Ivo la vie

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Critique de Ivo Livi, de Ali Bougheraba et Cristos Mitropoulos, vu le 5 novembre 2016 au Théâtre de la Gaité
Avec Camille Favre-Bulle, Ali Bougheraba, Benjamin Falletto, Cristos Mitropoulos, et Olivier Selac

Je vais vous raconter une histoire. L’histoire d’une jeune fille qui, abonnée au théâtre 14 il y a 6 ans maintenant, doit aller voir un spectacle intitulé Un de la Canebière. Après avoir regardé la bande-annonce, l’hésitation monte : voir ou ne pas voir ce spectacle ? Il ne lui dit rien. Mais le destin l’y poussera finalement : tombant amoureuse de cette troupe qui a tant à donner, elle ne manque aucun de ses spectacles par la suite, les découvrant toujours plus énergiques, toujours plus brillants, toujours plus généreux.

J’ai déjà vu ce spectacle au Festival OFF, cet été. Par conséquent, j’ai déjà écrit une critique, que je voulais dithyrambique. C’est difficile, face à un spectacle pareil. Rien qu’à le décrire, on perd en enthousiasme : voilà un spectacle qui va vous raconter la vie d’Yves Montand. Bim, vous avez déjà perdu tous les moins de 30 ans. C’est une troupe d’origine marseillaise qui va la raconter en chanson. Schlack, on s’imagine une troupe de branquignols. Ces a priori, je les avais, les voilà rejetés au placard. Pourtant, pour m’en séparer, il me fallait une sacré dose de théâtre ; ils me l’ont donnée. Mieux encore, ils dépassent tout ce que je peux imaginer. Chaque fois que je les vois, c’est une claque théâtrale, un regain d’énergie, un bouchon de champagne qui explose.

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Je me sens un peu désarmée pour essayer de décrire l’ambiance, le rythme, la vie qui déborde de ce spectacle. Figurez-vous : la joie. Les rires, la musique, l’entrain. Cette équipe-la aime ce qu’elle fait, ce qu’elle joue, et prend un plaisir immense à nous le transmettre chaque soir. C’est même presque étonnée qu’elle se rend compte, au salut, que le public a pris autant de plaisir – voire plus ! – qu’elle à la voir jouer, à la voir nous conter l’histoire d’Yves Montand.

Cette troupe-là sait. C’est un peu comme chez Michalik : ils ont la formule magique qui va bien. Ils connaissent le truc. Ils savent jongler entre l’histoire qu’ils racontent et les apartés hilarants. Ils savent créer des ambiances heureuses, tragiques, étonnantes, angoissantes. Ils savent les enchaîner avec brio, ils savent garder l’attention du spectateur 1h40 durant sans jamais le perdre. Ils savent chanter, danser, faire des claquettes, raconter une histoire, blaguer, rire, et pleurer.

Ce spectacle a tout pour plaire. C’est une leçon d’histoire, une leçon de théâtre, une leçon de vie. Je ne veux pas vous perdre dans une critique qui n’en finit pas d’encenser une pièce, donc je vais bientôt m’arrêter. Je demande juste que vous me croyiez, et que vous laissiez une chance à cette troupe qui a tant à donner, comme je l’ai fait il y a 6 ans maintenant. C’est un plaisir encore plus immense pour moi que de les voir évoluer de salle en salle, avec un public toujours plus nombreux, toujours plus enthousiaste. Lorsqu’aujourd’hui, au sortir du spectacle, j’entends tous les spectateurs, encore enfiévrés par ce qu’ils viennent de voir, remercier jusqu’au technicien qui rouvre les portes, je me rends d’autant plus compte du bonheur qu’ils sèment partout où ils se donnent. Allez-y, vous ne le regretterez pas.

Un spectacle vitalisant. A voir de toute urgence. ♥ ♥ 

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Cabaret Léobas Ferré

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Critique du Cabaret Léo Ferré, vu le 2 avril 2016 au Studio-Théâtre
Avec Martine Chevallier, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Christophe Montenez et Pauline Clément, dirigés par Claude Mathieu, et les musiciens Benoît Urbain, Paul Abirached, Olivier Moret, Alain Grange

Les Cabarets du Français sont ancrés dans la programmation maintenant. Cela fait 4 ans que chaque année, c’est ravie que je me rends au Français pour voir certains acteurs de la Troupe chanter. C’est toujours un plaisir car ces comédiens parviennent à ajouter une âme, une vie supplémentaire, aux chansons. Mais depuis l’année dernière, une légère baisse de régime me chagrine un peu : peut-être est-ce d’avoir confié la direction artistique à des comédiens moins concernés par le monde musical ?

