Diable en poche

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Critique de l’Histoire du Soldat, de Ramuz et Stravinsky, vue le 26 mai 2017 au Théâtre de Poche
Avec Claude Aufaure, Licinio Da Silva, Fabian Wolfrom, Aurélie Loussouarn, Olivier Dejours / Loïc Olivier, Thomas Cardineau / Mélanie Ravaux / Cécile Subirana, Léonard Lepissier / Audrey Lucas, Seung-Hwan Lee / Hélène Richard, Blandine Delangle / Adrien Goldschmidt, Florent Farnier / Luce Perret / Victor Rosi, Valentin Moulin / Lucas Ounissi / Geoffray Proye, Quentin Broyart / Hugo Chassaniol, dans une mise en scène de Stephan Druet

Quel plaisir de retrouver ce petit théâtre de Poche que je n’avais pas visité depuis novembre dernier ! En cette jolie fin de mai, c’est bien en avance que je me rends dans la cour du théâtre. Je croise alors un charmant garçon – la soirée s’annonçait agréable. Vous devinerez mon ravissement lorsque je me suis rendue compte quelques instants plus tard que le charmant garçon en question se trouvait être le soldat dont l’histoire nous était contée, et qu’il avait plus d’une corde à son arc puisqu’il s’est avéré, comme le reste de la distribution, tout à fait à sa place sur scène.

L’Histoire du soldat est une fable mettant en scène un lecteur, qui prend les traits du narrateur de l’histoire, qui vient conter l’histoire survenue entre Le Soldat et Le Diable. Le Soldat a en effet vendu son âme au Diable un jour qu’il l’avait croisé sur la route, en lui échangeant son violon contre un livre. Trop heureux, le Diable propose au jeune homme de s’arrêter un instant chez lui, ce qu’il accepte, mais les 3 jours qu’il pensait passer en sa compagnie sont en réalité 3 ans. Ignoré de tous à son retour au village, le Soldat se sert alors du livre magique pour devenir immensément riche, mais il se rendra vite compte que ce n’est pas dans la richesse que se trouve le bonheur…

Ma réflexion au sortir de la salle fut la suivante : je crois que si je n’avais pas su que la pièce était suisse, j’aurais pu le deviner tant elle était rythmée à la manière de leurs montres bien-aimée. Mais ce n’est pas son seul côté exotique : je trouve par exemple qu’outre l’aspect envoûtant qu’on peut directement lier à la forme « conte », cette pièce prend son temps, mais sans se regarder le nombril, bien plutôt avec une certaine élégance. C’est un petit bijou dans son style : les alternances entre les parties jouées et les parties musicales sont très bien coordonnées et tout à fait complémentaires. En effet, malgré mon appréhension à l’idée de me retrouver à écouter du Stravinsky toute la soirée, je dois bien reconnaître que les morceaux reflètent bien la tonalité du conte qui nous est joué.

Les comédiens portent cette étrange pièce avec brio, secondés par des lumières édifiant aisément les différentes atmosphères du spectacle : c’est pour le captivant Claude Aufaure que j’ai réservé pour ce spectacle, et bien évidemment c’est une nouvelle réussite pour l’acteur qui, de sa voix enveloppante, nous conte cette histoire en faisant monter chez nous un intérêt grandissant. A ses côtés, le charmant jeune homme de la cour du Poche, Fabian Wolfrom, est un Soldat naïf avec un enthousiasme juvénile parfaitement dosé. Licinio Da Silva, enfin, a trouvé la composition parfaite pour son diable piquant, espiègle et frétillant, sans jamais tomber dans la caricature.

Une merveille du genre. ♥ ♥ 

Histoire du Soldat - Ramuz et Stravinsky - Druet - Theatre de Poche Montparnasse

La Comédie-Française sort le Grand Jeu

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Critique de La Règle du Jeu, d’après Renoir, vue le 10 février à la Comédie-Française
Avec Cécile Brune, Sylvia Bergé, Éric Génovèse, Alain Lenglet, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Gilles David, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Elliot Jenicot, Laurent Lafitte, Benjamin Lavernhe, Claire de La Rüe du Can, Didier Sandre, Rebecca Marder, Pauline Clément, Dominique Blanc, et Julien Frison, dans une mise en scène de Christiane Jatahy

Bon. Mettons-nous au point dès la première ligne de cet article : je n’ai encore jamais vu La Règle du Jeu de Renoir et ne prétends à aucun moment en faire une critique. Ici, je vais essayer de poser des mots sur une expérience unique et indescriptible, de rationaliser l’extravagance, de décrire l’impensable. Vous ne saurez pas tant que vous n’y serez pas. Mais je vais essayer. C’est vrai, je n’ai pas vu le film d’où est tiré le spectacle et je m’en moque. Parce que j’ai décidé de manière totalement imprévue de m’y rendre, m’empêchant de préparer ma soirée. Et parce que cette improvisation totale est en accord avec l’atmosphère qui règne dans la salle, je vous avouerai que je m’en fous.

