Mademoiselle Julie renversée par ses valets

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Critique de Mademoiselle Julie, de Strindberg, vue le 13 juin 2019 au Théâtre de l’Atelier
Avec Anna Mouglalis, Xavier Legrand, et Julie Brochen dans une mise en scène de Julie Brochen

C’est à la suite d’échanges sur Twitter, eux-mêmes faisant échos à des remarques qu’on avait pu me faire, que je me suis décidée à aller voir Mademoiselle Julie. D’abord refroidie par une première critweet peu enthousiaste, c’est finalement une réponse du Théâtre de l’Atelier lui-même qui me décide à me faire mon avis par moi-même. « Voir est la meilleure façon de se faire son opinion ». Ils avaient bien raison de me rappeler à l’ordre. Je ne peux me faire un avis sur la pièce, et plus largement sur la programmation de Marc Lesage, si je me contente de supputer depuis chez moi. Rendez-vous fut donc pris avec le Théâtre de la place Charles Dullin.

Mademoiselle Julie, c’est un affrontement. Affrontement entre Julie et Jean, Maître et valet, femme et homme, liberté et servitude. Elle s’ouvre sur une discussion entre Jean et Kristin, valets de la maison, fiancés, discutant de l’étrange conduite de Madame. Madame viendra par la suite les interrompre et commencer avec Jean un étrange jeu de séduction et de domination où la volonté de pouvoir autorisera tous les coups.

De Mademoiselle Julie, je ne gardais qu’un souvenir étrange. Un mélange de froideur, dû à une Juliette Binoche en petite forme desservie par une captation pas toujours flatteuse, et d’enthousiasme, lié à ma rencontre avec ce texte. Un souvenir qui laisse un goût étrange en bouche. Le goût de cette Mademoiselle Julie là est déjà mieux défini : s’il ne me permet toujours pas de rencontrer une Julie haute en couleur, il me fait mieux comprendre le personnage de Jean, et me conforte dans l’idée que j’ai face à moi un grand texte, que je découvre petit à petit.

Je suis déçue de ne pas percevoir toute la complexité et l’ambiguïté des situations qu’il présente. En cause, une Anna Mouglalis trop régulière dans son jeu que j’aurais souhaité plus inattendu. Elle avait pourtant la voix parfaite pour ce rôle irrésistiblement ambivalent, elle dont la voix suave a quelque chose d’à la fois sensuel et un brin dominateur. Son port élégant ajoutait à la noblesse du personnage mais elle manquait de force pour permettre aux situations de se renverser à sa guise.

Il faut dire qu’en face, j’ai découvert un Xavier Legrand impressionnant de subtilité… et de charisme. Il compose un Jean assez énigmatique, parfois inquiétant, menant aisément le dialogue étrange entre les deux personnages et semblant ne laisser l’avantage à sa partenaire que sur sa propre décision. Il semble édicter les règles du jeu et s’impose comme le maître du plateau. Je suis partagée en réalité car j’ai trouvé son jeu d’une précision absolue, mais si la direction d’acteurs le reconnaît comme Maître, je ne devrais pas en vouloir à Anna Mouglalis… Il reste sur cette vision de la pièce un petit noeud à défaire.

Peut-être simplement que la pièce telle que je la conçois ne recouvre pas entièrement la conception de Julie Brochen. J’attendais un duel sans pitié et surtout dont l’issue serait constamment incertaine, mais ici le combat semblait gagné d’avance. J’ai quand même pris plaisir à réentendre ce texte incroyable, et j’ai également découvert le troisième personnage de la pièce… incarné par Julie Brochen elle-même. Elle donne vie à cette servante qui pourrait rester dans l’ombre sans desservir trop la pièce. En quelques répliques, en quelques regards, elle lui donne un passé, suggéré dans sa complicité avec Jean, un présent satisfaisant, sans plus, et un avenir, simple mais digne. On sent l’espoir et la brisure soudaine. En mettant ainsi en lumière ce personnage, elle permet à la pièce, qui menaçait de vaciller, de retomber malgré tout sur ses pattes.

