Le Sommeil du printemps

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Critique de L’Éveil du printemps, de Frank Wedekind, vu le 21 avril 2018 à la Comédie-Française
Avec Michel Favory, Cécile Brune, Éric Génovèse , Alain Lenglet, Clotilde de Bayser, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez, Rebecca Marder, Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi, Jean Chevalier, et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française Matthieu Astre, Juliette Damy Ina, Robin Goupil, Aude Rouanet, et Alexandre Schorderet

On va finir par croire que j’en veux à la Comédie-Française. Sur les créations présentées cette année dans ce théâtre que pourtant j’admire tant, que de déceptions ! Mais en fait, ce soir, je dois reconnaître que je lui en veux un peu. Je lui en veux parce qu’en tant que Premier Théâtre de France, il est de son devoir de proposer une programmation qui s’adresse à tous et ne laisse pas la majorité de son public de côté. Les papiers sur Hervieu-Léger pullulent, les critiques sont excellentes, et pourtant mes voisins comme moi passons notre temps à regarder notre montre et à somnoler. Non, on ne bavera pas de bonheur parce que le nom de Richard Peduzzi est sur le programme. Désolés. Votre entre-soi ne nous intéresse pas.

Certains trouvent cela normal. Lorsque, le temps d’un précipité – déjà, vous voyez, ici on ne parle pas d’entracte mais de « précipité », excusez du peu, mais j’y reviendrai – je demande à ma voisine ce qu’elle pense du spectacle, elle me regarde de haut et me répond directement « Mais vous savez mademoiselle, moi je suis une initiée ». Je feins de ne pas comprendre : « Une initiée ? ». Elle m’explique alors gentiment – et sur un ton si peu condescendant – que « pour certains auteurs, il faut s’instruire et se renseigner avant… ». Ha, très bien madame. Du coup, les quelques 800 autres spectateurs et moi, on peut aller se rhabiller ? S’il faut connaître déjà pour pouvoir apprécier, vous nous laissez tous sur le carreau.

Je suis rapidement perdue, je pense que mes voisins aussi, et au moins autant que Clément Hervieu-Léger qui, une fois de plus, s’attelle à une mise en scène sur le plateau principal de la Comédie-Française. Et une fois de plus, je me demande pourquoi. Le comédien – plutôt bon, par ailleurs – n’a pas grand chose d’un metteur en scène. Son Misanthrope comme son Petit-Maître (que je n’avais pas eu le courage critiquer tant j’étais affligée) se retrouvaient dans leurs longueurs et leur linéarité flagrante, manquant cruellement de fond et de point de vue. Même rengaine pour cet Éveil de Printemps, qui ne propose aucune lecture claire de la pièce. Je ne comprends même pas pourquoi j’y ai cru.

Alors oui, je le confesse, j’ai eu l’espoir de pouvoir me rendre au Français sans lire le texte avant. J’ai cru que le théâtre était là pour m’éclairer un texte et son propos, que la mise en scène existait justement pour souligner ce qui, à la lecture, pouvait parfois être obscur. Clément Hervieu-Léger semble partager mon avis, à quelques mots près : sa mise en scène sera obscure, ou ne sera pas. Prenez cela au pied de la lettre : la scène est constamment dans l’ombre et vous n’y verrez pas grand chose. J’ai même été étonnée de voir certains comédiens maquillés lors des saluts : à quoi bon, les gars, puisqu’on ne vous voit pas ?

Ceci dit, je reconnais que cela est plus confortable pour le spectateur qui lâche prise et profite des fauteuils confortables du Français pour faire une sieste ; comme il n’y a pas d’entracte, en plus, il ne sera pas dérangé. Ha mais cher metteur en scène, vous ne trompez personne : si vous avez choisi de ne pas proposer d’entracte, c’est moins par amour de l’art que parce que vous aviez peur de perdre la moitié des spectateurs entre les deux parties. Cépabo.

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© Brigitte Enguérant

Dans l’un des nombreux articles autour du metteur en scène parus ces derniers jours, il explique que la pièce est rarement montée en entier. Comme d’habitude, j’ai l’impression que le comédien, emporté par son désir de ne pas faire comme tout le monde, a oublié de questionner la pertinence des coupes habituellement effectuées. Certaines scènes, par ailleurs peu utiles à « l’action » en elle-même, gagneraient à être coupées, grouillant de références manquant à la plupart des spectateurs ou tout simplement enchaînant les longueurs dans des monologues interminables. L’appât de la longueur est un mal de ce siècle qu’il est difficile de soigner, et l’on est condamné à subir cette mise en scène qui s’étire, se regarde jouer et se complaît dans cette lenteur assumée.

