Toutes les plumes de Colette

Critique de Music-Hall Colette, de Cléo Sénia et Alexandre Zambeaux, adapté par Léna Bréban, vu le 2 février 2024 au Théâtre Tristan Bernard
Avec Cléo Sénia, mise en scène par Léna Bréban

Je ne sais pas combien de fois j’ai écrit ça ces derniers temps mais encore une sélection due en partie au harcèlement du haut de l’arbre généalogique. Colette est au programme de prépa et j’entends chanter ses louanges depuis quelques mois. Et puis comme j’ai aussi un peu une personnalité, je dois dire que Léna Breban à la mise en scène et Jean-Marc Hoolbecq à la chorégraphie, ce sont pour moi des valeurs sûres (et que j’aurais donc probablement pointé mon nez même sans le contexte très Colettien !).

La première chose qui me vient, c’est que je ne sais pas si j’ai déjà vu un seul en scène qui soit autant un spectacle. Ne me hurlez pas dessus, les seuls en scène sont bien des spectacles et loin de moi l’idée d’en faire un sous-genre. J’ai toujours aimé les seuls en scène. Mais chaque forme a ses codes, et, entre nous, on sait bien que ces derniers temps, quand on dit seul en scène, on a plutôt l’image du dépouillement scénique total venant contraster avec le côté très démonstratif de ce morceau de bravoure que constitue l’interprétation de vingt personnages par un seul comédien (comment ça je suis blasée ?). Ce Music-Hall Colette n’a rien de tout ça. Rien que dans sa forme, il est libre, il est différent, et ça mérite déjà des bravos.

C’est peut-être un détail pour vous, et pourtant, je pense que ça fait partie des éléments qui contribuent à insuffler un air de liberté et d’anti-conformisme à ce spectacle. Car c’est dans l’air, indéniablement, c’est l’âme et la singularité de Colette qui progressivement envahissent la salle, ça ne reste pas juste sur le plateau, ce n’est pas juste l’effet de quelques effeuillages – aussi réussis soient-il, j’en conviens. C’est au-delà de ça. Ça déborde de Colette, dans la forme, dans le fond, dans le rapport au spectateur – ai-je déjà vu un jeu avec le public aussi pertinent que ce soir-là ?

J’ai dit que je n’étais pas habituée à voir des seuls en scène avec pareille attention portée sur la mise en scène, je n’ai pas été au bout de ma pensée. Je ne savais pas que ce matériau permettait de proposer quelque chose d’aussi brillant. D’aussi étonnant. D’aussi intelligent. Le travail de Léna Bréban est inventif mais jamais démonstratif, généreux sans être encombré, ultra dynamique tout en restant élégant. Mais il est surtout d’un équilibre parfait : l’utilisation du plateau, l’alternance entre les numéros dansés et racontés, les différents aspects de la personnalité de Colette, tout s’articule à la perfection pour entraîner le spectateur dans cette danse effrénée.

Et pendant que Léna Bréban signe une petite perfection à la mise en scène, Cléo Sénia, elle, en fait tout autant sur le plateau. Jeu, chant, danse, effeuillage, rien ne lui résiste. Sa Colette est un roc et l’enthousiasme débordant qu’elle affiche est un nid à faire front dans la difficulté. Les barrières qui se posent sur son chemin, elle les éclate, presque comme si elle ne les voyait pas. Rien ne semble lui résister, donnant un effet de toute puissance. C’est une personnalité unique, et caractérielle. Alors oui, le spectacle est principalement axé sur le rapport de Colette aux hommes, peut-être plus qu’à la littérature, mais c’est fait avec une envie communicative qui nous donne envie de nous (re)plonger dans l’oeuvre de l’autrice. Pari gagné.

Music-Hall Colette – Théâtre Tristan Bernard
64 rue du Rocher, 75008 Paris
A partir de 23€
Réservez sur BAM Ticket !

© Julien Piffaut

Diablement réjouissant

Critique des Diaboliques, de Christophe Babier, d’après Jules Barbey d’Aurevilly, vues le 24 janvier 2024 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Gabriel Le Doze, Magali Lange, Krystoff Fluder et Reynold de Guenyveau, mis en scène par Nicolas Brainçon

Je ne sais combien de fois j’ai entendu le haut de l’arbre généalogique vanter Barbey d’Aurevilly. En bonne progéniture qui se respecte, je me suis évidemment positionnée contre le conseil parental (mais j’ai lu d’autres choses, ne vous inquiétez pas). Il n’empêche que, quelque part, le harcèlement a fonctionné, la curiosité est là, et bientôt mon inculture sera comblée !

Alors, qu’est-ce qu’elles racontent, ces fameuses Diaboliques tant redoutées ? Ce sont des nouvelles qui s’écoutent comme de véritables petits contes en réalité, avec ce plaisir enfantin de découvrir l’histoire qui se joue devant nous. Plaisir d’autant plus grand peut-être par les sujets sulfureux qu’elles abordent, aussi scandaleux que savoureux, puisqu’on y croise l’amour, l’adultère, le meurtre, la vengeance ou encore la rancune. Ces Diaboliques ont quelque chose d’immoral. De délicieusement immoral. Pas si barbant, le Barbey !