Joli coup… de valet ! ♥ ♥

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Quelle Freycheur !

0001.jpgCritique de Premier amour, de Samuel Beckett, vu le 2 février 2019 au Théâtre de l’Atelier
Avec Sami Frey, dans une mise en scène de Sami Frey

Quelles péripéties a subi le Théâtre de l’Atelier ces derniers temps ! Lorgné par de nombreux professionnels de la profession, on a d’abord cru qu’il tomberait aux mains de Nicolas Briançon et Nagui, mais c’est finalement Antoine Courtois et Marc Lesage, ancien directeur des Célestins, qui remportent la part du gâteau. On attendait avec crainte chaque nouveau spectacle à l’affiche, notre confiance en Didier Long s’étant épuisée avec les années ; me voilà à présent curieuse et impatiente de découvrir la ligne que va suivre ce nouveau Théâtre de l’Atelier. Et plus que satisfaite de cette première rencontre.

Tout part de la mort du père de celui qui raconte son histoire. Cet événement sonnera son départ du domaine familial et, en quelque sorte, son entrée dans la vie. Posé sur un banc, il fera la connaissance de Lulu, une prostituée de qui il pense tomber amoureux et chez qui il ira vivre un temps, constatant de manière assez pragmatique qu’il entend des hommes chez elle, à plusieurs moments du jour et de la nuit. Et puis il partira, après avoir vu son ventre s’arrondir et subi les pleurs du nouveau-né. Il partira, comme il est entré. Étrange.

Premier amour nous fait rentrer dans une conscience. Je ne sais pas si le théâtre de l’Atelier a pour ambition de se spécialiser dans la psychologie de ses personnages, mais entre Premier amour et Face à face, il faut dire qu’on est servi. On rentre ici dans une conscience quasi autistique – c’est en tout cas ce vers quoi nous amène le texte de Beckett en montrant à plusieurs reprises à quel point la présence d’autres personnages est insupportable à notre protagoniste. Une conscience autre, donc, mais une conscience absolument fascinante. On reconnaît l’écriture de Beckett mais on en découvre aussi de nouveaux aspects : ce monologue est truffé de surprises – que vient soudainement faire cet éléphant dans notre histoire tout à fait quotidienne ? – pas dénué d’humour et surtout bien moins minimaliste que ce que je connaissais jusqu’ici – il est, en vérité, incroyablement vivant.

Il faut dire que celui qui l’incarne ne se contente pas de sa bouche pour le déclamer. Je découvrais Sami Frey, et j’ai côtoyé, pour cette première rencontre, tant son cerveau que ses tripes, ses poumons et son coeur. Je dois reconnaître que j’ai d’abord eu un peu peur. La première phrase qu’il prononce était presque hésitante. Je me suis demandée par la suite si ce début incertain n’était pas voulu, permettant une véritable transition entre le moment où le personnage se retrouve hors du domicile familial et celui où il s’assied pour la première fois sur le banc. Car, une fois sur ce banc, Sami Frey devient autre : il prend littéralement vie sur scène et nous amène, à travers ses pensées, dans ce quotidien qu’il nous décrit. Il ne fait qu’un avec le souffle beckettien et donne à voir sur scène une sorte de naïveté transcendée absolument unique. Il redevient aisément le jeune homme de ces souvenirs – la beauté du comédien y est sans doute pour quelque chose – et cette voix profonde, ne craignant pas les ruptures, maîtresse absolue de la narration, emporte tout sur son passage. Bravo.

Un coup de foudre. ♥ ♥ ♥

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Dans la face

0x1200x17683-or.jpgCritique de Face à face, d’après Bergman, vu le 16 décembre 2018 au Théâtre 13

Avec Emmanuelle BercotNathalie Kousnetzoff, Évelyne Istria, Philippe Dormoy, David Arribe, Thomas Gendronneau, et Lola Le Lann dans une mise en scène de Léonard Matton

Cela fait longtemps que j’entends parler de ce spectacle. Face à face aurait dû d’abord être monté à l’Atelier sous la précédente direction mais, suite aux affaires qu’on connaît bien, la production a été retardée et c’est finalement au Théâtre 13 que s’ouvre ce Face à Face d’après Ingmar Bergman en cette fin 2018, juste à temps pour rentrer encore dans le cadre de cette année-hommage. Je suis contente de voir ce projet enfin abouti car, ayant découvert Léonard Matton comme créateur du Secret, ce lieu de théâtre immersif au coeur du 5e arrondissement, j’avais hâte de le revoir dans un travail plus classique. Et je ne fus pas déçue.

