Le potentiel burlesque de Foenkinos

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Critique du Potentiel érotique de ma femme, de David Foenkinos, vu le 7 septembre 2018 au Théâtre 13 Jardin
Avec Sophie Accard, Léonard Prain, Léonard Boissier, Jacques Dupont, Anaïs Merienne, et Benjamin Lhommas, dans une mise en scène de Sophie Accard

J’ai découvert le travail de David Foenkinos à travers Jalouse, son dernier film sorti en novembre dernier et dont Karin Viard était l’une des têtes d’affiche. C’est sur ce principal critère – ainsi que l’éternelle proximité du Théâtre 13 et de mon appartement – que je me suis intéressée à l’adaptation de son roman sur scène. Et, évidemment, comme beaucoup d’entre nous, ce titre quelque peu aguicheur m’a également interpelée.

On pouvait s’en douter : on entre dans un univers délirant avec Le potentiel érotique de ma femme. On y suit le parcours d’Hector, depuis ses jeunes années de collectionneurs à ses jeunes années de père. Sur sa route, on croisera ses parents, tout aussi étriqués, ses amis, un peu étranges également, sa femme, peut-être la plus normale du lot, et son beau-frère, carrément flippant. Et pour nous conduire à travers cette histoire, nous serons accompagnés par un narrateur bienveillant.

Un bon spectacle de vendredi soir, c’est ce qui me vient en quittant, le coeur léger, la salle Jardin du Théâtre 13. J’ai du mal à imaginer cette histoire posée sur du papier, mais sur un plateau cela fonctionne très bien. On sent l’influence de l’écriture romanesque dans la trame de la pièce, où chaque scène se découpe comme des chapitres totalement renouvelés, presque décorrélés. A chaque scène suffit sa peine ! aimerait-on dire à notre protagoniste qui se retrouve toujours dans d’extravagantes situations.

Si le spectacle prend, c’est aussi et surtout grâce à une distribution exemplaire. Chaque comédien a su composer un personnage haut en couleurs, posant souvent un doigt de pieds sur la limite de la caricature mais parvenant toujours à nous décrocher un sourire. Ils sont attachants, légèrement décalés, parfois naïfs, toujours honnêtes. Et c’est leur honnêteté, leur énergie, leur esprit de troupe que j’ai été ravie de cueillir ce soir là, et qui m’a embarquée dans cette histoire rocambolesque.

Une proposition décalée menée de main de maître par une troupe qui l’est tout autant ! ♥ 

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A Troie, partez !

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Critique de La guerre de Troie (en moins de deux !), de Eude Labrusse, vu le 15 mai 2018 au Théâtre Treize (Jardin)
Avec Catherine Bayle, Audrey Le Bihan, Hoa-Lan Scremin, Laurent Joly, Nicolas Postillon, Loïc Puichevrier, Philipp Weissert et au piano Christian Roux, dans une mise en scène de Eude Labrusse et Jérôme Imard

Ha, cette chère Guerre de Troie ! Après la version prétentieuse de Pauline Bayle, après la version étonnante de Christiane Jatahy, c’est encore une nouvelle proposition autour de cette guerre mythique qui est donnée au Théâtre 13 – Jardin, par la compagnie du Théâtre du Mantois. Je n’en attendais pas grand chose, peut-être un peu lassée par ces projets renouvelés autour de cette guerre mythique. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver devant un spectacle à la fois ludique et entraînant, et de redécouvrir avec un vrai plaisir le déroulé de la guerre qui opposa les grecs aux troyens, depuis la naissance d’Hélène jusqu’à la prise de Troie.

Je dois avouer que jusqu’ici, ma référence en matière de Guerre de Troie était le film de Wolfgang Petersen rassemblant entre autres Brad Pitt (Achille), Eric Bana (Hector), et Orlando Bloom (Pâris). Certes, ce n’est pas un grand film d’auteur, n’empêche que pour la jeune groupie que j’étais, voir plusieurs fois ce film – et ce fut mon cas – permettait de se faire une idée globale des différents épisodes de la guerre de Troie. Cependant quelques lacunes subsistaient, et je remercie beaucoup cette compagnie de les combler avec autant d’ardeur. C’est donc tout naturellement que La guerre de Troie (en moins de deux !) prend la place de Troie sur mon podium (et me permets toujours d’éviter de lire L’Iliade, héhéhé).

