Au 13, la guerre c’est pas plus marrant, ni moins désespérant, en chantant

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Critique de La Victoire en chantant, de Raymond Acquaviva, vue le 9 mai 2019 au Théâtre 13
Avec Pierre Boulben, Louise Corcelette, Benoit Facerias, Philippine Martinot, Quentin Morant, Fabio Riche, Lani Sogoyou, Josephine Thoby, dans une mise en scène de Raymond Acquaviva

Je n’ai pas attendu bien longtemps pour aller découvrir cette Victoire en chantant. Il faut dire que tout les éléments semblaient réunis pour passer une très bonne soirée : les spectacles de Raymond Acquaviva ne m’avaient encore jamais déçue, le Théâtre 13 est généralement le terreau de propositions jeunes, dynamiques et plutôt plaisantes, d’autant plus lorsqu’elles sont musicales – le projet rappelait d’ailleurs à mon oreille l’excellente Bande du Tabou vue il y a plus de 5 ans maintenant mais qui résonne toujours quelque part. Bref, une belle soirée en perspective.

Mais on se rend vite compte que quelque chose manque à cette bande de huit comédiens-chanteurs qui nous content les deux guerres mondiales à travers écrits et chansons. Ce n’est pas une question d’énergie : elle est bien présente, et c’est même sans doute grâce à elle qu’on parvient à ne pas trop décrocher jusqu’à la fin. Pas non plus un problème de distribution : personne ne se démarque particulièrement, ni en bien ni en mal, mais tous rentrent dans le rang. Il est peut-être là, le bémol. Dans ce spectacle, on rentre un peu trop facilement dans le rang.

Il est trop lisse, ce spectacle, il manque cruellement d’âme. C’est un véritable sentiment de manque qui se fait connaître à la fin de la pièce. Un sentiment de : « ok, et ensuite ? ». On a enchaîné les textes et les chansons qui parlent de la guerre. Moi qui ai eu ce sujet au programme de mes concours il y a quelques années, je n’ai pu m’empêcher de penser que ça m’aurait été utile. Car le spectacle emprunte plus à l’anthologie qu’au café-concert. Les textes se suivent et se ressemblent par leur caractère un peu morne. Où est l’incarnation, la personnalité, la vie ou le désespoir derrière ces mots qui, probablement, ne parlent pas à tout le monde ?

Il y a quelque chose d’un peu surfait dans la solennité trop affichée, presque fabriquée, pour certains textes. Il y a quelque chose d’un peu scolaire dans l’enchaînement de ces textes qui évitent de prendre parti, qui soulignent un peu trop qu’il faut aussi avoir une pensée pour l’autre camp, qui affichent un patriotisme un peu froid. Difficile de comprendre la ligne de conduite : on se souvient, on regrette, on blâme, on fête ?

Le résultat, c’est qu’on se perd un peu dans ce spectacle qui annonce 1h40 mais en dure quasiment deux. Certains textes gagneraient à être supprimés – Péguy et Valéry n’étaient peut-être pas nécessaires ici – permettant ainsi de jouer entièrement d’autres qui trouvent mieux leur place, comme la Madelon à laquelle on se demande pourquoi on a tronqué un couplet. On ne laisse pas au spectateur le temps de se prendre à une chanson, tout est déroulé si vite, et ce jusqu’à la chanson finale, qui devrait nous emballer et nous enjoindre à accompagner l’air de nos rappels, mais qui nous file entre les doigts. Un peu comme nos applaudissements.

Un spectacle qui gagnerait à supprimer un bon tiers des textes et à prendre davantage son temps sur les autres.

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