La scène s’ouvre sur une consultation de Jenny et d’une de ses patientes : on comprendra rapidement que Jenny est psychiatre, mais qu’elle n’est finalement pas si éloignée que ça de ses malades. Prenant quelques jours de vacances seule, sans son mari ni sa fille, elle sera confrontée à plusieurs événements qui feront remonter rêves et autres cauchemars venant se mêler à sa réalité. Commencera alors un face à face entre elle et elle, une auto-analyse pour aller puiser au plus loin les causes d’un mal être qui s’avère bien plus profond que prévu.

C’est étrange de se dire que, pour l’instant, je ne connais Ingmar Bergman qu’à partir des adaptations théâtrales que j’ai vues. Je pense forcément à Sonate d’Automne vue à l’Oeuvre il y a quelques années, qui m’avait déjà donné la température de ce qu’était Bergman. J’ai retrouvé ce ton sombre, cette culpabilité omniprésente et pesante, ce manque d’air dans la mise en scène de Léonard Matton, dont la scène psychédélique est le point d’orgue. Une atmosphère qui m’a d’ailleurs déroutée en premier lieu, mais dans laquelle je suis finalement rentrée pour n’en plus ressortir.

J’en suis rentrée par une porte bien spécifique : celle d’Emmanuelle Bercot. Elle est à la fois la fondation, les murs, et le toit de ce spectacle. Peut-être est-ce dû à sa présence tout le long du spectacle mais elle y amène un souffle particulier. La composition de son personnage contribue grandement à définir l’ambiance de cette histoire, et ses cris, toujours surprenant, son rire, presque démoniaque, ses pleurs, jamais forcés, viennent souvent dérouter un public qui ne s’y attendait pas. Elle mêle une force apparente à une fragilité plus intérieure avec beaucoup de subtilité et j’ai été captivée par cet ouragan complexe qu’elle avait réussi à créer. Sur scène pendant plus de deux heures, elle livre une performance impressionnante et vient confirmer ce que j’avais déjà senti lors du Dîner en ville : Emmanuelle Bercot est de ces grandes artistes dont je suivrai dorénavant la carrière.

Ne me faites pas dire ce qui n’est pas : le reste de la distribution est excellente. Léonard Matton a composé avec des profils étranges, ce qui transparaît surtout lors des saluts. Des physiques, des voix, des gestuelles différents, presque antagoniques, et qui forment un tout très hétérogène rendent à merveille le manque de communication, le décalage entre les personnages qui ne parviennent à s’entendre malgré une partition constante. J’ai retrouvé avec plaisir Évelyne Istria qui incarne avec brio la grand-mère de Jenny et qui fait passer beaucoup de sentiments mais jamais de tendresse sur son visage pourtant très souriant. Une belle composition !

J’espère que ce Face à face saura faire les beaux jours du Théâtre de l’Atelier où il s’installe à partir de janvier ! ♥ ♥ ♥

To buy or not to buy… a baby

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Critique de Baby, de Jane Anderson, vu le 7 février 2018 au Théâtre de l’Atelier
Avec Isabelle Carré, Bruno Solo, Camille Japy, Vincent Deniard, et Cyril Couton, dans une mise en scène de Hélène Vincent

Ha ! Le théâtre de l’Atelier. J’ai presque cessé de le fréquenter tant il m’a déçue ces dernières années. Je ne compte plus le nombre de fois où j’en suis sortie en me disant « la prochaine fois, je ne me ferai pas avoir ». Quelle ne fut pas ma surprise lorsque le spectacle de reprise de saison, Le livre de ma mère, seul en scène de Patrick Timsit, a remporté un franc succès du côté de la critique ! Et devant l’engouement provoqué par ce nouveau spectacle, Baby, j’ai décidé de donner une nouvelle chance à ce théâtre. Un premier pas vers la réconciliation.