Disons-le, le summum du Cabaret fut du temps où Philippe Meyer les mettaient en scène. On n’était alors pas au Studio Théâtre mais bien dans la grande salle du Théâtre Éphémère et les chansons proposées, variées, autour d’un thème ou totalement libres, me ravissaient. Mais depuis la reprise du Cabaret chaque année par des comédiens autour d’un seul compositeur, mon enthousiasme est moindre : seul Serge Bagdassarian avait réellement mis en scène son spectacle, mais ni Béatrice Agenin (et son Cabaret Barbara) ni Claude Mathieu ne sont parvenues à réellement mettre en lumière le compositeur qu’elles avaient choisi.

Je dois avouer que Léo Ferré n’est pas forcément mon auteur favori, et que les chansons choisies, pour la plupart véritables poésies de fin de carrière, pas forcément les grands tubes de Ferré, ne m’ont pas toutes emballées. Elles regroupaient un vocabulaire daté, des références qui ne me parlaient pas forcément, ce qui donnait m’éloignait des textes  et créait une distance entre le spectacle et moi.

Heureusement, les acteurs sont là. Serge Bagdassarian est au sommet dans ce Cabaret, dépassant ses camarades par sa possession intime des textes et sa voix superbe. La découverte de Pavloff en tant que chanteur est une jolie surprise, car la sensibilité qu’on connaît à l’acteur renaît transcendée sur la scène du Studio-Théâtre. Jolie découverte également que Christophe Montenez qui lui aussi fait preuve d’une douce humanité à travers les textes de Ferré. Julie Sicard, habituée des Cabarets, livre également une délicate prestation. Pauline Clément, jeune pensionnaire de la Maison à la voix haut perchée parfois légèrement désagréable, s’en tire plutôt pas mal mais ce n’est pas le type de voix que je préfère écouter. Mais Martine Chevallier et Véronique Vella m’ont déçue dans ce spectacle : la première, qui déjà dans le Cabaret Barbara m’avait paru à la limite de ses capacités vocales, renouvelle ici sa prestation. Ces morceaux ont paru bien longs à mes oreilles… Le problème est tout autre pour Véronique Vella, dont la voix sait pourtant si bien m’enchanter d’habitude : on connaît tous la puissance de sa voix, mais je ne comprends pas pourquoi, dans ce spectacle, elle la pousse à ce point : pourquoi crier ainsi continument ? Le contraste est fort lorsqu’elle entonne la même chanson de Pavloff à sa suite : l’un est doux et émouvant, l’autre criard déçoit singulièrement. Dommage.

C’est un cabaret quelque peu décevant qui nous est donc présenté au Studio-Théâtre. J’espère que la belle tradition des Cabarets va perdurer et se reprendre, et je serai quand même là l’année prochaine si la proposition est renouvelée ! ♥ 

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Un Cabaret BarbaBrahimBergé

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Critique du Cabaret Barbara, de Barbara, vu le 11 octobre 2014 au Studio-Théâtre
Avec Martine Chevallier, Sylvia Bergé, Suliane Brahim, Félicien Juttner, Danièle Lebrun et Elliot Jenicot, dans une mise en scène de Béatrice Agenin

S’il y a bien un spectacle que je ne manque jamais au Français, ce sont ses Cabarets. Depuis quelques années maintenant, c’est devenu une tradition de présenter un spectacle chanté sur la scène de la Comédie-Française : orchestré par Philippe Meyer ou des comédiens de la troupe comme Sylvia Bergé ou plus récemment Thierry Hancisse, ils peuvent être de différentes sortes : autour d’un thème ou d’une époque, on observe cependant dernièrement une tendance à orienter le spectacle autour d’un compositeur-interprète. Après les excellents Cabarets Vian et Brassens, c’est donc à Barbara d’être mise à l’honneur sur la scène du Studio-Théâtre. Mais était-ce vraiment l’artiste idéale pour ce genre de spectacle ? Car si je n’avais rien à redire des précédentes versions, ce Cabaret-là est hautement critiquable sous certains aspects…

Barbara est un univers à elle seule : on a du mal à s’imaginer quelqu’un d’autre qu’elle-même interpréter ses chansons. Sa voix seule traduit délicatesse, désillusion, sensibilité : elle incarne l’émotion à l’état pure. C’est pourquoi c’est un pari délicat que d’essayer de rendre sur scène ce qu’elle était, puisque prendre les textes seuls n’a aucun sens, sans l’âme qui les faisait vivre. C’est un pari à moitié relevé ici, car l’absence totale de mise en scène n’aide en rien les comédiens dont une partie seulement parvient à capter l’essence des chansons de Barbara.

