A corps et à coeur

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Critique de Dans ton coeur, par la compagnie Akoreacro et Pierre Guillois, vu le 23 mai 2019 à La Villette
Avec Claire Aldaya, Romain Vigier, Maxime Solé, Basile Narcy, Maxime La Sala, Antonio Segura Lizan, Craig Dagostino, Joan Ramon Graell Gabriel et les musiciens Vladimir Tserabun, Eric Delbouys, Nicolas Bachet et Johann Chauveau, dans une mise en scène de Pierre Guillois

Je n’ai pas hésité longtemps : Pierre Guillois fait partie de mes incontournables depuis que j’ai vu Le gros, la vache et le mainate il y a plus de 7 ans maintenant. Il osait tout. Il n’a pas changé. L’affiche était à la fois attirante et inquiétante : que venait faire ce metteur en scène – certes impossible à cerner, mais quand même – au milieu de circassiens ? Tout simplement la même chose que d’habitude : mettre son talent, son humanité, et sa grandeur d’esprit au service de la scène. En toute simplicité.

Quand le noir se fait, tous les acrobates et voltigeurs se précipitent sur la scène. C’est la nuit, il pleut. On reconnaît une femme pour une petite dizaine d’hommes. Elle semble prendre peur. Elle court, perd ses chaussures, oublie son parapluie. Une Cendrillon des temps modernes. On comprendra par la suite que cela joue un rôle primordial. Le spectacle s’article autour de saynètes qui se relieront par une thématique commune : le rapport entre les êtres humains. Il met tout particulièrement en lumière un couple que l’on voit évoluer dans son quotidien, avec ses hauts et ses bas, ses disputes, ses moments brutaux, parfois plus doux, plus sensuels, plus charnels. Et tout cela avec, comme outils, des corps impressionnants, une musique quasi-omniprésente, des lumières splendides et une partition orale presqu’inexistante.

Ce spectacle est absolument sublime. Il ne se contente pas d’être drôle et incroyablement réglé lorsque les acrobates deviennent quasiment des clowns et livrent, pour une partie du public, un numéro de mime absolument formidable. Il ne se contente pas d’être charmant dans ses intermèdes plus légers permettant de changer de décor de manière ludique et attrayante. Il ne se contente pas d’être touchant dans les relations qu’on devine entre chacun des personnages. Il ne se contente pas d’être intelligent dans les choix des scènes qu’il propose.

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© Richard Haughton

Ce spectacle est tout à la fois. Que ce soient des bagarres ou des scènes d’amour qui nous sont présentées en plein vol, ce sont des corps autant que des âmes qui voltigent dans ce spectacle. Quasiment muet, je suis stupéfaite qu’il me soit apparue aussi clairement – à moi, comme à toute la salle. Il y a cette scène très suggestive où un homme semble se rapprocher d’un autre homme, travesti en femme. Les scolaires présents ce soir-là pouffent au début de la scène. Et les deux corps s’envolent, simulant sans équivoque l’acte d’amour, là-haut, dans les airs – après tout ne parlons-nous pas parfois d’acrobaties sexuelles ? Alors, dans la salle, plus un bruit, ou seulement des chuchotements d’admiration. Il y a des choses comme ça qui n’appellent aucun commentaire et qui nous rassemblent tous autour d’une même émotion. Le beau, par exemple.

Tout au long du spectacle, les corps se cherchent, se courent après, s’escaladent, se portent, se collent, se lâchent. Mais rien n’est jamais gratuit. C’est un cirque qui dit quelque chose, et c’est d’une puissance émotionnelle incomparable. Ça se joue ailleurs que dans le cerveau, de ces choses qui vous retournent de l’intérieur sans que vous en compreniez tout de suite la provenance. Je n’ose imaginer la difficulté de création d’un tel spectacle, mêlant deux mondes si différents – bien que Pierre Guillois ait déjà mis un pied dans le burlesque muet. Tout le monde doit être salué : porteurs, voltigeurs, musiciens, metteur en scène. J’ai du mal à évaluer l’apport de chacun tant le résultat forme un tout évident.

J’arrive quand même à percevoir la patte de Pierre Guillois au milieu de ces acrobaties, dans la simplicité, presque la banalité des scènes proposées. Les accessoires sont des frigos, des machines à laver. Dans la cuisine, une femme s’affaire. Elle prépare le repas, elle est au téléphone. La scène sera répétée cinq, peut-être six fois. Et chaque proposition est différente. Les portés sont près du sol et pourtant ces figures ont quelque chose de spectaculaire. Tout le monde retient son souffle. Et dans mon cerveau, soudain, une lumière s’active : cette femme que je vois s’activer dans sa cuisine, qui téléphone, qui effectue un salto, qui met le micro-onde en marche, qui attend un enfant, cette femme qui fait 10 000 choses en même temps… elle me fait penser à quelqu’un, et même à plusieurs personnes. A beaucoup de femmes, en réalité.

