordant, j’avoue avoir trouvé le jeu d’Alexie Ribes, l’amie de Tony, bien trop fade. Elle est juste, mais elle ne donne qu’un trait à son personnage, qui ne change ni d’intonation, ni d’expression, entre le début et la fin de la pièce. Le seul point faible de la distribution.

Thierry Harcourt signe une mise en scène intelligente d’un texte que j’aurais aimé plus malsain encore. Cela vaut quand même le détour. ♥ ♥ 

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Car c’est vrai qu’ils ont « la grande classe »

Critique de Masques et Nez – La grande classe, proposé par Igor Menjinsky, vu le 11 mars 2014 au Théâtre de Mathurins

Ce n’est pas la première fois que Masques et Nez est annoncé dans le programme de la saison parisienne. Découvert il y a quelques années lors du festival Off, voilà un spectacle que je ne manque jamais de revoir, car c’est une valeur sûre. Le principe est le suivant : durant un peu plus d’une heure, on assiste à un cours de théâtre, dirigé par Igor Menjinsky. Ils sont 5 comédiens sur scène, 5 professionnels qui incarnent chacun un personnage différent, tous masqués et la voix transformée, tous quidam du quotidien venus assister au cours pour une raison qu’ils expliqueront lors de sa présentation. En effet, la séance débute toujours ainsi : chaque personnage se présente, explique les raisons de sa venue, puis commente rapidement le choix du texte qu’il a préparé pour le jour-même et qu’il interprètera plus tard dans la soirée.

C’était un jour particulier ce mardi 11 mars au théâtre des Mathurins. En raison d’une représentation spéciale presse, les 15 comédiens de l’alternance étaient présents au théâtre. Avant la représentation, les 10 comédiens qui n’interviendraient pas (ou peu) durant la séance se baladaient dans le théâtre, apostrophant chaque spectateur, faisant la conversation, déjà entièrement dans leur personnage : bégaiement, drague, problème d’articulation ou agression sont au rendez-vous ! 

Ainsi, on entre dans la salle déjà de bonne humeur et impatient de découvrir le cours de théâtre. Puis on découvre les différents personnages : on en retrouve certains de connus, comme Eddy le chauffeur de taxi ou Thierry le directeur de casting reconverti dans la télévision. Deux personnages incontournables, peut-être mes préférés. Il y avait aussi Margareth, la strip-teaseuse, Sebastian, papi à la retraite, et Lucas, qui sort tout juste de prison. Ils ont tous un tic, un petit truc à eux, qui sait nous faire rire. Que ce soit volontaire comme celui qui sort toujours des vannes, ou plutôt contre leur gré comme une timidité maladive, chaque personnage est doté d’un talent comique indéniable, et chaque prise de parole se ponctue d’un rire unanime de la salle. 

Je ne peux pas décrire tout le spectacle. Entre Daft Punk, Shakespeare, et Spielberg, c’était une soirée complète. Mais de toute façon, si les oeuvres travaillées sont différentes chaque soir, le plaisir reste le même. Rire ininterrompu garanti. N’attendez plus. Courez-y. ♥ ♥ ♥

Parce que ce sont eux

Critique de Parce que c’était lui, de Jean-Claude Idée, vu le 1er février 2014 au Petit Montparnasse
Avec Emmanuel Dechartre, Adrien Melin, et Katia Miran, dans une mise en scène de Jean-Claude Idée

C’est à la mention d’Adrien Melin que la pièce m’a attirée : l’acteur que je suis depuis quelques années déjà revient sur les planches après La Folle de Chaillot de l’an dernier ? J’y cours. C’est un trio qui nous est présenté au Petit Montparnasse actuellement : on y retrouve Montaigne à la fin de sa vie, hanté par un La Boétie moralisateur, et qui le poursuivra jusqu’à sa mort. C’est également un temps de rencontre, puisque le troisième personnage est Marie De Gournay, une jeune femme passionnée de l’auteur qu’est Montaigne et littéralement folle de lui, qui l’accompagnera à la fin de sa vie. L’intrigue tourne donc autour de l’entrée dans sa vie de cette femme, des contacts entre Montaigne et les Grands de cette époque, et de sa culpabilité vis-à-vis de la non publication posthume des oeuvres d’Étienne de La Boétie.