Je ne comprends pas pourquoi on a fait appel à Béatrice Agenin pour monter ce spectacle. Depuis quelques années, ce sont les comédiens de la troupe qui monte ces Cabarets, et, modestement, proposent une mise en scène : ce n’est pas grandiose, mais on y reconnaît un travail réfléchi et abouti. Ici, pas l’ombre d’une idée : ah ! si : lorsqu’on parle d’un voilier, on voit un voilier pour enfant qui avance derrière le comédien – appréciez l’image poétique !… Pas besoin de faire venir un metteur en scène de l’extérieur si celui-ci n’ajoute rien au spectacle : deux rideaux rouges encadrent le plateau, et les acteurs viennent se planter en devant de scène pour leur chanson. Au début du spectacle, il n’y a même pas d’intermède entre les chansons : le pianiste enchaîne les airs sans lever les mains du clavier. Or, de même qu’il faut à l’acteur une respiration pour recommencer un couplet, le spectateur a besoin de souffler et de récupérer avant une chanson. Alors oui, on peut dire que Barbara n’a pas besoin d’être mise en scène car elle se suffit à elle-même – et ce serait vrai si les comédiens parvenaient à sublimer ses chansons ! Mais comme ce n’est pas toujours le cas ici, il aurait fallu leur venir en aide en mettant en valeur leurs talents de comédiens. Vient alors se poser le deuxième problème essentiel de ce spectacle : faire chanter Barbara à des comédiens est une erreur, puisque ses chansons sont bien moins des histoires que des sentiments bruts ! Alors lorsque la seule idée du metteur en scène est de faire chanter une actrice, déjà en difficulté vocalement, en position assise, on en vient à se poser des questions sur l’utilité du dit metteur en scène…

Une fois qu’on a compris que le spectacle n’offrirait pas d’idée particulière sur la poésie de l’artiste, on peut tout de même parvenir à passer une bonne soirée. Pourquoi ? Grâce au talent des comédiens présents sur le plateau. Ce Cabaret est l’occasion de nous rappeler à quel point certains acteurs sont sous employés alors que d’autres sont – inexplicablement – présents dans presque tous les spectacles de la saison (mais c’est un autre débat…). Je veux parler ici de Suliane Brahim. Cette actrice que j’encense après chacune de ses apparitions a plus d’une corde à son arc : je connaissais la finesse et l’originalité de son jeu, je découvre la beauté de son chant. Plus encore que lorsqu’elle joue, elle se laisse porter par la musique qui semble alors l’habiter : elle vit pleinement chacune de ses chansons et sa voix originale et ce style décalé la rendent plus brillante que jamais : sur scène, on ne voit qu’elle, on l’attend, on l’applaudit, on en redemande. En solo comme en duo, elle parvient à rendre l’âme si particulière, si frêle et si intense de Barbara. Son duo avec Félicien Juttner est touchant est juste, et ils interprètent un Dis quand reviendras-tu ? puissant et très émouvant. Juttner s’en sort d’ailleurs très bien lorsqu’il chante seul, et on lui reconnaît un Mon enfance mélancolique et douloureux, autant pour l’acteur que le spectateur. On ne peut malheureusement en dire de même pour l’autre acteur masculin du Cabaret : Elliot Jenicot, dont on reconnaît très souvent le talent comique, n’est pas fait pour chanter du Barbara. Sans doute trop habitué à un mode de jeu plus « franc », il ne parvient pas ici à transmettre de réelles émotions à travers ses parties chantées. Seule une chanson plus légère, Les Amis de Monsieur, qu’il joue avec Martine Chevallier, relève d’une réelle performance d’acteur. Martine Chevallier, elle aussi, semble peiner à interpréter le reste de ses partitions : sa voix trop fragile et trop peu contrôlée ne peut se confronter à du Barbara, et donne lieu à une version bien malheureuse de Ma plus belle histoire d’amour. Sylvia Bergé, comme à son habitude, nous enchante entre sa version aguicheuse de Ni belle ni bonne et celle, bien plus intimiste et en retenue, du Mal de vivre. Danièle Lebrun, également un peu fragile du côté voix, illumine tout de même le plateau : l’actrice a une présence indéniable et parvient à s’approprier la Gare de Lyon avec l’aisance qu’on lui connaît.