Je me disais un peu que si Les Diaboliques ne m’avaient pas par le théâtre, alors j’étais perdue pour cette cause. Coup de chance – ou de talent – elles m’ont eue. Et bien eue. Genre positionnées en haut de la pile-à-lire dès la sortie du spectacle. Il faut dire que l’adaptation était pertinente. La langue de Barbey d’Aurevilly fonctionne très bien en bouche, et le format du texte, avec ces conteurs et ces personnages comme deux strates du récit, a en lui-même quelque chose d’éminemment théâtral.

Pas étonnant de retrouver Nicolas Briançon aux manettes de pareil texte. Les Diaboliques parlent des tréfonds de l’âme humaine, de passions portée à un niveau d’incandescence invraisemblable. Il y a bien quelque chose de sombre, dans ce texte, mais qui touche à un sublime noir.

Sombre, mais jamais triste. Cette noirceur teintée de touches de couleurs, Nicolas Briançon la rend superbement sur scène. C’est cru, mais jubilatoire. Excessif. Frénétique. Outrancier. Complètement vivant. Il faut dire qu’il s’est entouré d’une belle équipe. Cette narration qui passe de bouche en bouche – les trois comédiens ont d’ailleurs de magnifiques coffres de conteur – est parfaitement maîtrisée, fluide, équilibrée, maintenant un rythme toujours palpitant. Sur le plateau, ils ont quelque chose de très complémentaire. Comme si, à eux quatre, ils portaient, avec légèreté, toute l’immoralité des hommes.

Les Diaboliques – Théâtre de Poche-Montparnasse
75 bd du Montparnasse, 75006 Paris
A partir de 22€
Réservez sur BAM Ticket !

© Sébastien Toubon

Un Prévert à prévoir

Critique de Fatatras ! Inventaire de Jacques Prévert, vu le 19 janvier 2024 au Théâtre de Poche-Montparnasse
Avec Anne Baquet et Jean-Paul Farré, mis en scène par Gérard Rauber

Le théâtre, c’est ma porte d’entrée vers beaucoup de choses. J’y consolide mes connaissances historiques, j’y retrouve des personnages croisés sur les bancs d’école, j’y redécouvre avec plaisir tout ce que je n’ai pas le temps de redécouvrir ailleurs. C’est le cas de la poésie. Comme beaucoup d’entre vous, sûrement, j’aime la poésie. Mais je n’ai pas le temps – je ne prends pas le temps – d’en lire et de m’y initier davantage. Alors quand le théâtre m’invite à redécouvrir l’un des plus populaires des poètes français, Jacques Prévert, mis en voix par deux comédiens que j’adore, autant vous dire que je n’hésite pas une minute.

Je suis plutôt une habituée de la grande salle du Poche, mais mes quelques expériences dans la salle du bas ont suffi à me prouver combien sa petite taille est une excuse au dépouillement soudain de la mise en scène. Marguerite Danguy des Déserts, qui signe ici la scénographie, nous prouve comme on peut faire si bien avec si peu. Sur scène, des objets cachés qui se révèlent au fur et à mesure titillent notre curiosité et on se met rapidement à attendre la prochaine révélation avec une envie pleine de gourmandise. Quelque chose s’allume dans nos yeux. Nous voilà déjà en train de retomber en enfance.

Il faut dire qu’il y a une atmosphère de cour d’école dans la petite salle du Poche-Montparnasse. Peut-être d’abord parce que ces deux comédiens n’ont pas été choisis au hasard, parce qu’ils partagent cette envie qui s’allume d’une étincelle dans le regard dont on sait en la voyant qu’elle s’accompagne d’un sourire malicieux, de cette sorte de sourire qui ne lève qu’un coin de la bouche car l’autre est trop occupé à dire un bon mot. Et les bons mots de Prévert, autant vous dire qu’on les déguste sans modération.

Il y a une atmosphère de cours d’école, mais qu’on traverse un peu comme une grande personne sur notre fil d’équilibriste. Parce qu’on entend aussi bien ces vers de Prévert qu’on avait appris au primaire, que ceux plus engagés d’un Prévert révolutionnaire qu’on avait un peu oublié. Parce que ces petits instruments, qui semblent poper de tous les coins de la scène et qui ressemblent presque à des jouets d’enfants, accompagnent nos comédiens-chanteurs avec la même générosité qu’un Pleyel de concert. Parce que la diction magique de Jean-Paul Farré et la douceur d’Anne Baquet chatouillent mes souvenirs d’enfant tout en ancrant ces mots encore davantage dans ma tête.

