Thomas Chagrin, Déchargeurs

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Critique de Thomas Chagrin de Will Eno, vu le 17 août au théâtre des Déchargeurs
Avec Adrien Melin, mise en scène Gilbert Désveaux 

Voilà encore une pièce que je ne serais pas allée voir si je ne suivais pas le parcours de  l’excellent acteur qu’est Adrien Melin … Découvert dans Le Diable Rouge, je l’ai revu par hasard dans Ce qui arrive et ce qu’on attend, puis dans Masques et Nez. Il a vraiment énormément de talent, et nous le prouve ici, une fois de plus.

Un homme entre. Costume qui semble trop grand, un peu froissé … sans pour autant faire clochard, … disons qu’il ne semble pas faire attention à son allure … Il essaie d’allumer une cigarette, mais souffle sur son allumette. Il retente. Puis explique que, de toute façon, il devait arrêter. Et là, il commence son histoire … Une histoire ? Mais … y en a-t-il vraiment une ? Le texte paraît brouillon, confus, comme si le narrateur se perdait dans le fil de ses idées … C’est un homme, ce Thomas Chagrin … qui se pose beaucoup de question sur la vie, la mort, l’amour … Il a déjà vécu, se souvient de la difficulté à sortir de l’enfance … se souvient de ce chien, qu’il a perdu étant enfant … puis de cette femme, perdue, étant adulte … et s’adresse à nous, au public … C’est plus un dialogue entre lui et nous, dans la mesure où à plusieurs reprises il nous pose des questions, qu’un monologue. J’ai d’ailleurs eu droit, comme à tous ceux du premier rang, à des questions, de sa part … et c’est là qu’on s’aperçoit que le rythme est excellent … car, lorsqu’il vous pose une question, en vous regardant droit dans les yeux, vous ne savez pas si vous devez lui répondre … vous réfléchissez … et quand vous avez résolu de répondre (ou non) à haute et intelligible voix, il reprend tout naturellement la parole, comme si quelqu’un lui avait répondu… le rythme vous laisse donc juste assez de temps pour réfléchir, mais pas non plus assez pour répondre … cela permet, ainsi, au personnage d’enchaîner sur autre chose … Compliqué à expliquer, mais j’espère l’avoir à peu près bien transmis…

Ainsi, malgré un texte … comment dire ? un peu cafouilleux, sans être non plus inintéressant, Adrien Melin parvient à saisir le spectateur pendant plus d’une heure, grâce à son incroyable talent (il est sorti du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 2007, et je ne serais pas étonnée s’il était dans les meilleurs de sa promotion), diction parfaite, gestuelle et déplacement excellents, et une réelle présence … il est seul, d’accord, et réussi (donc ?) aisément à attirer le regard sur lui … mais le regard s’accroche, et on ne parvient plus à le quitter des yeux, même lorsqu’il nous raconte des histoires, on a du mal à s’intéresser aux playmobils qu’il sort de sa boîte … mais on se surprend tout de même à entrer dans son histoire, quelque peu étrange, qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît, et qui semble « sortie de nulle part »  .

Sans pour autant avoir jubilé devant cette histoire, j’ai surtout énormément apprécié le jeu d’un acteur qui fait sûrement partie des Grands … Je ne sais donc pas si je dois le conseiller .. on ne s’ennuie pas, ça, c’est sûr – mais ce n’est pas une histoire qu’on retient … plutôt un acteur qu’on admire durant un peu plus d’une heure ! Et pour cette simple raison, je vous conseille d’y aller. 

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