On retiendra plusieurs choses de ce cabaret : d’abord, qu’il est essentiel de choisir des comédiens capables d’interpréter le registre choisi, c’est-à-dire ici l’émotion pure. Mais surtout que si on monte depuis quelque temps des spectacles chantés au Français, c’est que les comédiens sont capables d’ajouter une autre dimension aux chansons : celle du jeu ! Alors à quoi bon monter un cabaret autour d’une artiste connue pour l’âme qu’elle insuffle à ses chansons, qui finalement ne tiennent qu’à un fil ? On attendait un cabaret autour de chanteurs qui proposent de véritables histoires : à quand un Cabaret Reggiani, Guy Béart, Aznavour ?

Malgré quelques déceptions, mises en valeur par une comparaison inévitable avec les anciens cabarets, on passe tout de même un bon moment au Studio-Théâtre, sublimé par la seule présence de Suliane Brahim. Ce qu’on en retiendra, en plus des textes magnifiques de Barbara, c’est le talent et l’interprétation impressionnants de l’actrice : Brahim est une petite merveille. ♥ ♥ 

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Demi-folie au Casino de Paris

7769266834_mistinguett-reine-des-annees-folles-au-casino-de-paris-des-le-18-septembre-prochainArticle écrit par une complice de MDT

Critique de Mistinguett, reine des années folles, vu au Casino de Paris, le 20 septembre, 20h.
Livret de Jacques Pessis et Ludovic-Alexandre Vidal. Musique de Jean-Pierre Pilot et William Rousseau. Chorégraphie de Guillaume Bordier. Avec Carmen Maria Vega (Mistinguett), Patrice Maktav (Léon Volterra), Cyril Romoli (Jacques Charles), Fabian Richard (Scipion), Mathilde Olivier (Marie), Grégory Benchenafi (Harry Pilcer).

 Je vais rarement voir des spectacles musicaux, et le genre Mozart Opéra-rock ou Les dix commandements, les salles style Palais des Sports ou des Congrès, ne sont pas ma tasse de thé. Rien ne me prédisposait donc à aller voir ce « Mistinguett », produit par Allbert Cohen. J’ai cependant profité des tarifs intéressants des premières et réservé au Casino de Paris, pour trois raisons : la salle du Casino justement, vrai music-hall parisien, qui a vu se produire Mistinguett en personne, le souvenir de Cabaret, dont ce spectacle pouvait être le pendant optimiste (on y retrouve Fabian Richard, qui avait été un inoubliable Emcee), et enfin Carmen Maria Vega que j’avais découverte par hasard comme chanteuse, et qui m’avait soufflée par sa présence et son autorité scénique.

         Le Casino de Paris est un lieu exceptionnel, qui nous plonge dans les Années folles, avec ses immenses miroirs, son promenoir, l’arc en ciel de son enseigne sur la rue de Clichy.

         Pour la comparaison avec Cabaret, le compte n’y est pas : ce spectacle que j’avais vu aux Folies-Bergère semble décidément insurpassable. Mistinguett est à 100 lieues en dessous, les moyens alignés n’étant pas les mêmes, d’où un aspect comparativement cheap. La musique est essentiellement enregistrée, très « boum-boum », et j’ai été déçue par le faible nombre de musiciens sur scène. Le scénario est basé sur le montage d’une revue, qui voit revenir la Miss, juste après la première guerre mondiale, après sa rupture avec Maurice Chevalier. Mais, par manque de musique live, on n’a pas la sensation d’effervescence nécessaire. L’histoire, qui nous emmène aussi dans le milieu des salles de jeu, introduit de manière assez artificielle un autre personnage féminin, en contraste avec Mistinguett. La construction des personnages est bien simpliste, si l’on pense à ceux créés par Christopher Isherwood : Fabian Richard, toujours plein d’abattage, n’a pas un rôle à sa mesure, « méchant » sans nuance, dont l’air principal a comme refrain, au cas où l’on n’aurait pas compris : « Je suis immonde » ! Certaines chansons sont empruntées aux années 20, réorchestrées, d’autres sont composées pour le spectacle, et le résultat est inégal malgré quelques réussites. Les allusions à l’actualité (« Moi Président ») –il paraît que c’est une loi du genre- sont laborieuses.