Et tout d’un coup, étrange sensation, ce qu’ils viennent chatouiller est un souvenir beaucoup plus proche. Ces bons mots lancés comme à la cantonnade, ces jeux avec le langage qui feront de Prévert un surréaliste, ils me rappellent quelqu’un. Ils me rappellent Novarina, ils me rappellent les Personnages de la pensée que j’ai vus il y a quelques mois seulement à la Colline. Et je souris intérieurement de constater que l’artiste porté aux nues par les intellos-bobos-branchés-pastoutàfaitsnobsmaispresque n’est finalement pas si loin du popularissime Prévert. Et que de La Colline au Poche-Montparnasse, il n’y a qu’un pas.

Fatatras ! – Théâtre de Poche-Montparnasse
75 bd du Montparnasse, 75006 Paris
A partir de 23€
Réservez sur BAM Ticket !

© Alexis Rauber

Les faits que tu me fais…

Critique de Ma version de l’histoire, de Sébastien Azzopardi, vu le 12 janvier 2024 au Théâtre Michel
Avec Deborah Leclercq, Sébastien Azzopardi, Miren Pradier et Alexandre Nicot, mis en scène par Sébastien Azzopardi

Après un succès de plus d’une saison et demie, Une Idée Géniale de Sébastien Castro, qui portait bien son nom, cède la place au nouveau spectacle de Sébastien Azzopardi. Pas facile ! L’occasion pour moi de combler un manque, car j’ai beau avoir un grand respect pour Sébastien Azzopardi, conseiller ses pièces régulièrement, avoir l’impression qu’il fait partie de mon univers théâtral, je me suis rendue compte que je n’ai jamais vu un de ses spectacles.

J’ai de la chance, le sujet de son nouveau spectacle me fait envie. Et doublement envie, en vérité. D’abord, c’est une comédie sur le couple – et je ne sais pas combien de fois je l’ai dit cette saison mais j’adore les pièces qui traitent du couple. Mais c’est surtout un schéma intéressant, puisqu’il s’agit en vérité d’une confrontation des souvenirs de nos deux protagonistes, en rendez-vous chez le psy pour tentative de sauvetage de leur union. Tentative qui aboutit au constat que le temps – et un certain arrangement avec la réalité que certains nomment mauvaise foi – a pu quelque peu transformer les-dits souvenirs.

Allez, on va être tout à fait honnête : j’avais un peu peur. Peur de la grosse comédie qui tache. Mais je n’y étais pas du tout. Sebastien Azzopardi a fait appel à un mécanisme vieux comme le monde dans les couples, mais surtout très efficace scénaristiquement : les vieux dossiers. Déjà, dans un spectacle, un personnage qui ressort un vieux dossier, c’est souvent savoureux, mais alors une bataille de vieux dossiers, avec ce qu’il faut de mauvaise foi et de punchlines bien envoyées, autant vous dire qu’on n’a plus qu’à sortir les popcorn (enfin on est au théâtre donc déjà si vous mâchez du chewing-gum je vous maudis pour dix générations mais vous m’avez comprise).

Ça se savoure, ça se déguste, ça se suit comme une véritable série dont chaque souvenir serait un épisode. Le mécanisme pourrait paraître répétitif, mais se révèle en réalité plutôt addictif. On a constamment envie d’aller plus loin dans le temps, de deviner là où chacun s’arrange avec la réalité, de connaître la suite, ou plutôt l’origine du mal. Et théâtralement, ça fonctionne bien. Evidemment les disparités de points de vue sont plus que flagrantes, mais on peut toujours jouer aux jeu des sept différences sur le comportement des personnages qui évoluent subtilement d’une scène à l’autre.

Tout ce que j’écris là, c’est la version de moi écrivant un dimanche soir sur mes souvenirs du spectacle. Ce qui m’en reste est positif. J’ai passé une chouette soirée. Mais si je dois être tout à fait honnête, ma version du jour J est un chouïa différente. Elle est emballée, mais elle reste un peu sur sa faim en terme de rire. Pas qu’il manque quelque chose au spectacle, qui semble abouti tel qu’il est présenté. Mais plutôt qu’on sent le potentiel de quelque chose de davantage explosif, capable de renvoyer la balle à l’autre bout du terrain en un millième de seconde – et si c’est sur la pelouse ou en haut d’un tronc d’arbre, là où le spectateur ne regardait pas, c’est encore mieux !

Le bonnet de nuit d’Italie

Critique d’Un Chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche, vu le 10 janvier 2024 au Théâtre du Lucernaire
Avec Guillaume Collignon, Victor Duez, Sarah Fuentes, Mélanie Le Duc et Emmanuel Besnault, mis en scène par Emmanuel Besnault et Benoît Gruel

J’aime le théâtre de tréteaux que propose Emmanuel Besnault et j’avais vraiment hâte de voir comment il allait s’en sortir dans ce Chapeau de paille d’Italie avec seulement cinq comédiens. Mais j’avais confiance. Moi qui avais été si déçue de la version d’Alain Françon présentée en début d’année, je n’avais qu’une seule attente : RIRE. Spoiler : je suis passée complètement à côté de la proposition. Rire jaune, ça compte ?