Baby aborde un sujet délicat qui revient fréquemment dans les débats aujourd’hui : la gestation pour autrui. Wanda et Al vivent dans une caravane. Ils ont déjà plusieurs enfants, et Wanda est de nouveau enceinte. Au début de la pièce, elle tente d’aborder la question avec Al : elle a vu une annonce dans le journal et n’entend pas garder l’enfant cette fois-ci. L’annonce ? « Enceinte ? Couple marié, épanoui, cultivé et très à l’aise financièrement veut offrir à un enfant blanc en parfaite santé une vie heureuse. Différentes formes d’aides envisageables. Appeler en pcv. »

Dès l’annonce, on sent qu’un petit mot pourrait poser problème. Un enfant blanc. L’adjectif ne sera pas abordé tout de suite, mais la tension s’installe dès la diffusion du message. Elle augmentera avec le face à face entre Wanda, mère porteuse, et Rachel, mère adoptive. Les deux comédiennes protègent leur personnage avec passion : d’un côté, Isabelle Carré, lumineuse femme enceinte : la séparation prochaine d’avec son bébé semble mettre par intermittence un voile devant ses yeux ; de l’autre, Camille Japy, habituée à un confort qu’elle ne retrouve pas chez cette nouvelle nouvelle relation, semble plus perdue à chacun de ses mouvements mais lutte avec bravoure pour rester digne et polie.

Cette première scène opposant deux classes différentes traîne encore quelques longueurs. Elle est explicative, met en place les différentes problématiques qui agitent chaque partie, leurs différences mais aussi leurs complémentarités. Elle paraît même parfois un peu simpliste dans son déroulement : on voit une certaine binarité se mettre en place, avec d’un côté la bourgeoise coincée tolérante par principe, s’opposant à la femme dans le besoin, se nourrissant mal, un peu vulgaire, sensible aux réflexions sur son mode de vie, ayant une tendance raciste pour trop côtoyer à son goût la communauté noire dont elle parle avec mépris. Des amalgames un peu rapides et qui handicapent un propos qui aurait pu être bien plus saisissant.

Dans la deuxième partie du spectacle, on se retrouve à l’hôpital, le jour de l’accouchement. Ici, la lutte des classes est moins didactique et passe plus par le jeu des comédiens, leurs interactions, leurs mouvements relatifs. La scène fonctionne mieux, faisant passer les émotions sans lourdeur. Les comédiens s’affrontent comme sur un ring : d’un côté, Bruno Solo et Cyril Couton transpirent le stress propre à ces hommes d’affaires pressés et désagréables, contrebalancés par un Vincent Deniard dont la corpulence semble soudainement inversement proportionnelle à son importance dans la pièce. Al, immense, semble tellement rabaissé par les deux autres hommes qu’il devient soudainement poussière dans cette pièce aussi froide que les regards de ses partenaires. Une belle prouesse.

Cependant je reste sur ma faim. Et même sur ma fin en vérité, puisque le dénouement est aussi désagréable qu’inattendu : la question qu’il pose place le spectateur dans une situation délicate, mais la solution envisagée par les personnages arrive trop vite pour qu’on perçoive toute la gravité du problème. J’aurais aimé que cette deuxième partie, plus intense, laisse à ses personnages le temps de la réflexion et de la décision en proposant davantage de pistes, de délibérations, d’introspection, même. Il laisse le spectateur désarmé, oscillant entre une prise de conscience trop brusque et une tendance au cliché qui ralentit sa pensée.

