Trois stars

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Critique de Trois Femmes, de Catherine Anne, vu le 18 décembre 2019 au Lucernaire
Avec Catherine Hiegel, Clotilde Mollet, et Milena Csergo, mises en scène par Catherine Anne

C’est sur le nom de Catherine Hiegel que je me suis rendue au Lucernaire. C’est étrange, mais la comédienne a une place toute particulière dans mon sanctuaire théâtral alors même que quand je regarde mes anciens articles marqués de son nom, je me rends compte que j’ai souvent été déçue ces dernières années. C’est peut-être pour ça que, inconsciemment, je n’attendais aucune fulgurance de ces Trois Femmes. Je n’en ai été que plus transportée.

Trois femmes, trois générations. Catherine Hiegel est Madame Chevallier, une vieille dame riche, épouse d’un Monsieur Chevallier qui a fait fortune par son usine et lui a laissé sa richesse, mère d’une Geneviève qui ne donne que peu de nouvelles et grand-mère d’une petite Amélie qu’elle n’a pas vue depuis près de vingt ans. Clotilde Mollet est Joëlle Muhler : elle a été engagée par Geneviève pour veiller sur sa mère la nuit et se satisfait de cette nouvelle situation : elle a retrouvé un mari et une situation après un accident sur lequel on n’aura pas de détail et touche régulièrement du bois pour que sa vie continue ainsi. Milena Csergo est Joëlle, la fille de Joëlle, elle est jeune et elle a encore l’espoir que sa mère semble avoir délaissé. Elle a des rêves, des grands rêves, et la rencontre de Madame Chevallier lui donne des idées : c’est du côté de cette dame que se trouve l’argent, le pouvoir, et donc la promesse d’un avenir. Pourquoi alors ne pas se faire passer pour sa petite-fille Amélie ?

J’ai peut-être perdu l’habitude de voir des petites formes et d’en être pareillement impressionnée. J’ai été totalement happée par cette histoire, ces histoires, leurs histoires. La pièce est vraiment très bien ficelée, on la suit comme une véritable enquête avec un désir ardent de connaître le dénouement. Et à plusieurs reprises on pense le deviner : il n’en est rien. La pièce se plaît à faire des détours, à nous amener là où notre imagination n’allait pas. J’avais très peur d’être déçue par la fin, il n’en fut rien : elle est parfaite. Et – je tiens à le souligner car c’est trop rare – le décor est simple, intelligent, et utile. Il est pensé comme un élément de la pièce, comme un personnage, et pas comme un simple meuble. Il habille le propos, il l’accompagne et insinue les évolutions des relations avant même que les dialogues la traduisent pour les spectateurs. C’est bon de voir un décor pensé, alors chère Elodie Quenouillère, vous avez toute mon admiration.

Et parlons d’elles, de ces trois femmes, de ces trois comédiennes. Le rôle de vieille misanthrope délaissée convient à merveille à Catherine Hiegel qui assène ses punchlines avec la gouaille qu’on lui connaît – elle ajoute d’ailleurs à sa palette de légères intonations à la Pierre Arditi qui n’ont pas été pour me déplaire. Mais elle est aussi la femme blessée, lassée, et profondément triste, seule et abandonnée, que l’argent ne suffit pas à combler. C’est légèrement caricatural comme propos – les riches dans leur solitude et les pauvres dans l’amour de leur famille – mais théâtralement ça fonctionne très bien. A ses côtés, la jeune Milena Csergo n’est pas en reste et défend son personnage avec brio. Sa Joëlle a les yeux qui brillent mais derrière l’espoir qui luit dans ses prunelles on aperçoit de sombres jours pas encore cicatrisés. La fougue de la jeunesse, la maturité de ceux qui ont déjà vécu, la naïveté de l’enfance et l’égoïsme de l’injustice se mêlent dans ses mouvements, dans ses intonations, dans les coups d’oeil qu’elle lance parfois à sa vraie mère, parfois à la fausse. Mais c’est Clotilde Mollet qui m’a clouée. A chacune de ses interventions, la boule dans ma gorge grossissait, jusqu’à exploser lorsqu’une dispute éclate avec sa fille. Elle est la dignité faite femme. Je n’avais jamais vu une telle incarnation de l’honneur sur scène. Sa composition est extrêmement fine, ce léger accent vosgien parfaitement maîtrisé parfait la forme quand tout le fond passe par des regards, des silences et des gestes. Du grand art.

Quatre superbes femmes portent ces Trois Femmes haut, très haut. On y court !♥ ♥ ♥

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Dedienne et Calamy mènent le jeu à la Porte Saint-Martin

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Critique du Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, vu le 17 janvier 2018 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Laure Calamy, Vincent Dedienne, Clotilde Hesme, Nicolas Maury, Alain Pralon, Cyrille Thouvenin, dans une mise en scène de Catherine Hiegel

Plus de doute possible : le Théâtre de la Porte Saint-Martin est devenu un de mes incontournables. Si j’ai manqué Le Tartuffe qui ouvrait sa saison à cause d’un Michel Bouquet devenu inapte à la scène, je serai en revanche du reste de la saison : tant ce Jeu de l’amour et du hasard que L’Oiseau vert, monté par Pelly, sont des spectacles prometteurs. Le matin-même du jour où je me suis rendu au Saint-Martin, j’apprenais que c’était un Tartuffe de Peter Stein qui ouvrirait la prochaine saison. Jean Robert-Charrier fait fi des conventions public/privé et le geste mérite d’être encouragé. Par ailleurs, retrouver un spectacle de Hiegel, qui m’avait tant enchantée avec son Bourgeois Gentilhomme il y a quelques années sur cette même scène était plutôt alléchant : c’est donc en confiance que je me suis rendue au théâtre, ce soir-là. Et la promesse était tenue. En partie.

