Magik Michalik

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Critique du Cercle des Illusionnistes, d’Alexis Michalik, vu le 2 août 2014 à la Pépinière théâtre
Avec Jeannes Arènes, Maud Baecker, Michel Derville, Arnaud Dupont, Vincent Joncquez, et Mathieu Métral, dans une mise en scène d’Alexis Michalik

Encore émerveillée par ce spectacle brillant qu’est Le Porteur d’Histoire, vu il y a quelques semaines dans le Festival Off d’Avignon, découvrant à peine le talent du jeune auteur Alexis Michalik, je n’ai pas pu résister à l’envie de goûter à son autre pièce, Le Cercle des Illusionnistes. Basée d’un bout à l’autre sur le même principe que son premier succès, la deuxième pièce de Michalik traite de l’Histoire de la Magie à travers les péripéties de deux jeunes gens, Avril et Décembre.

Le même principe que le Porteur d’Histoire donc, il faut que je l’explique pour ceux qui ne connaîtraient pas encore la patte d’Alexis Michalik. Sur un point de départ contemporain, ici la rencontre entre Décembre et Avril, on va voyager à travers le temps. Comme Décembre se passionne pour la magie, il va semer ses petites histoires de magie de-ci de-là, qui, alignées, retracent avec précision et intelligence la transition qui s’est faite pour passer de la magie au cinéma, et les acteurs de cette évolution : ainsi les noms de Robert Houdin ou de Georges Méliès arrivent-ils à mon oreille incultivée, et c’est un des premiers aspects qui me plaît dans ce spectacle : on n’a pas l’impression d’apprendre, et pourtant c’est aussi une leçon d’Histoire qui nous est donné à voir durant près de deux heures.

Pour ne pas perdre le spectateur dans cette pièce qui ne cesse d’aller et venir entre le passé et le moment présent, il faut que tout soit réglé avec un doigté et un sens du détail très aiguisés. Cette minutie, cette exactitude, Alexis Michalik semble les maîtriser totalement, et ce perfectionnisme est sans nul doute une des lignes directrices de son travail. Un exemple m’a tout particulièrement marquée : lors d’une scène de magie, un des acteurs reproduit à l’identique un tour filmé par Méliès, lors duquel il faisait disparaître une femme derrière une couverture. Le film de ce tour, diffusé en fond de scène, était donc la source du travail de l’acteur, et il reproduisait jusqu’au moindre détail des gestes du magicien, alors qu’il lui tournait le dos, si bien que ce tour ajoutait encore de la magie au spectacle.

Car s’il parle de magie, il en fait également quelques démonstrations, pour notre plus grand plaisir. Qui n’écarquille pas ses yeux à la disparition d’un foulard, ou lors de la transformation d’un tulipe blanche en rose rouge ? Si les tours interprétés par les acteurs sont relativement basiques, ils n’en restent pas moins très bien interprétés. Ainsi au plaisir que l’on éprouve à écouter cette histoire, racontée avec la plume juste et talentueuse de Alexis Michalik, se mêle un plaisir des yeux indéniable. De même que devant le Porteur d’Histoire, on se sent redevenir enfant. Cependant, il faut avouer que l’histoire est moins lisse que ne l’était celle du premier spectacle de l’auteur, et la part de réalité qu’il s’est imposée lui inflige certaines barrières peut-être un peu lourdes parfois, et on aurait aimé se concentrer plus sur l’histoire de Méliès sans les fioritures concernant Houdin.

Enfin, si ce spectacle est efficace au point de faire salle comble un 2 août, c’est principalement, je pense, grâce à la qualité de jeu des acteurs. Car si les personnages n’ont pas vraiment de fond, et ne sont que des croquis, ils offrent tout de même une jolie palette de caractères aux acteurs qui les interprètent avec un talent fou. Durant toute la pièce, ils incarnent chacun plusieurs rôles, en composant à chaque fois un nouveau personnage. La voix, le maintien, les tics, le regard, tout se transforme entre deux de leurs compositions, et à nouveau, leurs entrée et sorties, nombreuses, sont réglées comme du papier à musique (ou comme un tour de cartes, c’est à voir !). Et s’ils sont tous brillants dans cet art de la transformation, j’ai quand même une préférence pour la géniale Jeanne Arènes, qui a d’ailleurs reçu le Molière de la révélation féminine pour ces nombreux rôles dans la pièce. Elle est impressionnante, et tout particulièrement dans les modulations qu’elle inflige à sa voix, qui varie d’une tonalité à l’autre sans effort, avec des accents ou des tons empruntés à plusieurs catégories sociales sans tomber dans la caricature, juste ce qu’il faut pour nous conquérir tout à fait.

C’est un excellent divertissement que ce Cercles des Illusionnistes présenté à la Pépinière, et on s’instruit même tout en s’amusant. Conseillé donc, pour petits et grands. ♥ ♥ ♥

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