Étienne Bennequin, ce grand Malade

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Critique du Malade Imaginaire, de Molière, vu le 19 avril 2013 au Lycée Louis-le-Grand
Avec Arij Aissa, Martin Banet-Rivet, Zakarya Benayad, Étienne Bennequin Juliette Cremel, Marcus Garzon, Younes Lakehal, Gabriel Lazrak, Morgan Mallet-Bougeard, Léa Schwartz, et Clarisse Thomas, dans une mise en scène d’Étienne Bennequin et Marie Villiers

Je ne comprends pas trop le principe des troupes de théâtre au lycée Louis-le-Grand. En fait, on laisse n’importe qui faire n’importe quoi. Il y a deux ans, ce n’importe quoi avait été très mal géré lors de La guerre de Troie n’aura pas lieu. Mais cette année, ce Malade, mis entre les mains d’Étienne Bennequin et de Marie Villiers fait des merveilles. Le pari qu’il a fait, en début d’année, de monter l’une des plus grandes oeuvres de Molière, et d’incarner l’un des personnages les plus célèbres du répertoire, est réussi. 

Si quelqu’un a des doutes sur l’histoire, la voici en quelques mots : Argan est hypocondriaque, et croit souffrir de tous les maux du monde. A son chevet, les médecins et les apothicaires s’enrichissent, tout comme sa femme, qui compte bien lui arracher tout son bien après sa mort. Pour son bien-être, Argan décide de marier sa fille, Angélique, avec Thomas Diafoirus, fils de médecin, et lui-même futur médecin … Mais elle aimerait épouser Cléante, que son père lui refuse. 

Tout d’abord, j’avoue que devant « adaptation libre aussi », j’ai douté un peu. Mais je ne peux qu’être agréablement surprise. Si quelques coupes ont été effectuées, n’altérant pas la compréhension de la pièce, Marie Villiers a également amplifié le rôle de (l’excellente) Louison : cette dernière devient donc narratrice, ce qui n’a pas été pour me déplaire. Elle peut ainsi expliciter les quelques passages passés sous silence, et ses parties ajoutées sont écrites avec une extrême justesse. Une idée originale et qui, utilisée à bon escient, confère à la pièce un petit quelque chose en plus : la pièce, vue par l’enfant qu’est Louison, prend un côté attendrissant lors de ses intermèdes, et souligne ainsi l’aspect familial et intime de la pièce.

Là où nos deux metteurs en scène signent un coup de maître également, c’est pour la distribution : Louison (Léa Schwartz) est formidable. Elle parvient à reproduire la gaieté, la naïveté, et l’enthousiasme de l’enfance ; elle est extrêmement naturelle sur scène et a une véritable présence. Ses intermèdes sont une franche réussite, tout comme la fameuse scène avec son père, où son « Je suis morte » provoque aisément les rires. Le duo formé par les deux jeunes amants, incarnés par Zakarya Benayad et Juliette Cremel, est très bon égalements : frais et la voix claire, ils s’approprient tous deux entièrement leur personnage et le vivent sur scène. Ne voulant pas tout dévoiler, je me contenterai de mentionner la scène de chant, modernisée sans trop en faire, où l’on regrette juste les problèmes de sons … Le piano couvre parfois la voix des comédiens, et il leur aurait fallu des micros, ce que ne pouvait fournir le lycée. Dommage aussi que Morgan Mallet-Bougeard, alias Monsieur Purgon, n’apparaisse qu’une fois… mais quelle fois ! Sa scène de scandale auprès d’Argan est une pure réussite, poncutée d’applaudissements mérités ! Toinette (Clarisse Thomas) est bien, mais manque un peu de la vigueur qu’on attend de la servante. Arij Aissa incarne une Béline crédible, mais qui aurait peut-être pu aller plus loin dans la cruauté. Regrets aussi que Marcus Garzon se voit attribué une partition si légère : il aurait brillé en Thomas Diafoirus, comme il le fait actuellement en Monsieur Diafoirus. Gabriel Lazrak, incarnant Béralde, frère d’Argan et voix implicite de Molière, prend son rôle très au sérieux, et le tient jusqu’au bout sans signe de faiblesse. La critique émise par la pièce est ainsi transmise sans problème, lors de la scène, plus sérieuse, entre les deux frères. Younes Lakehal, que l’on n’entend pas assez lorsqu’il incarne le notaire, se rattrape lors de sa deuxième scène, en partant, furieux et excellent, lors de son lavement refusé. Venons-en à Argan. Étienne Bennequin est parti trop vite, peut-être à cause du stress, et quelques mots, quelques liaisons ont été écorchées au début de la pièce. Mais vite, il se rattrape : son talent comique évident et ses mimiques parfaites lui redonnent de l’assurance, et le reste de la pièce se passe sans encombre. Il incarne un Argan naïf, plutôt attendrissant malgré sa dureté envers sa fille, et surtout excellent lors de ses sautes d’humeur.

Un Malade à revoir les 25 et 26 avril au Lycée Louis-le-Grand (123 rue St-Jacques). Chapeau bas pour cette troupe accueillant des élèves de tous niveaux et de toutes filières, et, comme on dit chez nous : quels Hommes !  ♥ ♥

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