Le jeu de l’amour et du hasard met en scène deux jeunes couples. Silvia, fille d’Orgon, doit se marier avec Dorante. Mais elle appréhende ce mariage qui pourrait se faire alors qu’elle ne connaît encore mal son mari. Soucieuse de son bonheur, elle propose alors à son père l’arrangement suivant : pour mieux découvrir Dorante, elle veut l’accueillir sous le déguisement de sa coiffeuse, Lisette. Cela lui permettra de pouvoir observer son promis à sa guise sans faux semblants. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que de son côté, Dorante aura eu la même idée, et se présente alors dans la maison sous le nom de Bourguignon, ayant laissant son bel habit à son valet, Arlequin, qui prend sa place.

Voilà une bien jolie pièce de théâtre dans le théâtre que ce Jeu de l’amour et du hasard – d’ailleurs, pour nous le rappeler, la servante est installée sur la scène lorsque les spectateurs arrivent. Cela donne le ton à la mise en scène de Catherine Hiegel : tout du long, un petit aspect pédagogique se fera ressentir. L’intention est louable : en effet, la salle semblait très hétérogène, et nombreux étaient les spectateurs qui découvraient le texte. Ayant anticipé son public, Hiegel propose une mise en scène un peu longue au démarrage, posant son histoire de la manière la plus claire possible, et les rires qui ponctuent les révélations sur le double jeu qui va s’opérer montre qu’elle avait vu juste.

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Cependant, le spectacle va peu à peu prendre ses marques et se laisser porter par le texte de Marivaux. La mise en scène restera sage, s’appuyant fortement sur la partition et les comédiens qui sont réunis sur scène. Et il y a du niveau : quel ravissement infini que de découvrir Vincent Dedienne. Outre son talent comique, dont je me doutais – le nom de l’acteur étant pour moi fortement lié au one-man show – il est un excellent comédien et sa formation classique n’est pas à mettre en doute : son Arlequin est léger et drôle, toujours naturel, jamais cabot. Son entrée amène une belle respiration dans ce début de pièce un peu lourd et la prouesse se renouvellera à chaque fois, si bien qu’on se retrouvera toujours à attendre son retour sur scène.

Il faut dire qu’il trouve en Laure Calamy une partenaire idéale : passionnée, le regard vif, elle a un rire franc et contagieux sans jamais tomber dans l’hystérie. J’ai découvert la comédienne dans la série Dix pour cent et je suis absolument ravie de l’avoir retrouvée sur scène, où elle est tout aussi à l’aise : son port élégant ne jure aucunement avec son air malin et sa Lisette est à la fois piquante et attachante. Le duo formé par les deux valets soulève aisément les rires de la salle, sans jamais forcer le trait. C’est un plaisir également que de retrouver Alain Pralon, dont le regard paternel attendri, fin et malicieux, amène un peu de raison face à ces jeunes gens très impulsifs.

Malheureusement, je ne peux passer à côté d’une erreur de distribution aux lourdes conséquences : pourquoi Catherine Hiegel a-t-elle choisi Nicolas Maury pour incarner Dorante ? La question reste entière. Il ne semble pas du tout heureux d’être sur scène : au contraire, il a l’air mal à l’aise, comme parachuté ici sans son accord. Le comédien, que j’ai également découvert dans Dix pour cent, semble composer ici le même personnage que dans la série : un peu triste, un peu renfrogné, l’air maussade, le visage fermé, on ne croit pas à une minute à ce Dorante mal élevé. Lorsqu’il entre pour la première fois en scène sous le déguisement de son valet, on en vient à se demander si l’on a bien suivi le cours des choses et si le personnage qui entre n’est finalement pas le véritable valet qu’on découvre : finalement, c’est un Arlequin, serviteur d’aucun maître qui nous est proposé, et le manque du personnage de Dorante se fait vraiment sentir tout au long du spectacle. En effet, la lourdeur du personnage en vient à peser sur la pauvre Silvia, dont on ne peut s’imaginer une seule seconde qu’elle tombe amoureuse de cet être peu recommandable. Pour combler le décalage, Clothilde Hesme se voit obliger de légèrement surjouer, ce qui est dommage car on la sent bien plus libre dans les scènes sans son boulet. Il aurait fallu faire l’échange avec Cyrille Thouvenin, coquin Mario qui, lui, semble prendre un vrai plaisir à regarder le jeu se mener…

La proposition a quelque chose de charmant, mais l’erreur de casting handicape fortement le spectacle. Dommage.   