Un thème essentiel qui aurait gagné en intensité s’il avait réussi à prendre davantage son temps. ♥ 

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Le crash Sneijder

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Critique du Cas Sneijder, d’après Jean-Paul Dubois, vu le 18 mars 2017 au Théâtre de l’Atelier
Avec Pierre Arditi, Didier Bezace, Sylvie Debrun, Morgane Fourcault, Thierry Gibault, et Fox, dans une mise en scène de Didier Bezace

Le Cas Sneijder faisait partie des trois pièces sélectionnées par la Fondation Jacques Toja, aux côté d’Abigail’s Party et de Piège Mortel. Le jury, chargé de décider lequel des trois spectacles se verrait attribuer 20 000€, était constitué des spectateurs à travers une campagne de mécénat participatif qui a vu Le Cas Sneijder remporter la mise. Étonnant. En effet, lorsqu’on voit l’absence de trame dramaturgique, lorsqu’on prend conscience du néant qui compose la pièce, on en vient à se demander pourquoi Didier Bezace souhaitait monter un tel spectacle.

Paul Sneijder a du mal à se remettre de son accident d’ascenseur dans lequel il a perdu sa fille, Marie. Depuis ce jour, il tente de résoudre le mystère qui a conduit l’ascenseur à descendre en chute libre. A travers des articles spécialisés et de la mécanique du fonctionnement, il tente d’élucider le pourquoi du comment. Parallèlement à ses recherches, il commence un travail de promeneur de chien et s’attache à Charlie, un border collie. L’histoire est donc assez absurde, mais cela me plaisait au départ. Je me disais que, derrière de telles étrangetés se cachaient forcément une pensée, un mystère à résoudre, une idée nouvelle et passionnante. Haha ! Que nenni. N’attendez rien d’autre de ce spectacle que sa description première. Pas de profondeur, pas d’émotion, pas de pensée.

Pourtant, tout commençait si bien. La première scène est très belle, et la voix off de Pierre Arditi, qui parle alors de la mémoire, annonce un beau spectacle. Mais tout se gâte si vite : cette histoire de promeneur de chien qui surgit de nulle part, sans queue ni tête, entraîne des scènes longues et sans intérêt. Les scènes de dialogue entre Paul et sa femme, dont les relations ne sont pas au beau fixe, se voudraient drôles et cyniques mais restent bien plates. La pièce s’étire et se complaît dans une espèce de fausse philosophie qui voudrait montrer les ascenseurs comme une métaphore de la vie. C’est prévisible, c’est inutile, et c’est raté.

Pour ajouter à tout cela, Arditi est assez mal entouré. D’ailleurs, lui-même n’a pas grand chose à jouer. C’est vrai que sur les premières scènes, je me suis dit « Ça fait du bien de le voir dans autre chose qu’un gros boulevard bien gras ». La voix off qui l’accompagne est belle, posée, atteinte. Mais on s’aperçoit vite qu’il n’a rien à jouer. Son ton mélancolique ne parvient pas à toucher à travers cette pièce sans intérêt. A ses côtés, Sylvie Debrun campe une Anna tout aussi fade. Détestable, par ailleurs, comme la plupart des personnages de la pièce. Didier Bezace n’a rien à jouer : son personnage comme ses scènes restent un mystère complet pour moi car il semble parachuté dans un environnement qui n’a nullement besoin de lui, et ses apparitions n’ont pas de conséquence sur le personnage central. Thierry Gibault, qui donne son travail de promeneur de chien à Sneijder, surjoue un personnage déjà sans intérêt. La cata.

Cela fait déjà plusieurs saisons que l’Atelier ne fait que me décevoir. Et ce n’est pas ce Sneijder qui nous réconciliera. A éviter. pouce-en-bas

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Promotions pour les spectacles du Théâtre de l’Atelier

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En accord avec le Théâtre de l’Atelier, le blog vous fait bénéficier de deux opérations promotionnelles spécifiques concernant les spectacles représentés actuellement au théâtre.

– PROMO « LES LECTURES DE L’ATELIER / DOMINIQUE BLANC:

Jusqu’au dimanche 29 mars inclus, 1 place achetée / 1 place offerte à vos lecteurs réservant directement à la billetterie, dans la limite des places disponibles.

Au téléphone, bien mentionner le nom de code de cette promotion « BLOGS » au 01 46 06 49 24

– PROMO « ANCIEN MALADE DES HÔPITAUX DE PARIS »

Jusqu’au 12 avril 2015. La place est à 15€ (+1,10€ de frais de location) au lieu de 34,10€, en réservant directement à la billetterie, dans la limite des places disponibles.

