L’Avare, Comédie-Française

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Critique de L’Avare, de Molière, vu à la Comédie-Française le 1er octobre 2011
Avec Dominique Constanza, Christian Blanc, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Loïc Corbery/Benjamin Jungers, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau/Christian Blanc, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, et Julie-Marie Parmentier

C’est dingue de se dire que je n’avais ni lu ni vu L’Avare. Jamais. Je connaissais certains extraits, bien sûr, comme le monologue d’Harpagon, ou certaines répliques, comme « La peste soit de l’avarice et des avaricieux », mais même l’histoire m’était presque inconnue (je dis presque car je m’en doutais un peu quand même !). C’est donc l’histoire d’Harpagon et de sa famille ; il est père de deux enfants, Cléante et Élise, qui veulent tous deux se marier avec ceux qu’ils aiment, mais leur père ne l’entend pas ainsi. Harpagon, du haut de ses 60 ans, désire également se marier, avec celle que son fils se destinait …

On connaît tous les comiques de situation que Molière parvient à créer. On sait qu’on peut rire d’un bout à l’autre lorsque c’est bien joué et bien mis en scène. On sait aussi qu’en général, les pièces sont relativement courtes. Si je vous dis qu’il est écrit, dans la brochure distribuée à la Comédie-Française : « 2h45 avec entracte », vous me croyez ? Il le faut, car c’est vrai. Et parfois, on la sent, la lenteur de l’action. Il y a quelques longueurs bien présentes, notamment au début.

En fait, c’est surtout les scènes où Denis Podalydès n’apparaît pas qui semblent longues. C’est dommage, mais franchement compréhensible : il est, tout simplement, formidable. On ne le reconnaît pas, lorsqu’il entre sur scène ; habillé de noir – formant ainsi un contraste avec les autres personnages dont les costumes sont très colorés, avec un maquillage qui semble vouloir souligner les traits de son « vieil âge », il se déplace pourtant avec la légèreté et l’habileté d’un homme de 20 ans ; il court, saute, s’énerve, rit, va, revient, monte les escaliers, danse, sans montrer aucun signe de fatigue. Extraordinaire, magistral, stupéfiant. Il « tient » la pièce à lui tout seul. Son monologue surtout, est absolument génial : comme je l’ai dit, je n’avais jamais vu la pièce. Mais là… ! Je ne parviens pas à imaginer meilleure interprétation. On comprend l’utilité de l’entracte ; je pense qu’il doit se reposer et se donne à fond pour sa tirade. Il saute de la scène sur les accoudoirs des premiers rangs, passe au-dessus des chanceux (dont moi !) pour se caler entre le 3e et le 4e rang. Il interroge alors la salle du regard, la questionne, l’invite à se prendre au jeu. Il semble comme possédé. Puis il revient, toujours avec cette grande agilité dont il a le secret. 

La pièce ne tarde pas à se terminer. Et c’est une très belle fin ; elle rappelle un peu la fin de La Grande Magie, pour ceux qui l’ont vue, avec la boîte (ici, la cassette), qu’il ouvre tout au bord de la scène … Les autres personnages sont alors derrière lui et l’accompagnent dans ses « retrouvailles avec son argent » …

C’est un Avare assez noir que Catherine Hiegel a tenu à nous présenter. Le personnage qu’incarne Podalydès paraît intelligent, et moins naïf que ce qu’on pourrait croire. Sans être non plus « sadique » avec ses enfants, il n’y prête aucune attention et semble franchement méchant, mauvais, et heureux lorsqu’il voit son entourage triste.

Je me dois quand même de parler des autres acteurs … qui, bien que très bons pour la plupart, étaient dans l’ombre de Podalydès, qui se détachait brillamment du lot. Il y avait bien Benjamin Jungers, que je découvrais, et qui compose un excellent Cléante ; il tenait tête à son père de la manière la plus réaliste qui soit. En revanche, sa soeur, incarnée par Julie-Marie Parmentier, n’était pas à la hauter ; se croyait-elle encore dans Badine qu’elle jouait au Vieux-Colombier la saison dernière ? Car lui a-t-on vraiment demandé de prendre cet air et ce ton desespérés tout au long de la pièce ? D’accord, quand elle parle avec son père, elle peut être triste … Mais lorsqu’elle parle à Valère, celui qu’elle aime, ne pourrait-elle pas faire passer un autre sentiment sur son visage ? Et même lorsqu’on sort de ce détail … Ne pourrait-elle pas parler plus fort ? Sa voix est à peine audible, et j’étais au 3e rang … Heureusement, elle est la seule dans ce cas-là (quoique je n’ai pas beaucoup apprecié le jeu trop monotone de Jennifer Decker), et des acteurs comme Jérôme Pouly (Maître Jacques), Nicolas Lormeau (Maître Simon) ou encore Nâzim Boudjenah (La Flèche), beaucoup plus pétillants, redonnent rapidement le sourire au spectateur.

A ne pas manquer, car un Harpagon comme celui-là, si vous voulez mon avis, ça ne court pas les rues … 

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