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C’était mieux avant

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Critique de La nostalgie des blattes, de Pierre Notte, vue le 17 septembre 2017 au Théâtre du Rond-Point
Avec Catherine Hiegel et Tania Torrens, dans une mise en scène de Pierre Notte

Je trouve l’idée de départ brillante. N’ayant pas lu la note d’intention de l’auteur, je ne savais pas de quoi il était question. Je ne l’ai pas compris tout de suite d’ailleurs : lorsque Catherine Hiegel répète qu’elles « n’auront personne », je me suis demandée s’il s’agissait des visites dans une maison de retraite. En fait, on comprend vite que les deux femmes sont dans une sorte d’exposition où elles sont présentes en tant qu’éléments rares – elles étaient même le clou de l’exposition passé un temps ! Ce qui provoque la curiosité en elles, c’est l’authenticité : ces deux femmes sont vieilles, ridées, elles n’ont jamais fait appel à la chirurgie esthétique et ont connu le monde lorsqu’il était encore rempli de cafards, de poussière, et de gluten. Elles sont le témoin d’un monde qui semble s’être éteint.

Il y avait vraiment de quoi creuser. Lorsqu’il aborde la vieillesse ou le monde tel qu’il était autrefois, Pierre Notte produit des étincelles. Les répliques sont cinglantes, et dans la bouche de ces deux comédiennes incroyables, elles soulèvent la salle. Malheureusement, il semble s’être perdu dans une série de sketchs sans grand rapport les uns avec les autres. Tout y passe : les problèmes de fuite, la propriété, l’insémination artificielle… Les thèmes sont plus ou moins intéressants, et certains nous décrochent à peine un sourire. Dommage, car le canevas de base gagnait à être épuisé : si il parle de la chirurgie esthétique, la fin du gluten, et la javellisation systématique de l’environnement, d’autres thèmes auraient pu être abordés : l’extrémisation de l’égalitarisme de la société et son écriture inclusive, des avancées médicales telles qu’elles permettent de procréer par simple contact avec un autre humain (oui, je tire ça des Particules Élémentaires), l’omniprésence des réseaux sociaux, les progrès technologiques incroyables, ou que sais-je encore ?

Heureusement, Pierre Notte a fait appel à deux actrices formidables. La joute verbale qui s’instaure entre elles provoque le rire, et ce parfois plus grâce à leur talent qu’au texte qu’elles portent. Pour preuve, dès la 3e seconde du spectacle, les mimiques de Catherine Hiegel entraînent les spectateurs dans leur premier fou rire. C’est bien pour elles qu’on vient voir le spectacle et on n’est pas déçu : ce sont deux grandes actrices qui se balancent des vannes à la figure et qui semblent prendre autant de plaisir que nous à ce petit jeu. De belles voix de théâtre, très élégantes, elles tirent leurs rides et parlent de leurs plissés fortuny pour notre plus grand bonheur. Mais qu’elles sont belles, qu’elles sont drôles, qu’elles sont touchantes, et qu’est-ce qu’on aurait aimé les voir dans un texte encore plus mordant, qui oserait encore plus !

A l’image de la pièce, il faut aller voir ces deux grandes actrices magistrales et authentiques, qui s’en donnent à coeur joie sur la scène du Rond-Point. ♥ ♥

Les femmes navrantes

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Critique des Femmes Savantes, de Molière, vues le 24 septembre 2016 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Evelyne Buyle, Philippe Duquesne, Julie-Marie Parmentier, Catherine Ferran, Benjamin Jungers, Chloé Berthier,René Turquois, Baptiste Roussillon, Chloé Lorphelin, Thomas Harel,Thomas Keller, Olivier Lugo, dans une mise en scène de Catherine Hiegel

Voilà quelque chose que je ne fais jamais, ou si rarement : partir avant la fin d’un spectacle. Je trouve cela irrespectueux envers le travail des comédiens, metteur en scène, techniciens lumières et autres costumiers qui ont passé tant de temps pour nous offrir cela. Mais devant un travail aussi bâclé, sans idée, sans but, je ne peux plus perdre mon temps qui se fait rare cette année. Je suis allée voir les Femmes Savantes de la grande Catherine Hiegel, et j’assiste à une représentation digne d’une fin de collège. Lorsqu’on ne trouve pas une nécessité dans un spectacle, mieux vaut ne pas le monter que d’ennuyer ainsi le public.

Je me souviens des Femmes Savantes d’Arnaud Denis, après lesquelles je m’étais dit qu’il serait difficile de faire mieux. Sa mise en scène, classique et brillante, était limpide et intelligente. Quel contraste avec ce que j’ai vu ce soir ! Avec 10 fois plus de moyen, Catherine Hiegel n’atteint pas le petit orteil de ce spectacle qui me laisse encore aujourd’hui un souvenir incroyable. Quel besoin de mettre tant d’argent dans des costumes – certes magnifiques – et dans un décor – tout aussi beau – si l’âme du spectacle est absente ? En est-on à un tel point qu’on privilégie la forme à la matière ? A quel moment est-on tombés si bas ?