Ils sont sept comédiens pour incarner les différents acteurs de cette guerre : Agamemnon, Ménélas, Achille, Ulysse, Ajax, Hermès, Zeus, Héra, Athéna, Aphrodite, Éris, Priam, Hector, Pâris, Oenone, Hélène, et j’en passe. Aucun risque de confusion, le spectacle est parfaitement construit : un détail sur le costume, une attitude un peu différente, une intonation particulière de la voix, et chaque comédien donne vie au personnage devant nos yeux. L’inventivité est le maître-mot de ce spectacle et se retrouve évidemment dans la mise en scène, qui fait naître de véritables décors et accompagne au mieux l’histoire à partir d’objets très simples – des tables, des chaises, des tissus.

Cette créativité sans cesse renouvelée, mêlée à une troupe qui se donne corps et âme sur scène, donne un mélange réellement enthousiasmant. J’ai été saisie dès le début du spectacle pour ne plus jamais voir mon attention se relâcher. J’ai retrouvé ce que j’apprécie tellement chez Alexis Michalik : l’art de savoir raconter une histoire. C’est bien de cela qu’il est question ici, et j’ai suivi la pièce avec mon regard d’enfant, sans cesse désireuse de connaître la suite, prenant parti pour l’un puis l’autre des personnages, m’identifiant à chacun.

Le spectacle est donc mené tambour battant – ou, devrais-je dire, piano battant. En effet, le petit plus de ce spectacle, c’est la musique. Tout au long de la pièce, le pianiste accompagne les différentes péripéties et permet de maintenir un rythme toujours haletant. Les airs viennent aussi soutenir l’orientalité des faits, ce qui n’est pas pour déplaire. Le seul bémol, c’est que parfois les comédiens accompagnent le piano en chantant – ce n’était à mon sens pas toujours nécessaire. J’aurais gardé les chants de groupe, mais les parties solo n’apportent rien – au contraire, les partitions deviennent subitement répétitives alors même qu’elles étaient captivantes jusqu’alors. Un petit ajustement à trouver peut-être, mais rien de bien méchant.

Un gros gros coup de coeur. Un spectacle pour petits et grands ! ♥ ♥ ♥

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Flaubert chez les bobos

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Critique de Nos éducations sentimentales, librement inspiré de Flaubert et Truffaut, vues le 24 janvier 2018 au Théâtre 13
Avec Stéphane Brel, Anne Cressent / Valérie Blanchon, Xavier Clion, Vanessa Koutseff, Solveig Maupu, Julien Saada et la voix de Frédéric Cherboeuf, dans une mise en scène de Sophie Lecarpentier

Enfin ! Je trouve une occasion de venir redécouvrir le Théâtre 13 Jardin, tout beau tout neuf après les travaux de sa salle « historique ». C’est un théâtre que j’aime beaucoup, et pas seulement parce que j’habite à deux pas : j’y ai vu quelques pépites, dont des spectacles de Sophie Lecarpentier il y a dix ans déjà. Si j’ai pu suivre un peu son travail récemment, notamment Du bouc à l’espace vide cet été au Off avec deux acteurs en commun avec Nos éducations sentimentales, cela reste une petite Madeleine que de retrouver cette équipe dans ce théâtre, qui a quand même accompagné mes premiers pas de spectatrice.

Sur scène, on retrouve le Frédéric de Flaubert dans une transposition moderne. Il est toujours nébuleux, vivant à un rythme tantôt ralenti tantôt accéléré, mais il ce n’est plus uniquement autour de sa vie que va s’articuler l’histoire. Dans cette adaptation, qui tire également son inspiration du Jules et Jim de Truffaut, Frédéric a toute une bande d’ami dont on va suivre l’évolution avec lui. Tous sont des enfants de leur siècle à leur manière, cherchant à y laisser une trace, mais se contentant souvent d’en faire seulement partie.