Je conçois que le texte ait choqué en son temps, j’ai plus de mal à comprendre l’intérêt de le monter aujourd’hui. Il a pour moi une valeur documentaire certaine, mais les coupes qui me semblent nécessaires témoignent aussi de ses faiblesses. Cependant, il n’est sûrement pas à jeter, et je ne me laisse pas abattre par un spectacle sans vision. J’ai cru par instants entendre quelques fragments de ce texte, mais il y était question de nature et de vie, et sur scène je ne voyais que prison et désolation. Ce décor fermé de toute part, empêchant toute lumière de pénétrer, brisant le faible rythme par ses problèmes mécaniques, ne m’a pas convaincue, quel que soit le nom qui lui a donné forme. Dans cet enfermement oppressant, seule la musique de Pascal Sangla permet de s’échapper, et je m’y suis accrochée avec désespoir : les quelques intermèdes musicaux étaient de beaux moments de grâce. Quoi qu’il en soit, l’adolescencee, ses pulsions, ses questionnements, ses explosions et ses mystères continueront d’agiter le monde par-delà les siècles. J’attends une autre mise en scène pour me faire un réel avis sur le texte.

J’ai rarement vu les acteurs du Français aussi mal dirigés. Comme à son habitude, pour occuper l’espace, Clément Hervieu-Léger fait courir ses comédiens partout en criant. La pièce traitant de l’adolescence, ça aurait presque pu passer pour cette fois. Mais on ne me la fait pas : cela suinte le remplissage plus que la véritable idée. Et puis, je rassure ma voisine de derrière, qui se plaint de n’avoir pas compris les trois quarts de la pièce et me demande ce qu’il en est pour moi : les comédiens articulaient mal, ça a été dur pour moi aussi. « J’étais au quatrième rang et on est à la Comédie-Française. C’est inconcevable. » Oui madame, je suis d’accord. Et pourquoi personne ne dit rien ? Le mystère reste entier, et ce silence me semble tout aussi inconcevable que la faible qualité de jeu, ce soir-là.

Cela ne servirait à rien d’enfoncer davantage le couteau dans la plaie, d’autant qu’on connaît le talent de la Troupe et les belles soirées qu’ils peuvent nous proposer lorsqu’ils savent où aller. Je me contenterai simplement de saluer les interprétations de Georgia Scalliet, Sébastien Pouderoux et Christophe Montenez, qui sont cohérentes d’un bout à l’autre, ainsi que la merveilleuse composition d’Éric Génovèse qui aurait pu sublimer la scène finale, si la mise en scène avait suivi. Il parvient néanmoins à créer une atmosphère, peut-être la seule qui aura su me saisir lors du spectacle. Alors… merci.

« Ce n’est pas ici, l’endroit pour tirer en longueur un débat si profond ». Cher Monsieur Hervieu-Léger, la réplique aurait dû vous interpeller. pouce-en-bas

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© Brigitte Enguérant

Indécence

Providence

Critique de Providence, de Neil Labute, vu le 19 avril 2018 au Théâtre des Déchargeurs
Avec Xavier Gallais et Marie-Christine Letort, dans une mise en scène de Pierre Laville

C’est avant tout pour Xavier Gallais que j’ai retrouvé les Déchargeurs, ce soir-là. Le comédien, que je vais voir le plus souvent possible lorsqu’il se produit est Paris, est pour moi une valeur sûre. Même dans tes textes qui ne me paraissent pas fondamentaux, comme pouvaient l’être Des hommes en devenir la saison dernière à La Villette, ses personnages ont toujours une saveur particulière et laissent un bel écho intérieur qui dure longtemps. Dans Providence, et malgré une belle performance, la magie ne prendra pas.

A l’entrée en salle, pas de doute possible sur la situation initiale. On est à New-York, un certain 11 septembre 2001. L’atmosphère est poussiéreuse ; le tableau initial assez glaçant. Très vite, la situation s’installe : alors que Ben aurait dû aller travailler dans les tours ce matin, il a décidé de plutôt se rendre chez sa maîtresse – et accessoirement sa chef – et ainsi éviter la catastrophe. Porté disparu, une question se pose alors : va-t-il profiter de cette situation pour partir incognito et s’installer avec celle qu’il aime en cachette depuis 3 ans maintenant, ou va-t-il répondre aux appels désespérés de sa femme et rejoindre sa famille et ses enfants ?