         Carmen Maria Vega est évidemment au cœur de l’action, et elle ne m’a pas déçue : la gouaille et la hargne de Mistinguett correspondent tout à fait à son tempérament. Son naturel et son aisance sont confondants. Tout petit bout de femme à la voix puissante, aux grands yeux d’actrice de muet, quand elle est sur scène on ne voit qu’elle : au milieu de ses camarades, qui sont tous très bons, elle a quelque chose d’indomptable, de définitivement non-formaté. Elle ne danse pas très bien, mais cela n’a guère d’importance : c’est elle la patronne.

         Les sinuosités de l’intrigue, la montée en puissance trop lente de l’action, mais surtout, surtout le fait qu’il n’y ait pas assez de vraie et bonne musique font que le spectacle ne nous embarque pas vraiment, malgré l’impeccable professionnalisme de la troupe et de beaux numéros dansés. Cependant, la dernière demi-heure emporte l’adhésion, les tableaux finaux sont beaucoup plus entrainants.

         On passe en fin de compte une assez bonne soirée (presque 3 heures de spectacle), à condition d’avoir eu des billets à prix réduits, car 94€ en carré or, c’est beaucoup trop cher, et les places de « catégorie 1 » n’offrent pas une visibilité suffisante pour les 80€ qu’elles coûtent. Carmen Maria Vega, de toute façon, mérite d’être découverte, c’est un diamant brut !

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Accord parfait sous la Pyramide

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Critique du Cabaret Boris Vian, vu le 8 juin 2013 au Studio Théâtre
Avec Véronique Vella, Cécile Brune, Florence Viala, Françoise Gillard, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Stéphane Varupenne et Jérémy Lopez, dirigés par Serge Bagdassarian