L’histoire est donc intéressante, mais je pense qu’elle n’a pas été traitée au mieux. Jean-Claude Idée en a fait quelque chose de trop documentaire, moraliste, qu’on ne peut réellement se prendre au jeu des personnages. On a trop l’impression d’être devant un cours, obligés d’apprendre, d’écouter sans être assez passionnés pour être dedans. De plus, si la partition de Montaigne et de La Boétie sont honnêtes et relativement bien construites, celle de De Gournay est bien moins intéressant : le personnage ne semble là que pour faire des liaisons. Ceci dit, vu la performance de l’actrice, on se demande si on aurait pu apprécié un personnage de plus grande importance.

Car malheureusement, un autre problème de la pièce vient du jeu de cette actrice. C’est simple, à chacune de ses entrées en scène, je décrochais. Je ne voyais que trop son manque de métier et n’arrivais pas à m’en défaire, peut-être aussi à cause de mon état de nervosité et de fatigue ce soir-là ; mon exigence n’en était que rehaussée. Ce qui m’a surtout énervée, c’est les deux expressions qu’elle affichait constamment, sans parvenir à en faire une autre : les sourcils levés en guise d’étonnement, et un large sourire de bonheur. Surprise et joie, voilà donc les seules émotions de Marie de Gournay ? C’est dommage, car mis à part ce défaut, elle ne présentait pas d’autre problème sur scène : le port droit et gracieux, l’articulation sans faute, elle aurait tout à fait pu me convaincre. A travailler donc, ces expressions. 

Heureusement, autour d’elle, deux talents sont là. A commencer par Adrien Melin, La Boétie inquiétant et ténébreux, à la diction reconnaissable entre mille et qui fait beaucoup de son charme. Ses entrées sont réussies, le message passe sans problème, et il forme avec son partenaire Emmanuel Dechartre, actuel directeur du Théâtre 14, un très bon duo. On regrette d’ailleurs de ne pas voir plus souvent cet acteur, à la voix profonde, douce, et agréable, et au jeu d’excellente qualité. Il campe un Montaigne réaliste et intelligent, et on imagine tout à fait cet auteur ainsi à la fin de sa vie.

Cependant, malgré tout le talent qu’il peut nous présenter, le problème de texte se fait sentir, et on ne parvient à cerner parfaitement le personnage. Moi qui ne connaissait pas bien les relations des deux amis, ni leurs caractères propres, j’ai encore du mal à me faire une idée. Les idées sont brouillonnes, les dialogues manquent de fluidité, et l’histoire d’intérêt. Notons tout de même de très jolis costumes et une mise en scène tout de même relativement réussie, parvenant à recapter l’attention du spectateur égaré, encadrée par une musique très bien choisie. 

Pour redécouvrir ces acteurs qu’on ne voit pas assez, alors oui, je peux conseiller le spectacle. Aux amoureux de Montaigne, je crains que vous ne soyez déçus. 

Festival Mises en Capsule 2013

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Pour la première fois cette année, j’ai assisté à un des spectacles du festival Mises en Capsules qui existe depuis 7 ans déjà et se déroule ua Ciné XIII Théâtre, à Montmartre. Le principe est le suivant : une quinzaine de courtes pièces ou improvisations se jouent pendant quelques semaines dans ce théâtre, et le jury, constitué cette année d’Armelle Héliot, Tania de Montaigne, Sara Giraudeau, François de la Baume et Martine Lang de Coster, décerne un prix au spectacle qu’il aura jugé le meilleur.

Petit théâtre, on y croise en entrant Benjamin Bellecour (alias « Le Frère » dans Colombe vu il y a quelques années), acteur et créateur de l’évènement. Mais il n’est pas la seule personnalité que l’on y repère. J’ai ouvert grand mes yeux et mes oreilles, et j’ai repéré quelques acteurs de théâtre ou cinéma … Entre autres Blanche Leleu, Catherine Salviat, Jean-Jacques Moreau, Stéphanie Caillol, Jean-Paul Bordes, … Sortant du spectacle précédent ou entrant dans la salle en même temps que moi, il y avait du beau monde pour la mise en route de ce festival.