On s’éloigne finalement très vite du sujet initial. Après avoir présenté le contexte de l’histoire, c’est le sexe qui prend le dessus : pendant une longue demi-heure, les deux amants choisissent de discuter de la qualité de leur vie sexuelle, sous tous les angles, et me perdent alors presque totalement. Lorsqu’elle déclare faire sa liste de course pendant l’amour, je ris intérieurement : c’est précisément ce que j’étais en train de faire. Le texte n’avance pas, et j’ai du mal à percevoir le réel impact du 11 septembre dans cette histoire. J’en viens à avoir de la peine pour l’enfant assise devant moi et dont les parents, gênés, doivent soudainement regretter la présence.

C’est finalement une histoire très indécente qui nous est présentée. Au vu de l’horreur que représentent les attentats du 11 septembre, j’ai du mal à concevoir qu’on puisse s’en servir comme prétexte à des dialogues pareils, tournant beaucoup trop autour d’histoires de fesses sans lien aucun avec l’événement initial. Il y aurait eu peut-être plus de profondeur du côté d’un débat sur les « héros » de cet attentat, mais on ne fait que tourner autour des « je ferai tout pour toi » et « est-ce que tu m’aimes ? » sans fin. Le temps a rarement passé aussi lentement que ce soir-là, aux Déchargeurs.

Je dois dire aussi que c’est lassant d’entendre une femme déclarer qu’elle se fait baiser et que parfois pour changer elle suce son partenaire… c’est un peu has been non, en plus d’être inutilement vulgaire ? On ne croit pas une seconde au désir qui devrait exister entre les deux amants, ce qui n’aide pas la mayonnaise. Quant à cette histoire sortie de nulle part dans laquelle elle parle d’un fantasme mettant en scène la femme de Ben la pénétrant armée d’un instrument à lanières qu’on trouve dans un sexshop… Que cherche Neil Labute ? Sûrement pas à nous intéresser. A nous choquer, peut-être ? Échec.

Pourtant, Xavier Gallais rester le grand acteur qu’on connaît. Tout au long du spectacle, il semble jouer sur une ambiguïté assez terrifiante, si bien qu’on se demande finalement s’il ne va pas tuer la femme qu’il aime. Ses yeux sont fous, il est agité, imprévisible, il manipule sa partenaire avec une violence soudainement réfrénée, il évolue en prenant peu à peu le dessus sur la relation alors même que la hiérarchie voudrait le contraire. Se réinventant sans cesse malgré un texte bien fade, il est ce qui a empêché mes yeux de se fermer. A ses côtés, Marie-Christine Letort n’est pas en reste, défendant du mieux que possible son personnage en essayant de lui donner plus de substance que la simple marionnette sexuelle à laquelle le texte la réduit.

Mais qu’allaient-ils faire dans cette galère. Les deux comédiens méritent bien mieux. pouce-en-bas

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Faustirer

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Critique de Faust, de Goethe, vu le 24 mars 2018 à la Comédie-Française
Avec Véronique Vella, Laurent Natrella, Christian Hecq, Elliot Jenicot, Benjamin Lavernhe, Anna Cervinka, Yoann Gasiorowski, Marco Bataille-Testu, Thierry Desvignes, dans une mise en scène de Valentine Losseau et Raphaël Navarro

L’annonce de ce spectacle crée un vent d’enthousiasme chez les théâtreux. Et en effet, il y a de quoi saliver : le texte de Goethe, rarement monté, dans une mise en scène qui fera intervenir de la magie et des marionnettes, donne des étoiles dans les yeux des spectateurs qui se rappellent avec ravissement le merveilleux Vingt mille lieux sous les mers. Conséquence immédiate : le spectacle affiche complet. Encore une belle promesse de la Comédie-Française. Une promesse… qui tombe à l’eau.

J’aurais du mal à vous résumer l’histoire tant je suis passée à côté. Il faut dire que la mise en scène n’aide pas vraiment à se concentrer sur l’histoire et peine à faire passer les réels enjeux. De ce que j’ai compris, Faust est un médecin qui au début de la pièce semble las des sciences et décide plutôt de se mettre à la magie (on ne comprend pas trop pourquoi d’ailleurs, il aurait pu tout aussi bien se mettre à la cuisine mais bon). Devant son échec à invoquer un esprit, il tente de mettre fin à ses jours. Alors arrive le diable avec qui il fait le pacte suivant : s’il l’initie aux jouissances de sa vie terrestre, il sera son serviteur éternel dans l’autre monde (là non plus je n’ai pas compris pourquoi il faisait ce pacte, on est d’accord que c’est pas du tout intéressant comme marché ?!). La jouissance, il va la découvrir à travers la boisson, à travers l’amour, et le plaisir charnel, avec Marguerite qui tombera enceinte et sera condamnée à mort pour infanticide. Enfin bon, vous voyez, il se passe plein de choses, et on reste à l’entracte (oui parce que en plus ça dure 2h50) parce qu’on a envie de connaître la fin, et puis soudainement, pouf, ça y est c’est la fin et on ne comprend même pas que c’est la fin et on reste totalement sur sa faim.