40 secondes à peine que le spectacle a débuté et déjà je sens que quelque chose ne va pas. Les deux jeunes femmes qui s’affrontent sur la scène sonnent faux, mal, dépensent leur énergie en criant alors que le texte reste incompréhensible. On attendait mieux de Julie-Marie Parmentier, qui campe une Henriette bien fade. Mais je suis aussi là pour le duo Bacri et Jaoui, comme les 4/5e de la salle, alors je prends mon mal en patience. Je vois passer un Benjamin Jungers bien terne avant qu’entre enfin en scène Jean-Pierre Bacri. Ah, voilà un Chrysale de qualité, bien que par moments Bacri lui-même ne semble pas y croire. Mais lorsqu’entre face à lui Agnès Jaoui, ce qu’il avait commencé à construire s’effondre : où est la femme forte qu’est Philaminte ? Où est la terreur, l’agressivité, l’intelligence ? Je ne vois qu’insipidité et banalité. La voix mal posée, les répliques tombantes, le corps gênant, on se demande bien ce qu’Agnès Jaoui fait là.

Seule Evelyne Buyle semble dans son élément, en accord avec cette idée de Catherine Hiegel de faire des Femmes Savantes une pièce féministe : l’actrice, bien qu’interprétant Bélise, est d’une grande classe. Mais elle est bien la seule : à croire que Catherine Hiegel est partie d’une idée sans la creuser, sans chercher en profondeur un fil directeur dans cette mise en scène qui n’en ressort que profondément vide et dénuée de sens.

Allez, je reste encore un acte, pour la scène de Trissotin. Quand même, ça, c’est drôle. Mais non ! Catherine Hiegel a réussi l’exploit d’empoussiérer ces Femmes Savantes, de les rendre lentes et ennuyeuses, froides et mornes, inintéressantes, éteintes. Autour de moi, les enfants s’agitent, ne rient pas, s’ennuient. Comme je les comprends ! Mais j’ai la chance, contrairement à eux, de pouvoir prendre la décision de partir, et c’est ce que je fais. En moi la colère gronde : dire que des parents emmènent probablement pour la première fois leurs enfants au théâtre pour voir pareil spectacle, il y a de quoi les dégoûter ! Se jouer ainsi d’un public qui paie sa place plein pot, c’est indigne et je ne me tairai pas. Je ne me cacherai pas derrière « une mise en scène classique » sous prétexte que c’est Catherine Hiegel qui met en scène. Non, disons les choses clairement : Catherine Hiegel a fait une erreur. Elle ne voulait pas monter cette pièce et cela se sent. Il fallait penser au public avant de répondre au caprice d’acteurs incapable de se rendre compte que le rôle n’est pas pour eux. C’est fou, ça !

Il y a tant de beaux spectacles en cette rentrée théâtrale qu’il ne faut pas perdre son temps avec celui-ci. pouce-en-bas

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Un retour tempéré

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Critique du Retour au désert de Bernard-Marie Koltès, vu le 29 janvier 2016 au Théâtre de la Ville
Avec Catherine Hiegel, Didier Bezace, René Turquois, Nathalie Matter, Cédric Veschambre, Elisabeth Doll, Isabelle Sadoyan, Kheireddine Lardjam, Adama Diop, Riad Gahmi, Louis Bonnet, Stéphane Piveteau, et Philippe Durand, dans une mise en scène d’Arnaud Meunier

Je connaissais très mal l’oeuvre de Bernard-Marie Koltès lorsque je me suis rendue au Théâtre de la Ville, vendredi dernier. Quelques extraits du Retour au désert dans lesquels apparaissait Jacqueline Maillan, une lecture d’un passage de l’oeuvre par Laurent Stocker, voilà tout mon bagage sur Koltès. Je n’ai pas été transcendée par ce texte qui me paraissait un peu lointain, et me touchait finalement peu. Retour sur un spectacle dont je suis sortie partagée.

A la fin de la guerre d’Algérie, Mathilde rentre chez elle, dans une maison de la province française. Elle débarque ainsi chez son frère sans prévenir, avec ses deux enfants, Édouard et Fatima. Immédiatement, on comprend les relations difficiles qui la lient à son frère, Adrien, qui vit dans cette maison avec sa nouvelle femme, soeur de sa première femme morte, et alcoolique. La pièce évoque la guerre d’Algérie – c’est plus une atmosphère qu’une histoire en elle-même.

Et c’est d’ailleurs parce que l’histoire à proprement parlé n’est pas suffisante qu’il faut réussir à recréer cette atmosphère, tendue, d’après-guerre, à laquelle se mêlent également des conflits familiaux et des non-dits. La tension qui pourrait émaner d’un tel spectacle n’est pas là, et ce principalement à cause de la mise en scène d’Arnaud Meunier qui ne pousse pas assez loin les personnages, comme celui de Haziz. Même Mathilde pourrait être plus âpre, plus agressive, plus active encore : Mathilde est une femme de certitudes, tournée vers l’action, et son opposition avec son frère Adrien aurait gagnée à être encore plus soulignée.

Cependant, il y a quelques beaux moments dans ce spectacle : je me souviendrais notamment de l’arrivée de Mathilde, mais également du monologue de son fils, qui est également l’un des plus beaux passages de la pièce, et qui est dit avec brio par Cédric Veschambre.

