#OFF18 – On n’est pas des chiens

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Critique d’On n’est pas des chiens, de Jean-Rémi Chaize, vu le 19 juillet 2018 au Pandora
Avec Jean-Rémi Chaize dans une mise en scène de Mathieu Quintin

Au départ, je cherchais un spectacle pour le créneau de 14h30. J’avais un trou et je pensais que je ne serais pas encore rassasiée. Puis j’ai vu passer un tweet de Vincent Dedienne conseillant ce spectacle, qui par miracle rentrait parfaitement dans mon créneau – que demander de plus ? Moi qui ai raté le one de Vincent Dedienne, je ne vais pas aussi manquer ceux qu’il conseille. Alors même si le titre est étrange, on ne se pose pas de questions et on réserve.

Jean-Rémi Chaize s’inspire du quotidien. Ses différents sketchs traitent d’une grand-mère, seule chez elle, qui pense à voix haute en écrivant sa liste de course, d’un guide au musée du Louvre, d’une femme qui s’apprête à rentrer chez elle sous la pluie, d’un mariage gay, d’une caisse de supermarché, etc.

Il est écrit humour sur le dossier de presse. Pourtant la salle n’était pas soulevée de rire le jour où j’y étais. Quant à moi, je n’ai pas desserré la mâchoire. Je n’ai pas compris ce qui pouvait être drôle. Alors oui, ce serait mentir que de ne pas reconnaître que Jean-Rémi Chaize maîtrise à la perfection ses différents personnages. Avec son physique entre Daniel Radcliffe et Jean-Paul Rouve, il trouve une nouvelle tonalité pour chaque sketch. Mais ça ne m’a pas fait rire.

Je suis pourtant bon public en ce qui concerne l’humour… pouce-en-bas

#OFF18 – Deux fois rien

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Critique de Deux fois rien, de Grég Allaeys et Benoît Dendievel, vu le 19 juillet 2018 à l’Albatros
Avec Grég Allaeys (les mots), Benoît Dendievel (le piano), dans une mise en scène de Angélique Catel

Essayer de varier les plaisirs : si je vois très peu de classiques dans le OFF, j’essaie quand même parfois de revenir à la base, c’est-à-dire aux mots. J’aime les spectacles qui jouent avec les mots, les propositions littéraires un peu barrées comme pouvait l’être le Pourquoi ? de Michaël Hirsch présenté à plusieurs reprises au Festival. Sur un style qui semble très différent, ce spectacle m’a interpelée : non, on ne peut pas dire que je n’aime pas la poésie, mais oui, c’est vrai que je m’y connais peu car ce n’est pas le genre littéraire vers lequel je me tourne lorsque j’ai un moment. Alors, j’ai hâte de savoir ce que ces deux messieurs ont à me dire sur le sujet.

J’ai d’abord été très déçue. Déçue car finalement moi qui venais retrouver de grands classiques de poésies, c’est de la poésie contemporaine qu’on me présentait – ça m’apprendra à ne pas lire les résumés. Déçue aussi parce que la trame me semble bien superflue : les deux compères se prétendent en conflit sur le sujet du spectacle, un spectacle ou un concert ? A mon avis, cette fausse dispute est un prétexte à ne pas juste dire de la poésie, mais elle est inutile.

En effet, malgré ma déception première, je ne me braque pas. J’écoute les textes qui me sont proposés. Et je me laisse emporter. Voilà un moment bienvenu dans la folie avignonnaise, un moment de douceur, de pureté, de partage total. Un moment juste entre nous. Les textes sont parfois un peu naïfs mais ils me bercent. Et la poésie est des deux côtés : tant du bout de la plume de Greg Alleys que du bout des doigts de Benoît Dendeviel. Ses harmonies musicales sont un plaisir à écouter.

Alors la vie, la mort, le quotidien, l’amour, les naissances, mais aussi quelques sujets plus sociétaux avec Amour Akbar, autant de thèmes abordés dans les poésies de Greg Alleys. Beaucoup de jeux de mots, aussi ; certains un peu gros, d’autres plus raffinés, qui provoquent un sourire le temps que le cerveau dénoue la subtilité (« la super ficelle dans un monde d’artifice… »). Je n’aurais mis ni ce titre ni cette trame ; j’aurais juste écouté la poésie et la musique. Et c’est tout.