Bien que la pièce soit assez déconstruite, on comprend facilement le propos et à aucun moment on ne se trouve perdu : Robert de la Chesnaye, riche bourgeois, invite de nombreux amis à fêter le retour de André Jurieux parmi eux, après qu’il a sauvé de nombreux migrants en Méditerranée. Si la relation entre André et Christine, la femme de Robert, semble ambiguë, il en va de même pour celle qui lie Robert à Geneviève, une autre invitée. Le monde de la transfiguration s’ouvre alors aux convives : Robert organise une grande fête, imposant à ses invités de se déguiser, de chanter, de danser et de s’amuser. Un spectacle en apparence explosif et joyeux mais dont l’implosion à retardement nous agresse petit à petit.

Pour nous présenter son adaptation, Christiane Jatahy a imaginé un dispositif encore jamais mis en oeuvre dans la Salle Richelieu : les spectateurs vont devenir acteurs de sa propre pièce. L’idée est de nous intégrer au mieux à l’histoire, au décor, au casting. Et pour cela, toutes les barrières sont levées : la notion de 4e mur n’existe plus. Les acteurs jouent dans la salle, avec le public, armés de caméra et jonglant entre théâtre et cinéma. Cela peut choquer au premier abord, mais pourtant dès que le film initial s’installe, plus aucun doute n’est possible : la précision des prises, son timing impeccable, les gestes millimétrés, presque insondables, et qui pourtant transpercent l’écran comme s’ils avaient été hurlés, annoncent la teneur du spectacle qui va suivre. Très vite, on oublie que l’on est au théâtre et qu’on regarde l’écran : lorsque les premiers invités arrivent, j’étais étonnée de ne pas voir une trentaine de convives s’installer sur scène. J’avais oublié la distribution.

J’ai été prise dans la fête, de manière très subtile : ça paraît immédiat et pourtant la transition est là. Lentement, on passe du film initial à la salle, et on se retrouve alors intégré au scénario. Si les premières minutes sont malaisantes, avec cette chasse à courre où les gibiers sont les femmes conviées à la soirée, on se retrouve très vite projeté en plein milieu de la soirée. Et, alors que le malaise était là l’instant d’avant, on est soudainement en train de chanter avec les invités, les bras levés, conquis. Nous sommes comme les autres convives, à rire, à chanter, danser et boire. La fête bat son plein, mais ce n’est qu’une apparence et toute la suite cherchera à nous le montrer. Les scènes finales, où un calme presque inquiétant règne sur le plateau, sont plus cruelles, de par le contraste qu’elle présentent avec ce qui a précédé mais également par l’absurdité des réactions qu’elles proposent : Robert, venant d’apprendre qu’il est trompé, entre dans la salle de fête soudainement désertée à la manière d’un paysage de guerre, le filmant de manière dérisoire et presque triste. L’expérience spectateur proposée lors de ce spectacle est unique : loin de ressentir depuis notre fauteuil l’émotion qui se dégage du plateau, il s’agit ici de vivre, et de vivre pleinement l’action, de prendre part à l’histoire. Suivez mon conseil : sortez de votre zone de confort, oubliez le cadre, lâchez-vous, et il ne s’agira alors plus simplement d’éprouver, mais de consommer à pleines dents cette proposition unique, extravagante, exceptionnelle.

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J’ai trouvé le spectacle très porté sur la distinction entre l’être et le paraître, d’une cruauté sans pareille. Certes, on est gai et on chante tous ensemble l’espace d’un instant suspendu. Mais l’instant d’après, notre hôte change du tout au tout. Il aperçoit sa femme qui le trompe et son regard trahit ses pensées. Jamais je n’ai vu pareille colère, pareille tristesse, transparaître ainsi, aussi soudainement, à travers un regard. Un peu malsain, un peu satanique, il est un maître de cérémonie étrange, dérangeant, à l’hospitalité inhabituelle. On connaît l’ampleur du talent de Jérémy Lopez, et une fois encore il parvient à nous surprendre : son effet réside en ce qu’à aucun moment il ne va tricher. Il ne joue pas, c’est à peine s’il incarne ; il est. C’est le même homme qui joue avec son public, le regarde droit dans les yeux et lui lance des punchline, et qui l’instant d’après sera déchiré et trahi par sa femme. Ce sont les mêmes yeux, les mêmes émotions, le même regard. Et la puissance de ce regard réside bien plus en la sensibilité et l’implication de l’homme qu’en la technique de l’acteur.