Pas essentiel, et même plutôt décevant pour mon premier Arnaud Meunier

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Le Père La Mère

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Critique de La Mère, de Florian Zeller, vue le 30 décembre 2014 au Théâtre Hebertot
Avec Catherine Hiegel, Jean-Yves Chatelais, Eric Caravaca, et Olivia Bonamy, dans une mise en scène de Marcial di Fonzo Bo

Je n’aime pas les pièces de Florian Zeller. J’ai compris que je n’aimais pas son écriture le jour où j’ai vu La Vérité ; qu’il ne parvenait pas à me montrer où il voulait en venir lorsque j’ai vu Le Père ; et qu’il ne changerait pas ce style indécis et brouillon le soir où j’ai vu La Mère. Croyez-le ou non, la prochaine pièce de Zeller montée s’appelle Le Mensonge… Alors, à quand le renouvellement ? Pourtant, j’ai fait preuve de bonne volonté, puisque je ne suis pas restée sur mon premier avis : j’ai essayé de comprendre pourquoi il était joué. Mais rien à faire, ça reste pour moi du théâtre facile et sans but. Heureusement, et allez savoir pourquoi, ses pièces sont toujours jouées par des grands acteurs. Ici, sans Catherine Hiegel, il n’y aurait vraiment rien à sauver.

J’ai eu l’impression de réassister à la représentation du Père. Ici, pas question d’Alzheimer (quoi que…), mais d’une mère qui aime trop son fils. Elle en est folle, si bien que ça l’obsède. Mais ce que je n’ai pas compris, c’est pourquoi les scènes sont jouées deux fois. Chaque scène terminée est reprise du début et se déroule différemment : la mère adopte alors un comportement totalement opposé à celui qu’elle avait pu montrer précédemment. Quelle est la « vraie » scène ? Et surtout pourquoi ces deux versions ? Florian Zeller n’a-t-il pas su laquelle était la meilleure, et c’est à nous de faire un choix ? Une telle proposition est bien trop proche de celle du Père, où cette fois ce n’était pas les scènes mais les personnages qui étaient échangés… Si bien qu’on ne distinguait pas non plus le vrai du faux. Mais si au moins on comprenait le but d’un tel échange, ici, ça ne fait pas sens.

Je ne vais pas déblatérer sur un spectacle qui me laisse finalement que peu de souvenirs, mis à part quelques scènes où Catherine Hiegel, femme impuissante face à des sentiments bien trop intenses, semblait porter le texte plus haut que lors du reste de la pièce. Impressionnante lors de ses accès de fureur, émouvante lorsqu’elle parle de ses ressentis, poignante lorsqu’elle est face à son fils, l’actrice parvient à tirer les quelques qualités insoupçonnables de ce texte. J’en retiendrai tout particulièrement un regard puissant, à la fois torturé et déterminé, parfois déchirant, comme appelant au secours. Que Catherine Hiegel soit une grande actrice, on le savait déjà. Mais on l’attend maintenant dans des rôles où non seulement son personnage, mais le reste de la pièce vaut le détour.

Pour la grande Catherine Hiegel, je peux dire oui. Mais on aimerait la voir dans un rôle de monstre un peu plus effrayant, puisque telle semble être l’ambition. ♥ 

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Le Poche en Magruscule

Critique des Dramuscules de Thomas Bernhard, vu le 7 décembre 2013 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Catherine Salviat et Judith Magre, dans une mise en scène de Catherine Hiegel

C’est uniquement sur des noms que le spectacle m’a attirée : Catherine Hiegel, sociétaire honoraire du Français, ex-doyenne de la Maison de Molière, et remerciée pour des raisons peu valables, est une immense actrice, et une grande metteur en scène. Ici, elle s’entoure des plus grandes, à savoir Judith Magre et Catherine Salviat, deux actrices d’expérience et de renom. Le seul nom qui m’attirait moins, dans ce spectacle, c’est celui de Thomas Bernarhd : j’avoue que je ne le connaissais que de nom, et son oeuvre ne m’attirait pas particulièrement.

Les Dramuscules qui nous sont présentés ne m’ont pas vraiment parlé, ne m’ont pas touchée. Il y est question, entres autre, de racisme.. Un premier tableau dans lequel deux femmes découvrent un corps mort dans la rue en sortant de l’Église, qui s’avère finalement être des affiches nazis, ce qui a pour conséquence de les rassurer – inquiétant ! -, un deuxième se déroulant au cimetière, deux femmes déblatérant autour d’un homme qui vient de mourir, écrasé par un Turc, source de haine chez les deux commères, et un dernier dans la maison d’un vieux couple, où la femme repasse les habits troués de son mari, policier, et qui s’est une nouvelle fois battu lors d’une manifestation qui a mal tourné. Soit, mais après ? Le racisme est omniprésent, les scènes apparemment quotidiennes, familières, regorgent de propos déplacés, dérangeant… mais la langue n’est pas convaincante. Elle ne touche pas comme elle devrait le faire. Les propos ne m’ont pas assez atteinte ; j’ai eu plutôt du mal mal à rentrer dans ces Dramuscules.