Alors certes, j’ai vu la première, et le spectacle n’était peut-être pas complètement rodé. Mais en fait, les metteurs en scène semblent s’être tellement concentrés sur la forme qu’ils en ont oublié le fond. Le problème, c’est que ce texte est extrêmement complexe et qu’on ne pouvait trouver là plus grande erreur pour essayer de le monter. Les effets visuels ne peuvent compenser une histoire qui s’enlise, ils auraient dû venir après dans la conception du spectacle : résultat, comme on ne comprend pas bien ce qu’il se passe sur scène, on a du mal à accrocher à tous les effets qui s’y trouvent, et on s’ennuie cruellement.

Et des effets, il y en a. En fait, le problème essentiel de ce spectacle réside dans ce qui justement créait l’enthousiasme : la magie. La véritable magie telle qu’on nous l’avait vendue se fait finalement assez rare dans le spectacle : quelques tours assez connus d’apparition et de disparition d’une balle en mousse sauront probablement en ravir certains ; ils m’ont laissée pour ma part assez froide. Non, les metteurs en scène ont plutôt misé sur de nombreux effets visuels pour rendre l’espèce d’enchantement intrinsèque à la pièce. Un gros échec.

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Car quoi de pire qu’un effet raté ? Dès l’ouverture du rideau, les fils qui suspendent un Christian Hecq aérien sont clairement visibles pour les spectateurs. De même, pas besoin de sortir d’une école supérieure d’optique pour deviner le support (pas tout à fait) transparent permettant de diffuser les hologrammes, par ailleurs très présents dans le spectacle. Quel dommage également de lever les yeux vers ce qui devrait simuler des feux follets et de tomber directement sur la régie qui s’active en fond de salle ! La technique et la magie sont deux choses bien différentes et ici ça ne prend pas : les sciences on quelque chose de bien trop rationnel pour coller au propos. Et même quand un effet semble réussi – je pense par exemple à une superbe scène d’ombres chinoises – quelque chose vient gâcher notre ravissement : à tout hasard, un Laurent Natrella qui commence à bouger quelques secondes avant son ombre, trahissant un effet « préenregistré » et non réalisé en direct comme on voudrait nous faire croire.

La Comédie-Française semble donc s’être perdue dans une abondance de moyens. Outre la technique, ce sont les décors qui pâtissent de cette fâcheuse richesse : très lourds et en grands nombres, ils nécessitent des changements non seulement assez longs, mais surtout multiples. Finalement, ce sont pas moins d’une dizaine de baissers de rideau qui ponctueront les scènes, et laisseront les spectateurs quelques minutes dans le noir. Pour combler cette attente, des scénettes sont parfois ajoutées (mais pas toujours, la plupart du temps il faudra quand même prendre son mal en patience). Et si elles sont parfois amusantes, comme lorsque Benjamin Lavernhe entre grimé en Éric Ruf, on se demande quand même ce qu’elles viennent faire dans ce spectacle.

Finalement, c’est une désagréable impression de fourre-tout qui monte en moi au fil de la pièce. Ce qui a trait directement au texte me semble incompréhensible, perdu dans un flot d’ajout, certes amusant pour certains, mais qui n’ont pas grand chose à faire ici. Parlerai-je de cette scène impromptue de comédie ambulante dans laquelle des hologrammes des Comédiens-Français font leur apparition ? Je tombe des nues : quel est le rapport avec la situation ?

Devant un tel spectacle, on pourrait se dire : heureusement, nous sommes à la Comédie-Française et la qualité de jeu y est phénoménale. Encore perdu. Les comédiens semblent en roue libre : Laurent Natrella, qu’on était pourtant ravis de retrouver dans un rôle à sa mesure, peine à se faire entendre depuis son fond de scène et tente le passage en force ; Christian Hecq cabotine en livrant une prestation quelque part entre Bouzin et Sosie ; Véronique Vella semble avoir été recrutée exclusivement pour ses talents de chanteuse ; Benjamin Lavernhe – outre sa remarquable composition en Éric Ruf – n’a pas su trouver ses marques dans le rôle de Valentin, frère de Marguerite ; Anna Cervinka est assez fade – mais je reconnais qu’elle n’est pas aidée par des projections qui buguent à plusieurs reprises. Seul Elliot Jenicot s’en tire avec les honneurs, incarnant une sorcière absolument succulente.

