#FDA17 – Sopro

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Lorsque j’ai créé ce blog il y a près de 7 ans, j’avais pour ambition de laisser une trace de quelque manière que ce soit pour aider ma mémoire à me souvenir des spectacles que je voyais. Cela a pris rapidement la forme de critique, épaulant alors mon deuxième dessein qui était de partager mes découvertes, donner envie aux spectateurs de voir ce que je considérais comme des perles, mais également de leur éviter des dépenses inutiles d’argent et de temps lorsque je voyais des spectacles moins bons. C’est plutôt dans mon optique première que j’écris cet article aujourd’hui : je ne prétends pas cette fois-ci faire une critique de l’oeuvre que j’ai vue au Cloître des Carmes. Il ne s’agit ici que de laisser une trace pour essayer de me souvenir, pour essayer de rattraper les émotions qui m’ont envahie à cet instant, pour me remémorer ce soir-là où j’ai eu l’impression de toucher au sublime.

Ce n’était pas ma première fois au IN. Même si j’apprécie énormément le fourmillement de spectacles du OFF, j’aime également faire un tour dans le IN chaque année. Jusqu’ici, j’avais toujours été dans la Cour d’Honneur mais je n’avais jamais été totalement convaincue par ce que j’avais vu. J’avais l’impression que le lieu, le spectacle, jusqu’aux spectateurs, tout était un peu convenu. On était ici car on le devait, c’était beau, c’était un symbole du Festival. Mais cette année, ce fut différent.

J’ai réservé pour le spectacle de Tiago Rodrigues car j’avais vu son Bovary au Théâtre de la Bastille qui m’avait énormément plu. Il y a, chez ce metteur en scène, quelque chose de singulièrement différent. Une authenticité, une nécessité, une simplicité et une intelligence qui forment un mélange rare aujourd’hui. Contrairement à ce qui se donne généralement dans le IN – ceci n’est bien sûr que mon humble avis – son spectacle n’est pas exigeant. Il est populaire, accessible, et – c’est étrange et peu commun pour moi d’utiliser ainsi l’apposition – d’une beauté sans nom.

Je n’arriverai pas à décrire la beauté de ce que j’ai vu. Je ne veux pas essayer tant le résultat rendrait peu compte de l’état second dans lequel ce spectacle m’a plongée. J’ai eu littéralement l’impression de quitter la Terre et d’entrer dans le monde du rêve et de la beauté pure, l’espace d’un instant. J’ai eu l’impression que mon âme se détachait momentanément de mon corps pour s’élever vers un état supérieur où chaque mot faisait absolument sens et entrait en moi avec une intensité propre, parfaitement maîtrisée, bondissant avec légèreté entre mon coeur et mon cerveau. Je n’ai pas senti mes larmes couler sur mes joues lors des vers finaux. Je n’ai pas senti mes jambes se lever à la fin de la pièce. Je n’ai pas senti mon corps me porter jusqu’à mon appartement dans les rues encore agitées d’Avignon. Je me suis simplement sentie parfaitement bien, comme en accord avec le monde autant qu’avec moi-même, durant le temps d’une soirée.

Tiago Rodrigues est un poète et je lui dois un moment d’exception. Je sais que le spectacle sera repris à Paris lors de la saison 18-19 mais je ne sais pas si j’y retournerai. Peut-être est-ce un spectacle qu’on ne voit qu’une fois. L’imaginer éphémère, l’imaginer créé juste pour cette soirée-là en fait quelque chose de plus beau encore. Le monter dans le Cloître des Carmes accentuait sa splendeur, puisque les draps qui encadraient le plateau étaient agités par le mistral qui soufflait ce soir-là, comme si un être divin respirait avec nous son contentement de voir une merveille pareille sur un plateau de théâtre. Il soufflait comme son personnage principal, donnant une âme non seulement au spectacle mais, quelque part, au théâtre tout entier. Tiago Rodrigues a montré sur une scène celle qu’on ne voit pas, celle qui aurait pu dire ces mots de Rostand – je fais ici lâchement appel à un autre poète car mes mots seuls ne suffisent pas :

Oui, ma vie
Ce fut d’être celui qui souffle – et qu’on oublie !

Cette souffleuse-là, croyez-moi, je ne l’oublierai pas.

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