Mais j’ai tout de même pu admirer une performance d’acteur … impressionnante. A quelques pas de moi seulement, Judith Magre, 87 ans, en paraît 15 de moins. Elle a conservé sa voix, si belle, profonde et grave, et bien qu’un peu enrhumée ce soir-là, elle était pleine de vie et interprétait avec simplicité mais exactitude cette femme aux propos, cruels pour nous, naturels à ses yeux. A ses côtés, Catherine Salviat campe une femme toujours bien d’accord avec son amie, et, si elle semble passive, ce n’est qu’une intériorisation de ses pensées les plus sombres… Qui finiront par déborder, et la faire exploser à la fin de la 2e saynète, et hurle le fond de ses pensées avec une telle vigueur qu’on sursaute de surprise. On aurait peut-être aimé plus découvrir leur complice, Antony Cochin, surtout présent lors des courtes transitions entre les scènes, comme une espèce de métalleux fou, qui finira assis devant sa télé à maugréer des « quel con ! » dans son coin. 

J’aimerais dire que je n’ai rien à reprocher à la mise en scène de Catherine Hiegel. Mais je ne peux pas : un détail me turlupine. Le voici : entre la 2e et la 3e saynète, Judith Magre sort de scène pour aller changer de costume. Catherine Salviat reste donc seule, sort ses lunettes, son calepin, et commence un « quizz interactif » : elle lit des citations d’hommes politiques, écrivains… en tous les cas, de personnalités célèbres, ayant toute comme point commun un caractère raciste évident, et nous, spectateurs, devons deviner qui a dit quoi. Je n’ai vu en ce quizz, je dois l’avouer, qu’une tentative de remplissage… C’est vrai qu’on passe un bon moment, que Catherine Salviat s’amuse avec nous et se plaît à entendre des réponses farfelues : mais quel besoin d’interrompre pareillement le spectacle ? Ce n’était pas nécessaire. De plus, une des citations me semble mal choisie : elle est extraite de De l’esclavage des nègres, de Montesquieu et, effectivement, sortie de son contexte, elle paraît raciste : mais c’est à prendre au second degré. Et ça, tous les spectateurs ne le savent pas forcément – peut-être serait-il bon de le préciser, non ?

Mis à part ce détail, il faut reconnaître que la mise en scène est à la hauteur de nos espérance. L’ambiance, le cadre, sont définis dès notre entrée dans la salle du Poche-Montparnasse : en effet, c’est par une musique militaire que nous sommes accueillis. Par la suite, je pense que sa réussite réside dans la simplicité : un unique décor, mobile, pour les 3 scènes, un texte, et des acteurs, on ne cherche pas la complication ou les rires par des gestes appuyés ou des sous-entendus dans un regard. Rien que des acteurs de haut talent, faisant de leur mieux avec ce texte, pas toujours brillant.

Malgré quelques réticences devant l’oeuvre de Thomas Bernhard, c’est pour cette performance d’acteur indéniable qu’on vous conseille ces Dramuscules. ♥ ♥

Des boîtes un peu rouillées aux mets agréables

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Critique du Prix des boîtes, de Frédéric Pommier, vu le 3 avril 2013 au théâtre de l’Athénée
Avec Francine Bergé, Catherine Hiegel, Raoul Fernandez, Francis Leplay, Sophie Neveu, Liliane Rovère, dans une mise en scène de Jorge Lavelli

C’est pour Catherine Hiegel que je suis allée voir cette pièce. J’admire cette actrice de grand talent, mais sur ce coup, j’ai du mal à comprendre son choix de pièce. A croire qu’en ce moment, le thème de la maladie d’Alzheimer et à la mode : car c’est en effet ce que raconte l’histoire. Une histoire de famille tout d’abord, puisque les deux personnages principaux sont deux soeurs : la Grande (Bergé) et la Petite (Hiegel). Elles s’aiment, se détestent, se disputent, puis s’embrassent, n’ont plus de famille, n’ont que des chats. Les deux personnages se rendent régulièrement visite, leurs habits se font reflet, leurs deux caractères se confrontent : soit. Le début est plutôt bien ficelé, c’est vrai. Mais assez vite, ça se gâte, et particulièrement lorsque les autres personnages prennent plus – trop ? – d’ampleur.

A travers la maladie d’Alzheimer, c’est également une critique de la prise en charge des malades qui nous est présentée. Un médecin s’adressant à ses malades par « Elle », une femme ne cherchant qu’à faire profit de la situation des deux soeurs en revendant tout ce qui est possible, un homme ne cherchant que l’argent de la malade, des infirmiers fous et malveillants. Mais si le médecin tient la route, les autres personnages sont bien trop caricaturaux, et lourds sur les bords, particulièrement la jeune femme hystérique. La pièce s’étire lorsque leurs scène sont « importantes ». Ils jouent toujours sur le même plan, ils parlent souvent pour ne rien dire, leur texte est vide, et ils ne parviennent pas à dépasser cela. Ils restent dans leur monotonie.

Mais les deux soeurs, Francine Bergé et Catherine Hiegel, vont plus loin que cela. C’est vrai, leur rôle est moins monocorde – quoique la Grande ne fait plus que crier à partir d’un certain moment dans la pièce. Mais elles parviennent à transmettre quelque chose, elles parviennent à maintenir l’attention sur leur personnage, elles parviennent à faire vivre un minimum ce texte qui manque de consistance. Les émotions qu’elles présentent semblent réelles : leur complicité devient une complicité de jeu, leurs disputes sont bien crédibles. Et puis leur jeu est nettement au-dessus des autres acteurs : lorsque Francine Bergé entre en scène, on croit voir le chat qu’elle appelle, on croit voir ce qu’elle veut nous montrer. Ce petit geste, simple, suffit pourtant à ce que quelques rires se fassent entendre. Simple, mais efficace.