Qu’est-ce qui est si terrible dans ce Labiche pour que deux metteurs en scène passent coup sur coup à côté ? Je garde un bon souvenir de la version de Giorgio Barberio Corsetti, vue à la Comédie-Française il y a plus de dix ans de ça, et dont l’explosivité me donne aujourd’hui encore de l’énergie rien que d’y penser. Je reprochais à Françon de ne pas s’être laissé suffisamment porté par ce texte, je reproche à Emmanuel Besnault l’exact inverse : être parti d’une idée qu’on a du mal à lire, même en sous-texte.

Au début, on se demande un peu où on est tombé. Quelque part entre le monde des Télétubbies ou un asile psychiatrique : le blanc recouvre toute la scène, jonchée de matelas et de draps, quand les comédiens semblent être des coussins vivants. C’est rigolo et étonnant, ça suscite la curiosité, mais ensuite ? J’abandonne mon idée des Télétubbies et de l’asile. Peut-être a-t-il vu dans l’histoire quelque chose de comparable à un Enterrement de Vie de Garçon ? Mais non, je n’y suis pas, il fallait voir plus simple : tout cela n’est qu’un rêve. J’aurais pu y penser tout de suite au vu des accessoires utilisés mais voilà : au-delà des accessoires, rien ne vient corroborer cette histoire de rêve…

Mais ce n’est pas le seul problème. Je me demandais comment on montait le Chapeau de paille d’Italie à cinq comédiens, je me demande en réalité si on peut vraiment le monter avec cinq comédiens. C’était peut-être un peu ambitieux. La noce est représentée uniquement par deux personnages, et on perd probablement en pression, en frénétisme, en exaltation de ce côté-là : on ne sent pas l’urgence, rien ne s’emballe, aucun engrenage ne s’active. Pire encore : le rythme s’enlise un peu, alors même que le spectacle ne dure qu’1h15 – mais j’ai vu la première, peut-être que ça s’est resserré depuis.

Enfin, dernière pointe de déception et après je m’arrête – mais c’est ça quand on a des attentes que voulez-vous : j’ai vu il y a deux ans un Fantasio monté aussi par Emmanuel Besnault. Un Fantasio rock. On a rajouté du rock sur Fantasio, vous me direz pourquoi pas, d’autant que la musique est souvent présente dans le travail de Besnault. Mais pourquoi l’avoir retirée du Chapeau, alors qu’en bon vaudeville qui se respecte, celui-ci comprend des airs chantés ? C’est dommage, car non seulement c’est souvent un atout des spectacles de Besnault, mais cela aurait pu contribuer à rythmer davantage la pièce et combler certains manques liés à l’adaptation pour cinq comédiens. Enfin, je dis ça…

Un Chapeau de paille d’Italie – Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris
A partir de 10 €
Réservez sur BAM Ticket !

© Philippe Hanula

Que voir à Paris en 2024 ?

Pfiou ! La voilà tout juste sortie du four – 5 janvier, il paraît même qu’on n’est pas trop en retard : la traditionnelle sélection du début d’année ! Je vous sais friands de cet article (même un peu trop à mon goût : j’ai beau soigner mes écrits toute l’année, ce sont mes articles de sélection qui donnent toujours les meilleurs résultats – ceci étant, quand on se rend compte que les critiques qui fonctionnent le mieux sont celles avec les titres les plus mordants, on comprend que vous êtes vraiment terribles !) et je dois avouer que moi-même il m’aide à y voir plus clair. Et là, clairement, le Tetris à venir pour organiser l’agenda de début d’année va être trèèèès compliqué. Il faut dire que ce cru 2024 donne envie, et sur toute la ligne, car notre sélection zyeute avec autant d’envie la programmation du T2G qu’un spectacle d’Isabelle Mergault. Tout le monde devrait donc trouver chaussure à son pied, amis snobs (d’un côté comme de l’autre, on est toujours le snob de quelqu’un) comme amis curieux. Alors à vos réservations, et puisse le sort vous être favorable !

C’est simple, si je peux voir chacune des prochaines apparitions d’Emmanuelle Bercot au théâtre, je vais le faire. C’est quasiment une résolution de vie. Parce que même quand je reste en dehors, comme pour Après la répétition / Persona présenté au Théâtre de la Ville à l’automne dernier, je suis complètement subjuguée par son jeu. Et donc un peu dedans malgré tout.

Together – Théâtre de l’Atelier – A partir du 16 janvier

Catherine Ringer, en fait. Catherine Ringer.

L’érotisme de vivre – Théâtre de l’Atelier – Du 1er au 6 avril

Ce spectacle tourne depuis dix ans, je ne compte pas le nombre de fois où on me l’a recommandé, c’est un banger absolu, ça parle de ma pièce préférée, je me demande bien ce que j’ai fait ces dernières années pour le manquer constamment.