Quel plaisir de retrouver un de ces Cabarets que monte le Français chaque année. Cette fois, c’est autour d’un seul auteur que se focalise le spectacle ; je vous le donne en mille : Boris Vian, auteur-compositeur plutôt inconnu de moi, qui l’associais surtout à ses romans, comme L’Écume des Jours ou L’Arrache-Coeur. Pas forcément ma tasse de thé d’ailleurs, parfois trop original, mais qu’importe, j’ai confiance dans les Cabarets présentés à la Comédie-Française, et je trépignais d’impatience depuis plusieurs semaines. Impatience légitime, et récompensée ce soir par ces superbes comédiens.
L’idée vient de Serge Bagdassarian. Séduit par l’écriture de Vian, rapide, parfois drôle, ou encore excentrique, il a voulu monter le spectacle à l’image du style de l’auteur : pressé  d’écrire, pressé par la mort, et par l’envie de vivre. Cet empressement rend à merveille. Le seul bémol, c’est qu’à cause de cela, le spectacle passe peut-être trop vite ! J’aurais pu rester à les écouter pendant plusieurs heures encore.
Malgré cette rapidité, jamais vitesse et précipitation ne sont confondues. Tout est très bien ficelé, chaque détail est travaillé, chaque chanson parfaitement maîtrisée. Les comédiens comme les musiciens se donnent à fond et semblent prendre un réel plaisir à partager leurs chansons avec nous. On regrette peut-être la présence de ces énormes micros … Micros, d’accord, mais on doit bien trouver quelque chose de moins voyant ? Enfin, ce n’est qu’un détail technique. On retrouve des comédiens-chanteurs que l’on connaît bien et qu’on apprécie déjà, et on en découvre de nouveaux … Pour notre plus grand bonheur ! Sur tous les cabarets que j’ai vu pour l’instant, Cécile Brune n’en a manqué aucun, et pour cause ! Sa voix toujours aussi envoutante, son talent d’actrice indéniable, forment un mélange des plus délicieux. Ajoutons à cela son air sarcastique et moqueur, et elle était idéale pour interpréter Une bonne paire de claque. Les rires fusent, la réussite est totale ! Mais polyvalente, l’émotion est aussi au rendez-vous lorsqu’elle chanteNe te retourne pas, et j’en ai eu les larmes aux yeux. Toujours dans les voix connues, il y a Serge Bagdassarian, qui malheureusement n’a pas autant chanté que ce qu’on attendait, sûrement parce qu’il supervisait le spectacle. Mais sa voix, dont on sent une maîtrise parfaite, résonne merveilleusement dans le théâtre en entraînant les applaudissements. On sent la salle entière parcourue d’un frisson lorsqu’il entonne T’es à peindre
Il y a également ceux qu’on connaissait déjà un peu, et qu’on est heureux d’entendre à nouveau. Véronique Vella, que je n’avais encore jamais vue aux cabarets mais que j’ai entendue chez Meyer, dans La Voix Humaine ou encore dans René Guy Cadou. Pour qualifier cette actrice, j’utilise sans hésiter le mot « extraordinaire ». Elle a une formation de chanteuse, et cela s’entend : elle entre en scène, et parvient à captiver la salle entière dès sa première note. C’est une ovation à la fin de Mozart avec nous, qui, en plus de souligner le potentiel vocal de l’actrice, nous dévoile l’excellente comédienne qu’elle est. Car si elle a une voix particulièrement belle, ce n’est pas là son seul atout. Lorsqu’elle dit le poème Je voudrais pas crever, le silence est presque religieux. Elle vit le texte sur scène, avec une présence et une puissance remarquable, digne des plus grands. Elsa Lepoivre, qu’on découvre sur la scène d’un cabaret mais qu’on avait aussi déjà entendue à plusieurs reprises, excelle dans les chansons plus douces et émouvantes, comme Barcelone qu’elle interprète à merveille. Mais elle surprend aussi en chantant la Complainte du Progrès, en duo avec Stéphane Varupenne. Si la chanson est des plus connues de Vian, elle n’en reste pas moins sublimée par l’interprétation des deux acteurs. Leur ton sérieux, contrastant avec le côté décalé de la chanson, est excellent. Varupenne interprète également J’suis snob avec le talent qu’on lui connaît bien, ce côté naturel et presque nonchalant qui le caractérise seyant parfaitement avec le personnage. Ajoutons que lorsqu’il ne chante pas, il est très souvent dans l’orchestre, tromboniste (et mon oreille attentive n’aurait pas su faire la différence entre son jeu et celui d’un tromboniste de profession).
Et il en reste trois, qu’on attendait beaucoup moins. Françoise Gillard, à la voix aussi menue qu’elle, et que j’ai senti un peu mal à l’aise dans Sans Blague (mais il faut dire que la difficulté de la chanson est facilement audible). Je reproche à son interprétation de Fais-moi mal, Johnny, bien que sans défaut, le ton choisi : si on a l’habitude d’entendre la chanson surjouée, elle est ici effleuré comme dans une boîte à musique, et le parti pris est pour moi moins intéressant. Néanmoins, sa voix reste toujours très agréable à écouter. De Florence Viala, je retiens surtout une chanson, en raison de sa beauté et de la douceur et du talent avec lequel elle l’a interpretée : Rue Watt. On est alors suspendu à ses lèvres, et la chanson coule plutôt doucement et très gracieusement. Mais elle change aisément de genre, ajoutant à la voix le talent du jeu dans J’coûte cher, où son côté traînant provoque les rires.  Et il y a Jérémy Lopez. Cet acteur qui ne cesse de nous surprendre dans toutes ses apparitions au Français, nous prouve une fois de plus sa virtuosité. Ouvrant brillamment le spectacle avec un Rock and Roll Mops endiablé, il excelle par la suite dans un tout autre registre. En effet, lorsqu’il nous raconte l’histoire du Gosse, la salle est comme scotchée, impressionnée par tant de génie à raconter une simple histoire. Débutant plutôt gaiement, elle évolue rapidement vers une fin sombre, et lorsqu’il mentionne un jeune garçon mis à mort sur le sol, l’émotion le gagne comme elle gagne la salle : l’histoire fait écho à un fait divers récent, et l’hommage est puissant (non intentionnel au départ, puisque l’événement date d’après la création du spectacle…). Comme pour ses partenaires, sa voix s’ajoute à son talent d’acteur, et j’ai rarement aussi bien entendu On n’est pas là pour se faire engueuler, qu’il interprétait avec brio, en duo avec Varupenne.