Pierre Guillois et la compagnie Akoreacro donnent au cirque ce qui peut parfois lui manquer : une âme. ♥ ♥ ♥

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© Richard Haughton

 

 

Boushow and Cie

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© Jean-Louis Fernandez

Critique d’Un ennemi du peuple, d’après Ibsen, vu le 17 mai 2019 au Théâtre de l’Odéon
Avec Sharif Andoura, Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Cyprien Colombo, Vincent Guédon, Jeanne Lepers, Agnès Sourdillon, dans une mise en scène de Jean-François Sivadier

Je n’arrive pas à me faire d’avis déterminé sur le travail de Jean-François Sivadier. J’avais vu il y a quelques années, déjà à l’Odéon, une Dame de chez Maxim plus qu’honorable qui me laisse un bon souvenir, entaché depuis par la reprise d’Italienne scène et orchestre que j’ai découverte la saison dernière et que j’avais trouvé inutilement poussive et sans grand intérêt. Dans son Ennemi du peuple, il retrouve son fidèle Nicolas Bouchaud et lui propose à nouveau le même genre de rôle, légèrement cynique, toujours proche du public, presqu’hors de la scène et du jeu. Un rôle qui, s’il pouvait faire illusion dans ses précédentes créations, ne sied pas si bien que ça à Ibsen.

La ville dans laquelle se déroule la pièce doit une partie de sa richesse à l’établissement de bains qu’administre le préfet Peter Stockmann et pour laquelle travaille son frère, Tomas, médecin. Mais celui-ci avait des doutes quant à la propreté du lieu et a fait faire des analyses qui viennent confirmer ses soupçons : les eaux sont contaminées, d’immenses travaux sont à envisager pour garantir la santé des curistes. Tomas semble voir ici l’évidence mais tous, en face de lui, ne sont pas de cet avis et il va progressivement devenir l’ennemi du peuple.

J’ai mis du temps pour l’écrire, ce papier-là, mais je pense que je ne serai toujours pas satisfaite par ce qui en ressortira. Je suis très partagée par ce spectacle, mais les frontières entre ce que j’ai aimé et ce que j’ai moins aimé restent assez floues et je risque d’être confuse dans mes explications. Cette confusion, je la dois d’abord au spectacle qui est lui-même un peu désordonné par endroits. Je m’explique.

Il y a d’abord le texte d’Ibsen, que je découvrais. Un théâtre éminemment politique, dégageant une puissance et une grandeur qui ne cherchaient qu’à s’affirmer par la suite. Un théâtre quasiment classique par les échos à l’actualité qui résonnaient parfois dans certaines répliques. Un théâtre que j’aurais aimé réellement découvrir, comprendre, du théâtre qui m’aurait donné davantage à réfléchir que ce en quoi il a été transformé. Une transformation que je ne cautionne en aucun point.

Il y a la vision du metteur en scène, calquée par-dessus Ibsen. Une vision audible – après tout, c’est bien pour voir une interprétation que je vais au théâtre, sinon je me contenterai de lire des textes chez moi – mais que je ne partage pas et qui m’a plutôt irritée tout au long de la pièce. Pour souligner l’ironie présente chez Ibsen, Sivadier a rajouté des détails burlesques à sa mise en scène qui ne me semblaient pas nécessaires : il cherche à faire rire le public par ce que j’appellerais des actes gratuits. Les comédiens sont dirigés de manière à rendre leurs personnages presque caricaturaux. C’est facile, et ça n’ajoute rien, à part à ma mauvaise humeur. Par ailleurs, il a également fait le choix d’un procédé de distanciation, que je m’explique moins – à mon humble avis, il aurait davantage exploité la force de la pièce en la jouant franc jeu. A quoi bon montrer la machine à fumer lorsque les personnages sortent les cigares, ou jeter de la poudre blanche en s’exclamant « il neige ! » ? Cette distanciation empêche toute montée de tension dans la pièce, et c’est dommage.

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© Jean-Louis Fernandez

Il y a enfin le show Bouchaud, troisième couche de ce spectacle, qui l’alourdit encore. Ce show, je le reconnais volontiers, est tout à fait cohérent avec l’ensemble de la construction du spectacle, et particulièrement avec la distanciation voulue par Sivadier. Il permet notamment d’expliquer, et rend d’ailleurs tout à fait honneur à un ajout survenu plus tôt dans le spectacle : la montée d’un spectateur sur scène. On avait pu en effet observer comment Bouchaud se mettait progressivement le spectateur dans la poche et comment, soudainement et de manière plutôt impolie, ce dernier avait dû quitter la scène sans demander son reste – il avait été, en quelque sorte, manipulé. Cela fait écho à son discours de l’acte IV, ce fameux show Bouchaud dont je voudrais parler. Alors oui, c’est malin, c’est assez ingénieux, mais franchement, on n’est pas venus là pour ça.