Tout nous rappelle le fossé qui sépare le monde de la figuration de celui du sentiment vrai. D’abord, par le personnage de Serge Bagdassarian : je sens bien que je me répète, mais il fait partie de nos Grands du Français et sa présence sur ce plateau s’avère absolument incontournable : à travers ses reprises de Paroles, paroles et Non ho l’eta, il souligne à lui seul le côté désabusé et parfois malheureux de telles soirées. Malgré leur présence, ils ne parviennent pas à être ensemble, et cette désillusion présente tout au long du spectacle laisse un goût amer chez le spectateur. On semble s’amuser et pourtant quelque chose dérange. Jérôme Pouly, déchirant lors des scènes finales, emprunte à l’Octave et au Coelio de Musset, et au Cyrano de Rostand. Désenchanté, il met des mots durs sur ce qu’il vient de vivre, et laisse la place à un Laurent Lafitte aux allures de héros de notre siècle.  Éric Génovèse, transformé et difficilement reconnaissable, est un Marceau séduisant ; et sa voix, inimitable et douce, qui amène une humanité évidente à son personnage, contraste avec celle de Bakary Sangaré, plus dure, qui se retrouve exclu de cette société qu’il contrôle à l’entrée. Du côté des femmes, on retrouve ce contraste entre Suliane Brahim, Christine fébrile et hors du Jeu, et Elsa Lepoivre, qui semble connaître les règles et jongler avec aussi facilement qu’avec les bouteilles d’alcool.

Ce spectacle, c’est également un travail de troupe absolument dingue. On les voit prendre un pied total, et on n’a parfois qu’une envie : se lever et les rejoindre sur scène. Le pari était risqué et fort, et si les acteurs ne faisaient que leur boulot, jamais cela ne prendrait. Ils sont au-delà de toutes limites, sur un fil si mince que la menace de tomber est présente à chaque réplique. Mais cela, on ne s’en rend compte qu’en sortant du spectacle. Faire des expériences pareilles à la Comédie-Française nécessite culot, courage, et maîtrise absolue. Il fallait oser, ils l’ont fait. Pour l’audace, pour l’enjaillement, pour l’excellence, et bien sûr pour cette soirée, merci. Je reviendrai.

Une expérience théâtrale comme je n’en avais jamais vécu. Incroyable, vivifiante, unique, paralysante. Totale. ♥ ♥ 

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Ivo la vie

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Critique de Ivo Livi, de Ali Bougheraba et Cristos Mitropoulos, vu le 5 novembre 2016 au Théâtre de la Gaité
Avec Camille Favre-Bulle, Ali Bougheraba, Benjamin Falletto, Cristos Mitropoulos, et Olivier Selac

Je vais vous raconter une histoire. L’histoire d’une jeune fille qui, abonnée au théâtre 14 il y a 6 ans maintenant, doit aller voir un spectacle intitulé Un de la Canebière. Après avoir regardé la bande-annonce, l’hésitation monte : voir ou ne pas voir ce spectacle ? Il ne lui dit rien. Mais le destin l’y poussera finalement : tombant amoureuse de cette troupe qui a tant à donner, elle ne manque aucun de ses spectacles par la suite, les découvrant toujours plus énergiques, toujours plus brillants, toujours plus généreux.

J’ai déjà vu ce spectacle au Festival OFF, cet été. Par conséquent, j’ai déjà écrit une critique, que je voulais dithyrambique. C’est difficile, face à un spectacle pareil. Rien qu’à le décrire, on perd en enthousiasme : voilà un spectacle qui va vous raconter la vie d’Yves Montand. Bim, vous avez déjà perdu tous les moins de 30 ans. C’est une troupe d’origine marseillaise qui va la raconter en chanson. Schlack, on s’imagine une troupe de branquignols. Ces a priori, je les avais, les voilà rejetés au placard. Pourtant, pour m’en séparer, il me fallait une sacré dose de théâtre ; ils me l’ont donnée. Mieux encore, ils dépassent tout ce que je peux imaginer. Chaque fois que je les vois, c’est une claque théâtrale, un regain d’énergie, un bouchon de champagne qui explose.

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Je me sens un peu désarmée pour essayer de décrire l’ambiance, le rythme, la vie qui déborde de ce spectacle. Figurez-vous : la joie. Les rires, la musique, l’entrain. Cette équipe-la aime ce qu’elle fait, ce qu’elle joue, et prend un plaisir immense à nous le transmettre chaque soir. C’est même presque étonnée qu’elle se rend compte, au salut, que le public a pris autant de plaisir – voire plus ! – qu’elle à la voir jouer, à la voir nous conter l’histoire d’Yves Montand.

