François Bégaudeau a les yeux plus gros que le ventre

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Critique du Lien, de François Bégaudeau, vu le 22 janvier 2019 au Théâtre Montparnasse
Avec Catherine Hiegel, Pierre Palmade et Marie-Christine Danede, dans une mise en scène de Panchika Velez

La distribution est alléchante. Catherine Hiegel et Pierre Palmade, voilà une rencontre attirante. J’étais intriguée par ce spectacle, mais finalement pas attirée tant que ça – la faute à une affiche plutôt ratée, je pense. Et puis il y a eu cette émission de Ruquier avec Catherine Hiegel et François Bégaudeau où les deux chroniqueurs, qui n’avaient pas encore vu la pièce faute de représentation, saluaient un texte particulièrement bien écrit. Le sujet, tel qu’ils le décrivaient, étaient effectivement plutôt enthousiasmant, mais je ne pouvais m’empêcher de penser que sa transcription scénique serait difficile. C’est difficile de faire passer le « rien », sur scène.

Car c’est bien ce dont il est question dans ce spectacle. Pierre Palmade incarne Stéphane, le fils de Christiane – Catherine Hiegel. Il est écrivain et, de passage par Rennes pour la signature de son dernier roman, il s’arrête chez sa mère pour déjeuner avec elle. La pièce s’ouvre avec un monologue de cette dernière sur la qualité du fromage qu’elle lui sert et l’explication du fait qu’il n’est pas le même que d’habitude. Lui n’en place pas une, il n’essaie même pas. Puis il prendra le dessus en lui expliquant pourquoi il va arrêter de venir chez elle : leurs conversations sont vides, ils n’ont rien à se dire, la seule chose qui les lie encore est le lien du sang. Mais l’arrivée de la voisine pour le dessert viendra inverser un peu la tendance…

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C’est d’abord un affrontement de géants. La première partie de ce spectacle est un enchaînement de punchlines cinglantes et superbement rythmées. Palmade incarne un personnage détestable qui balance des choses franchement indignes à sa mère – le point Godwin est atteint au bout de dix minutes. Face à lui, elle compose en femme très digne ; on peut lire sur son visage la concentration pour suivre les différents sujets abordés par son fils, et l’enchaînement successif des coups qu’il lui porte. Elle encaisse avec pudeur mais la douleur est bien visible. Son regard, particulièrement évocateur, vacille entre la souffrance et l’amour.

Le binôme fonctionne à merveille et serait encore porté davantage par un texte qui pousserait le bouchon toujours plus loin. On sent poindre par instants la détresse de Stéphane qui cherche désespérément l’attention de sa mère et tente de lire autre chose que ce qu’il pourrait appeler une « fierté de filiation de base » dans ses yeux. On rit parfois mais cette première partie est surtout très cruelle et l’on aurait souhaité qu’elle insiste encore davantage ce trait tant elle est criante de vérité. Il s’y mêle un vécu certain de l’auteur mais également le notre et c’est à la fois plaisant à voir, désagréable à entendre et pitoyable à analyser.

Mais François Bégaudeau a vu trop grand : fromage ET dessert, parfois, ça ne passe pas. La seconde partie est moins captivante. A mon grand dam, l’arrivée de la voisine casse le rythme insufflé par le duo. On peine à comprendre l’intérêt de la transition, la voilà qui arrive avec un gâteau et soudain elle disparaît et tout va mieux dans le meilleur des mondes possible. Là où Stéphane parlait de matricide, le voilà à évoquer avec émotion la future mort de sa mère, lui refusant la promesse de la débrancher si elle perdait la boule. Il ne veut pas la voir mourir, il ne le conçoit pas et l’avoue soudain sans complexe. Il disserte un peu sur la mort et le tout s’enlise. Paradoxalement, le dialogue était meilleur lorsqu’il vilipendait l’absence de réelle conversation que dans cette vaine tentative de philosopher. Nous voilà tombés dans l’insignifiance du texte, alors même que le fils pourrait estimer que l’échange prend enfin un peu de consistance. Voilà un échec cuisant. Ou une idée brillante.

A vous de voir. ♥ ♥

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