Interminables longues étreintes

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Critique d’Insoutenables longues étreintes, d’Ivan Viripaev, vu le 25 janvier 2019 au Théâtre de la Colline
Avec Pauline Desmet, Sébastien Eveno, Nicolas Gonzales, Marie Kauffmann, dans une mise en scène de Galin Stoev

Cela devait arriver : j’ai pris mes habitudes au Théâtre de la Colline. Des trois théâtres nationaux parisiens que je fréquente, c’est pourtant celui que j’ai découvert le plus récemment, avec un spectacle d’Alain Françon, il y a 2 ans – mais c’est aussi celui qui m’a le moins déçue, proportionnellement parlant. Me voilà donc à lui faire confiance aveuglément et à prendre mes places sans plus regarder ce que je vais voir. Cette fois, le simple nom de Galin Stoev, dont j’avais adoré la mise en scène du Jeu de l’amour et du hasard, a suffi à me décider. Me voilà donc dans la petite salle du Théâtre de la Colline, sans avoir la moindre idée de ce qui va se dérouler sous mes yeux.

Quand le spectacle commence, les quatre comédiens sont déjà sur scène. Ils incarnent Monica, Charlie, Amy et Christophe, quatre trentenaires dont les destins vont se croiser entre Berlin et New-York. Monica est mariée à Charlie, qui va coucher avec Amy avant que cette dernière ne rencontre Christophe dans un restaurant vegan côté de la Big Apple. Des trentenaires représentatifs de l’époque actuelle, dont les relations sont connectées sans être vraiment approfondies et qui vont découvrir que les véritables étreintes, celles qui connectent les cellules et non plus les smartphones, sont tellement puissantes qu’elles en deviennent insoutenables.

Tout commençait pourtant assez bien. Venue vierge de toute information sur le spectacle, j’ai d’abord été intriguée, intéressée même, par l’originalité de ce qui m’était présenté. Avant que le spectacle ne commence, je m’interroge sur le décor de la pièce : les murs sont faits de petites boîtes qui me font penser d’abord à des pixels, ensuite à un columbarium où chaque boîte devient une case renfermant une urne funéraire. Glauque, mais intrigant, cela fonctionnait assez avec l’idée émise en filigrane dans la pièce : pour « vivre vraiment » (comprendre : vivre une vie déconnectée où toutes les relations sont construites sur du concret et où on se connaît soi-même profondément), il faut d’abord tuer son ancien soi. Enfin, vous voyez l’idée.

Et puis il y avait ce mode narratif très particulier, où chaque personnage, au lieu d’interpréter directement l’action, la décrit à la troisième personne. Ça étonne, en premier lieu – ça n’est pas habituel et ça choque un peu l’oreille – mais finalement on s’y fait. Il faut dire que les quatre comédiens se donnent corps et âme et parviennent à rythmer au mieux cette énonciation spécifique. Mais il y avait surtout ce thème, entre mystique et science-fiction, qui me semblait nouveau au théâtre, et dont j’avais hâte de savoir où il pouvait nous mener.

Mais voilà, un peu comme en amour, ce qui avait d’abord plu finit par devenir lassant. La jolie scénographie tire vers le cliché quand toutes les boîtes tombent à terre au moment où on s’y attend le plus, permettant à la lumière de naître sur la scène. Le sujet devient alors très moralisateur et le côté mystique, d’abord étonnant, part complètement en cacahuètes et nous voilà à chercher le point bleu qui est en nous lorsque notre voix intérieure, notre voix intrinsèquement reliée à l’univers, nous parle. Et la fin, qu’on sent arriver de loin, s’étire de manière interminable pour arriver, en plus, à une conclusion qui me déplaît : finalement, l’absolue vérité se trouve dans la mort et il n’y a que là qu’on sera pleinement heureux. Tout ça pour ça.

En enlevant trois bons quarts d’heure, on tiendrait peut-être quelque chose…

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© Francois Passerini

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