Un spectacle qui lui ressemble

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Critique d’Un soir avec Montand, de Pierre Cassignard, vu le 11 septembre 2018 au Théâtre Rutebeuf
Avec Pierre Cassignard, accompagné au piano par Eric Ballet

Quand j’ai appris que Pierre Cassignard montait un spectacle sur Montand, je n’étais pas forcément hyper emballée : passer après le superbe Ivo Livi risquait de lui porter préjudice. Surtout depuis mon point de vue : tout ce que je connais d’Yves Montand, ou presque, c’est ce spectacle qui me l’a appris. Et si j’ai un peu grincé des dents pendant les premières secondes a cappella qui ouvrent le spectacle, je me suis vite détendue : la proposition de Pierre Cassignard, sans effacer mon souvenir, prend sa propre direction pour signer un spectacle touchant et réussi.

Touchant d’abord parce que même s’il ne nous prévenait pas, au cours du spectacle, que chanter Montand est un rêve de gosse, on le saurait rien qu’à le regarder. Il respire l’émotion de toucher à un monument qu’il admire, et il reprend ses chansons avec un respect, une bienveillance et un amour qui ne peuvent qu’ajouter une dimension supplémentaire à l’interprétation de ses textes. Ce n’est plus seulement un comédien qui s’est mis à chanter ; c’est un gamin qui prend son pied, c’est un admirateur qui remercie son idole, c’est un copain venu partager ce moment avec nous.

Alors oui, on pardonne quelques notes perdues, parce qu’il nous embarque dans cet univers de music-hall dont on ne revient pas. Il faut dire qu’il en jette devant son micro sur pied, alliant aux chansons son art de comédien pour nous les faire vivre pleinement. Je ne l’attendais pas dans ce registre, et pourtant je m’interroge : pourquoi ne porte-t-il pas de réelles chaussures de claquettes, lui qui n’hésite pas à esquisser quelques pas très réussis entre deux tours de chants ? On sent encore quelques problèmes de rythme, peut-être un comédien encore en doute sur la pertinence de jouer ce spectacle là, maintenant, mais il n’est plus l’heure de douter. La matière, la nécessité, l’amour et le brin de folie sont là. Ne manque plus que la confiance.

Pierre Cassignard dit qu’il vivait lui-même les interprétations de Montand « comme des petits films » – la référence me manque pour approuver ou non cette assertion, mais il est clair que c’est ce que lui nous propose. Il ne chante pas ses morceaux, il les incarne. On voit ainsi se succéder sur scène un certain monsieur Ducon, une Marie-Vison qui roule sa bosse, un cowboy du far west ou encore un Sir Godfrey d’un style des plus anglais. Et dans la salle, quelque chose se passe. Car soudain, pour la dernière chanson, sans que personne ne se soit concerté, sans appel de la scène, toute la salle murmure Les feuilles mortes pour accompagner le comédien. Une connexion s’est établie.

Grâce à lui, le public se souvient d’la chansonnette ! ♥  

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