Je n’ai cependant vu qu’une seule pièce ; je ne sais même pas si j’aurais pu tenir pour plusieurs. Non que la qualité de la pièce m’a déçue, non non … Mais l’attente était interminable. Serrés dans un petit hall, étouffant de chaleur, l’entrée dans la salle s’est faite dans la bousculade. Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la plupart des fauteuils étaient déjà réservés par des spectateurs ayant enchaîné deux spectacles, et qu’il fallait jouer des coudes pour trouver une bonne place. Après ces quelques péripéties, la pièce a tranquillement pu commencer.

Je suis allée voir L’Inappétence de Rafael Spregelbrud (mise en scène d’Adrien Melin. Comme je m’estime incapable de résumer l’intrigue, autant vous copier ce qui est indiqué sur le site du festival : la journée de Madame Levrette se déroule étrangement. Elle s’embrouille avec son mari, sort prendre l’air au jardin d’enfant où elle rencontre un gitan, se rend dans un bureau pour remplir quelques formalités, elle mange de la confiture de lait et embrasse ses copines sur la bouche. Mais rien n’est, en réalité, ce qui paraît être. Quelque part une guerre a éclaté et sa fille se porte volontaire. Mais c’est loin là-bas. Très loin. Ici, les problèmes sont tout autres.

Croyez-moi, c’est aussi déroutant à lire qu’à voir. Je pense que je n’ai rien compris. Mais étrangement j’ai su apprécier. J’ai ri, et les différentes scènes amènent plusieurs questionnements, plusieurs choix, plusieurs solutions possibles. On attribue à certaines scènes une valeur qui est peut-être toute autre. Mais malgré ma surprise, j’ai pu rentrer dans cette pièce sans difficulté. Il faut dire que les acteurs sont tous très bons, maîtrisent texte et technique sans difficulté. La mise en scène d’Adrien Melin permet de maintenir le spectateur dans l’action, malgré son incompréhension évidente. Là où il serait facile d’en faire trop, il a su rester dans une certaine sobriété et ne pas tomber dans l’exagération. Malgré tout, j’aurais bien aimé mieux comprendre la pièce.

Je ne suis allée voir qu’une pièce mais je pense que le festival est à conseiller. Connaissant le talent de Jean-Paul Bordes, je ne peux que conseiller d’aller voir sa capsule ! Mais n’hésitez pas non plus à aller voir L’Inappétence, qui est peut-être étonnant mais malgré tout intéressant et qui sort de l’ordinaire ! C’est bon de changer, parfois !

La Folle de Chaillot, Comédie des Champs-Élysées

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Critique de La Folle de Chaillot, de Jean Giraudoux, vu le 6 février 2013 à la Comédie des Champs-Élysées
Avec Anny Duperey, Dominique Pinon, Catherine Salviat, Romain Apelbaum, Jean-Paul Bordes, Stéphanie Caillot, Jacques de Cande, Franck Capillery, Fabienne Chaudat, Catherine Hosmalin, Mathias Jung, Antoni klemm, Gaëlle Marie, Adrien Melin, Jean-Jacques Moreau, Frédéric Rose, Geoffrey Sauveaux, Martin Schwietzke, et Laurent Spielvogel, dans une mise en scène de Didier Long

Ne nous mentons pas, c’est pour les acteurs avant tout que je suis venue voir la pièce. C’est pour Anny Duperey, Jean-Paul Bordes, et Fabienne Chaudat, que j’avais adorés en Madame Alexandra (Madame Chérie), Poète Chérie, et Madame Georges, dans Colombe d’Anouilh ; c’est pour Adrien Melin, acteur que je suis depuis quelques années. Mais c’est aussi un peu pour Giraudoux. Je m’étais fait un peu incendier lorsque j’avais critiqué La guerre de Troie n’aura pas lieu, du même auteur : on m’avait reproché de ne rien savoir sur ses oeuvres et de commenter à la légère. Soit, là, j’ai donc vu ma deuxième oeuvre du même auteur. Je n’en verrai sûrement pas beaucoup plus : Giraudoux, ce n’est pas pour moi. En effet, j’ai trouvé certaines scènes trop longues … 