Cette saison au Français commence à être lassante… pouce-en-bas

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Au coeur du (Rond)Point G

operaporno_1000_1000Critique de Opéraporno, de Pierre Guillois, vu le 21 mars 2018 au Théâtre du Rond-Point
Avec Jean-Paul Muel, Lara Neumann, Flannan Obé, et François-Michel Van Der Rest, dans une mise en scène de Pierre Guillois

Immense joie lors de la présentation de saison : on annonce le retour d’un spectacle musical de Pierre Guillois dans la veine du Gros, la vache, et le mainate. Or pour moi, ce spectacle découvert en 2012 au même Théâtre du Rond-Point est simplement un chef-d’oeuvre. Politiquement incorrect, constamment surprenant, impeccablement joué, j’avais été totalement emporté par la folie et le culot de la troupe qui livraient une prestation incroyable et prometteuse d’une superbe soirée. Place fut donc prise pour ce nouvel opus qui devait s’avérer toujours plus trash… Une très bonne soirée.

Vous ne pourrez arguer d’avoir été trompé : le nom est clair et annonce bien le thème du spectacle, et vous devez être prêt à voir des fesses dès les 5 premières minutes du spectacle. Ceci dit, je rejoins tout à fait Pierre Guillois dans ce qu’il écrit dans sa bible : « Les amateurs d’opéra trouveront que ça manque de musique et les amateurs de porno que ça manque de sexe. » Le spectacle n’est pas entièrement chanté et ne présente finalement que 5 scènes que l’on pourrait qualifier de porno, même si le sujet reste omniprésent dans le spectacle. On se retrouve au coeur du week-end campagnard d’une famille : la grand-mère, le fils remarié à une jeune femme, et le petit-fils, et tout devient excuse à une partie de jambe en l’air. Oui, vraiment tout.

Je pense que l’exercice était vraiment délicat par rapport aux fans du Gros, la vache et le mainate, dont je suis. Impossible pour moi de ne pas comparer, tant le spectacle est encore présent à mon esprit. Deux petites déceptions sont donc à souligner : la première concerne la musique. Contrairement à sa précédente opérette, les airs sont bien moins entraînants et emballent moins mon oreille. D’autre part, en annonçant clairement le thème de la pièce, on perd en surprise. Là où on était constamment étonné, ahuri, choqués dans le premier spectacle car tout n’était que surprise, ici, même si le propos semble encore plus culotté, il reste attendu, et l’effet y est donc amoindri.

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© Fabienne Rappeneau

Cependant, le pari est réussi. D’abord, si les airs ont quelque chose de moins folklorique, il, je suis aussi obligée de reconnaître qu’en recrutant Flannan Obé et Lara Neumann, Pierre Guillois réalise un coup de maître. Les deux voix résonnent très harmonieusement et leur lyrisme ajoute un décalage comique évident avec le sujet de la pièce. De plus, on retrouve quand même le Pierre Guillois tant adulé, et surtout dans les scènes parlées : l’inattendu, le côté hardcore, l’impression qu’on a atteint une limite qui rapidement sera à nouveau dépassée, sont autant de choses qui font sa spécificité et que j’ai plaisir à redécouvrir ici.

Et il faut bien avouer que son thème reste truculent et qu’on se surprend avec plaisir à conférer une forme de lubricité à tous les objets présents sur scène. J’ai été étonnée de constater que la salle, bien plus hétéroclite que je ne l’aurais imaginé, riait unanimement. C’est vraiment chouette de partager ce moment de complicité salace sans la moindre gêne ni aucune pudeur liée à l’âge. On ne voit ça qu’au Rond-Point, et je les en remercie franchement.

Là où une des grandes forces des spectacles de Guillois ne s’est en aucun cas amoindri, c’est sans nul doute dans sa distribution. Si les deux chanteurs alternent avec brio les parties chantées et parlées, les deux autres comédiens, dont la voix est sans doute moins préparée à l’exercice, ne restent pas en retrait. François-Michel Van Der Rest est éclatant dans un running gag sans fin, toujours plus dépité – et plus drôle – à chaque entrée en scène.