Retrouver le plaisir de se laisser porter à un tempo plus lent. Rare, en Avignon.  ♥

#OFF18 – Chattologie

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Critique de Chattologie de Louise Mey, vu le 19 juillet 2018 au Pandora
Avec Klaire fait Grr dans une mise en scène de Karim Tougui

Voilà un spectacle choisi de manière bien particulière ! Recevant un courriel de présentation il y a quelques semaines, je me suis évidemment arrêtée sur ce titre quelque peu provocateur ainsi que sur l’affiche qui, si je la trouve très réussie, est aussi très évocatrice. Fidèle à mon siècle, j’ai immédiatement tweeté mes réactions face à la découverte de ce spectacle, pour finalement proposer un petit jeu à mes abonnés : et s’ils décidaient eux aussi de ce que j’irai voir au OFF ? S’ils le souhaitaient, j’irai découvrir ce spectacle qui m’intrigue. Sondage créé, les twittos ont parlé, et me voilà à réserver pour un spectacle qui me fait peut-être un peu sortir de ma zone de confort. Intéressée.

Cette chattologie, c’est donc une conférence autour des menstruations, pour en apprendre plus aux femmes qui n’auraient pas poussé le sujet très loin, mais surtout, Klaire fait grr l’annonce dès le début du spectacle, pour contrer les clichés des hommes et le détruire le tabou autour des règles. Et tout y passe : anatomie, explication physiologique et déroulement détaillé des règles, protections hygiéniques utilisées aujourd’hui et leurs alternatives, la désertion des gynécologues (les chiffres sont effrayants), etc.

Si je n’ai pas appris grand chose au cours de cette conférence – mais je pense que je fais partie de celles qui se sont déjà beaucoup renseignées sur le sujet – elle m’a quand même servi de piqûre de rappel quant au chemin qu’il reste à parcourir pour dédiaboliser les règles. Il est clair que la différence est encore grande entre la manière de parler du sexe masculin et du sexe féminin dans les moeurs, et le spectacle a ce talent de nous faire passer le message tout en humour. Mention spéciale au début du spectacle qui m’a simplement fait hurler de rire. Et je n’étais pas la seule.

C’est une conférence plus qu’un spectacle : même si elle incarne 3 personnages différents, je ne pense pas que Klaire fait grr prétende jouer un autre rôle que le sien. Au niveau du jeu, d’ailleurs, on reprochera une diction un peu trop brutale – j’ai cru déceler au départ un léger accent belge, mais en fait non. Mais il faut reconnaître que l’écouter parler de ce sujet, de son sujet, reste très agréable. On sent que ça lui tient à coeur, on sent un véritable désir de transmettre.

Petit regret cependant : lors de la présentation des règles vient l’inévitable slide sur la douleur qui accompagne l’épisode. Pas un mot (enfin si, un, mais trop bref, et bien plus tard), sur l’endométriose, maladie pouvant entraîner ces douleurs et encore trop méconnue en France. La douleur liée aux règles est trop souvent banalisée, et elle l’est à nouveau dans le spectacle, alors qu’elle peut être liée à cette maladie, grave, qui touche 1 femme sur 10 aujourd’hui en France. Il aurait été important pour moi d’en parler plus longuement.

Klaire fait grr brise les tabous. Mais ceux qui vont la voir en ont-ils vraiment ? Vous avez 1 heure.  ♥

#OFF18 – Lucienne et les garçons

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Critique de Lucienne et les garçons, Opus 3, vu le 18 juillet 2018 au Théâtre du Girasole
Avec Lara Neumann, Flannan Obé, Emmanuel Touchard, dans une chorégraphie de Jacques Vidal et une scénographie de Pierre Lebon

Quand j’avais une petite dizaine d’années, mes parents nous ont emmenées, ma soeur et moi, voir ce petit cabaret qui s’était installé à l’Essaïon. Même si, à l’époque, je n’avais pas dû comprendre grand chose – je vous expliquerai pourquoi – j’avais adoré. J’ai acheté le CD, je connais toutes les chansons par coeur, bref, je suis assez fan. Quelle ne fut pas ma surprise alors de retrouver Flannan Obé et Lara Neumann récemment dans l’Opéraporno de Pierre Guillois, mais surtout dans le programme du OFF 2018 ! J’attendais avec impatience ma Madeleine de Proust et je suis ravie de voir qu’avec les années, mon amour pour ce spectacle ne s’est pas terni !

Bon, j’ai donc raté l’Opus 2. Mais j’ai quand même l’impression que rien n’a changé. Certes, le spectacle tourne un peu autour du thème « il faut se renouveler », « on est vieux », « on nous attend dans de nouveaux répertoires ». Mais c’est toujours la même énergie, la même complicité, le même plaisir d’être sur scène et de partager ces chansons du répertoire français avec curieux et connaisseurs !