Cette troupe-là sait. C’est un peu comme chez Michalik : ils ont la formule magique qui va bien. Ils connaissent le truc. Ils savent jongler entre l’histoire qu’ils racontent et les apartés hilarants. Ils savent créer des ambiances heureuses, tragiques, étonnantes, angoissantes. Ils savent les enchaîner avec brio, ils savent garder l’attention du spectateur 1h40 durant sans jamais le perdre. Ils savent chanter, danser, faire des claquettes, raconter une histoire, blaguer, rire, et pleurer.

Ce spectacle a tout pour plaire. C’est une leçon d’histoire, une leçon de théâtre, une leçon de vie. Je ne veux pas vous perdre dans une critique qui n’en finit pas d’encenser une pièce, donc je vais bientôt m’arrêter. Je demande juste que vous me croyiez, et que vous laissiez une chance à cette troupe qui a tant à donner, comme je l’ai fait il y a 6 ans maintenant. C’est un plaisir encore plus immense pour moi que de les voir évoluer de salle en salle, avec un public toujours plus nombreux, toujours plus enthousiaste. Lorsqu’aujourd’hui, au sortir du spectacle, j’entends tous les spectateurs, encore enfiévrés par ce qu’ils viennent de voir, remercier jusqu’au technicien qui rouvre les portes, je me rends d’autant plus compte du bonheur qu’ils sèment partout où ils se donnent. Allez-y, vous ne le regretterez pas.

Un spectacle vitalisant. A voir de toute urgence. ♥ ♥ 

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Cabaret Léobas Ferré

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Critique du Cabaret Léo Ferré, vu le 2 avril 2016 au Studio-Théâtre
Avec Martine Chevallier, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Christophe Montenez et Pauline Clément, dirigés par Claude Mathieu, et les musiciens Benoît Urbain, Paul Abirached, Olivier Moret, Alain Grange

Les Cabarets du Français sont ancrés dans la programmation maintenant. Cela fait 4 ans que chaque année, c’est ravie que je me rends au Français pour voir certains acteurs de la Troupe chanter. C’est toujours un plaisir car ces comédiens parviennent à ajouter une âme, une vie supplémentaire, aux chansons. Mais depuis l’année dernière, une légère baisse de régime me chagrine un peu : peut-être est-ce d’avoir confié la direction artistique à des comédiens moins concernés par le monde musical ?

Disons-le, le summum du Cabaret fut du temps où Philippe Meyer les mettaient en scène. On n’était alors pas au Studio Théâtre mais bien dans la grande salle du Théâtre Éphémère et les chansons proposées, variées, autour d’un thème ou totalement libres, me ravissaient. Mais depuis la reprise du Cabaret chaque année par des comédiens autour d’un seul compositeur, mon enthousiasme est moindre : seul Serge Bagdassarian avait réellement mis en scène son spectacle, mais ni Béatrice Agenin (et son Cabaret Barbara) ni Claude Mathieu ne sont parvenues à réellement mettre en lumière le compositeur qu’elles avaient choisi.

Je dois avouer que Léo Ferré n’est pas forcément mon auteur favori, et que les chansons choisies, pour la plupart véritables poésies de fin de carrière, pas forcément les grands tubes de Ferré, ne m’ont pas toutes emballées. Elles regroupaient un vocabulaire daté, des références qui ne me parlaient pas forcément, ce qui donnait m’éloignait des textes  et créait une distance entre le spectacle et moi.

Heureusement, les acteurs sont là. Serge Bagdassarian est au sommet dans ce Cabaret, dépassant ses camarades par sa possession intime des textes et sa voix superbe. La découverte de Pavloff en tant que chanteur est une jolie surprise, car la sensibilité qu’on connaît à l’acteur renaît transcendée sur la scène du Studio-Théâtre. Jolie découverte également que Christophe Montenez qui lui aussi fait preuve d’une douce humanité à travers les textes de Ferré. Julie Sicard, habituée des Cabarets, livre également une délicate prestation. Pauline Clément, jeune pensionnaire de la Maison à la voix haut perchée parfois légèrement désagréable, s’en tire plutôt pas mal mais ce n’est pas le type de voix que je préfère écouter. Mais Martine Chevallier et Véronique Vella m’ont déçue dans ce spectacle : la première, qui déjà dans le Cabaret Barbara m’avait paru à la limite de ses capacités vocales, renouvelle ici sa prestation. Ces morceaux ont paru bien longs à mes oreilles… Le problème est tout autre pour Véronique Vella, dont la voix sait pourtant si bien m’enchanter d’habitude : on connaît tous la puissance de sa voix, mais je ne comprends pas pourquoi, dans ce spectacle, elle la pousse à ce point : pourquoi crier ainsi continument ? Le contraste est fort lorsqu’elle entonne la même chanson de Pavloff à sa suite : l’un est doux et émouvant, l’autre criard déçoit singulièrement. Dommage.