Et quel immense bonheur de retrouver Jean-Paul Muel dans le rôle de la grand-mère ! Le comédien ne boude pas son plaisir à incarner à nouveau ce genre de personnage et y est succulent. Chacun de ses gestes, chacune de ses mimiques, chacune de ses fins de phrase à l’accent si particulier est un véritable délice. Son discours à la fin du spectacle est dans la tonalité de la pièce : piquant, saugrenu, et drôle. Bravo.

Un spectacle… à se trouer le cul ! ♥ ♥ ♥

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© Fabienne Rappeneau

Vera ? Verra pas.

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Critique de Vera, de Petr Zelenka, vu le 20 mars 2018 au Théâtre de Paris
Avec Karin Viard, Helena Noguerra, Lou Valentini, Rodolfo De Souza, Pierre Maillet / Jean-Luc Vincent et Marcial Di Fonzo Bo / Clément Sibony, dans une mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo

Tout me tentait. Le thème, cette femme qui marche allègrement sur des cadavres et qui connaîtra une chute brutale et douloureuse ; la distribution, Karin Viard en tête, que j’avais hâte de découvrir sur les planches ; la mise en scène dont l’aspect burlesque et délirant éclatait à travers les photos ; Di Fonzo Bo, dont la mise en scène de Démons, bien que pas assez poussée à mon goût, me laisse quand même un souvenir marquant. Tout cela devait donner lieu à un grand spectacle qui aurait soulevé les foules se précipitant au Théâtre de Paris. J’avais tout faux.

Vera est une directrice de casting qui a le vent en poupe : au début du spectacle, sa société est rachetée par des Anglais qui la caressent dans le sens du poil mais ne manqueront pas de retourner leur veste au moindre faux pas. Caricaturale, Vera est une femme sans scrupule, presque sans une once d’humanité, que seule sa carrière semble intéresser. Le spectacle montre son ascension rapide et sa chute attendue, en la suivant dans son quotidien, tant professionnel que personnel.

Rapidement, on comprend que quelque chose ne va pas. Ça ne prend pas. L’histoire telle qu’elle est présentée, alourdie par des effets de mise en scène inutiles, manque d’intérêt. A trop se concentrer sur la forme, on en oublie le fond. Et la forme est pesante. Dès le début, la débauche de moyens étonne par sa complexité et sa futilité. Cachent-ils un manque d’idée de mise en scène ? Probable. L’ascenseur, les projections, les intermèdes chantés sont autant de poids ajoutés à chaque pied des comédiens qui s’enlisent peu à peu, submergés par le trop-plein d’artifices jusqu’à en oublier l’histoire.

C’est dommage, car je venais quand même voir une Karin Viard que j’admirais beaucoup et dont j’attendais une prestation hors du commun. Quelle déception de la voir si lisse, toujours en force dans les cris comme dans la gestuelle, comprimée dans certains costumes qui la desservent alors même qu’elle est impérieuse lorsqu’elle en change. De ce côté-là, le metteur en scène n’a pas été tendre, mais il n’a pas compensé par sa direction d’acteur, qui s’avère bien trop linéaire. Tous suivent une ligne caricaturale et sans grand intérêt, nous perdant rapidement au milieu de ces cris et mouvements incessants.

Voilà une Vera vraiment vaine. pouce-en-bas

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Virgin Suicide

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Critique de Notre Innocence, de Wajdi Mouawad, vu le dimanche 18 mars 2018 au Théâtre de la Colline
Avec Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwich, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac‑Olanié, Hatice Özer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard‑Noirclère, Paul Toucang, Étienne Lou, Mounia Zahzam, Yuriy Zavalnyouk, et , Inès Combier, Aimée Mouawad, Céleste Segard (en alternance), dans une mise en scène de Wajdi Mouawad

Je connais mal le travail de Wajdi Mouawad. Pour dire vrai, Notre Innocence est la première mise en scène de l’artiste que je vois, ayant raté Tous des Oiseaux qui a reçu nombre critiques dithyrambiques cet hiver. Je connaissais son travail plutôt à travers ses textes, et j’étais curieuse de découvrir ce que cela pouvait rendre sur scène. Bon, on ira quand même voir Tous des Oiseaux, hein…

Je suis assez attristée par ce que j’ai vu. Cela ressemblait à une grande caricature de ce qu’on peut faire de pire dans le théâtre subventionné. Il y a des « trucs » de mise en scène que déjà j’ai du mal à supporter lorsqu’ils sont isolés – l’effet choral, les comédiens alignés qui s’avancent un à un pour occuper l’espace, les projections des titres en gros plan sur le décor – mais lorsqu’on me présente un condensé de tout cela je perds rapidement patience. Alors j’essaie de me raccrocher désespérément lorsqu’un nouveau tableau se présente, mais à chaque fois se représente cette désagréable impression que l’on se fiche de moi…