Avec un titre pareil, impossible de ne pas comprendre la référence à Flaubert. J’ai lu L’éducation sentimentale sous la contrainte, passage obligé lors du bac de français il y a 6 ans maintenant. J’étais quand même contente de retrouver certains des passages travaillés, comme la première fois que Frédéric rencontre Mme Arnoux. La transposition actuelle a des bons comme des mauvais côtés : à la manière du roman, je trouve que l’insertion dans le siècle est primordiale et se fait sentir. La thématique de l’appartenance à un temps donné est très présente, tant dans le texte que dans l’atmosphère créée par Sophie Lecarpentier.

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Cependant, on retrouve les incontournables du 21e siècle, j’ai nommé les bisexuels vegans. Ça me titille toujours un peu de voir à quel point notre siècle ne semble pas représentable sans allusion à ces tendances-là. D’autant que le personnage qui incarne ces deux « lubies » à la fois a été dirigé de manière un peu excentrique, si bien que cela accentue encore mon énervement face à cette transposition. Cependant, j’ai adoré retrouver Solveig Maupu, son regard malin et plein de vie, et qui rend malgré tout son personnage attachant.

La mise en scène de Sophie Lecarpentier ne déçoit pas : rythme enlevé, dynamisme, tableaux évocateurs, je retrouve son entrain avec plaisir. La seule chose qui manque, c’est peut-être un propos un peu moins éparpillé, une partition plus riche, un regard plus guidé sur l’histoire qu’elle nous raconte. Et, évidemment, un comédien plus Flaubertien… J’avais beaucoup aimé Julien Saada dans Du bouc à l’espace vide cet été, mais le spectacle appelait ce constant empressement qui résonne dans sa diction. Pour incarner Frédéric, c’est plus gênant : il semble cracher les mots là où on attendrait un rêveur, calme, se laissant porter. Personnage omniprésent, je dois reconnaître que cette erreur de casting m’a un peu gâché le plaisir.

Le reste de la distribution, en revanche, est tout à fait cohérent. Incarnant le meilleur ami de Frédéric, Xavier Clion est le pendant apaisé, calme et réfléchi du personnage principal. Son regard doux et sa voix posée sont bienvenus dans un monde où tout semble évoluer en accéléré. Valérie Blanchon a su trouver ce truc qui provoque l’admiration chez Mme Arnoux et son personnage a quelque chose d’aérien qui jure avec les autres personnages beaucoup plus prosaïques. Enfin, Stéphane Brel est un Jacques Arnoux complètement contemporain, startuper pressé, dont le comportement initialement bouillonnant semble évoluer au fil de la pièce. Un personnage qu’il aurait pu être intéressant de creuser davantage.

Un spectacle plaisant, mais qui peut encore s’améliorer. ♥ ♥

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Maryée au malheur

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Critique de Yerma, de Lorca, vu le 29 août 2014 au Théâtre 13 
Avec Aymerline Alix, Audrey Bonnet, Christine Brücher, Yaël Elhadad, Stéphane Facco, Juliette Léger, Daniel San Pedro et Claire Wauthion, dans une mise en scène de Daniel San Pedro

Lorca n’est clairement pas l’auteur qui vous redonnera le sourire ; on ne sort pas de ce spectacle enthousiasmé, mais bien plus la mine défaite, le coeur lourd d’un poids nouveau, lâché par les acteurs de ce beau spectacle. Ce poids, c’est un mélange d’amertume, de tristesse, un reste des sentiments confus de Yerma et de l’âpreté de Jean, son mari. L’histoire est sombre, dure, abordant des sujets douloureux et la mise en scène, sobre, parvient à accentuer encore cette rigidité qui règne sur scène : ainsi, dès le début de la pièce, on sent que tout est voué à l’échec, et qu’une évolution est impossible.

