#OFF21 – Dépôt de Bilan

Critique de Dépôt de Bilan, de Geoffrey Rouge-Carrassat, vu le 17 juillet à la Reine Blanche
Avec Geoffrey Rouge-Carrassat, mis en scène par Emmanuel Besnault

Il y a quelques années, le spectacle de Geoffrey Rouge-Carrassat, Conseil de Classe, avait fait grand bruit, et je l’avais manqué. Pire : j’avais senti le bruit monter peu à peu autour du spectacle, j’avais réservé ma place et, manque de chance, quand j’étais arrivée, probablement à la bourre, probablement à cause du spectacle précédent, probablement parce que mon planning était trop blindé, la salle était pleine et je n’ai pu assister au spectacle. Mais j’ai gardé ce nom en tête, Geoffrey Rouge-Carrassat, afin de découvrir le talent de ce comédien que la critique saluait.

Je me demandais bien ce qu’il pouvait faire de la question de workaholisme au théâtre. C’est un sujet qui pouvait m’intéresser, ayant moi-même navigué dans des milieux où finir un dossier à trois heures du matin est valorisé. Car le workaholic est dépendant au travail au point de mettre de côté sa vie sociale et de passer ses nuits au bureau. Dans le spectacle, à travers la notion de workaholisme est également abordée celle du bullshit jobs, ces « métiers à la con » où une journée de travail consiste à classer des mails par ordre de priorité, à en rédiger, ou encore à faire des powerpoint. Comme le dit très bien le personnage composé par Geoffrey Rouge-Carrassat, à la fin de la journée, il n’a pas arrêté de travailler, mais il n’a rien fait.

C’est un spectacle en deux parties. La première partie est une performance d’acteurs et on ne peut que s’incliner devant le débit du flux de paroles qui sort de sa bouche. En quasi-apnée pendant 30 minutes, il nous raconte ce qu’est sa vie, sa journée de travail, ses collègues, sa relation avec sa femme. A voir, c’est impressionnant, mais c’est surtout efficace sur le spectateur car il nous stresse beaucoup à maintenir cette cadence sans montrer de faille. Efficace aussi car il est presque fatigant à débiter ainsi, et la projection d’images qui défile derrière lui s’accélère au fil du temps, accentuant la pénibilité de la situation. Simplement avec son principal outil de comédien, sa voix, il parvient à nous faire côtoyer son monde, sa personnalité, son rythme, et à nous en dégoûter. Il fait passer beaucoup de choses avec peu de moyens. C’est fort.

La seconde partie me laisse davantage perplexe. C’est plus silencieux, bien que ponctué ça et là par quelques mots, quelques phrases, parfois issues de son monologue initial, et ça consiste essentiellement en déplacements des mannequins et des tréteaux pour former une sorte de château de carte en bois sur lequel chacun semble occuper une place précise. Je reconnais que les mannequins ont quelque chose de fascinant et même si je ne comprends pas ce qu’il cherche à faire, je suis presque happée par cette réorganisation minutieuse de l’espace. Lui qui nous a d’abord captivés avec ses mots, le voilà qui prend son temps. Il n’a pas peur du silence : il faut dire qu’il l’habite complètement. Le rendu scénique est plutôt beau, mais il reste très énigmatique pour moi. Il m’évoque la déshumanisation, la solitude, la construction d’un monde bien qui peut s’effondrer à tout moment, mais j’ai le sentiment de passer à côté de quelque chose.

Même perplexe, on sent la nécessité, l’urgence de dire ou de se taire. Et c’est tout ce que je recherche au théâtre. Geoffrey Rouge-Carrassat, comédien à suivre. ♥ ♥

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