Il faut me comprendre. D’abord, le spectacle s’ouvre avec une longue tirade d’une jeune fille. J’avais vu passer des avis négatifs sur les comédiens, je ne suis pas d’accord, elle parvient à bien saisir l’attention. Cela part bien. Puis elle est rejointe par 17 autres comédiens qui se placent autour d’elle de sorte à former un choeur. Et pendant une demi-heure, ils vont déclamer ainsi leur texte. Je reconnais la prouesse technique d’un tel ensemble, car les comédiens sont parfaitement synchrones. Mais je passe complètement à côté de l’intérêt d’une telle forme…

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© Simon Gosselin

Peut-être aussi parce que le fond me déplaît profondément. Peu à peu monte en moi une révolte face aux propos que j’entends. Ce que je vois manque d’authenticité : Mouawad pense parler pour la jeunesse, je l’entends parler pour lui-même. Ce qu’il dénonce me paraît pour beaucoup empli de cliché ; les combats qu’il mène ne sont pas les nôtres. Je ne me revendique pas de cette jeunesse-là. Au contraire. Cela sonne faux. Cela sonne vieux. Quant aux 10 minutes passées à déclamer « Je sais pas » sur tous les tons… Est-il vraiment nécessaire d’en parler ?

Une fois cette chorale close, les comédiens se changent à vue. Le sens d’un tel acte me manque. Mais passons. Commence alors l’histoire à proprement parler : les personnages sont confrontés à la mort d’une des leurs, Victoire, qui s’est défenestrée. On les verra essayer d’enregistrer la réalité impensable, et face à cette nouvelle se transformer, cracher ce qui est en eux et connaît soudainement un besoin irrépressible de sortir.

Autour de la table qui trône sur le plateau, les comédiens crient beaucoup. Des tirades pas très intéressantes, encore quelques clichés, des sujets qui s’ajoutent et dont on a peine à comprendre l’apparition soudaine. La direction d’acteur ne permet pas de faire entendre un propos qui s’étiole. Vous l’aurez compris : je n’ai pas réussi à entrer dans cette partie non plus. Mais le pire fut peut-être le dernier thème, où la prétendue fille de Victoire fait son apparition dans une scénographie qui rappelle beaucoup la Cendrillon de Pommerat. Sauf qu’ici, l’enfant semble se demander autant que nous ce qu’elle vient faire ici. Si le jeu du miroir était complet, on la verrait bientôt en train de regarder sa montre, dans l’espoir que les 2h15 annoncées ont été resserrées depuis la première. N’y comptez pas.

 Le prochain sera le bon ? pouce-en-bas

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© Simon Gosselin

Voyage à JatahItaque

Saison 2018-19 Théatre de l'OdeonITHAQUE Our Odyssey 1 by Christiane Jatahy  inspired by Homer’s work with Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira

© Elizabeth Carecchio

Critique de Ithaque, Notre Odyssée 1 de Christiane Jatahy, vu le 17 mars 2018 au Théâtre Odéon
Avec Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira, dans une mise en scène de Christiane Jatahy

J’ai découvert Christian Jatahy dans sa première mise en scène à la Comédie-Française. C’est peut-être grâce à ça que j’ai pu apprécier pleinement le spectacle, ce soir. Parce que, quelque part, je savais que j’allais voir quelque chose de très spécial, quelque chose qui sortait de mes habitudes théâtrales. Mais connaissant déjà un peu son travail, je savais aussi que je pouvais faire confiance. Face à ce spectacle déroutant, mon passé avec la metteuse en scène m’a ainsi permis de lâcher prise et de vivre à nouveau une expérience forte, unique, extraordinaire.

Chers puristes, lâchez vos armes. Reconnaissez à Christiane Jatahy que, contrairement à d’autres, elle ne reprend pas simplement un titre en ajoutant un « d’après » qui lui confère tous les droits. Honnête jusqu’au bout, le titre était clair : Ithaque, notre Odyssée. Notre Odyssée. Peu d’Homère dans ce spectacle, prétexte aux premières parties qui verront s’opposer d’une part Calypsos et Ulysse, la veille du départ de ce dernier, et de l’autre Pénélope et ses prétendants, les affrontant vaillamment un à un dans l’éternelle attente du retour de son époux. Deux points de vue présentés sur une scène bifrontale séparée en deux, chaque histoire étant proposée à une partie du public à la fois – ce dernier étant invité à changer de place au tiers du spectacle.