En un mot : ils sont formidables. On les aime quand ils chantent leurs chansons poétriques, on aime deviner le bout du texte qui sera censuré, on les aime lorsqu’ils se chamaillent, on les aime lorsqu’ils dansent à la manière du Music-Hall et jouent avec leur public. Attention : si leurs chansons sont parfois un peu canailles, on est aux antipodes de la vulgarité ! Tout est dit avec finesse, les trois compères manient le second degré avec brio et, en plus d’être des musiciens et chanteurs de talents, ils sont de véritables comédiens. Ce spectacle ne manque de rien : c’est une perfection.

C’est dur pour moi de voir un spectacle le soir, car il vient souvent après 5 autres spectacles et plusieurs jours de Festival dans les jambes : j’ai toujours peur que la fatigue prenne le dessus. Ici, pas d’inquiétude ! Leur énergie est communicative et vous en sortirez revigorés, prêts à chanter et à danser jusqu’au bout de la nuit. Pour les plus anciens, vous aurez plaisir à retrouver de grands classiques, « Ouvre la fenêtre » ou encore « La femme est faite pour l’homme ». Et pour les nouveaux, ne manquez pas de découvrir ce trio épatant qui viendra ensoleiller votre fin de journée.

Un must see. ♥ ♥ ♥

#OFF18 – Tzigane !

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Critique de Tzigane ! chorégraphié par Pétia Iourtchenko, vu le 18 juillet 2018 au Roi René
Avec Maxim Campistron, Alissa Doubrovitskaïa, Simon Renou, Lilia Roos-Dalskaïa, Petia Iourtchenko, Cécile Joseph, Mary Landret, Kevin Souterre, Angélique Verger, dans une mise en scène de Johanna Boyé

Je ne sais pourquoi ce spectacle m’a tapé dans l’oeil. C’est peut-être l’affiche, avec ce beau mouvement qu’elle suggère et ce rouge profond qui captive. C’est peut-être mon envie de découvrir des spectacles de danse dans une période où ma soif de culture se fait toujours plus importante. C’est peut-être mon goût pour la musique manouche qui envoie l’information à mon cerveau que mes oreilles aussi aimeraient profiter de ce Festival. Quoi qu’il en soit, après avoir raté l’unique représentation parisienne au Carré Bellefeuille, je me rattrape en venant découvrir le spectacle au Roi René.

On m’avait prévenue. Dans la matinée, alors que je mentionne au détour d’une conversation que je vais voir Tzigane ! dans l’après-midi, la personne avec qui je discute fait la moue. Reproche au spectacle ces clichés. Je n’ai pas encore vu grand chose de renversant à Avignon, est-ce que ça vaut vraiment la peine que j’aille découvrir encore un spectacle qu’on me déconseille ? Allez, quand même, j’avais dit que j’irais, tentons.

Quelle belle idée ! Peut-être que c’est parce que je partais avec cette vision en tête, et que j’ai finalement eu une bonne surprise. C’est vrai, il y a des clichés. Encore que, moi qui ne connais rien à cette culture, je parle de clichés car c’est l’exacte vision que j’avais de ce monde-là avant le spectacle. Mais je suppose qu’il a évolué depuis la représentation des gens du voyage qu’on découvre dans Tintin. Homme macho, combats de coq pour une belle, l’histoire est finalement assez creuse.

Mais là n’est pas la question. On l’oublie vite, l’histoire, et à mon sens elle n’est que prétexte pour que la danse démarre. Et là, plus rien d’autre n’existe. J’ai eu la chance d’être au premier rang, de pouvoir observer chaque mouvement de pied, chaque robe voltiger, chaque claquement de doigt, de main, de torse. On est bien loin du Gitano de Kendji Girac – oui, c’est ma seule comparaison, désolée.

Ici la danse devient moyen d’expression, devient nécessité, devient vie pure et simple. L’incarnation est si intense que j’ai cru la troupe étrangère et ai été surprise lorsqu’ils nous ont parlé en français à la fin du spectacle. Ils sont beaux à regarder, ces hommes musclés et ces femmes aux chevelures impressionnantes. Ils sont beaux à regarder, lorsqu’ils nous éblouissent par leurs pas incroyablement rythmés, quelque part entre claquette et corrida. Elles sont belles à regarder lorsqu’elles tournoient dans leurs robes de flamenco. Ils sont beaux. C’est beau.