Ai-je besoin de résumer ? Dingue, superbe, magistral et brillant. Un moment de pur bonheur. ♥ ♥ ♥

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Un Tabou Treize enivrant

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Critique de La Bande du Tabou, vu le 7 juin 2013 au Théâtre 13
Avec Claire Barrabès, Fiona Chauvin, Sol Espeche, Antonin Meyer-Esquerré, Pascal Neyron, Yoann Parize, Lorraine de Sagazan, Jonathan Salmon, Guillaume Tarbouriech, Cédric Barbier, Delphine Dussaux, et Lucas Gaudin, dans une mise en scène de Antoine Millian

L’odeur du pop corn a déjà envahi la salle quand on y entre. Non, ce ne sont pas des spectateurs impolis, mais bien les acteurs qui préparent eux-même, sur scène, leur pop corn. De la musique en fond sonore, des acteurs plus qu’accueillants, et l’ambiance est déjà posée. Quelques minutes plus tard, une annonce est faite, invitant les spectateurs à partager le pop corn avant le début du spectacle. Inhabituel, mais après tout pourquoi pas ? Après ces quelques tentatives d’amadouement du public, avec passages dans les rangs et embrassades, on entre dans le vif du sujet.

Le sujet, c’est le St Germain des Prés des années 1950, et plus particulièrement un cabaret à la mode. Ce n’est pas quelque chose de scolaire, le but n’est pas de nous gaver d’informations. Juste de nous raconter une histoire à travers des chansons et des personnalités de l’époque. Devant nous, chaque comédien devient une célébrité : Gréco, Gainsbourg, Sartre, Beauvoir, Prévert, Vian, Mouloudji … Entre les parties chantées, à quelques reprises, un peu d’Histoire nous est contée. Mais rien qui doit faire fuir. L’essentiel, c’est l’ambiance et la musique.

Et la musique, ils la maîtrisent, ils en jouent, ils en vivent. Et surtout, ils refont vivre l’ambiance de l’époque sur scène. Tous sont jeunes, plein d’entrain, plein de joie, et cet enthousiasme, cette gaieté, ils la transmettent peu à peu au public. Un sourire s’élargit de plus en plus sur mon visage. Les chansons s’enchaînent, les intermèdes amènent le rire, les chorégraphies maintiennent le rythme. Les musiciens sont excellents, et c’est surtout la pianiste qui m’a impressionnée, par tant d’aisance. Elle prend un réel plaisir à jouer, regardant ses mains de temps à autres alors que nous sommes incapables de les discerner tant elles sont rapides. Elle regarde aussi beaucoup ses camarades, entonne quelques refrains, participant pleinement aux chansons.

Mais les comédiens aussi prennent leur pied. Les personnages qu’ils incarnent semblent ressusciter sur scène. L’acteur incarnant Gainsbourg (Yoann Parize), par exemple, en fait une excellente imitation, autant dans les parties parlées que chantées, clope au bec, et un peu apathique. Pour ce qui est du mimétisme, Claire Barrabès, alias Françoise Sagan, est tout aussi professionnelle. Son personnage, à l’instar de la réalité, parle très rapidement, butant sur quelques mots, réclamant souvent du whisky. Pour ce qui est de l’inteprétation des chansons à présent, on retient tout particulièrement Sol Espeche dans Deshabillez-moi, complètement sensuel et tout simplement parfait. Enfin, tous les moments de groupe sont extrêmement réussis, comme C’est le be-bop ou encore Il n’y a plus d’après. Petit bémol peut-être à l’acteur incarnant Mouloudji, dont la technique vocale semble un peu inférieure à celle des autres : Le Déserteur qu’il aurait pu être plus touchant… Mais ce n’est qu’un détail ! Les chorégraphies ajoutent aussi quelque chose, un peu de « punch » en plus qui nous donne envie de nous lever et de danser avec eux (ce que certains chanceux pourront d’ailleurs faire à la fin du spectacle … Mais je n’en dis pas plus).

Si la musique est omniprésente, certaines scènes inattendues et absoluments géniales se glissent dans le spectacle. Je pense particulièrement à une « danse des doigts » : un homme mime une scène uniquement avec ses doigts … Dis comme ça, cela paraît étrange, mais le résultat est étonnant et très efficace : les applaudissements fusent. Une scène rappelant un film noir et blanc, muet, est également bien réussi. Enfin, si les allers-retours dans le public sont peut-être un peu trop fréquents, c’est que l’ambiance du spectacle « dynamique » le veut ainsi !