Tout d’un coup, on sort d’Ibsen. On se met à parler de gilet jaune, on se retrouve dans une mise en abîme du théâtre, on se met à parler du rapport entre un comédien et son public, on se fait insulter par Nicolas Bouchaud qui nous traite allègrement de veaux – ce qui fait beaucoup rire le public de l’Odéon. De mon côté, je grommelle. Je me sens un peu trahie devant cette adaptation libre d’Ibsen alors même que le texte annonçait le texte fidèle de la pièce. La lecture de la pièce que fait Sivadier, en proposant une analogie politique/acteur et peuple/public aurait pu être intéressante, mais pas sous cette forme. J’ai l’impression qu’il a voulu en faire trop d’un coup : entre la distanciation, le burlesque, l’adaptation, il aurait fallu choisir un cap et s’y tenir. Là, on se perd. Toute cette série d’écarts au texte initial rend l’ensemble plutôt incompréhensible. Il y a une disparité gênante entre les grandes scènes de confrontation, qui viennent d’Ibsen, et cette espèce de « show » – dont j’apprendrais plus tard qu’il est issu d’une improvisation en répétition : la greffe ne prend pas.

Je suis donc partagée. Tout n’est pas à jeter, les comédiens sont très bien dirigés et donnent à entendre le texte avec brio – mais on sent qu’il pourrait être plus marquant encore. Je suis heureuse malgré tout d’avoir découvert ce grand texte derrière une mise en scène qui se regarde… et qui voudrait peut-être suivre la lignée de Ça ira, la merveille de Pommerat qui continue de se jouer actuellement à la Porte Saint-Martin. Mais n’est pas Pommerat qui veut, et si les inspirations sont continues tout au long du spectacles – sur les choix musicaux, sur les lumières qui accompagnent le show Bouchaud, sur l’utilisation du public comme d’une assemblée – Sivadier ne parvient pas à recréer l’immersion et la totalité des spectacle de Pommerat. La mayonnaise ne prend pas, et le goût qui reste en bouche est bien trop pâteux. Dommage.

Il m’en restera l’envie de découvrir ce texte… et de voir Nicolas Bouchaud, un jour, dirigé autrement.

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© Jean-Louis Fernandez

Tasteless is the night

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© Simon Gosselin

Critique d’Opening Night, d’après Cassavetes, vu le 10 mai 2019 au Théâtre des Bouffes du Nord
Avec Isabelle Adjani, Morgan Lloyd Sicard, Frédéric Pierrot et la participation de Zoé Adjani, dans une mise en scène de Cyril Teste

C’est étrange de songer que, mon dernier – et unique – article consacré à Isabelle Adjani sauvait presque un spectacle pourtant unanimement descendu par la critique. Cet ordre des choses est plutôt rare : c’est souvent l’inverse qui se produit. Mais je ne me suis pas méfiée. Devant l’unanimité – positive cette fois-ci – provoquée par Opening Night, j’étais très confiante. Le film de Cassavetes me laissait un bon souvenir ; Festen, la mise en scène de Cyril Teste que j’avais découverte à l’Odéon, aussi. Mais Isabelle Adjani crée toujours la surprise, et je dois dire que celle-ci m’a laissé plutôt un goût amer en bouche.

La pièce s’ouvre sur la répétition d’un spectacle dont la première sera l’issue du spectacle que nous, spectateurs, sommes venus voir. Le déroulement de l’action sera donc consacré aux répétitions, aux doutes de la comédienne Myrtle Gordon sur le rôle qu’elle a à jouer, à ses tentatives vaines de modifier le texte, de s’approprier le personnage, de tenter d’entrer dans ce spectacle qu’elle ne cautionne en rien. On voudrait y voir une mise en abîme profonde, une allusion à la carrière mouvementée d’Isabelle Adjani, une puissante évocation du pouvoir du théâtre. On n’y verra qu’un miroir sur l’effort stérile de la comédienne de remonter sur les planches après une absence qui, incontestablement, s’est avérée fatale.

Avant que l’on me reproche quoi que ce soit, je tiens à préciser quelque chose. Je mourais d’envie de voir ce spectacle. Lorsque j’ai appris que je devais subir une opération début avril qui entraînerait une convalescence de plus de deux mois, ma première pensée a été pour Opening Night : j’espérais pouvoir être en état d’y assister. J’ai tout fait pour maximiser mes chances d’être aux Théâtre des Bouffes du Nord, ce soir-là. J’ai finalement pu m’y rendre. La déception n’en fut que plus cruelle.

