Le jeu de l’amour et du hasard, Comédie-Française

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Critique du Jeu de l’Amour et du Hasard, de Marivaux, vu le 25 octobre 2011 à la Comédie-Française
Avec Alexandre Pavloff, Léonie Simaga, Pierre Louis-Calixte, Christian Hecq, Suliane Brahim et Pierre Niney, mis en scène par Galin Stoev

Dorante et Sylvia sont promis l’un à l’autre. Mais tous deux connaissent les enjeux du mariage, et ne tiennent pas à épouser n’importe qui. Sur le point de se rencontrer, ils échangent chacun de leur côté de personnage : Dorante prend la place de son valet, Arlequin, et Sylvia prend celle de Lisette, sa coiffeuse. Cela créé un comique de situation d’un bout à l’autre. Puis, comme souvent chez Marivaux, c’est la femme qui finira par « poser problème » (comme dans Les Serments Indiscrets, ou La Dispute) … Je ne vous en dis pas plus.

Ici, c’est une version assez … différente … de ce qu’on pourrait imaginer qui nous est présentée. Tout d’abord, les décors sont presques … grotesques. Ils représentent une maison, je suppose, avec différentes pièces, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, dont les murs sont décorés de fleurs roses … Les costumes sont très longs, parfois extravagants et assez surprenants (comme celui de Mario). En bref, ce n’est pas vraiment un cadre que l’on imaginerait pour un Marivaux.

La première approche de la pièce est donc assez déroutante dans l’ensemble. Mais lorsque la première scène débute, on est pris dans l’histoire et dans le jeu des personnages. Tout particulièrement, dans cette scène d’exposition, une actrice brille et se détache : Suliane Brahim. Je l’avais déjà vu à plusieurs reprises au Français, mais c’est la première fois qu’elle me paraît aussi parfaite ; sa gestuelle comme son ton et ses manières sans doute si travaillés paraissent extrêmement naturelles. Elle a une véritable présence sur scène, c’est indéniable. A ses côtés dans cette première scène, Léonie Simaga. Elle excelle également, mais me semble tout de même plus faite pour le tragique ; peut-être est-ce plus intuitif pour elle. En tout cas ici elle ne se détachait pas autant qu’elle avait pu le faire auparavant. Dommage (mais elle reste excellente). Puis apparaît Christian Hecq. Ce n’est pas un acteur que j’aime particulièrement, et je trouve qu’il a trop tendance à tirer la couverture à lui (comme dans Un Fil à la Patte) mais bien sûr je n’ai aucun mal à reconnaître que c’est un très bon acteur. Mais ici, il aurait presque tendance à « faire du Chrisitan Hecq » … malgré lui. C’est-à-dire que dès qu’il entre, certains sourient, d’autres rient. Rien qu’en le voyant. C’est dommage car son rôle, celui d’Orgon, père de Sylvia, n’est pas spécialement comique : c’est le « bon père » qu’on voit souvent chez Marivaux. Mais comme il a un physique et des mimiques comiques, tout de suite il a tendance à en rajouter. De plus, certaines de ses répliques ne sont pas totalement compréhensibles… Venons-en à Pierre Niney, jeune pensionnaire, incarnant Mario, le frère de Sylvia. Ils lui ont donné un côté « savant fou » qui n’est pas franchement utile au texte. En fait on ne comprend pas vraiment le pourquoi du comment… Enfin, Alexandre Pavloff et Pierre Louis-Calixte (Dorante et Arlequin) forment un parfait duo ; c’était la première fois que je voyais Calixte et je n’ai pas été déçue ! Par contre c’est vrai que j’avais préféré Pavloff en Diafoirus … Il ne paraissait pas assez amoureux, ici…

Encore une fois, il faut que je parle de la salle. Entre les parents qui expliquaient l’histoire à leurs enfants et ceux qui riaient dès qu’ils entendaient un imparfait du subjonctif … Malgré tout, je crois que c’est la première fois que j’entendais une salle aussi calme et attentive (c’est pour dire !). Lors des applaudissements, j’ai été très surprise : ils étaient très fournis, et tous les spectateurs battaient des mains en même temps, ce qui donnait l’impression que nous étions deux fois plus que d’habitude … ce qui n’était pas le cas (la salle était remplie, mais comme toujours). Enfin, cela montrait l’enthousiasme du public, et les acteurs ont eu droit à plusieurs rappels.

On m’avait dit énormément de bien sur la pièce. « Indépassable ». Comme pour Badine (mais quand même un peu moins) j’ai tout de même été un peu déçue. C’était superbe, sans doute. Mais peut-être que lorsqu’on se prépare à quelque chose d’extraordinaire, alors on risque la déception … Et après tous ces éléments assez étranges (dont un que j’ai oublié de citer : à un moment, Lisette et Orgon, respectivement coiffeuse et père de Sylvia, mangent des chamallow, sur scène. Orgon va même jusqu’à aller chercher un chamallow dans le décolleté de Lisette. Hmm … Des explications ?) j’en viens à me demander si ce côté « décalé » n’a pas une signification précise : le metteur en scène ne chercherait-il pas à nous montrer que le texte se suffit à lui-même ?

Verdict : tout de même, ça vaut le coup !

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