Pourtant, il y a des idées, c’est évident. Il y a des répliques intéressantes, des répliques comiques, d’autres grinçantes, sinistres, ironiques. Le décor est intéressant aussi, ne se transformant pas et pourtant représentant à la fois l’hopital et la salle du médecin, par sa blancheur, ou les maisons des deux soeurs, par ses fenêtres et ses portes « amovibles ». Les costumes des deux soeurs aussi, deux robes blanches, se transformant aisément en camisole de force lorsque la situation le demande. Et puis, ce n’est pas trop long, on doit bien reconnaître ça à l’auteur (néanmoins, cela semble durer plus longtemps que 1h20).

Mise à part pour les deux actrices, je ne vois pas grande raison de le conseiller.

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Le Fils, Théâtre de la Madeleine

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Critique du Fils, de Jon Fosse, vu le 17 avril 2012 au théâtre de la Madeleine
Avec Catherine Hiegel, Michel Aumont, Stanislas Roquette et Jean-Marc Stehlé, dans une mise en scène de Jacques Lassalle

« Spécial … » 

Telle a été ma première réaction au sortir de la pièce. Jon Fosse, c’est spécial. Une sorte de mélange entre Beckett et de Tchekhov. Le premier, car l’histoire part de pas grand chose et n’arrive nulle part. Le second, car les personnages déclarent devant nous que leur vie est monotone et qu’il ne s’y passera pas grand chose. Caricatural, mais pas si faux quand on y réfléchit.

L’histoire, donc, se passe en Norvège. Une Norvège sombre, froide, inquiétante, dans laquelle un vieux couple vit, presque seul, loin de tout. Nous peinons à comprendre ce qu’ils attendent, ce qu’ils espèrent et ce qu’il craignent. La mort est-elle souhaitable ou plutôt rejetée ? Difficile à percevoir : ils ne parlent que peu, souvent pour ne pas dire grand chose, et se répètent beaucoup. Toutefois, un élément de leur vie semble plus clair que le reste : ils ont un fils. Un fils en prison d’après le voisin, un fils dont ils n’ont plus de nouvelles depuis 6 mois, un fils passionné de musique, un fils qui leur est peut-être devenu inconnu après tant d’absence … Et voilà que ce fils revient. Sans prévenir, du jour au lendemain, il retourne chez ses parents, loin de tout.

L’intrigue donc, en elle-même, n’est pas très gaie … Dès le début de la pièce, l’ambiance est froide, et menaçante. Les lumières aident à créer cette atmosphère inquiétante, puisque la scène est presque plongée dans l’obscurité. Michel Aumont et Catherine Hiegel ouvrent la pièce. Lui lit le journal, elle défait un ourlet à l’aide de ses ciseaux. Si ils parlent, ce n’est que pour dire des choses succintes. Leur conversation n’est pas très animée. Et pourtant, malgré ces « il fait de plus en plus sombre » – « oui » – « ce n’était pas comme ça avant » – « oui », dialogue pouvait paraître pauvre et ennuyeux, ces deux acteurs parviennent à transmettre quelque chose … Le spectateur, s’il n’est pas passionné par ce qu’il voit, garde tout de même ses yeux scotchés sur ces deux personnages … Sûrement grâce au talent de ces deux Grands : elle, nous dévoilant une belle palette de sentiments, que l’on avait presque oublié après Moi j’crois pas !, et lui qui, en répétant toujours la même phrase, parvient à toujours la prononcer d’une manière nouvelle, comme s’il redécouvrait chaque fois l’obscurité de son lieu d’habitation …

Mais ils ne sont pas seuls, et les deux autres acteurs ne tardent pas à faire leur entrée … Tout d’abord, parlons du voisin, un vieil homme constamment saoul, incarné par Jean-Marc Stehlé. Il faut savoir que cet homme est décorateur de métier, et acteur à l’occasion, si j’ai bien compris. Eh bien je n’ai qu’une chose à dire : bravo ! Son personnage est absolument parfait dans sa gestuelle, sa manière de parler, ses déplacements, ses mimiques ; tout soutient parfaitement l’ivrognerie du personnage, tout est là sans en faire trop non plus. De plus, comme, finalement, c’est lui qui apporte un peu de lumière et de sourire chez le spectateur, par son décalage avec le reste de la pièce beaucoup plus sombre, on se laisse plus facilement entraîner dans son jeu. Et bien sûr, le dernier acteur, Stanislas Roquette, incarne LE fils : démarche de jeune – nonchalante – , visage ne laissant rien transparaître, parlant rarement et ne disant finalement pas grand chose, la composition de son personnage est excellente. Entouré de tous ces grands du théâtre, ce jeune acteur ne se laisse pas enfoncer, et parvient à tirer son personnage assez haut : tout comme les autres, on le regarde faire, on le suit des yeux sans savoir vraiment pourquoi, on attend. Mais on ne se déscotche pas. 