C’est un cabaret quelque peu décevant qui nous est donc présenté au Studio-Théâtre. J’espère que la belle tradition des Cabarets va perdurer et se reprendre, et je serai quand même là l’année prochaine si la proposition est renouvelée ! ♥ 

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Un Cabaret BarbaBrahimBergé

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Critique du Cabaret Barbara, de Barbara, vu le 11 octobre 2014 au Studio-Théâtre
Avec Martine Chevallier, Sylvia Bergé, Suliane Brahim, Félicien Juttner, Danièle Lebrun et Elliot Jenicot, dans une mise en scène de Béatrice Agenin

S’il y a bien un spectacle que je ne manque jamais au Français, ce sont ses Cabarets. Depuis quelques années maintenant, c’est devenu une tradition de présenter un spectacle chanté sur la scène de la Comédie-Française : orchestré par Philippe Meyer ou des comédiens de la troupe comme Sylvia Bergé ou plus récemment Thierry Hancisse, ils peuvent être de différentes sortes : autour d’un thème ou d’une époque, on observe cependant dernièrement une tendance à orienter le spectacle autour d’un compositeur-interprète. Après les excellents Cabarets Vian et Brassens, c’est donc à Barbara d’être mise à l’honneur sur la scène du Studio-Théâtre. Mais était-ce vraiment l’artiste idéale pour ce genre de spectacle ? Car si je n’avais rien à redire des précédentes versions, ce Cabaret-là est hautement critiquable sous certains aspects…

Barbara est un univers à elle seule : on a du mal à s’imaginer quelqu’un d’autre qu’elle-même interpréter ses chansons. Sa voix seule traduit délicatesse, désillusion, sensibilité : elle incarne l’émotion à l’état pure. C’est pourquoi c’est un pari délicat que d’essayer de rendre sur scène ce qu’elle était, puisque prendre les textes seuls n’a aucun sens, sans l’âme qui les faisait vivre. C’est un pari à moitié relevé ici, car l’absence totale de mise en scène n’aide en rien les comédiens dont une partie seulement parvient à capter l’essence des chansons de Barbara.

Je ne comprends pas pourquoi on a fait appel à Béatrice Agenin pour monter ce spectacle. Depuis quelques années, ce sont les comédiens de la troupe qui monte ces Cabarets, et, modestement, proposent une mise en scène : ce n’est pas grandiose, mais on y reconnaît un travail réfléchi et abouti. Ici, pas l’ombre d’une idée : ah ! si : lorsqu’on parle d’un voilier, on voit un voilier pour enfant qui avance derrière le comédien – appréciez l’image poétique !… Pas besoin de faire venir un metteur en scène de l’extérieur si celui-ci n’ajoute rien au spectacle : deux rideaux rouges encadrent le plateau, et les acteurs viennent se planter en devant de scène pour leur chanson. Au début du spectacle, il n’y a même pas d’intermède entre les chansons : le pianiste enchaîne les airs sans lever les mains du clavier. Or, de même qu’il faut à l’acteur une respiration pour recommencer un couplet, le spectateur a besoin de souffler et de récupérer avant une chanson. Alors oui, on peut dire que Barbara n’a pas besoin d’être mise en scène car elle se suffit à elle-même – et ce serait vrai si les comédiens parvenaient à sublimer ses chansons ! Mais comme ce n’est pas toujours le cas ici, il aurait fallu leur venir en aide en mettant en valeur leurs talents de comédiens. Vient alors se poser le deuxième problème essentiel de ce spectacle : faire chanter Barbara à des comédiens est une erreur, puisque ses chansons sont bien moins des histoires que des sentiments bruts ! Alors lorsque la seule idée du metteur en scène est de faire chanter une actrice, déjà en difficulté vocalement, en position assise, on en vient à se poser des questions sur l’utilité du dit metteur en scène…

