L’Opéra de Quat’sous, Comédie-Française

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Critique de L’Opéra de Quat’sous de Bertold Brecht, vu le 21 juin 2011 à la Comédie-Française
Avec  Véronique Vella, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Christian Gonon, Léonie Simaga, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudienah, Félicien Juttner, Pierre Niney, Jérémy Lopez , et les Élèves-comédiens de la Comédie-Française : Armelle Abibou, Marion Lambert, Ariane Pawin, Antoine Formica, Samuel Martin, François Praud, Florence Pelly, Angélique Rivoux, Mélody Marie-Calixte, mis en scène par Laurent Pelly ; et l’orchestre ous la direction de Bruno Fontaine, avec Mathieu Adam, Jean-Philippe Audin, Osvaldo Calo, Lester Alexis Chio-Alonso, Daniel Ciampolini, Yannick Deborne, Hélène Dusserre, Marie Gondot-Abdoun, Daniel Gremelle, Olivier Innocenti, Marthe Moinet-Audin, Georges Porte, Mathieu Reinert

Quelle chance j’ai eue ! Car oui, vous l’avez vu, la pièce n’était à l’origine pas prévue dans mes choix (plus à cause de la difficulté d’obtenir des places que de l’envie – je ne demandais pas mieux qu’un billet qui tombe du ciel). Or, voilà que mardi, comme je vais réserver mes places pour l’année prochaine, une dame arrive, qui vend deux places (corbeille). Nous achetons, nous nous rendons donc à la Comédie Française le soir même, 21 juin, fête de la musique : nous ne pouvions mieux tomber ! J’ai été absolument ébahie par la voix des comédiens – et de tous ! Pas un ne fait tache, pas un ne reste en retrait ! Ils sont tous formidables.

Bertold Brecht a cette particularité, de toujours mettre une distanciation entre la pièce et les spectateurs – voilà par exemple l’explication à la « double fin » (ceux qui connaissent la pièce comprendront). Nous sommes à Londres, au moment du couronnement d’une reine (années 1920 – contemporain de l’écriture de la pièce), période très fournie en brigands de toute sorte : L’Opéra de Quat’sous semble être un « contre-opéra », dans le sens où il nous présente les bas-fonds du Londres de son époque, Londres qu’il aurait pu connaître (il était allemand). C’est donc avec l’aide de Kurt Weil, grand musicien allemand, qu’il met en scène divers malfrats : voleurs, voyous, et même putains.

Bien sûr, comme ça, l’histoire peut ne pas paraître alléchante ; mais je vous assure, que présentée par les acteurs du Français, il en résultait un bonheur intense – peut-être même trop par rapport à ce que désirait Brecht : le malaise du spectateur.

C’est donc dans cet environnement glauque et austère que Mackie Messer, chef de gang, enlève et épouse Polly, la fille de Mr Peachum, qui « fait profession d’accoutrer en infirme des hommes valides et de les envoyer mendier dans les rues de Londres » (on ne peut mieux dire : cela vient du fascicule donné par les Ouvreuses de la Comédie-Française). Polly, une fois mariée à Mackie, se voit confier par lui le soin de gérer sa « bande » en son absence (Mr Peachum le fait rechercher).  Ainsi, Polly, d’abord discrète devant ces hommes, associés de son nouveau mari, tous habillés de noir, un revolver sous leur manteau, change de profil et gère avec fermeté ces truands. Et pour changer aussi radicalement de caractère tout en restant crédible, il faut une très bonne actrice. Ils ont su la trouver : Léonie Simaga. Elle possède un talent … quelque chose d’indescriptible. Je l’avais vu dans Andromaque, où elle jouait Hermione, et où elle nous touchait dans sa tristesse et nous effrayait dans sa folie. Et là, elle revient, meilleure que jamais : sa voix est magnifique, comme si elle avait, derrière elle, une carrière de chanteuse. Sa gestuelle, son port, sa diction sont parfaits : et elle nous fait penser à une statue grecque tant elle a de charme. Son talent a-t-il des limites ? Pour l’instant, je n’en vois aucune. Son partenaire est également excellent, il s’agit de Thierry Hancisse, un acteur que je n’avais jamais vu mais que je connaissais de réputation (on me l’avait présenté comme quelqu’un d’extraordinaire) : et bien, je confirme, cette réputation est méritée. Tout comme Léonie Simaga, il a une très belle voix, à sa manière – baryton, je dirais. Il joue parfaitement les bandits séducteurs, les « mauvais-garçons » ; on a beau chercher, on ne peut rien lui reprocher. Ainsi, le couple principal est tout simplement rayonnant de justesse.

Mais les personnages « secondaires » n’en sont pas moins bons ! Au contraire, chacun parvient à se détacher ; on retient particulièrement Celia et Jonathan Peachum (Véronique Vella et Bruno Raffaelli) pour leur interprétation éclatante du couple caricaturé [mais aussi Jérôme Pouly en Matthias, et Marie-Sophie Ferdane en Lucy).

Enfin, ajoutons à tout cela un merveilleux orchestre, dirigé par Bruno Fontaine, et comprenant grand nombre d’instruments de la guitare-banjo aux percussions en passant par le piano et le bandonéon.

En conclusion ; quelle belle fête de la musique j’ai passé ! C’était également  la meilleure soirée de ces trois jours « Comédie-Française » [avec Agamemnon et Badine] : je me serais mordu les doigts si j’avais su ce que j’ai failli rater !

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