Ô désagréable impression ! Moi qui ai toujours prôné un théâtre de texte, voilà que je me retrouve devant une scène presque vide textuellement et bien obligée de me rendre à l’évidence : je ne m’y ennuie pas. Les peu de mots qui sont jetés, crachés – car tout ici est nécessaire et douloureux – évoquent mon quotidien de manière brutale, et peu à peu prennent une grandeur inattendue pour révéler le monde. Au-delà des mots, Jatahy parvient à nous saisir en créant une atmosphère, un monde en mutation où quelque chose se passe constamment et qui répète, inlassablement, la grande tragédie des hommes.

Ce n’est que mon 2e spectacle de la metteuse en scène mais j’ai l’impression que sa patte y est perceptible. Déjà dans La Règle du Jeu, la caméra était utilisée de manière agressive, arrivant pour la première fois sur scène avec beaucoup de violence. Ici, on franchit une nouvelle barrière. Cette fois, la caméra est une arme et se confond parfois, tant symboliquement que matériellement, avec un véritable fusil.

De plus, j’ai parlé à l’instant du texte, qui ne semble pas représenter chez Jatahy la sève de son travail. Le texte, peut-être pas. Les mots, en revanche, continuent d’avoir une grande importance. S’ils ne passent pas par des partitions importantes chez les comédiens, ils sont quand même très présents à travers les musiques diffusées tout au long du spectacle. Comment ne pas avoir le coeur serré en écoutant Barbara entonner les premières notes de Dis, quand reviendras-tu ? On sent – peut-être est-ce dû à son point de vue de brésilienne en France ? – que les sonorités l’interpellent au moins autant que le sens des mots. Et quel bonheur pour d’entendre tantôt ce français que je comprends, tantôt ce brésilien que je chérie. L’alternance des langues est encore une belle réussite, et l’utilisation du portugais, si chanté, lors de scènes de crises a quelque chose de désorientant.

Saison 2018-19 Théatre de l'OdeonITHAQUE Our Odyssey 1 by Christiane Jatahy  inspired by Homer’s work with Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira

© Elizabeth Carecchio

Mon mot pour les comédiens sera rapide, mais il n’en sera pas moins admiratif : un grand bravo s’impose. Pour parvenir à nous maintenir ainsi fascinés par une action à peine perceptible, il faut une sacrée aura. Possédés par leur rôle, ils se donnent corps et âme et ne se contentent pas de figurer la violence : ils la vivent devant nous, spectateurs impuissants.

La grande réussite de ce spectacle réside dans une scénographie hors du commun. D’une beauté et d’une intelligence impressionnantes, et qui déploiera peu à peu toute sa puissance évocatrice, c’est bien cette occupation particulière de l’espace qui donne une âme à ce spectacle. Tout ce qui, au début, pouvait étonner, fait sens petit à petit, et même le changement de place questionne la docilité du spectateur face à cet élément perturbateur.

Et l’eau. L’eau qui monte et qu’on n’avait pas forcément vue venir. L’eau qui sépare les époux tout d’abord, l’eau qui empêche de retrouver son foyer, l’eau qui crée ces deux rives de spectateurs aux points de vue différents. L’eau qui me menace, moi qui suis au premier rang, et me rend si vulnérable. L’eau dans laquelle les corps évoqueront une détestable actualité. L’eau dans laquelle se traînent les personnages, noyés, poussés, entraînés, et loin de laquelle on voudrait s’enfuir.

En définitive : quelle soirée ! Je serai passée par de nombreux états. Au sortir, ma curiosité reste entière : sur ce que j’ai vu, sur ce qui viendra après. Voilà un spectacle qui gagne à la revoyure, car Jatahy a l’art de disséminer des clés partout sur sa scène, et qui ne sont pas forcément accessibles tout de suite. Et je pourrai allonger et allonger encore cette critique, tant ce spectacle a soulevé de réflexions en moi, autant sur les sujets qu’il évoque que sur mon rapport au théâtre. J’avais dit qu’il y aurait un avant et un après La Règle du Jeu : je suis bien dans l’après. Et heureuse d’y être.

Ne restez pas sur le rivage. Ce voyage vous emmènera dans des contrées jusqu’alors inconnues. ♥ ♥ ♥

Saison 2018-19 Théatre de l'OdeonITHAQUE Our Odyssey 1 by Christiane Jatahy  inspired by Homer’s work with Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira

© Elizabeth Carecchio