Une fois qu’on a compris que le spectacle n’offrirait pas d’idée particulière sur la poésie de l’artiste, on peut tout de même parvenir à passer une bonne soirée. Pourquoi ? Grâce au talent des comédiens présents sur le plateau. Ce Cabaret est l’occasion de nous rappeler à quel point certains acteurs sont sous employés alors que d’autres sont – inexplicablement – présents dans presque tous les spectacles de la saison (mais c’est un autre débat…). Je veux parler ici de Suliane Brahim. Cette actrice que j’encense après chacune de ses apparitions a plus d’une corde à son arc : je connaissais la finesse et l’originalité de son jeu, je découvre la beauté de son chant. Plus encore que lorsqu’elle joue, elle se laisse porter par la musique qui semble alors l’habiter : elle vit pleinement chacune de ses chansons et sa voix originale et ce style décalé la rendent plus brillante que jamais : sur scène, on ne voit qu’elle, on l’attend, on l’applaudit, on en redemande. En solo comme en duo, elle parvient à rendre l’âme si particulière, si frêle et si intense de Barbara. Son duo avec Félicien Juttner est touchant est juste, et ils interprètent un Dis quand reviendras-tu ? puissant et très émouvant. Juttner s’en sort d’ailleurs très bien lorsqu’il chante seul, et on lui reconnaît un Mon enfance mélancolique et douloureux, autant pour l’acteur que le spectateur. On ne peut malheureusement en dire de même pour l’autre acteur masculin du Cabaret : Elliot Jenicot, dont on reconnaît très souvent le talent comique, n’est pas fait pour chanter du Barbara. Sans doute trop habitué à un mode de jeu plus « franc », il ne parvient pas ici à transmettre de réelles émotions à travers ses parties chantées. Seule une chanson plus légère, Les Amis de Monsieur, qu’il joue avec Martine Chevallier, relève d’une réelle performance d’acteur. Martine Chevallier, elle aussi, semble peiner à interpréter le reste de ses partitions : sa voix trop fragile et trop peu contrôlée ne peut se confronter à du Barbara, et donne lieu à une version bien malheureuse de Ma plus belle histoire d’amour. Sylvia Bergé, comme à son habitude, nous enchante entre sa version aguicheuse de Ni belle ni bonne et celle, bien plus intimiste et en retenue, du Mal de vivre. Danièle Lebrun, également un peu fragile du côté voix, illumine tout de même le plateau : l’actrice a une présence indéniable et parvient à s’approprier la Gare de Lyon avec l’aisance qu’on lui connaît.

On retiendra plusieurs choses de ce cabaret : d’abord, qu’il est essentiel de choisir des comédiens capables d’interpréter le registre choisi, c’est-à-dire ici l’émotion pure. Mais surtout que si on monte depuis quelque temps des spectacles chantés au Français, c’est que les comédiens sont capables d’ajouter une autre dimension aux chansons : celle du jeu ! Alors à quoi bon monter un cabaret autour d’une artiste connue pour l’âme qu’elle insuffle à ses chansons, qui finalement ne tiennent qu’à un fil ? On attendait un cabaret autour de chanteurs qui proposent de véritables histoires : à quand un Cabaret Reggiani, Guy Béart, Aznavour ?

Malgré quelques déceptions, mises en valeur par une comparaison inévitable avec les anciens cabarets, on passe tout de même un bon moment au Studio-Théâtre, sublimé par la seule présence de Suliane Brahim. Ce qu’on en retiendra, en plus des textes magnifiques de Barbara, c’est le talent et l’interprétation impressionnants de l’actrice : Brahim est une petite merveille. ♥ ♥ 

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Demi-folie au Casino de Paris

7769266834_mistinguett-reine-des-annees-folles-au-casino-de-paris-des-le-18-septembre-prochainArticle écrit par une complice de MDT

Critique de Mistinguett, reine des années folles, vu au Casino de Paris, le 20 septembre, 20h.
Livret de Jacques Pessis et Ludovic-Alexandre Vidal. Musique de Jean-Pierre Pilot et William Rousseau. Chorégraphie de Guillaume Bordier. Avec Carmen Maria Vega (Mistinguett), Patrice Maktav (Léon Volterra), Cyril Romoli (Jacques Charles), Fabian Richard (Scipion), Mathilde Olivier (Marie), Grégory Benchenafi (Harry Pilcer).

 Je vais rarement voir des spectacles musicaux, et le genre Mozart Opéra-rock ou Les dix commandements, les salles style Palais des Sports ou des Congrès, ne sont pas ma tasse de thé. Rien ne me prédisposait donc à aller voir ce « Mistinguett », produit par Allbert Cohen. J’ai cependant profité des tarifs intéressants des premières et réservé au Casino de Paris, pour trois raisons : la salle du Casino justement, vrai music-hall parisien, qui a vu se produire Mistinguett en personne, le souvenir de Cabaret, dont ce spectacle pouvait être le pendant optimiste (on y retrouve Fabian Richard, qui avait été un inoubliable Emcee), et enfin Carmen Maria Vega que j’avais découverte par hasard comme chanteuse, et qui m’avait soufflée par sa présence et son autorité scénique.

         Le Casino de Paris est un lieu exceptionnel, qui nous plonge dans les Années folles, avec ses immenses miroirs, son promenoir, l’arc en ciel de son enseigne sur la rue de Clichy.