Dans la peau de Cyrano – Théâtre du Ranelagh – A partir du 18 janvier

Parce que c’est toujours intéressant de voir le travail d’un même metteur en scène sur deux projets aussi différents (Pauline Susini travaille également sur Un Tramway nommé désir au Théâtre Antoine, plus bas dans cette liste !), parce que le travail documentaire sur la reconstruction post-attentat m’intéresse, parce que ce titre à consonance « tragédie grecque » m’interpelle, et puis aussi parce que le Théâtre 13 me manque.

Les Consolantes – Théâtre 13 – Du 30 janvier au 9 février

Le titre suffirait à convaincre la grande gourmande que je suis même s’il n’est pas question des merveilles sucrées ici. Mais parce que Justine Heynemann, parce que théâtre musical, et parce que La Huchette. Et puis il y a plein de paillettes dans la bande-annonce, autant vous dire que j’en ai déjà plein les yeux.

Cookie – Théâtre de la Huchette – Actuellement

Encore un spectacle dont j’ai beaucoup entendu parler. Tellement entendu parler en vérité que je suis allée découvrir Yohann Metay dans son nouveau spectacle cette année au OFF d’Avignon. Et c’était très chouette. Alors le voir parler de running, en plus, pour moi qui prépare mon premier marathon cette année (laissez-moi slay un peu), j’ai hâte !

La tragédie du dossard 512 – L’Européen – A partir du 30 janvier

Je n’aime pas particulièrement Christine Angot – et ses apparitions médiatiques sont à peu près tout ce que je déteste – mais j’avais quand même tenté l’adaptation de son Dîner en ville par Richard Brunel il y a quelques années à la Colline, qui m’a laissé un grand souvenir. Gageons qu’il en sera de même pour ce Voyage dans l’Est, dont la distribution me fait saliver d’avance.

Le voyage dans l’est – Théâtre Nanterre-Amandiers – Du 1er au 15 mars

Je me souviens parfaitement de ma rencontre avec ce film. J’étais déjà amoureuse de Robin Williams (j’avais vu Will Hunting un nombre bien trop élevé de fois) et j’étais hypée avant même que ça commence. Mais je ne m’attendais pas à ce que le sujet me touche de si près. Petite apnée cinématographique. J’espère que son adaptation théâtrale me fera le même effet.

Le cercle des poètes disparus – Théâtre Antoine – A partir du 24 janvier

Le Misanthrope fait partie de ces pièces, comme Cyrano, comme Le Cid, vers lesquelles je suis attirée comme un aimant. Quand en plus vous ajoutez le nom de Thomas Le Douarec et que les échos des copains qui l’ont vu cet été à Avignon sont positifs, on se demande vraiment pourquoi on se priverait !

Le Misanthrope – Théâtre de l’Epée de bois – Du 11 au 28 janvier

Franchement, si on m’avait dit que je verrai un jour Jean-Luc Reichmann et Isabelle Mergault au théâtre, je n’y aurais pas cru. Mais qu’est-ce qu’on en ferait pas pour voir Virginie Pradal ! Et vous savez quoi ? La vérité, c’est que je suis archi curieuse.

Le Bracelet – Théâtre des Nouveautés – A partir du 10 janvier

J’aime le théâtre de tréteaux que propose Emmanuel Besnault et j’ai vraiment hâte de voir comment il va s’en sortir dans ce Chapeau de paille d’Italie avec seulement cinq comédiens. Mais j’ai confiance. Moi qui ai été si déçue de la version d’Alain Françon, je n’ai qu’une seule attente : RIRE.

Un Chapeau de paille d’Italie – Théâtre du Lucenaire – A partir du 10 janvier

13 ans de blog et toujours pas vu (ni lu) Les Chaises. Une vague idée de ce dont il s’agit. Et une grande envie de le découvrir sur scène. Ce sera peut-être enfin la bonne !

Les Chaises – Théâtre du Lucernaire – A partir du 10 janvier

J’étais ultra hypée par ce spectacle lorsqu’il a été annoncé initialement : il réunissait trois de mes artistes préférés, Arnaud Denis, Maxime d’Aboville, Adrien Melin. Malheureusement, Arnaud Denis a dû laisser la main pour la mise en scène pour des raisons de santé, et c’est Thierry Harcourt qui assurera la mise en scène. Petit pincement au coeur, mais c’est chouette aussi, et j’ai hâte de découvrir cet Anouilh que je ne connais pas !

Pauvre Bitos – Théâtre Hébertot – A partir du 9 février

J’ai pour habitude de dire que je n’aime pas Genet mais ma seule rencontre avec l’auteur remonte à une version des Bonnes proposée au Lucernaire il y a plus de 10 ans. C’est peut-être l’heure de s’y confronter à nouveau. Et doublement, puisqu’une mise en scène des Paravents par Nauzyciel m’attend un peu plus tard dans l’année. L’année sera Genet, ou ne sera pas !

Les Bonnes – Théâtre 14 – Du 27 février au 21 mars

Franchement, Prévert, Anne Baquet, Jean-Paul Farré : on n’a plus qu’à se laisser porter, en fait !