A ne pas manquer. ♥ ♥ ♥

#OFF18 – Là, maintenant, tout de suite, ou l’art d’improviser

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Critique de Là, maintenant, tout de suite, ou l’art d’improviser, de Didier Landucci, vu le 18 juillet 2018 à La Maison IV de chiffre
Avec Didier Landucci dans une mise en scène d’Ali Bougheraba

Dans la série Les comédiens que je suis et que j’ai grand plaisir à retrouver à Avignon, donnez-moi Ali Bougheraba ! Je crois que chaque année, c’est le premier nom que je cherche car je n’ai encore jamais été déçue par une pièce à laquelle il participait. Même si j’aurais préféré le voir sur scène, je fais confiance à un spectacle dont il signe la collaboration artistique. Et puis, Didier Landucci n’est pas un total inconnu, puisqu’il est l’un des membres des Bonimenteurs, et qu’il avait déjà travaillé avec Ali Bougheraba sur Ali au pays des merveilles.

Comme son nom l’indique, Didier Landucci nous propose un spectacle d’improvisation. Mais pas seulement : c’est plutôt un petit cours sur cette pratique qu’il nous donne durant 1h30. Les clés pour réussir, les qualités qu’elle requiert, la méthode en quatre points pour démarrer une improvisation, tout y passe. Même les spectateurs ! Quoi de mieux en effet lorsqu’on donne un cours de vérifier que les élèves ont compris. Mais pas d’inquiétude : non seulement on ne vous obligera à rien, mais le passage sur scène est vraiment placé sous le signe de la bienveillance.

J’ai tout aimé de ce spectacle : l’improvisation, évidemment, qui m’impressionne toujours autant ! Il n’y a pas à dire, Didier Landucci est doué pour ça. Comme attendu, les thèmes donnés par le public sont toujours tirés par les cheveux, mais il s’en sort avec brio. Il arrive non seulement à faire rire son public – c’est bien la moindre des choses – mais toujours en finesse, parfois en partageant avec nous une private joke en référence au début du spectacle, et toujours avec un soupçon d’originalité.

Mais j’ai aussi pris un grand plaisir à découvrir le reste du spectacle. Le désir de transmission est si évident chez Didier Landucci que les conseils qui alternent avec les sketchs d’improvisation sont tout aussi agréables à recevoir. Même si je ne suis pas montée sur scène, on sent depuis notre chaise l’importance de ce moment de partage et à quel point il veille à ce que chacun se sente à l’aise et à sa place, aussi, sur scène. Quant aux discours sur la hiérarchisation des cours à l’école et l’importance des disciplines artistiques, trop souvent méprisée, je partage entièrement son avis. Merci.

Foncez, là, maintenant, tout de suite ! ♥ ♥ ♥

#OFF18 – Lettre à un soldat d’Allah

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Critique de Lettre à un soldat d’Allah, de Karim Akouche, vu le 18 juillet 2018 au Théâtre des Halles
Avec Raouf Raïs, dans une mise en scène de Alain Timár

Impossible, dans ce OFF, de passer à côté de la menace terroriste qui existe aujourd’hui en France. Le jihadisme, la radicalisation, la religion, l’immigration, l’identité, sont autant de sujets placardés dans les rues d’Avignon. Des sujets que j’associe surtout au 11-Gilgamesh ou à la Manufacture, où se produisent beaucoup de spectacles qui interrogent le monde d’aujourd’hui. Mais ils envahissent aussi peu à peu d’autres théâtres, et, convaincue par Vertiges que je découvre aux Halles, je décide de me lancer dans cette Lettre à un soldat d’Allah.

Il ne sert à rien que je m’appesantisse sur ce papier. Je ne suis pas entrée dans ce spectacle. J’ai trouvé le propos trop simple : il ne suffit pas de dire aux femmes d’enlever les burkas et de mettre des jupes pour régler le problème vestimentaire lié à la religion. S’il s’était agi de montrer, encore, je ne dis pas, mais le texte semble même proposer des solutions naïves aux problèmes soulevés.

Je ne comprends pas l’intérêt de monter un tel spectacle dans le OFF. J’entends bien que le geste prend une toute autre ampleur lorsque le texte est joué en Algérie. Mais à Avignon, devant un public évidemment d’accord avec le propos, où est le geste artistique, politique ? De plus, bien que Raouf Raïs se donne corps et âme pour défendre son texte, j’ai trouvé que la scénographie appuyait encore le côté simpliste du propos : couvrir une page du mot liberté a-t-il vraiment une portée symbolique forte ? J’en doute.

Déçue.