Comment raconter l’histoire ? Et bien … Le début se passe dans un café, à Chaillot, où l’on voit deux types de personnes : d’un côté, les hommes riches qui font sans cesse des affaires et ne voient pas le monde beau comme il l’est, en fait ils ne voient pas grand chose. De l’autre, ceux qui savent admirer ce qu’ils ont devant eux, profiter de chaque brin de vie qu’on leur offre : parmi eux, Aurélie, aussi surnommée « Folle de Chaillot », sûrement par son amour de la vie et sa manière de s’habiller : les cheveux en bataille, elle porte de nombreuses couches de vêtements de toutes sortes, et se promène avec son caddy, bazar pour certains, caverne d’Ali Baba pour d’autres. Cette opposition entre ces deux types de personnages amènera alors le 2e acte, où il chercheront à se détuire les uns les autres. On sent que l’auteur a voulu faire quelque chose à la fois poétique et empli de symboles, sauf qu’au bout d’un moment il y en a trop et ça devient lourd. Parfois, je me suis contentée de regarder les acteurs, et d’entendre ce qu’ils disaient, sans véritablement écouter.

Néanmoins, certaines scènes sont transcendées par les acteurs de génie présents devant nous. Par exemple, Dominique Pinon, jouant un chiffonnier, se met à la place d’un homme puissant grâce à l’argent, et essaie de se défendre tel un avocat. Il essaie, et y arrive très bien. Mais surtout, ce sont 10 minutes où le public est scotché. Cette scène est très réussie, on n’entend plus une toux, plus personne ne bouge, tout le monde a les yeux fixés sur l’acteur. Dominique Pinon réussit là un beau morceau de bravoure ! J’ai également beaucoup aimé le jeu de Jean-Paul Bordes, comme toujours : il a une manière de composer son rôle de pédant si particulière et géniale ! Adrien Melin, en homme riche et toujours pressé de faire des affaires, ne restait pas en arrière, et était tout à fait au niveau des acteurs qui l’entouraient. Stéphanie Caillol assumait parfaitement son rôle de jeune femme affirmée, sans doutes, avec des buts précis qu’elle atteindra, elle le sait. J’ai été impressionnée par Jacques de Cande, qui, incarnant un sourd muet, s’exprimait par gestes. Quelle précision ; c’est un art que ce genre de gestuelle. Catherine Salviat, en Folle elle aussi, composait un très beau rôle, très touchant. Je me dois aussi de mentionner le nom de Fabienne Chaudat, Folle de la Concorde, qui comme à son habitude était excellente. Catherine Hosmalin, que j’ai souvent vu jouer au cinéma et que j’aime beaucoup, entourée de ses grands acteurs, n’était que convenable. Bien sûr, j’en viens à Anny Duperey. Elle est une Grande actrice, c’est indéniable. Et elle jouait la Folle avec entrain, avec ténacité, avec la vie nécessaire au rôle. Et comme Anny Duperey a quelqu’un chose de profondément gentil en elle, ici, elle composait son rôle comme une Folle, soit, mais une Folle raisonnable, ni méchante ni injuste. Un peu comme un ange étrange. Et je pense que le rôle le voulait, puisqu’elle ne commet aucun acte dur, au contraire, elle chercher la paix et le bonheur des gens qu’elle considère comme honnête. C’est un beau rôle, dommage que ce qui l’entoure soit parfois trop pesant … Peut-être que si on coupait un peu, je saurais apprécier la pièce entière …

J’étais quand même étonnée de voir tant d’acteurs (19) sur une si petite scène. Lorsque le rideau s’ouvre, on se l’imaginait beaucoup plus profonde : en fait, les décors coupent la scène en profondeur. Mais ce n’est pas génant : j’ai beaucoup aimé les décors, sur lesquels certains acteurs montaient ou descendaient, décors représentant tantôt Paris, tantôt ses égouts. Ils étaient beaux, sans en faire trop : ce que je préfère. Les costumes, signés Pascale Bordet, ne pouvaient qu’être splendides : et bien sûr ils l’étaient !

Et dans la catégorie « Remarques utiles des spectateurs » : lorsqu’Anny Duperey entre en scène, on entend distinctement quelqu’un dire « C’est Anny Duperey ! ». Lorsque des acteurs reviennent sur scène, ayant changé de costumes pour montrer qu’ils ont changé de personnages, on entend « Regarde, c’est les mêmes qu’avant ! ». Lorsqu’une porte s’ouvre, alors qu’elle aurait du rester fermée : « Olalalaaaaa aïe aïe aïe ! ». Messieurs dames spectateurs insupportables, je vous en prie, gardez vos réflexions pour vous. Merci.