L’histoire n’est donc pas enthousiasmante, et elle prend une tournure de plus en plus pessimiste au fil de la pièce. On y découvre Yerma et Jean, mariés depuis tout juste 2 ans au début du spectacle, et qui ne parviennent alors pas à avoir d’enfant. Cette impossibilité touche Yerma bien plus que son mari, et elle l’atteint en plein coeur, si bien qu’elle se change rapidement en une véritable aliénation : Yerma ne vit plus alors que pour cet enfant qu’elle n’a pas, incapable d’aller chercher un autre homme que son mari, dont on comprend implicitement la probable stérilité.

Au centre de la scène, un largue mur trône. C’est l’entrée de la grange, là où Yerma passe la majeure partie de son temps. Ce mur, seul décor du spectacle, imposant, rend la détresse de Yerma encore plus misérable : il symbolise l’obstacle infranchissable qui la sépare du bonheur, qui serait accompli par la seule naissance de son enfant. Mais insurmontable, comme la ténacité de son mari, dur et froid, comme le caractère de ce dernier. Yerma, petite chose fragile contre cet imposant obstacle, ne fait pas le poids.

Et la vulnérabilité du personnage, Audrey Bonnet l’incarne à la perfection. Grande et mince, frêle, le teint blême, les longs cheveux noirs retombant sans forme le long de son corps, elle ne semble attachée à la vie que par le mince fil de l’espoir. Audrey Bonnet a tout à fait un physique à incarner les folles, les possédées : et elle en joue à merveille sur ce plateau, se déplaçant telle un fantôme qui frôle à peine le sol, le regard fou et fuyant, s’arrêtant tout d’un coup, comme captivée, pour observer des détails de décor invisibles à nos yeux, poussant des cris soudains contrastant avec son habituelle froideur, se trainant tel un corps sans âme. Où qu’elle soit, elle apporte avec elle misère et angoisse. Il faut dire qu’avec l’homme qui incarne son mari, il ne fait pas bon respirer le bonheur.

Daniel San Pedro, qui incarne Jean, est l’opposition physique d’Audrey Bonnet. Plus carré, la voix forte et rêche, il affiche sa rugosité sur son visage, et jamais ne sourit. Jusqu’à sa démarche, droite et presque mécanique, il contraste avec la légèreté de son épouse. Et, il faut bien l’avouer, ce duo principal a tellement accaparé mon attention, que je ne saurais décrire le reste de la troupe, si ce n’est en leur reconnaissant un travail sérieux et dont on n’a rien à redire. Ils complètent le couple en amenant sur scène d’autres sentiments et de nouvelles humeur, de la jalousie comme de la joie, des bonnes comme des mauvaises intentions.

La mise en scène de Daniel San Pedro fonctionne parfaitement. Durant tout le spectacle, une boule dans la gorge, un poids sur le coeur, on assiste à l’aliénation progressive de Yerma, et cette décadence mentale finit par nous atteindre, si bien qu’on en sort véritablement accablé. L’atmosphère sombre et l’espoir vain sont omniprésents, ne laissant place qu’au malheur, à la mélancolie, et à la douleur.

Délicieusement bouleversant. A voir♥ ♥ ♥

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Lorsque Shakespeare retrouve son intensité

Critique de Macbeth, de Shakespeare, vu le 23 novembre 2013 au Théâtre 13 (Seine)
Avec Clément Bernot, Arny Berry, Benjamin Bur, Alexandre Cornillon, Jean-Damien Détouillon, Simon Fraud, Elodie Hatton, Elias Khadraoui, Victor Le Lorier, Audrey Sourdive, Laure Valles, et Victor Veyron, dans une mise en scène de Arny Berry

Le dernière pièce de ce cher William que nous avions vue ne nous avait pas convaincu du tout. Mais ce n’est pas à cause d’une mise en scène qu’il faut tout jeter : c’est pourquoi c’est pleine d’espoir que je suis allée voir la pièce présentée au Théâtre 13 Seine jusqu’au 15 décembre : Shakespeare raccourci, certes, mais le spectacle n’en reste pas moins intéressant…