Fatatras ! – Théâtre de Poche-Montparnasse – A partir du 11 janvier

Je ne sais combien de fois j’ai entendu le haut de l’arbre généalogique vanter Barbey d’Aurevilly. Le harcèlement a fonctionné, la curiosité est là, et bientôt mon inculture sera comblée !

Les Diaboliques – Théâtre de Poche-Montparnasse – A partir du 16 janvier

Là encore, le haut de l’arbre généalogique n’est pas pour rien dans la sélection. Colette est au programme de prépa et j’entends chanter ses louanges depuis quelques mois. Et puis comme j’ai aussi un peu une personnalité (la tentative de s’affirmer est grande !), je dois dire que Léna Breban à la mise en scène et Jean-Marc Hoolbecq à la chorégraphie, ce sont pour moi des valeurs sûres (et que j’aurais probablement pointé mon nez même sans le contexte très Colettien !).

Music-Hall Colette – Théâtre Tristan Bernard – A partir du 26 janvier

J’ai un peu fait la tronche devant l’affiche, et puis j’ai jeté un coup d’oeil à l’auteur/metteur en scène et lu le résumé. Il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour me convaincre. Hâte de voir la plume de Côme de Bellescize raconter le monde de l’entreprise.

Mondial Placard – Théâtre Tristan Bernard – A partir du 19 janvier

Déjà, ce titre, je dois le dire, il me plaît bien. Premier bingo. Ensuite, ce « Moman », vous m’auriez demandé un comédien qui irait bien avec, je vous aurais dit Hervé Pierre. Deuxième bingo. Après, vous me proposez un duo avec Clotilde Mollet, c’est troisième bingo, jeu, set et match, emballé c’est pesé, bref, une Mordue enchantée.

Moman, pourquoi les méchants sont méchants ? – La Scala Paris – Du 9 avril au 19 juin

J’ai une relation un peu particulière avec Kids car lorsque je stalkais mon crush au lycée (qui est aujourd’hui mon compagnon, croyez en vos rêves !), j’étais tombée sur pas mal de photos du spectacle dans lequel il incarnait l’un des jeunes de cette pièce. Et l’atmosphère était à peu près la même que sur les photos de la version donnée à La Scala. Dont on m’a dit beaucoup de bien cet été à Avignon. Hâte de confronter enfin la réalité avec tout ce que mon imaginaire a pu inventer de son côté.

Kids – La Scala Paris – Du 1er maras au 6 avril

Je ne sais pas à partir de combien de spectacles on peut dire qu’on suit une metteuse en scène. Disons qu’à partir du 2e, je me suis dit que je ne raterai plus Justine Heynemann, qui est d’ailleurs déjà présente un peu plus haut (et un peu plus bas !) dans cette liste. J’aurais dû voir Punk.e.s cet été à Avignon mais un petit bug d’agenda et une salle pleine m’en ont empêché. C’est quand même une super raison de rater un spectacle, une salle pleine. Je suppose donc qu’elle n’a pas besoin de moi pour l’aider à remplir, mais moi, j’ai triplement envie d’elle dans ma saison !

Punk.e.s – La Scala Paris – Du 27 mars au 6 avril

Je n’ai pas vu mon premier Lupa dans les meilleures conditions possibles. J’étais épuisée et je suis partie avant la fin. Je ne m’attendais pas à ce que cette deuxième rencontre soit aussi compliquée : peut-être avez-vous entendu parler du scandale autour de la création du spectacle, annulé au dernier moment cet été à Avignon pour mésentente entre les équipes techniques de la Comédie de Genève, où le spectacle répétait, et le metteur en scène. Restent les acteurs, qui font clairement partie de mon envie de découvrir ce spectacle, et qui disent avoir envie de présenter leur travail. Intriguée.

Les Emigrants – Odéon – Théâtre de l’Europe -Du 13 janvier au 5 février

Le travail de metteur en scène de Braunschweig est singulier, cérébral, toujours intéressant. Et étonnamment c’est peut-être dans Arne Lygre qu’il met le plus de tripes. Sera-t-il reprogrammé montant cet auteur lorsqu’il ne sera plus directeur de l’Odéon ? Pas sûr. Savourons !

Jours de joie -Odéon – Théâtre de l’Europe – du 20 avril au 5 mai

Si vous avez tout lu (vous êtes bien courageux), vous savez que ma relation avec Genet n’a rien d’évident. Sachez aussi que ma relation avec Nauzyciel a démarré sur une catastrophe absolue (ceux qui ont vu La Mouette de la Cour d’Honneur il y a quelques années me comprendront peut-être). Allez, on fait table rase, et on réessaie.

Les Paravents – Odéon – Théâtre de l’Europe – Du 31 mai au 19 juin

Le Cid est en lui-même une raison suffisante pour avoir envie de découvrir ce spectacle, mais si vraiment vous avez besoin de raisons supplémentaires, non seulement on sait qu’on passe souvent de chouettes moments à l’Artistic, mais en plus la perspective de retrouver Cédric Colas sur scène nous réjouit d’avance !