Finalement, ce spectacle ne s’éclaircit pas au fil de la pièce, bien au contraire. On s’y pose de nombreuses questions auxquelles aucune réponse n’est apportée : quelles sont les relations entre le fils et ses parents ? Pourquoi est-il réellement revenu ? Était-il en prison ? Ses parents souhaitaient-ils son retour ? Le visage des acteurs ne laisse rien transparaître des intentions des personnages. Tout est fait pour être inquiétant, tout comme cette musique de fond, qui ne gène en rien, mais accentue cette atmosphère de tension. Le décor, derrière ce qu’on peut imaginer être la maison des personnages, est magnifique. Mais malgré la beauté du paysage, le tableau que l’auteur nous fait de la Norvège ne nous donne pas envie de s’y ballader. 

A voir, ne serait-ce que pour le jeu des acteurs, et pour dire « j’ai vu du Jon Fosse ».  ♥ ♥

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Moi je crois pas !, Théâtre du Rond-Point

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Critique de Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg, vu le 21 février 2012 au théâtre du Rond-Point
Avec Pierre Arditi et Catherine Hiegel, dans une mise en scène de Charles Tordjman

Je n’étais jamais allée au Rond-Point. Quelle belle salle ! Splendide ! Et vaste … Nous étions plutôt bien placées, 4e rang, un peu trop sur le coté peut-être. Mais les acteurs sont talentueux, devraient avoir une certaine présence sur scène, leurs voix portent sûrement, le spectacle peut donner quelque chose de bien.

Le rideau s’ouvre. La scène est à la hauteur de la salle : longue et imposante. Le décor est blanc, assez simple : des murs, un canapé au centre. De belles lumières entourent Catherine Hiegel et Pierre Arditi. Les deux acteurs sont assis sur le canapé. Elle lit le journal Télé. Il semble réfléchir. Et le spectacle commence : « Moi j’crois pas que les fayots font péter ». Le public rit. Je m’insurge intérieurement mais ne dis rien. Le dialogue continue. Les répétitions sont au rendez-vous. « Moi j’crois. – Tu crois quoi ? – Je crois que les fayots font péter. – Tu crois que les fayots font péter ? – Oui. » On pourrait espérer une amélioration. Mais non. Les erreurs de dialogue sont énormes. C’est inintéressant, bas, lourd, redondant … vulgaire. En effet, quel besoin de ponctuer les phrases d’un « t’es conne » ou d’un « t’en as rien à branler » ? Franchement aucun. Même quand on sent une idée, un brin d’inspiration derrière leurs paroles, ce manque de vocabulaire fait tout retomber.

Le principe est simple : un vieux couple est assis sur le canapé, et va s’affronter sur 11 idées, formant 11 sketchs, l’un « croyant » et l’autre « ne croyant pas ». Chaque sketch commence par l’habituel « Moi j’crois pas … » du mari, sa femme répond, ils dialoguent, finissent par se questionner sur le repas et le programme télé, puis allument cette dernière, et le sketch se finit. Déjà, rien que l’idée de base, j’ai du mal… c’est en effet assez étrange de commencer toujours par cette phrase, qui en général est plutôt l’aboutissement d’une pensée, que nous, spectateurs, ne connaissons pas … On se prend donc un sujet en pleine face, plus ou moins intéressant (vous savez, moi, les fayots …), mais qui sera traité de manière telle qu’il deviendra, de toute façon, ennuyeux, répétitif, lent : en un mot, ce n’est pas du tout ce qu’on attendait d’un tel spectacle.

Car les acteurs en scène sont des Noms du théâtre : qui n’a jamais entendu parler de Pierre Arditi ou de Catherine Hiegel ? Il suffit que le menton de l’un apparaisse sur l’affiche de La Vérité la saison dernière pour attirer les foules, quand l’autre met magnifiquement en scène Le Bourgeois Gentilhomme à la Porte Saint-Martin. Leur talent est incontestable… ou du moins, l’était …

Ce n’est effectivement pas la première fois que Pierre Arditi me déçoit. Déjà dans la pièce de Florian Zeller, j’avais trouvé cela étrange qu’il choisisse un tel texte … Mais à côté du texte de Grumberg, celui de Zeller s’approchait d’un Feydeau. Ici, Arditi « fait du Arditi », tout comme dans le Zeller. Si il arrive à redresser un peu le texte à l’aide de sa partenaire, son jeu reste un peu « fade » et on en attendait plus de sa part. Quant à Catherine Hiegel, que je voyais jouer pour la seconde fois (quelle désastreux souvenir que celui des Oiseaux à la Comédie-Française …), elle est dans le ton, évidemment, mais ça paraît si facile … Elle n’a qu’à approuver ou contrer son mari, il n’y a pas de véritable performance d’acteur, quelle déception …

Rien que de me dire que je n’ai pas ri une fois … C’est à peine si j’ai esquissé un sourire. Le seul moment qui m’a fait tirer la bouche en un vague sourire, c’est lors de leur apparent fou rire : peut-être se rendaient-ils compte du niveau de la pièce qu’ils nous présentaient ?
Décevant et déconseillé.  
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