         Pour la comparaison avec Cabaret, le compte n’y est pas : ce spectacle que j’avais vu aux Folies-Bergère semble décidément insurpassable. Mistinguett est à 100 lieues en dessous, les moyens alignés n’étant pas les mêmes, d’où un aspect comparativement cheap. La musique est essentiellement enregistrée, très « boum-boum », et j’ai été déçue par le faible nombre de musiciens sur scène. Le scénario est basé sur le montage d’une revue, qui voit revenir la Miss, juste après la première guerre mondiale, après sa rupture avec Maurice Chevalier. Mais, par manque de musique live, on n’a pas la sensation d’effervescence nécessaire. L’histoire, qui nous emmène aussi dans le milieu des salles de jeu, introduit de manière assez artificielle un autre personnage féminin, en contraste avec Mistinguett. La construction des personnages est bien simpliste, si l’on pense à ceux créés par Christopher Isherwood : Fabian Richard, toujours plein d’abattage, n’a pas un rôle à sa mesure, « méchant » sans nuance, dont l’air principal a comme refrain, au cas où l’on n’aurait pas compris : « Je suis immonde » ! Certaines chansons sont empruntées aux années 20, réorchestrées, d’autres sont composées pour le spectacle, et le résultat est inégal malgré quelques réussites. Les allusions à l’actualité (« Moi Président ») –il paraît que c’est une loi du genre- sont laborieuses.

         Carmen Maria Vega est évidemment au cœur de l’action, et elle ne m’a pas déçue : la gouaille et la hargne de Mistinguett correspondent tout à fait à son tempérament. Son naturel et son aisance sont confondants. Tout petit bout de femme à la voix puissante, aux grands yeux d’actrice de muet, quand elle est sur scène on ne voit qu’elle : au milieu de ses camarades, qui sont tous très bons, elle a quelque chose d’indomptable, de définitivement non-formaté. Elle ne danse pas très bien, mais cela n’a guère d’importance : c’est elle la patronne.

         Les sinuosités de l’intrigue, la montée en puissance trop lente de l’action, mais surtout, surtout le fait qu’il n’y ait pas assez de vraie et bonne musique font que le spectacle ne nous embarque pas vraiment, malgré l’impeccable professionnalisme de la troupe et de beaux numéros dansés. Cependant, la dernière demi-heure emporte l’adhésion, les tableaux finaux sont beaucoup plus entrainants.

         On passe en fin de compte une assez bonne soirée (presque 3 heures de spectacle), à condition d’avoir eu des billets à prix réduits, car 94€ en carré or, c’est beaucoup trop cher, et les places de « catégorie 1 » n’offrent pas une visibilité suffisante pour les 80€ qu’elles coûtent. Carmen Maria Vega, de toute façon, mérite d’être découverte, c’est un diamant brut !

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Accord parfait sous la Pyramide

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Critique du Cabaret Boris Vian, vu le 8 juin 2013 au Studio Théâtre
Avec Véronique Vella, Cécile Brune, Florence Viala, Françoise Gillard, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Stéphane Varupenne et Jérémy Lopez, dirigés par Serge Bagdassarian

