Où l’on ne massacre pas qu’Hector

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Critique de L’Iliade d’après Homère, vu le 1er février 2018 au Théâtre de la Bastille
Avec Charlotte van Bervesselès, Florent Dorin, Alex Fondja, Viktoria Kozlova et Yan Tassin, dans une mise en scène de Pauline Bayle

L’attente est longue dans le hall du Théâtre de la Bastille, ce soir-là. Les habitués le savent : les spectacles sont à placement libre, et il vaut mieux arriver en avance si l’on souhaite être bien placé. A quelques minutes du début du spectacle, pourtant, les portes ne sont toujours pas ouvertes, et le public s’amasse et s’impatiente dans le petit hall. Alors surgissent Achille, Agamemnon, Ajax et d’autres Grecs. Ils s’interpellent, nous prennent à parti, nous devenons des soldats grecs venus grossir leurs rangs après 9 ans de combat. L’entrée en matière interpelle et enthousiasme certains spectateurs. Je suis curieuse. Je ne le resterai pas longtemps.

On replonge dans L’Iliade d’Homère : les Grecs sont aux portes de Troie dont les remparts résistent depuis presque 10 ans déjà. Homère conte la colère d’Achille : le héros de la Grèce, vexé qu’Agamemnon lui ait volé sa captive, refuse de prendre part au combat. Du côté de l’Olympe, le conflit divise aussi les dieux : Héra soutient les Grecs, et voudrait que Poséidon rejoigne son camp, puisque Zeus s’est laissé convaincre de porter secours aux Troyens. Ces derniers semblent prendre l’avantage jusqu’au meurtre de Patrocle par Hector, qui décidera Achille à revenir se battre, tuer Hector, et aider à la prise de Troie.

Certes, je ne peux pas dire de Pauline Bayle qu’elle dénature L’Iliade d’Homère. Après tout, l’épopée n’est-elle pas en elle-même une longue suite de descriptions de batailles, de listes de soldats morts, de sang qui gicle de toutes parts ? Ce que je ne comprends pas, en réalité, c’est le besoin de transposer l’oeuvre au théâtre. Si elle supporte bien la lecture, je dois avouer qu’écouter ces longues énumérations de noms me laisse plutôt froide. D’autant que la direction d’acteur semble bien monocorde, et me semble pouvoir être résumée en un mot : criez forts, chers comédiens, cela permettra d’évoquer le désordre du champ de bataille.

Des cris, il y en a. De quoi me donner envie de quitter le spectacle le plus rapidement possible. Alignés sur l’avant-scène, les comédiens hurlent leur texte en s’interrompant en milieu de phrase pendant qu’un autre reprend la main, donnant un rendu cacophonique assez incompréhensible. Lorsqu’une bataille n’est pas en cours, on se retrouve chez les dieux : on bascule alors dans un vaudeville de mauvais goût. Si les scènes dans l’Olympe ont bien une teneur différente des conflits humains chez Homère, le parti pris est ici un peu simpliste et réducteur : c’est facile de provoquer le rire en faisant jouer Héra par un homme portant un soutien-gorge. C’est facile de provoquer le rire en évoquant les ébats des dieux par des bruits suggestifs. Des facilités qu’on pourrait retrouver dans un spectacle de fin d’année et qui m’ont plutôt surprise, sur la scène du Théâtre de la Bastille.

Dommage, car certaines idées auraient pu être retenues. L’évocation des armures par des paillettes, du sang par de la peinture, la représentation de la bataille entre Achille et Hector, la traversée du Scamandre par Achille, alors que le fleuve s’agite contre lui, est intéressante et fonctionne assez bien d’un point de vue scénographique. Mais les comédiens m’avaient perdue depuis longtemps. Maintenant toujours la même note ou se mettant soudainement à surjouer, j’ai eu du mal à rentrer dans ce spectacle, et y suis finalement restée très imperméable.

Devant cette Iliade un peu agaçante, j’ai laissé mon billet pour L’Odyssée du lendemain. pouce-en-bas

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