Au téléphone, bien mentionner le nom de code de cette promotion « BLOGS » au 01 46 06 49 24.

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Anna Christie, un texte dans le brouillard

annachristie Critique de Anna Christie, vu le 31 janvier 2015 au Théâtre de l’Atelier Avec Mélanie Thierry, Féodor Atkine, Stanley Weber, et Charlotte Maury-Sentier, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli

Il fait sombre sur la scène du théâtre de l’Atelier. Un brouillard marin semble s’y être installé et ne pas vouloir se dissiper. On se sent transporté dans un port loin d’ici, là où le jour n’arrive pas à émerger tant les ténèbres envahissent le plateau. Mais quelque chose manque pour que le voyage soit complet : une histoire qui nous prend aux tripes. L’histoire d’Anna Christie ne m’a pas vraiment parlé ; trop désuète, je ne comprends pas comment elle peut encore toucher aujourd’hui.

Anna Christie a toujours vécu loin de son père. Si bien que lorsqu’elle décide de retourner auprès de lui, il lui apparaît presque comme un étranger. Leurs conversations sont gênées, un peu gênantes, mais pourtant pleines de bons sentiments. On les voit se chercher, mais ils ne se trouvent pas. Peut-être ont-ils vécu trop longtemps loin l’un de l’autre. Il lui fait découvrir la mer, cette vieille salope, dont elle tombe amoureuse. Elle aime son brouillard, son mystère, son immensité. Un soir, ils repêchent un homme qui avait fait naufrage : c’est un véritable marin, dans toute sa simplicité et sa brutalité. Il est direct avec Anna et lui proposera même de l’épouser ; mais les secrets qu’elle cache risquent de le faire changer d’avis bien assez tôt…

C’est donc plutôt une jolie histoire, portée par d’excellents comédiens. A commencer par Mélanie Thierry, que je ne connaissais que par le cinéma, et qui compose une Anna Christie franche et légèrement amère, mais dont le caractère bien trempé semble finalement cacher un grand coeur. L’homme dont elle tombe amoureuse, le marin sauvé par son père, est incarné par Stanley Weber : grand et plutôt costaud, il est un marin simple d’esprit et dont on devine qu’il se contente du côté matérialiste de la vie. Les deux acteurs forment un couple assez improbable, lui, grande créature qui pourrait la briser entre ses doigts vu la fragilité apparente de sa partenaire ; ce duo fonctionne très bien et on sent un réel plaisir de jouer ensemble. Mention spéciale à Feodor Atkine, qui incarne le père d’Anna : son entrée en vieux loup de mer ivre et remarquable de réalisme et de précision, et il compose un personnage bourru et attachant, décrivant souvent la vie de marin comme une abomination dont les « la mer, cette vieille salope » constituent le refrain. La voix de l’acteur, profonde et marquante, est un atout de plus qui lui permet de passer aisément du registre comique à l’émotion.

Rien que dans la description que j’ai pu faire des personnages, aussi bien joués soient-ils par les acteurs, on sent le trop plein de clichés de la pièce. Cette prostituée au grand coeur et ce marin simple et brutal qui vont finalement former un joli couple, c’est vu et revu. Mais là n’est pas le seul bémol que je place sur la pièce. Je pense que mer et théâtre ne peuvent pas vivre ensemble, sur une même scène. Lieux de liberté totale et d’abandon, l’un représente l’immensité lorsque l’autre n’a qu’un cadre restreint à offrir. Impossible de rendre le calme mystérieux de la mer, l’impression de solitude et de rien devant l’infini qu’elle représente, sur une simple scène de théâtre. Impossible donc de comprendre réellement les personnages lorsqu’ils l’évoquent, et passent des minutes entières à la contempler avec admiration.

Encore un texte choisi par une actrice qui aura vu un rôle pour sa personne, et non une pièce dans son ensemble. Dommage. ♥ 

ANNA CHRISTIE (Jean Louis MARTINELLI) 2015