Le Cid – Artistic Théâtre – A partir du 29 janvier

Je suis partagée. Je suis évidemment attirée par le duo Briançon-Berléand qui peut être un véritable feu d’artifice sur scène, mais j’ai peur d’être un peu extérieure au délire, ne connaissant pas les sketchs originels. Mais je vais peut-être quand même me laisser tenter.

Poiret Serrault – Extraits extras – Théâtre du Petit-Montparnasse – A partir du 13 février

Je zieute ce spectacle depuis sa création, je l’ai déjà raté à Gennevilliers, et si j’ai d’abord eu envie de le voir pour Suzanne de Baecque, je dois dire que ce sujet presque documentaire autour d’un concours de Miss m’intrigue et m’intéresse tout particulièrement. Doublement hâte, donc !

Tenir debout – T2G – Du 20 février au 4 mars

Parce que je n’ai jamais vu la pièce, parce que je connais trop mal Tennessee Williams, parce que c’est un peu couillu de monter ce spectacle aux Bouffes Parisiens, parce que Cristiana Reali et Nicolas Avinée.

Un Tramway nommé désir – Théâtre des Bouffes Parisiens – A partir du 31 janvier

Vous connaissez cette sensation quand votre corps se souvient de quelque chose avant vous ? C’est ce qui m’est arrivé devant Les années twist. Un sentiment d’excitation qui venait d’ailleurs. Et puis j’ai compris. J’ai entendu Nicolas Briançon parler avec tant d’enthousiasme de ce spectacle, qui a constitué sa première grosse tournée, que c’est remonté d’un coup. Mais même sans ça, je crois que j’aurais vraiment très envie d’aller me trémousser au son des années twist !

Les années twist – Théâtre de la Tour Eiffel – A partir du 1er février

Et hop troisième apparition de Justine Heynemann dans cette liste. Et dans un projet encore complètement différent – à se demander combien cette metteuse en scène a de cordes à son arc ! Pour elle, pour le duo qu’elle forme avec Rachel Arditi à l’adaptation, pour Pénélope Bagieu, pour ce chouette sujet, et pour la curiosité de voir une BD adaptée au théâtre…

Culottées – Comédie-Française – Du 25 janvier au 3 mars

Parce que c’est le cabaret annuel du Français et que c’est mon petit plaisir coupable de les entendre chanter, ces comédiens-là…

Art majeur – Comédie-Française – Du 21 mars au 5 mai

Parce qu’un pareil titre monté salle Richelieu – et avec une aussi chouette distribution – ça ne se rate pas, si ? Pitié chère Comédie-Française, ne me déçois pas ENCORE.

Macbeth – Comédie-Française – Du 26 mars au 20 juillet

Je ne sais pas trop pourquoi, quand j’ai découvert ce titre, lors de la présentation du spectacle au Festival d’Avignon 2012, dans une mise en scène de Braunschweig, il m’a marquée. Je n’ai pas vraiment d’idée de ce qui se cache derrière. Mais Pirandello continue de m’intriguer, tout comme Marina Hands metteuse en scène.

Six personnages en quête d’auteur – Comédie-Française – Du 5 juin au 7 juillet

C’est le nouveau Michalik. Vous croyez vraiment que je pourrai rater le nouveau Michalik ? Trop hâte de voir le nouveau Michalik. Vive Michalik.

Passeport – Théâtre de la Renaissance – A partir du 26 janvier

C’est drôle, j’ai un grand respect pour Sébastien Azzopardi, je conseille ses pièces régulièrement, j’ai l’impression qu’il fait partie de mon univers théâtral, et pourtant je me rends compte que je n’ai jamais vu un de ses spectacles. On va remédier à tout ça, et avec un sujet qui me fait très envie. Que demande le peuple ?

Ma version de l’histoire – Théâtre Michel – A partir du 10 janvier

Parce que j’aime les histoires d’amour, parce que j’aime les problématiques sociales qu’elle peuvent porter en elle, parce que j’aime les séries théâtrales en plusieurs épisodes, et puis parce que ça fait un petit moment qu’on n’est pas retourné à la MC93 malgré sa chouette programmation.