Par où commencer ? Très vite, j’ai trouvé que ça sentait le roussi. La première scène est interminable alors même que les comédiens ne sont pas sur le plateau, devant nous, mais derrière le décor, grâce aux caméras chères à Cyril Teste. Si j’avais déjà questionné leur présence dans Festen, elle me semble ici bien plus évidente : cela permet à Isabelle Adjani de n’être en scène que 45 minutes sur les 1h20 que dure le spectacle, et donc, quelque part, de limiter la casse. Car Isabelle Adjani telle qu’on me l’a toujours décrite n’est plus. La grande comédienne que j’avais découverte dans La journée de la jupe n’était pas la même que celle présente aux Bouffes du Nord, ce soir-là, hurlant au désespoir à grand renfort de glycérine et d’effondrements intempestifs… peu crédibles.

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© Simon Gosselin

Je n’imputerai pas à la comédienne la totalité de l’échec de ce spectacle. Une grande partie vient du texte, désespérément vide, douloureusement répétitif, terriblement ennuyeux. On sent le couac dès le début : une même scène est répétée trois, peut-être quatre fois, sans qu’on comprenne exactement ce dont il s’agit, sans que cela apporte quoi que ce soit à l’histoire. Une histoire dans laquelle je ne suis pas du tout rentrée, peu intéressée par les rapports insinués entre les comédiens. Le pseudo-parallèle avec la vie d’Isabelle Adjani, la multiplicité des grilles de lecture, l’improvisation revendiquée ne sont, à mon sens, qu’une vaste supercherie venant cacher un spectacle inabouti et sans grand intérêt – on lui préfèrera sans nul doute le film de Cassavetes.

En revanche, il faut reconnaître que les deux comédiens qui l’entourent servent au mieux ce texte pâteux, évinçant aisément et sans l’ombre d’un cabotinage leur partenaire féminine, et cela reste un grand plaisir de retrouver Frédéric Pierrot sur scène. Il apporte un je-ne-sais-quoi d’humanité, de mélancolie et de tendresse à son personnage qui le rendent puissamment attachant. Ce déséquilibre dans le jeu, qui est perceptible tout au long du spectacle, est d’autant plus rageant qu’il est écarté d’un revers de main – ou plutôt d’un claquement de mains – lors des applaudissements finaux où l’on comprend aisément que la salle ne salue que son actrice fétiche. Bouquets de fleurs, standing ovation, cris, il n’y en a que pour Isabelle Adjani lors des saluts, et c’en est presque malaisant pour les deux comédiens qui saluent, dignes, à ses côtés.

Impossible en effet d’oublier que c’est pour la comédienne que nous sommes là. D’une manière générale, tout transpire les Adjani-contraintes dans ce spectacle. D’abord, ces caméras dont j’ai déjà parlé. Caméras qui, étrangement, semblent surexposées dès qu’elles filment la comédienne, effaçant tout défaut de son visage, alors même qu’aucun filtre n’est appliqué pour les autres comédiens. Ensuite, cette espèce de fan-service qui voudra qu’elle ait comme des morceaux de bravoure seule, près du public – nous ne sommes pas dupes, si la salle est remplie, c’est bien pour elle. Tout semble devenir prétexte à mettre en valeur et enrichir le mythe de cette actrice si rare sur les planches : la moindre tirade – que dire de ces deux phrases de La Mouette lues à la va-vite entre deux répliques ? – ou le moindre objet – comme cet élément de costume qui apparaît soudainement à la fin de la pièce et qui ne vient que servir la comédienne probablement désireuse de se voiler lors des applaudissements.

Il y a une scène qui a été particulièrement dure pour moi dans ce spectacle. Une scène qui restera par le malaise qu’elle a provoqué en moi, ce sentiment d’impuissance devant l’espèce de décadence qui se jouait devant mes yeux. C’est une scène de danse. J’adore voir les comédiens danser. J’ai toujours eu une sorte de fascination pour ça. Le comédien, par la maîtrise qu’il a de son corps, est un bon danseur par essence. Même sur des pas simples, c’est toujours beau à regarder. Ce qui est cruel, c’est que Frédéric Pierrot venait d’en faire la démonstration : sur la scène précédente, il se déhanchait sur scène. Simplement, mais avec souplesse, avec grâce. Puis vient le tour d’Isabelle Adjani. J’ai bien conscience que sa scène de danse est entachée par l’alcool. Mais je ne pense pas que cet état prétendument éméché ait un quelconque rapport avec la maladresse qui me frappe. C’est là que je me rends compte qu’Isabelle Adjani n’est plus que le fantôme d’elle-même. Constat désespéré s’il en est, mais n’était-ce pas aussi, quelque part, la thèse de ce spectacle ?

