Le crash Sneijder

14870721692423

Critique du Cas Sneijder, d’après Jean-Paul Dubois, vu le 18 mars 2017 au Théâtre de l’Atelier
Avec Pierre Arditi, Didier Bezace, Sylvie Debrun, Morgane Fourcault, Thierry Gibault, et Fox, dans une mise en scène de Didier Bezace

Le Cas Sneijder faisait partie des trois pièces sélectionnées par la Fondation Jacques Toja, aux côté d’Abigail’s Party et de Piège Mortel. Le jury, chargé de décider lequel des trois spectacles se verrait attribuer 20 000€, était constitué des spectateurs à travers une campagne de mécénat participatif qui a vu Le Cas Sneijder remporter la mise. Étonnant. En effet, lorsqu’on voit l’absence de trame dramaturgique, lorsqu’on prend conscience du néant qui compose la pièce, on en vient à se demander pourquoi Didier Bezace souhaitait monter un tel spectacle.

Paul Sneijder a du mal à se remettre de son accident d’ascenseur dans lequel il a perdu sa fille, Marie. Depuis ce jour, il tente de résoudre le mystère qui a conduit l’ascenseur à descendre en chute libre. A travers des articles spécialisés et de la mécanique du fonctionnement, il tente d’élucider le pourquoi du comment. Parallèlement à ses recherches, il commence un travail de promeneur de chien et s’attache à Charlie, un border collie. L’histoire est donc assez absurde, mais cela me plaisait au départ. Je me disais que, derrière de telles étrangetés se cachaient forcément une pensée, un mystère à résoudre, une idée nouvelle et passionnante. Haha ! Que nenni. N’attendez rien d’autre de ce spectacle que sa description première. Pas de profondeur, pas d’émotion, pas de pensée.

Pourtant, tout commençait si bien. La première scène est très belle, et la voix off de Pierre Arditi, qui parle alors de la mémoire, annonce un beau spectacle. Mais tout se gâte si vite : cette histoire de promeneur de chien qui surgit de nulle part, sans queue ni tête, entraîne des scènes longues et sans intérêt. Les scènes de dialogue entre Paul et sa femme, dont les relations ne sont pas au beau fixe, se voudraient drôles et cyniques mais restent bien plates. La pièce s’étire et se complaît dans une espèce de fausse philosophie qui voudrait montrer les ascenseurs comme une métaphore de la vie. C’est prévisible, c’est inutile, et c’est raté.

Pour ajouter à tout cela, Arditi est assez mal entouré. D’ailleurs, lui-même n’a pas grand chose à jouer. C’est vrai que sur les premières scènes, je me suis dit « Ça fait du bien de le voir dans autre chose qu’un gros boulevard bien gras ». La voix off qui l’accompagne est belle, posée, atteinte. Mais on s’aperçoit vite qu’il n’a rien à jouer. Son ton mélancolique ne parvient pas à toucher à travers cette pièce sans intérêt. A ses côtés, Sylvie Debrun campe une Anna tout aussi fade. Détestable, par ailleurs, comme la plupart des personnages de la pièce. Didier Bezace n’a rien à jouer : son personnage comme ses scènes restent un mystère complet pour moi car il semble parachuté dans un environnement qui n’a nullement besoin de lui, et ses apparitions n’ont pas de conséquence sur le personnage central. Thierry Gibault, qui donne son travail de promeneur de chien à Sneijder, surjoue un personnage déjà sans intérêt. La cata.

Cela fait déjà plusieurs saisons que l’Atelier ne fait que me décevoir. Et ce n’est pas ce Sneijder qui nous réconciliera. A éviter. pouce-en-bas

le_cas_sneijder_1

Lamy puissance 4

ve-nus-phacoche-re.jpgCritique de La Vénus au Phacochère, de Christian Siméon, vu le 6 juin 2013 au théâtre de l’Atelier
Avec Alexandra Lamy, dans une mise en scène de Christophe Lidon

C’est par pure curiosité que j’ai décidé d’aller voir ce spectacle : Alexandra Lamy sur scène, qu’est-ce que ça pouvait bien donner ? Bien que la pièce semblait peu attrayante, j’ai tout de même tenté les places de dernier moment au théâtre de l’Atelier (10€ pour les -26 ans, super offre !), et j’ai donc assisté hier à la première de la reprise de son spectacle : La Vénus au Phacochère. Peu attrayante, car la pièce est une succession de lettres, et fonctionne uniquement ainsi : tout d’abord entre 3 personnages, Misia, une de ses amies Geai Simpson, et son mari Thadée, auquel viendra s’ajouter plus tard Alfred Edwards, le fameux phacochère. Misia est pianiste, Thadée est fondateur de la Revue Blanche et nous sommes au début du XXe siècle. Elle est fidèle à son mari, parfois un peu trop soumise même, affirmant cependant sa liberté peu à peu … Mais sa rencontre avec Edwards risque de chambouler son mode de vie : cet homme, infect, va prendre une place grandissante dans sa vie au fil de la pièce.
Si il y a un spectacle dans lequel je n’attendais pas Alexandra Lamy, c’est bien celui-ci. Choix étonnant que cette pièce épistolaire au sujet inhabituel, et surtout seule en scène. Je la voyais plutôt dans une comédie. Mais l’actrice a plus d’une corde à son arc et m’a totalement scotchée. A peine quelques mots prononcés qu’on est emportés dans son histoire, elle jongle avec facilité entre ses lettres et ses différents rôles … Qu’elle tient à merveille, soulignons-le ! En tout, 4 personnages, dont un plus tardif que les autres. On reconnaît aisément Alexandra Lamy dans le rôle de Misia, c’est sa voix, ses intonations, son port. Pas de composition particulière pour ce rôle là. Mais lorsqu’elle incarne Geai, par exemple, quels changements ! Une voix plus imposante, des inflexions nouvelles, plus de liberté dans les gestes … Tout en elle semble changé, même la carrure de l’actrice, qui nous apparaît soudainement avec plus de force et de hauteur. Changement tout aussi radical dans son interprétation de Thadée, que l’on identifie immédiatement comme un homme mondain et surchargé, misogyne sur les bords, mais malgré tout amoureux. 
Le jeu d’Alexandra Lamy est donc impressionnant sur tous les points. Elle nous raconte cette histoire avec un talent que je ne lui connaissais qu’au cinéma, peut-être même plus encore. Elle est comme transcendée par la scène, créant rires et angoisses dans la salle, jouant aisément avec les différentes émotions de ses personnages et du public, jonglant avec brio entre télégrammes et lettres plus ou moins longues, parvenant à tisser un fil continu sans coupes ni temps mort, même lors des transitions entre les lettres. La mise en scène sobre permet une certaine liberté dans l’évolution des personnages, et probablement dans le jeu de l’actrice qui peut alors dévoiler pleinement son talent.

Une Vénus pareille ne se manque pas … Courez-y ! ♥ ♥ ♥

3107757775.png