Le mot de « spectacle vivant » prend tout son sens en ce moment au théâtre 13. A voir ! ♥ ♥ ♥

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Quand le duo Brune/Bagda nous en-chante

301634_10151492360503396_69508120_n.jpgCritique de la Carte Blanche de Cécile Brune, « promenade sentimentale », vu le 6 avril 2013 au théâtre du Vieux Colombier
Avec Cécile Brune, Serge Bagdassarian et Benoît Urbain, conçu par Cécile Brune et Véronique Vella

Voici le genre de spectacles dont on sait à l’avance qu’il va être bien. Reste à voir à quel degré on va aimer : si on aime bien, beaucoup, si on adore … Nul besoin de se questionner longtemps ici : des applaudissements plus que nourris, des « bravos », et des comédiens divins, le résultat est sans appel : un régal.
Dans tous les spectacles musicaux que j’ai vus à la Comédie-Française, il y avait Cécile Brune. Peut-être à cause de ce timbre de voix que j’essaie toujours de décrire sans pouvoir cependant le représenter correctement : une voix rauque et reconnaissable entre mille, aux intonations élégantes, si précise, si juste … Si belle. Émouvante lorsqu’elle nous chante La dame au piano (Charles Trenet), cette voix nous emmène loin, et c’est avec les larmes aux yeux parfois que se concluent les chansons. Si elle excelle dans ce type de chanson, douce, tendre, parfois un peu mélancolique, les chansons comiques sont tout aussi réussies : la salle rit aux éclats lors de Mémère dans les orties, où les deux acteurs se crachent des insultes au visage, chantant et jouant la comédie, pour notre plus grand plaisir.
Car Cécile Brune est accompagnée de Serge Bagdassarian, une des magnifiques voix du Français, au talent comique évident. Particulièrement lorsqu’elle entonne « Le feutre taupé » (que je ne connaissais pas, et que je conseille à tous : chanson géniale !), il mime avec brio la chanson derrière elle, la faisant vivre au maximum : son talent comique et la voix de la comédienne élèvent la chanson au plus haut. 
J’admire beaucoup le talent de ces deux comédiens : excellents sur scènes, ils possèdent en plus une voix parfaitement maîtrisée… Chantant sans difficulté à des hauteurs différentes, et même, étrangement, lui chantant plus haut qu’elle : un cas plutôt rare mais très agréable à l’oreille, et plutôt impressionnant. Bravo. (On regrette cependant les petits problèmes techniques dus au micro, nécessaires cependant face au son important du piano – excellent pianiste d’ailleurs, on ne le soulignera jamais assez !)
J’ai beaucoup apprécié les deux chansons en anglais, et particulièrement Perhaps, perhaps. Anglais, oui, mais accessible à tous (moi-même nulle en anglais, j’ai compris), accent et diction impeccables, musique entraînante … Tout pour plaire ! De même, You and Me, que je ne connaissais pas, m’a beaucoup plu. Mais de manière générale, j’ai beaucoup aimé les chansons au rythme bien défini, telle que « Je suis swing », où, en plus d’être impeccablement chantée, les deux comédiens dansaient en rythme sur scène, se déhanchant, swingant : géniaux. 
Enfin, que c’est bon de découvrir de nouvelles chansons : pour une grande admiratrice de chanson française comme moi, c’est toujours un bonheur que de se voir offrir des chansons pareillement : Mémère dans les orties (Juliette), Sympathie (Louis Hennevé-Louis Palex/Rudolf Friml), ou encore Oh non ce n’est pas toi (Françoise Dorin/Michel Emer), c’est merveilleux. Ou encore entendre des chansons que j’avais pu découvrir par hasard, c’est bon de les retrouver ! comme C’est beau la vie (Michel Emer) … Ou écouter des chansons qu’on aime chantées à merveilles, comme Gare de Lyon (Barbara). Merci aux comédiens pour les superbes moments qu’ils nous font passer.

On regrette bien que ce spectacle ne dure qu’un jour … Mais c’est un avant-goût au « Cabaret Boris Vian » (dont fera partie Véronique Vella, ici co-conceptrice du spectacle, et qu’on est impatient d’entendre sur scène), qui aura lieu en juin au Studio Théâtre, et qui promet d’être brillant. ♥ ♥ ♥

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