Soyons honnêtes. Je ne connais pas Macbeth. Pourtant, il s’agit peut-être de la pièce la plus connue de Shakespeare. J’en connaissais un résumé, j’en avais une vague idée… Mais dans le détail, je m’y perdais un peu. Et même les répliques les plus répétées ne disaient que peu de choses à mon oreille. L’histoire, la voici : Macbeth s’illustre dans une bataille où s’affrontent la Norvège et l’Écosse. Lors de son retour chez lui, il fait la rencontre de trois femmes mystérieuses – sorcières ou démons – qui lui prédisent son accession au trône. Il n’est alors pas seul, et son ami Banquo entend également les dires étranges de ces femmes. Son avenir n’est pas oublié : il sera père de futurs rois. Si lui estime qu’il faut se méfier de telles prédictions, pour Macbeth, elle font leur chemin, et ça l’obsède. D’autant plus qu’il a mis Lady Macbeth au courant, et qu’elle le pousse aussi à devenir roi …

Je ne sais pas si j’ai réellement vu le Macbeth de William Shakespeare. Le spectacle qui m’était présenté était peut-être trop coupé et ne pouvait donc que donner une représentation quelque peu atténuée de l’oeuvre de l’anglais. Mais une fois ce détail mis à part, on assistait à quelque chose de vraiment étonnant, où l’inquiétant et le fantastique se mêlaient avec brio. La mise en scène y est sûrement pour beaucoup : j’ai rarement vu, il me semble, une telle présence de la mise en scène dans un spectacle. Mais rien de trop.

La scène des sorcières est particulièrement réussie. Le fantastique dans toute sa grandeur. Les trois actrices paraissent possédées, elle se tortillent sans cesse sur la scène, portant simplement un pagne. Le noir est quasi-total, seules quelques lampes torches agitées éclairent la scène. Cela ajoute une atmosphère de mystère qui n’est pas pour déplaire. Mais on pense également à la représentation des âmes, particulièrement parlante, comme évidente : un simple drap, et des acteurs se mouvant au-dessous, et les âmes sont présentes sur scènes. On pourrait revenir ainsi sur chaque scène, sur chaque bonne idée de ce metteur en scène qui ne nous ont pas laissé de marbre. 

Un Macbeth dreadé, après tout pourquoi pas. Mais surtout un Macbeth dont l’âme torturée, coupée en deux, se ressent sur son physique : la part noire qui l’occupe, elle est là, elle brille au fond de ses yeux. Macbeth a un oeil étrange, un oeil angoissant, plus clair – belle utilisation de la lentille. Mais un seul oeil, cela frappe le spectateur : l’acteur fait peur. Et lorsque lui même prend peur devant ce qu’il fait, ce qu’il lui reste à faire, il en devient terrifiant. L’acteur, Arny Berry, a parfaitement les épaules pour porter le rôle : il est imposant en guerrier au début de la pièce, et se transforme peu à peu, en fou, en paranoïaque. La transformation est progressive et il la manie minutieusement. Chaque détail compte.

Les acteurs qu’il guide, puisqu’il est également metteur en scène, le suivent de près sur la performance. On retient, entre autres, Alexandre Cornillon en Banquo, qui jure auprès de Macbeth par son comportement raisonnable. La raison, on la lit sur ses yeux. Il entend qu’on lui promet un fils roi, et pourtant il ne veut pas y songer. Un certain combat se joue en lui, mais la part du bien gagne. Le combat intérieur, l’acteur le fait ressentir ; par des gestes, par des mimiques, ou des silences. On pense également aux trois sorcières, tout simplement géniales, ou encore à Clément Bernot, qui tire de son rôle de portier tout le comique qu’il peut, et qui permet donc quelques moments de détente entre les scènes sombres auxquelles on assiste.