From Opening Night to Opening Nightmare

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© Simon Gosselin

Au 13, la guerre c’est pas plus marrant, ni moins désespérant, en chantant

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Critique de La Victoire en chantant, de Raymond Acquaviva, vue le 9 mai 2019 au Théâtre 13
Avec Pierre Boulben, Louise Corcelette, Benoit Facerias, Philippine Martinot, Quentin Morant, Fabio Riche, Lani Sogoyou, Josephine Thoby, dans une mise en scène de Raymond Acquaviva

Je n’ai pas attendu bien longtemps pour aller découvrir cette Victoire en chantant. Il faut dire que tout les éléments semblaient réunis pour passer une très bonne soirée : les spectacles de Raymond Acquaviva ne m’avaient encore jamais déçue, le Théâtre 13 est généralement le terreau de propositions jeunes, dynamiques et plutôt plaisantes, d’autant plus lorsqu’elles sont musicales – le projet rappelait d’ailleurs à mon oreille l’excellente Bande du Tabou vue il y a plus de 5 ans maintenant mais qui résonne toujours quelque part. Bref, une belle soirée en perspective.

Mais on se rend vite compte que quelque chose manque à cette bande de huit comédiens-chanteurs qui nous content les deux guerres mondiales à travers écrits et chansons. Ce n’est pas une question d’énergie : elle est bien présente, et c’est même sans doute grâce à elle qu’on parvient à ne pas trop décrocher jusqu’à la fin. Pas non plus un problème de distribution : personne ne se démarque particulièrement, ni en bien ni en mal, mais tous rentrent dans le rang. Il est peut-être là, le bémol. Dans ce spectacle, on rentre un peu trop facilement dans le rang.

Il est trop lisse, ce spectacle, il manque cruellement d’âme. C’est un véritable sentiment de manque qui se fait connaître à la fin de la pièce. Un sentiment de : « ok, et ensuite ? ». On a enchaîné les textes et les chansons qui parlent de la guerre. Moi qui ai eu ce sujet au programme de mes concours il y a quelques années, je n’ai pu m’empêcher de penser que ça m’aurait été utile. Car le spectacle emprunte plus à l’anthologie qu’au café-concert. Les textes se suivent et se ressemblent par leur caractère un peu morne. Où est l’incarnation, la personnalité, la vie ou le désespoir derrière ces mots qui, probablement, ne parlent pas à tout le monde ?

Il y a quelque chose d’un peu surfait dans la solennité trop affichée, presque fabriquée, pour certains textes. Il y a quelque chose d’un peu scolaire dans l’enchaînement de ces textes qui évitent de prendre parti, qui soulignent un peu trop qu’il faut aussi avoir une pensée pour l’autre camp, qui affichent un patriotisme un peu froid. Difficile de comprendre la ligne de conduite : on se souvient, on regrette, on blâme, on fête ?

Le résultat, c’est qu’on se perd un peu dans ce spectacle qui annonce 1h40 mais en dure quasiment deux. Certains textes gagneraient à être supprimés – Péguy et Valéry n’étaient peut-être pas nécessaires ici – permettant ainsi de jouer entièrement d’autres qui trouvent mieux leur place, comme la Madelon à laquelle on se demande pourquoi on a tronqué un couplet. On ne laisse pas au spectateur le temps de se prendre à une chanson, tout est déroulé si vite, et ce jusqu’à la chanson finale, qui devrait nous emballer et nous enjoindre à accompagner l’air de nos rappels, mais qui nous file entre les doigts. Un peu comme nos applaudissements.

Un spectacle qui gagnerait à supprimer un bon tiers des textes et à prendre davantage son temps sur les autres.

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Passion Tchekhov

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Critique de Tchekhov à la folie (La demande en mariage / L’ours), d’Anton Tchekhov, vu le 3 mai 2019 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Émeline Bayart, Jean-Paul Farré et Manuel Le Lièvre, dans une mise en scène de Jean-Louis Benoit

Tchekhov à la folie signe des retrouvailles. Retrouvailles avec le Poche-Montparnasse, tout d’abord, où je n’avais pas mis les pieds depuis plus d’un an et demi – malgré une programmation qui m’attire toujours – à cause d’une histoire d’invité politique qui m’avait quelque peu déconcertée. Retrouvailles avec Jean-Paul Farré, que je suis depuis des années et que j’ai toujours grand plaisir à voir sur scène. Mais également retrouvailles avec le théâtre, puisque suite à des circonstances indépendantes de ma volonté je me suis retrouvée alitée – et donc, fatalement, éloignée de ce cher art – depuis plus d’un mois maintenant. Quoi de mieux pour une convalescence que de l’oublier, le temps d’un spectacle ?

