#OFF21 – La Maison du Loup

Critique de La Maison du Loup, de Benoît Solès, vue le 17 juillet au Théâtre du Chêne Noir
Avec Benoît Solès, Amaury de Crayencour, et Anne Plantey, dans une mise en scène de Tristan Petitgirard

Il faut que je vous avoue quelque chose : je n’ai pas adoré La machine de Turing. J’ai mis du temps à la voir, et, quand je l’ai enfin vu, est-ce parce que j’ai été inondée de critiques dithyrambiques ou parce que j’avais tellement entendu parler du spectacle que j’avais l’impression de déjà le connaître, je n’ai pas passé le moment incroyable promis. Mais j’adore Benoît Solès donc je me suis dit que c’était juste ce coup-là et j’ai souhaité retenter le coup avec sa Maison du loup, en espérant que cette fois-ci serait la bonne.

Ete 1913, en Californie. On est dans la maison de 26 pièces qu’a fait construire Jack London. Malgré les paysages magnifiques qui l’entourent, et qu’on pourrait imaginer propices à la créativité, il est en mal d’inspiration. Charmian, sa femme, ou plutôt sa partenaire comme il l’appelle, s’en inquiète et a fait appel à Ed Morell dont elle a lu l’un des articles et qu’elle pense capable de débloquer son mari. Elle aimerait que ce dernier écrive sur le sujet qui tient tant à Ed Morell : l’annulation de la condamnation à mort de Jacob Heimer.

Je vais directement casser le suspens : je n’ai pas adoré La Maison du loup. Je pense en fait que le problème était le même que pour La Machine de Turing : j’ai du mal avec ce que j’appellerai un documentaire non assumé, comme une fiction qui veut nous inculquer une part de pédagogie. L’écriture laisse apparaître l’admiration de Benoît Solès pour l’auteur américain et il ne peut s’empêcher, ici de citer Martin Eden, là de résumer L’Appel de la forêt. J’ai peut-être besoin de m’éloigner davantage de ma réalité pour arriver à rêver, de cette invitation au voyage, pourtant très alléchante, je ne garde qu’un souvenir de carte postale.

Je m’en veux de ne pas apprécier ce spectacle à sa juste valeur. C’est un travail impeccable, très soigné. Je connais un peu le travail de Benoît Solès et je reconnais – et salue – son perfectionnisme. Le décor est sublime, l’utilisation de la vidéo bien dosée apporte une dose d’onirisme parfaitement complétée par les superbes lumières de Denis Schlepp. Les pêcheurs de perle de Bizet finissent de nous plonger dans cette atmosphère particulière où l’attente est un personnage à part entière : on a l’impression d’être constamment au bord de quelque chose – de l’inspiration, de la libération de Ed, d’un nouveau sentiment entre deux personnages. On saluera également le travail scénographique de Juliette Azzopardi qui nous offre des images marquantes, comme celle de Benoît Solès contant la torture subie en prison, glaçante évocation de l’arrestation de George Floyd.

Le duo formé par Benoît Solès et Amaury de Crayencour fonctionne bien : ils s’opposent et se rejoignent comme le feraient un chien et un loup. On aurait d’ailleurs aimé les voir davantage s’affronter. Le premier est bourru et intéressé, laissant transparaître un reste d’humanisme dans quelques regards, quelques postures. Le second compose avec une sagesse innée et une colère acquise. Seule Anne Plantey ne semble pas avoir encore trouvé sa place au milieu des deux hommes, mais il faut dire que son rôle est probablement le plus ingrat des trois.

Ce n’est pas forcément ma came, mais il faut reconnaître que, dans son genre, c’est plutôt réussi. ♥ ♥

© Fabienne Rappeneau

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