Malheureusement, les coupes ont du bon comme du mauvais. Certains détails nous échappent, comme des liens de parentés, des causes de meurtre… On aurait peut-être aimé plus de présence de Lady Macbeth : le rôle a peut-être été trop coupé… Mais on ne perçoit pas assez l’influence de la femme sur le meurtrier, sur cet homme dangereux que devient Macbeth. Dans la mise en scène, c’est comme si cette folie était en lui. Mais non, il est manipulé, ne l’oublions pas …

Un spectacle parfaitement abouti à la mise en scène recherchée. Conseillé. ♥ ♥

Un Tabou Treize enivrant

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Critique de La Bande du Tabou, vu le 7 juin 2013 au Théâtre 13
Avec Claire Barrabès, Fiona Chauvin, Sol Espeche, Antonin Meyer-Esquerré, Pascal Neyron, Yoann Parize, Lorraine de Sagazan, Jonathan Salmon, Guillaume Tarbouriech, Cédric Barbier, Delphine Dussaux, et Lucas Gaudin, dans une mise en scène de Antoine Millian

L’odeur du pop corn a déjà envahi la salle quand on y entre. Non, ce ne sont pas des spectateurs impolis, mais bien les acteurs qui préparent eux-même, sur scène, leur pop corn. De la musique en fond sonore, des acteurs plus qu’accueillants, et l’ambiance est déjà posée. Quelques minutes plus tard, une annonce est faite, invitant les spectateurs à partager le pop corn avant le début du spectacle. Inhabituel, mais après tout pourquoi pas ? Après ces quelques tentatives d’amadouement du public, avec passages dans les rangs et embrassades, on entre dans le vif du sujet.

Le sujet, c’est le St Germain des Prés des années 1950, et plus particulièrement un cabaret à la mode. Ce n’est pas quelque chose de scolaire, le but n’est pas de nous gaver d’informations. Juste de nous raconter une histoire à travers des chansons et des personnalités de l’époque. Devant nous, chaque comédien devient une célébrité : Gréco, Gainsbourg, Sartre, Beauvoir, Prévert, Vian, Mouloudji … Entre les parties chantées, à quelques reprises, un peu d’Histoire nous est contée. Mais rien qui doit faire fuir. L’essentiel, c’est l’ambiance et la musique.

Et la musique, ils la maîtrisent, ils en jouent, ils en vivent. Et surtout, ils refont vivre l’ambiance de l’époque sur scène. Tous sont jeunes, plein d’entrain, plein de joie, et cet enthousiasme, cette gaieté, ils la transmettent peu à peu au public. Un sourire s’élargit de plus en plus sur mon visage. Les chansons s’enchaînent, les intermèdes amènent le rire, les chorégraphies maintiennent le rythme. Les musiciens sont excellents, et c’est surtout la pianiste qui m’a impressionnée, par tant d’aisance. Elle prend un réel plaisir à jouer, regardant ses mains de temps à autres alors que nous sommes incapables de les discerner tant elles sont rapides. Elle regarde aussi beaucoup ses camarades, entonne quelques refrains, participant pleinement aux chansons.

Mais les comédiens aussi prennent leur pied. Les personnages qu’ils incarnent semblent ressusciter sur scène. L’acteur incarnant Gainsbourg (Yoann Parize), par exemple, en fait une excellente imitation, autant dans les parties parlées que chantées, clope au bec, et un peu apathique. Pour ce qui est du mimétisme, Claire Barrabès, alias Françoise Sagan, est tout aussi professionnelle. Son personnage, à l’instar de la réalité, parle très rapidement, butant sur quelques mots, réclamant souvent du whisky. Pour ce qui est de l’inteprétation des chansons à présent, on retient tout particulièrement Sol Espeche dans Deshabillez-moi, complètement sensuel et tout simplement parfait. Enfin, tous les moments de groupe sont extrêmement réussis, comme C’est le be-bop ou encore Il n’y a plus d’après. Petit bémol peut-être à l’acteur incarnant Mouloudji, dont la technique vocale semble un peu inférieure à celle des autres : Le Déserteur qu’il aurait pu être plus touchant… Mais ce n’est qu’un détail ! Les chorégraphies ajoutent aussi quelque chose, un peu de « punch » en plus qui nous donne envie de nous lever et de danser avec eux (ce que certains chanceux pourront d’ailleurs faire à la fin du spectacle … Mais je n’en dis pas plus).