Deux courtes histoires sont donc présentées, n’ayant au premier abord rien à voir entre elles mais piquant malgré tout dans les habitudes de Tchekhov de présenter cette société russe de manière toujours un peu sarcastique. D’un côté, La demande en mariage met en scène un homme venu demander la main de sa voisine qui, avant même d’entendre sa demande, pinaillera sur leurs propriétés respectives. De l’autre, L’ours traite d’une veuve à qui l’on vient demander de rembourser les dettes de son mari défunt et qui ne peut régler immédiatement ce qu’elle doit.

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Je parlais de retrouvailles tout à l’heure, et c’est toujours chouette. Retrouver un comédien, un théâtre, une ambiance que l’on a aimée et qui nous fait immédiatement sentir chez soi. Mais c’est d’autant mieux lorsque c’est mêlé de découvertes, comme ce fut le cas pour ce Tchekhov à la folie. La première découverte réside dans le texte : bien que j’aie vu passer ces pièces de nombreuses fois, dans des programmes de Festival OFF par exemple, je n’avais jamais eu l’occasion de les voir en vrai. Ce sont des petits moments de vie très bien ficelés, dont le trait est bien plus forcé que ce que je pouvais connaître de Tchekhov mais qui rend le texte objectivement drôle.

Ma deuxième découverte, c’est Émeline Bayart. Alors certes, c’est, comme ces pièces de Tchekhov, un nom dont j’entends parler depuis plusieurs années mais que je n’avais pas encore eu l’occasion d’associer à un jeu. Voilà qui est fait, et rudement bien fait ! Si ces pièces m’ont tant convaincue, c’est aussi certainement grâce au jeu de cette comédienne au visage hyperlaxe dont les moues n’en finissent plus de nous étonner et de provoquer le rire dans toute la salle. Ça aurait pu être parfois trop, c’est au contraire extrêmement bien dosé et l’on en redemande. J’aimerais aussi la voir dans différents registres car sa palette me semble tout à fait extensible. J’ai hâte !

Ses partenaires ne sont pas en reste. C’est un plaisir de les voir sauter d’un personnage à l’autre dans ces deux pièces : on avait rarement vu Jean-Paul Farré avoir l’occasion de déclarer sa flamme sur scène, c’est chose faite, et avec une sincérité méritant tous les éloges ! Il est un amoureux touchant et si délicat qu’il ajoute un véritable moment d’émotion à ce qui était jusque-là une franche rigolade. Manuel Le Lièvre réussit également avec brio cette transformation, proposant une belle palette de jeu allant de la quasi-épilepsie à une retenue presque religieuse. La mise en scène soutient le tout en imposant un rythme effréné et ce brin de folie promis dans le titre du spectacle. Que demander de plus ?

Il faudrait être fou pour rater ça ! ♥ ♥

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Tigran Mekhitarian nous fourbe

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Critique des Fourberies de Scapin, de Molière, vues le 2 avril 2019 au Théâtre 13
Avec Isabelle Andrzejewski, Théo Askolovitch / Axel Giudicelli / Damien Sobieraff, Sébastien Gorski / Tigran Mekhitarian, Charlotte Levy / Pauline Huriet, Tigran Mekhitarian / Théo Askolovitch, Louka Meliava, Théo Navarro-Mussy, Etienne Paliniewicz, Blanche Sottou et Samuel Yagoubi dans une mise en scène de Tigran Mekhitarian

J’avoue m’être un peu laissée porter vers cette création : c’est parce qu’on m’a proposé d’y aller que je me suis retrouvée dans la salle ce soir-là. Rien lu, rien vu, rien entendu. Avant d’entrer, on me prévient quand même : c’est une version rap des Fourberies de Scapin. Après tout, pourquoi pas. J’ai vu des Fourberies de toutes les couleurs ces dernières années, alors le rap ne me fait pas vraiment peur. Il rappelle même le côté « Scapin des rues » de Laurent Brethome, sans doute la version qui m’a le plus marquée. Ceci étant, lorsque j’entre dans la salle, PNL à fond, drap tendu en fond de scène où je déchiffre le nom d’Adama Traoré, je m’attends à une expérience vraiment spéciale, à un nouveau point de vue, à une intéressante surprise. Mais on sera plutôt sur une déception.

Scapin, c’est le valet de Léandre, le fils de Géronte. Alors que son père était parti, Léandre s’est entiché de Zerbinette, qu’il souhaite racheter aux gitans qui la possèdent. Un problème similaire se pose du côté d’Octave, le fils d’Argante, qui lui s’est marié à Hyacinthe en l’absence de son père. Lorsque les deux pères reviennent et apprennent les nouvelles, ils entrent dans des fureurs folles et les deux fils fautifs se voient dans l’obligation de faire appel aux services de Scapin dont les fourberies pourraient les sortir d’affaire.