Quel plaisir de retrouver un de ces Cabarets que monte le Français chaque année. Cette fois, c’est autour d’un seul auteur que se focalise le spectacle ; je vous le donne en mille : Boris Vian, auteur-compositeur plutôt inconnu de moi, qui l’associais surtout à ses romans, comme L’Écume des Jours ou L’Arrache-Coeur. Pas forcément ma tasse de thé d’ailleurs, parfois trop original, mais qu’importe, j’ai confiance dans les Cabarets présentés à la Comédie-Française, et je trépignais d’impatience depuis plusieurs semaines. Impatience légitime, et récompensée ce soir par ces superbes comédiens.
L’idée vient de Serge Bagdassarian. Séduit par l’écriture de Vian, rapide, parfois drôle, ou encore excentrique, il a voulu monter le spectacle à l’image du style de l’auteur : pressé  d’écrire, pressé par la mort, et par l’envie de vivre. Cet empressement rend à merveille. Le seul bémol, c’est qu’à cause de cela, le spectacle passe peut-être trop vite ! J’aurais pu rester à les écouter pendant plusieurs heures encore.
Malgré cette rapidité, jamais vitesse et précipitation ne sont confondues. Tout est très bien ficelé, chaque détail est travaillé, chaque chanson parfaitement maîtrisée. Les comédiens comme les musiciens se donnent à fond et semblent prendre un réel plaisir à partager leurs chansons avec nous. On regrette peut-être la présence de ces énormes micros … Micros, d’accord, mais on doit bien trouver quelque chose de moins voyant ? Enfin, ce n’est qu’un détail technique. On retrouve des comédiens-chanteurs que l’on connaît bien et qu’on apprécie déjà, et on en découvre de nouveaux … Pour notre plus grand bonheur ! Sur tous les cabarets que j’ai vu pour l’instant, Cécile Brune n’en a manqué aucun, et pour cause ! Sa voix toujours aussi envoutante, son talent d’actrice indéniable, forment un mélange des plus délicieux. Ajoutons à cela son air sarcastique et moqueur, et elle était idéale pour interpréter Une bonne paire de claque. Les rires fusent, la réussite est totale ! Mais polyvalente, l’émotion est aussi au rendez-vous lorsqu’elle chanteNe te retourne pas, et j’en ai eu les larmes aux yeux. Toujours dans les voix connues, il y a Serge Bagdassarian, qui malheureusement n’a pas autant chanté que ce qu’on attendait, sûrement parce qu’il supervisait le spectacle. Mais sa voix, dont on sent une maîtrise parfaite, résonne merveilleusement dans le théâtre en entraînant les applaudissements. On sent la salle entière parcourue d’un frisson lorsqu’il entonne T’es à peindre
Il y a également ceux qu’on connaissait déjà un peu, et qu’on est heureux d’entendre à nouveau. Véronique Vella, que je n’avais encore jamais vue aux cabarets mais que j’ai entendue chez Meyer, dans La Voix Humaine ou encore dans René Guy Cadou. Pour qualifier cette actrice, j’utilise sans hésiter le mot « extraordinaire ». Elle a une formation de chanteuse, et cela s’entend : elle entre en scène, et parvient à captiver la salle entière dès sa première note. C’est une ovation à la fin de Mozart avec nous, qui, en plus de souligner le potentiel vocal de l’actrice, nous dévoile l’excellente comédienne qu’elle est. Car si elle a une voix particulièrement belle, ce n’est pas là son seul atout. Lorsqu’elle dit le poème Je voudrais pas crever, le silence est presque religieux. Elle vit le texte sur scène, avec une présence et une puissance remarquable, digne des plus grands. Elsa Lepoivre, qu’on découvre sur la scène d’un cabaret mais qu’on avait aussi déjà entendue à plusieurs reprises, excelle dans les chansons plus douces et émouvantes, comme Barcelone qu’elle interprète à merveille. Mais elle surprend aussi en chantant la Complainte du Progrès, en duo avec Stéphane Varupenne. Si la chanson est des plus connues de Vian, elle n’en reste pas moins sublimée par l’interprétation des deux acteurs. Leur ton sérieux, contrastant avec le côté décalé de la chanson, est excellent. Varupenne interprète également J’suis snob avec le talent qu’on lui connaît bien, ce côté naturel et presque nonchalant qui le caractérise seyant parfaitement avec le personnage. Ajoutons que lorsqu’il ne chante pas, il est très souvent dans l’orchestre, tromboniste (et mon oreille attentive n’aurait pas su faire la différence entre son jeu et celui d’un tromboniste de profession).
Et il en reste trois, qu’on attendait beaucoup moins. Françoise Gillard, à la voix aussi menue qu’elle, et que j’ai senti un peu mal à l’aise dans Sans Blague (mais il faut dire que la difficulté de la chanson est facilement audible). Je reproche à son interprétation de Fais-moi mal, Johnny, bien que sans défaut, le ton choisi : si on a l’habitude d’entendre la chanson surjouée, elle est ici effleuré comme dans une boîte à musique, et le parti pris est pour moi moins intéressant. Néanmoins, sa voix reste toujours très agréable à écouter. De Florence Viala, je retiens surtout une chanson, en raison de sa beauté et de la douceur et du talent avec lequel elle l’a interpretée : Rue Watt. On est alors suspendu à ses lèvres, et la chanson coule plutôt doucement et très gracieusement. Mais elle change aisément de genre, ajoutant à la voix le talent du jeu dans J’coûte cher, où son côté traînant provoque les rires.  Et il y a Jérémy Lopez. Cet acteur qui ne cesse de nous surprendre dans toutes ses apparitions au Français, nous prouve une fois de plus sa virtuosité. Ouvrant brillamment le spectacle avec un Rock and Roll Mops endiablé, il excelle par la suite dans un tout autre registre. En effet, lorsqu’il nous raconte l’histoire du Gosse, la salle est comme scotchée, impressionnée par tant de génie à raconter une simple histoire. Débutant plutôt gaiement, elle évolue rapidement vers une fin sombre, et lorsqu’il mentionne un jeune garçon mis à mort sur le sol, l’émotion le gagne comme elle gagne la salle : l’histoire fait écho à un fait divers récent, et l’hommage est puissant (non intentionnel au départ, puisque l’événement date d’après la création du spectacle…). Comme pour ses partenaires, sa voix s’ajoute à son talent d’acteur, et j’ai rarement aussi bien entendu On n’est pas là pour se faire engueuler, qu’il interprétait avec brio, en duo avec Varupenne.

Ai-je besoin de résumer ? Dingue, superbe, magistral et brillant. Un moment de pur bonheur. ♥ ♥ ♥

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