On passe globalement un très bon moment. Et pour qui saurait apprécier Giraudoux, ce serait un sans-faute je pense ! ♥ ♥

Adrien Melin

adrienmelin3.jpgAdrien Melin est un jeune acteur que j’ai découvert dans Le Diable Rouge avec Claude Rich et Geneviève Casile, il jouait le jeune Louis XIV. J’étais plus jeune, lui aussi, et pourtant il me semble que j’avais déjà décelé en lui cette chose qu’on trouve chez les excellents acteurs, ce « petit truc en plus » … 

Je l’ai après retrouvé dans Ce qui arrive et ce qu’on attend (JM Besset), puis Thomas Chagrin (Will Eno) et Masques et Nez, et enfin dans Il faut je ne veux pas (Besset) qui se joue en ce moment, à l’Oeuvre. Et chaque fois, j’avais l’impression de découvrir un nouveau comédien. Un nouvel excellent comédien.

Tout d’abord jouant un personnage anxieux, hésitant, quelque peu dérouté et dépassé dans la première oeuvre de Besset, on le retrouvait transformé dans le monologue de Will Eno : seul en scène, et malgré la qualité du texte, il parvenait à saisir tous les regards, à faire passer quelque chose par l’histoire de son personnage. Ainsi, je savais qu’il était aussi bon en seul en scène que parmi une troupe. Mais qu’en est-il de la suite ? Et bien c’est simple : dans Masques et Nez, on a du mal à le reconnaître : sa voix est changée, son masque lui cache la moitié du visage, et il le porte très bien, cela donne quelque chose de très naturel : malgré cette composition, il reste excellent. Ainsi, pour Adrien Melin, ni le seul en scène, ni le rôle principal d’une pièce de JM Besset, ni la composition ne semble faire obstacle à son talent. Enfin, on le retrouve aujourd’hui dans une nouvelle pièce de Besset, et il est absolument renversant : incarnant tout d’abord un personnage de Musset, il enchaîne par un nouveau personnage de Jean-Marie Besset, et à nouveau, il est transformé : ses manières, sa diction, tout est adapté selon le contexte. Merveilleux.

Ainsi, Adrien Melin est un comédien complet. Il fait partie de la promotion 2007 du Conservatoire.

Jouant aussi bien du comique que des pièces plus sombre, ou à caractère plus profond, il excelle dans tous les domaines. On attend avec impatience une tragédie, il serait à mon humble avis, un parfait Hippolyte, et un Titus plus qu’émouvant.

Acteur à suivre. Un Grand, il ira loin, très loin.

Il faut je ne veux pas à l’Oeuvre …

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Après le désastre de Moi je crois pas !, il fallait voir quelque chose pour remonter le niveau.
Alors puisque le théâtre de l’Oeuvre fait une réduction sur la première semaine de Il faut je ne veux pas et que, l’ayant déjà vu une fois, je savais qu’il s’agissait d’une valeur sûre, j’ai enchaîné un véritable fiasco sur un enchantement total. 

La scène est plus adaptée car moins profonde, le décor paraît ainsi plus intime et se plie totalement au besoin des différentes scènes. Les quelques imperfections que j’avais décelées dans le Musset ne sont plus, les deux pièces s’équivalent. Blanche Leleu a su trouver le ton juste, ses manières sont moins contemporaines, son air déterminé et son ton de supérioté soulignent mieux le fond du texte et s’accordent parfaitement avec le message que Musset veut faire passer : cette Marquise a beau avoir des idées plutôt modernes, elle garde une confiance absolue dans le mariage. Ce premier duo nous enchante, et parvient tout à fait à nous faire apprécier la beauté et la finesse que l’on connaît à Musset.

Quant au second tableau, il est toujours aussi bon. Les deux acteurs sont brillants, d’une extrême justesse, tantôt émouvants tantot comiques. Et c’est là le génie de Besset, de combiner tragique et comique. Car si le thème abordé est profond et intéressant, la pièce n’est pas sérieuse tout du long, et alterne les instants légers et des instants plus graves. Le duo excelle dans leur représentation du couple contemporain. Les interrogations constantes de la future face aux incompréhensions de son futur sont parfaitement rendues grâce au talent des deux comédiens.

Ne manquez pas ce spectacle, au théâtre de l’Oeuvre jusqu’au 31 mars 2012. On est conquis. ♥ ♥ ♥

Pour voir ma première critique et ainsi avoir plus de détails, rendez-vous ici !