Si la musique est omniprésente, certaines scènes inattendues et absoluments géniales se glissent dans le spectacle. Je pense particulièrement à une « danse des doigts » : un homme mime une scène uniquement avec ses doigts … Dis comme ça, cela paraît étrange, mais le résultat est étonnant et très efficace : les applaudissements fusent. Une scène rappelant un film noir et blanc, muet, est également bien réussi. Enfin, si les allers-retours dans le public sont peut-être un peu trop fréquents, c’est que l’ambiance du spectacle « dynamique » le veut ainsi !

Le mot de « spectacle vivant » prend tout son sens en ce moment au théâtre 13. A voir ! ♥ ♥ ♥

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Zadig, Théâtre 13

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Critique de Zadig, adaptation du roman de Voltaire, vu le 03 novembre 2011 au théâtre 13.
Avex Nassima Benchicou, Alain Carnat, Brigitte Damiens, Renan Delaroche, Gwenhaël de Gouvello, Stéphane Douret, Marie Grach, Nicolas Lumbreras, Benjamin Penamaria, Karine Pinoteau, Jean-Benoît Terral, Vincent Viotti et Eric Wolfer, mise en scène de Gwenhaël de Gouvello ]

Woow. Voilà un bon bout de temps que je n’étais allée au 13 … Qui est pourtant une salle que j’aime beaucoup. Je commencerai par un petit « hors-sujet » ; comme j’avais vu un jour Thierry Hancisse lors d’une représentation de Badine, ou Gilles David lors de Fin de Partie, j’ai pu apercevoir l’autre jour Arnaud Denis dans la salle …

C’est donc l’histoire de Zadig, jeune sage oriental de Babylone, qui découvre au fil de ses rencontres que la vertu n’amène pas toujours la fortune. Naïf, altruiste, Zadig subit la bétise, l’ignorance et la méchanceté de ses contemporains. A plusieurs reprises, il est confronté à la mort : promis une fois à la potence, l’autre au bûcher, ou encore à la pendaison, il se sort toujours de justesse de ses situations périlleuses, grâce à son intelligence et son sens du raisonnement.

Ici, l’histoire est tout à fait respectée, contrairement à l’adaptation de la veille. Les acteurs sont tous très bons, et le metteur en scène (adptateur du roman) a introduit deux rôles : La Morale, et La Philosophie. Ces deux personnages forment un très bon duo, souvent comique, et intéressant, car non présents dans l’histoire d’origine : l’ajout a un sens, car après tout, Voltaire n’est-il pas un philosophe, et la morale une qualité essentielle à l’homme pour vivre consciencieusement ? 

Malgré tout, même si l’interprétation de Zadig est « simple » (mais pas dans un mauvais sens, bien au contraire : il aurait pu jouer d’une manière tirée par les cheveux, et c’est heureux qu’il ne le soit pas), la mise en scène est en fait trop : le décor, constitué de chaises (maintenues en l’air par des fils, mais remplissant également la scène), est trop souvent manipulé : les acteurs ne passent pas 5 minutes sans les bouger, ou refaire une figure avec. De plus, je comprends bien que les costumes aient des influences orientales, ce qui est normal, mais il y a quand même trop de couleurs pétantes, et qui jurent. De plus, il y a trop de musique et franchement trop de « mouvements » … Je sais que ça peut paraître étrange, mais ça donne presque mal à la tête, et on ne peut plus apprécier pleinement le texte. 

Cependant on est tout de même pris dans l’histoire et dans le jeu des comédiens, surtout (pour ma part) par le duo Zadig – Zoroastre, (qui est son « guide spirituel ») : par quelques mots bien placés ou mimiques un peu comique – Zoroastre a les cheveux bleus, ils parviennent, sans forcément tirer la couverture vers eux, briller un peu plus que d’autres … par exemple, l’actrice qui jouait la Reine ne m’a pas entièrement convaincue, elle manquait peut-être de conviction dans ses décisions, et ne semblait pas se prendre au sérieux lorsqu’elle disait aimer Zadig ; d’autre part, certains détails seraient peut-être à revoir (la danse quelque peu étrange, au début de la pièce, et dont je n’ai pas saisi l’utilité), mais la pièce qui pourtant dure près de 2 heures est agréable à voir et on passe un bon moment.

Verdict : conseillé.

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