La belle palette de Ladislas Chollat

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Critique des Inséparables, de Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie, vus le 31 janvier 2018 au Théâtre Hébertot
Avec Didier Bourdon, Valérie Karsenti, Thierry Frémont, Pierre-Yves Bon, et Élise Diamant, dans une mise en scène de Ladislas Chollat

Grosse affiche de cette reprise de saison : Les Inséparables à l’Hébertot. Elle m’a directement tapé dans l’oeil, signant pour moi le retour de Thierry Frémont et Valérie Karsenti, mais également la découverte de Didier Bourdon sur les planches. L’Hébertot de Francis Lombrail a doucement pris la place précédemment occupée par L’Oeuvre avec une programmation éclectique et toujours exigeante, et c’est le coeur léger que je me suis rendue dans le nord de Paris pour le premier spectacle de cette reprise de L’Hébertot.

On se retrouve dans un bel atelier d’artiste à Montparnasse. On comprend vite que deux histoires vont se superposer : d’une part, l’histoire de Samuel et Sacha, deux amants des années 50. Lui, banquier ; elle, peintre. L’histoire s’ouvre alors qu’il lui fait découvrir son nouvel atelier, un cadeau de sa part pour qu’elle puisse créer et libérer son âme d’artiste dans ce ravissant appartement lumineux et confortable. D’autre part, on retrouve Gabriel, le petit-fils de Samuel, également peintre et accompagné de son fils Abel et de Maxime, son galeriste. Vivant dans notre monde contemporain, Gabriel vient de se voir léguer l’appartement par Sacha, qui lui est inconnu, et qu’il estime d’abord être une admiratrice avant de replonger petit à petit dans son passé pour en découvrir les secrets.

Certes, le texte n’est pas exemplaire. Des longueurs se font sentir à plusieurs reprises et ce dès la scène d’exposition, trop longue, qui essaie d’introduire trop d’explications dans l’histoire, dans les rapports humains, dans les secrets à venir. Scène d’exposition qui annonce bien le contenu général du spectacle : il semblerait que les auteurs ont cherché à toucher trop de sujets, créant un scénario finalement un peu complexe et, par endroit, trop peu dramatique. Ainsi, il s’agit d’aborder tant les relations père/fils que père/fille, la place de l’art dans la société, la vie de couple, l’impact des secrets de famille… Cette profusion alourdit un propos qui aurait gagné en intensité avec un choix restreint d’intrigues dès le début de l’histoire.

Néanmoins, l’ennui n’a pas sa place dans ce spectacle. D’abord grâce à un Ladislas Chollat en grande forme, proposant une mise en scène dynamique et surtout visuellement éclatante. Non seulement le décor est très beau – cet atelier d’artiste avec ses grandes fenêtres et sa disposition idéale dans Paris – mais les changements d’époque se font toujours de manière très fluide, ne brisant jamais l’élégance de cette scénographie : ce décor tournant, cette vue de Paris qui fait parfois apparaître la Tour Montparnasse, ces lumières qui accompagnent la vie dans l’appartement, ces musiques de transition si chères à Chollat et qui apparaissent toujours comme prolongement de l’histoire – toujours évidentes, jamais artificielles ; tout est très élégant, à la fois charmant et accueillant.

A cette atmosphère qu’il crée avec soin, il ajoute des personnages dessinés avec une grande justesse. Découvrir Didier Bourdon sur scène est un très grand bonheur : prenant tantôt le costume du banquier, tantôt l’écharpe du peintre, il compose ses deux personnages avec des touches de couleurs variées. Il semble même prendre la lumière de manière différentes entre ses deux rôles : alors qu’elle illumine Samuel, elle semble au contraire alourdir les pas d’un Gabriel en mal d’inspiration. Il forme avec Valérie Karsenti un duo plein d’un amour pur et presque enfantin, les deux personnages rayonnant dans leur scène communes. Thierry Frémont est un galériste maniéré un peu sous-employé mais toujours juste, aux côtés d’un Pierre-Yves Bon proposant un Abel dont la surface sanguine cache une belle humanité.

Ladislas Chollat signe un spectacle réussi, tant du côté de la scénographie que sur le plateau, malgré un texte inégal. ♥  

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