Une version rap, jeune, gangsta de Scapin n’a en soi rien d’incohérent. Scapin peut tout à faire faire partie de la street, être vu comme une racaille, n’être qu’un chien de la casse. Le pari de Tigran Mekhitarian n’avait donc rien de transgressif, au départ. C’est un point de vue même plutôt intéressant, dont Jérémy Lopez avait incarné toute la complexité et la noirceur dans la version de Laurent Brethome. Difficile de jouer la comparaison. Mais plus difficile encore lorsque le point de vue semble en réalité émaner d’une idée décorrélée du texte-même.

Je m’explique. La pièce s’ouvre sur un rap de Scapin. Pourquoi pas. Mais il ne s’agit pas de raper Molière, il s’agit d’ajouts sur le point de vue de Scapin, sur sa vie. Soit. A plusieurs reprises, des parties rapées viendront s’ajouter au texte, mais sans rien lui apporter. Elles alourdissent plus qu’elles ne servent. Elles cassent un rythme qui ne parviendra jamais à véritablement s’installer. Elles ennuient, comme lors d’un échange entre Léandre et Zerbinette, où le premier prétend que Scapin rap mal et que sa bien-aimée lui répond qu’il est jaloux. L’échange se poursuit ainsi : – T’es jaloux – Non – T’es jaloux – Non – T’es jaloux – Non – T’es jaloux – Non. Molière avait certainement besoin d’une telle verve…

Alors oui, à plusieurs reprises, on rit. Mais jamais pour Molière lui-même. On rit d’un petit wallah ou d’un miskine rajouté à la fin d’une phrase. On rit parce que c’est un peu inhabituel et décalé, pas parce que c’est fondamentalement cohérent avec ce qu’on est en train de voir. Ça aurait pu l’être : faire jouer Scapin dans une cité, faire des personnages des véritables voyous, pourquoi pas. Mais là on dirait simplement qu’il y a d’un côté l’idée du rap et des petits ajouts, et, de l’autre, le texte. Entre les deux, le vide.

Résultat ? Pas mal d’incohérences qui viennent presque gêner la compréhension du texte originel. Que vient faire cette banderole réclamant justice pour Adama Traoré en fond de scène ? Elle n’a absolument rien à voir avec le propos et la seule tirade qui aurait pu, peut-être, éventuellement, justifier ce décor, à savoir la tirade de Scapin sur la justice est, comme souvent, crachée d’une traite sans en concevoir la juste valeur. On s’en débarrasse rapidement sans savoir qu’en faire. Et on laisse le spectateur perplexe.

Et pourquoi Géronte se met-il à chanter du Richard Cocciante ? Est-il amoureux ? Où est passée la fermeté des pères ? C’est déjà délicat de les faire jouer par des comédiens du même âge que leurs fils, mais alors là, on efface toute autorité de ces figures, et donc presque tous les enjeux du texte. D’autant que les comédiens ne semblent pas bien dirigés : l’énergie qu’ils mettent pour incarner les différents personnages rend leur jeu efficace, mais ils n’ont aucune nuance, hurlent leur texte, et n’y font pas passer grand chose. Ils font le pari que les changements de rythme ou d’intonation sur un petit « miskine » rajouté à la volée suffira à convaincre…

Pas moi, en tout cas. pouce-en-bas

Mais alors finalement, elle est morte Agrippine ?

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Critique de La Mort d’Agrippine, de Cyrano de Bergerac, vue le 13 mars 2019 au Théâtre Déjazet
Avec Sarah Mesguich, Sterenn Guirriec, Rebecca Stella, Joëlle Lüthi, Jordane Hess, Yan Richard, dans une mise en scène de Daniel Mesguich

Cette saison, j’use mes fonds de culottes sur les sièges du Théâtre Déjazet ! Après une réouverture en demi-teinte l’année dernière, le théâtre semble avoir opéré un changement de cap avec une programmation plus alléchante mais toujours très exigeante et plutôt éclectique. Ainsi, après un Molière haut en couleurs qui m’a permis de découvrir le Théâtre du Petit Monde, puis un Thomas Bernhard donnant la part belle à un André Marcon en grande forme, c’est à Daniel Mesguich de proposer un spectacle rarement joué, La Mort d’Agrippine. Rarement joué, on comprend rapidement pourquoi : le texte, d’un monsieur bien connu nommé Cyrano de Bergerac, est d’une complexité monstre. Et pourtant, devant ce spectacle, quelque chose fait qu’on s’accroche malgré tout…

Je vais avoir beaucoup de mal à résumer le spectacle, pour la simple et bonne raison que je n’en ai pas saisi grand chose. Mais, en gros, on se situe sous le règne de Tibère où Germanicus, le mari d’Agrippine, vient d’être assassinée. Cette dernière veut se venger, et conspire contre l’empereur aux côtés de Sejanus et de Livilla. Les vraies raisons qui motivent chaque personnage seront probablement dévoilées – je ne les ai pas comprises – mais c’est aussi une excuse que prend l’auteur pour glisser ses propres idées au sein de la pièce : athéisme, épicurisme, et liberté teintent les partitions des personnages qui deviennent en quelque sorte les porte-paroles de celui qui les a peints.

Dès la première scène, je sais que je suis hors jeu. Le jeu, la diction, la gestuelle, tout est extrêmement stylisé – probablement trop pour moi. A posteriori, dans cette exagération, je trouve du bon et du moins bon. Du bon dans l’esthétique absolument superbe pour laquelle on retiendra particulièrement les costumes, qui forment une belle harmonie et donnent lieu, avec une scénographie tout aussi travaillée, à des images marquantes qu’on a plaisir à suivre tout au long du spectacle, même moi, qui ai lâché l’intrigue. Du moins bon dans la diction, qui respecte trop l’alexandrin. Or les phrases de Cyrano de Bergerac sont tellement compliquées, alambiquées, étrangement assemblées, qu’il semblait nécessaire de travailler davantage la phrase dans son ensemble que seulement l’alexandrin.

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En fait, j’en veux un peu à Daniel Mesguich. Au sortir du spectacle, un peu frustrée d’avoir si peu suivi l’intrigue de l’histoire, je décide de faire quelque chose que je fais rarement : lire la note d’intention du metteur en scène. Or cette explication se révèle, pour moi, tout aussi obscure – et même un poil prétentieuse – que le spectacle que je viens de voir. Ce que j’y comprends, en revanche, c’est que Daniel Mesguich a fait le choix de ne pas expliquer le texte, de ne pas le faire comprendre. Même les inserts ajoutés en début de scènes et permettant au spectateur de mieux suivre l’intrigue semblent volontairement vouloir le perdre, comme si Mesguich prenait un malin plaisir à nous mener par le bout du nez. C’est pour moi le choix d’une certaine facilité, face à un texte aussi complexe. Cela donne lieu à une alternance de scènes brumeuses, où les liens entre les personnages ne sont jamais ceux qu’on pourrait croire qu’ils sont – avec des tournures de phrases qui ressemblent à celle-là, je vous laisse imaginer – et d’autres qui fonctionnent très bien, portant plutôt sur les réflexions des personnages sans interroger directement l’intrigue.

Et dans ces scènes-là, il faut bien reconnaître qu’on entend parfaitement les mots de Cyrano. J’en retiendrai une entre toutes, d’une incroyable fulgurance dans cet ensemble brumeux. Une scène entre Sejanus et Agrippine qui dissertent sur la mort de Sejanus à venir. Celui-ci assure qu’il ne la craint pas et Agrippine lui opposent ses propres incertitudes. Cette scène est non seulement parfaitement incarnée par les deux comédiens mais c’est surtout un plaisir – et un supplice, pour moi – pour les oreilles. Pour qui craint la mort comme je la crains moi-même, écouter les arguments rationnels tels que les expose Sejanus ne peut que donner des frissons. Je ne peux m’empêcher de laisser ici une infime partie de l’échange :

Seianus

J’ai beau plonger mon âme et mes regards funèbres
Dans ce vaste néant et ces longues ténèbres,
J’y rencontre partout un état sans douleur,
Qui n’élève à mon front ni trouble ni terreur ;
Car puisque l’on ne reste après ce grand passage,
Que le songe léger d’une légère image ;
Et que le coup fatal ne fait ni mal ni bien
Vivant, parce qu’on est, mort, parce qu’on est rien :
Pourquoi perdre à regret la lumière reçue,
Qu’on ne peut regretter après qu’elle est perdue ;
[…]

Il est quelque chose d’assez spécial dans ce spectacle. J’ai eu beau cesser d’écouter les vers des comédiens et trouver la direction d’acteurs extrêmement stylisée, pas à un instant ils ne me sont apparus ridicules. Pourtant leurs costumes pourraient être risibles, d’autant qu’on les voit tantôt se rouler par terre tantôt se taper le torse de manière quasi-primitive. Mais on a devant nous une troupe qui croit tellement à ce qu’elle fait que c’en devient beau, attirant, quasiment fascinant. J’avais l’impression d’avoir devant moi une jeune troupe faisant son premier Avignon – le métier en plus – et défendant ce texte corps et âme. Ils sont absolument remarquables et forment un ensemble très réussi – les déplacements, quasiment chorégraphiés, étant joués au cordeau et parfaitement rythmés – et, surtout, ils semblent jouer leur vie sur scène. Une mention spéciale à Sterenn Guiriec que j’ai eu plaisir à retrouver et dont la voix me procure des sensations auditives rares et délicieuses, si précieuses au théâtre…

Un moment de théâtre qui me laissera à la fois beaucoup et peu de chose. ♥ ♥

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