Nos paysages mineurs & En finir avec leur histoire – MC 93 – Du 24 janvier au 4 février

A la fin de l’envoi, il plouf

Critique de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand, vu le 21 décembre 2023 à la Salle Richelieu de la Comédie-Française
Avec Laurent Stocker, Nicolas Lormeau, Jennifer Decker, Laurent Lafitte, Yoann Gasiorowski, Birane Ba, Nicolas Chupin, Adrien Simion, Jordan Rezgui et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française Pierre-Victor Cabrol, Alexis Debieuvre, Elrik Lepercq, mis en scène par Emmanuel Daumas

C’est une erreur. C’est la première pensée qui m’est venue lors de la présentation de saison 23-24 de la Comédie-Française et l’annonce d’un nouveau Cyrano salle Richelieu. Une triple erreur, même. Un geste bien peu élégant de la part d’Éric Ruf de proposer la pièce à un autre metteur en scène, alors que la version (indépassable, peut-être) de Podalydès avec Michel Vuillermoz est encore chaude. Une petite erreur de jugement de la confier à Emmanuel Daumas, qui n’a pas brillé par ses précédentes mises en scène au Français. Et une grosse erreur de casting pressentie du côté du rôle principal : Lafitte en Cyrano ? Je ne sais pas trop pourquoi, mais je doutais. Bref, autant de raisons de ne pas prendre de place. Mais je suis faible et comme dirait ma +1 : on ne rate pas Cyrano. Alors, nous, on ne l’a pas raté. Pour la Comédie-Française, par contre, c’est une autre histoire…

Cyrano est ma pièce préférée. Je commence à en avoir un certain nombre à mon actif et je le sais : même malmenée, la pièce peut tenir le choc. Parce qu’elle a quelque chose d’universel. Ce « don d’exprimer… ce que [l’on] sent peut-être » ne peut laisser indifférent. Cyrano met des mots sur des émotions qui nous ont tous traversé un jour. Il est « admirable en tout, pour tout » mais il a une faille. Son amour pour Roxane est son seul échec. Et alors même qu’il semble pouvoir tout obtenir par cette verve, cette confiance, cette puissance qui émane de lui, Roxane restera toujours inatteignable à cause de la seule chose sur laquelle il ne peut avoir aucune influence : son physique. Plus qu’une pièce sur l’amour, Cyrano est une pièce sur la résignation. Sur l’acceptation. Sur l’abnégation. Bref, j’aime profondément ce texte et même réticente, je dois avouer mon impatience à la retrouver sur un plateau.

« Ça va ». C’est mon premier réflexe. Je me suis attendue au pire, mais je suis au Français. Et c’est Cyrano. Une langue presque naturelle pour ces comédiens. Rostand coule dans leurs veines – ou leur a été injecté en intraveineuse – le résultat est le même : les échanges sont vifs, fluides, le rythme est là, le texte me saisit comme à l’accoutumée. Cette première scène me rassure. Mais rapidement je me tends.

Je me tends à l’arrivée de La Distributrice, incarnée par un homme. Mais elle n’est pas juste interprétée par un homme. Elle est interprétée par un homme qui sait qu’il joue un rôle de femme et qui va chercher à en tirer une certaine forme de comique – comique absent du texte de base, donc. Et là, on bascule déjà dans autre chose. Ce second degré a quelque chose de malvenu. On a l’impression qu’on se moque de la pièce. Voire des spectateurs. Ce comique sent à plein nez l’échappatoire classique du metteur en scène qui ne savait que faire de ces « petits rôles » – car oui, Emmanuel Daumas justifie ce travestissement par le fait qu’il n’aime pas distribuer les femmes dans des « petits rôles ». Non seulement c’est un peu contre-productif, puisque du coup on ne les fait pas jouer du tout – mais enfin après tout pourquoi pas – mais surtout, cela rend les rôles féminins complètement ridicules : on se moque d’elles, on est comme « éjectés » de la pièce à chacune de leur apparition, bref, vive les femmes, hein ?

© Christophe Raynaud de Lage

Mais il y a plus dommageable encore. Il y aurait des lignes à écrire sur la laideur des costumes et des décors ou sur l’intérêt de réduire ainsi la distribution – il faudrait aussi souligner à quel point Laurent Stocker est savoureux en Ragueneau et comme la Roxane de Jennifer Decker est réussie. Mais tentons d’aller à l’essentiel. Je soupçonnais une erreur de casting dans la distribution de Laurent Lafitte en Cyrano : je me demandais comment il pouvait devenir Cyrano. Aujourd’hui, je me demande s’il pouvait vraiment le devenir. En vérité, je suis étonnée de l’absence totale de composition : devant nous, c’est Laurent Lafitte, sans masque, sans recherche, sans vraie proposition. Et Laurent Lafitte n’est pas Cyrano.

Je ne suis pas du genre à soutenir les « emplois », c’est d’ailleurs un terme que je n’aime pas beaucoup. Pour moi, un physique ne doit pas être limitant pour une distribution. Je trouve en Cyrano ma limite. Encore que ce n’est pas seulement le physique de Lafitte qui le limite, mais sa posture. Il sourit trop. Il a quelque chose de charmeur en lui, c’est sa nature et il ne semble avoir fait aucun travail pour la refouler. Et j’en viens à des réflexions absurdes et pourtant bien réelles : Laurent Lafitte a un sourire trop éblouissant, des dents trop parfaites, trop blanches, trop bien alignées, pour être vraiment laid. Tout le propos s’effondre à mesure qu’il nous montre cet atout digne de la meilleure pub Freedent. Mais pas du meilleur Cyrano.

Ce sourire est à la base de la dégringolade. S’il peut encore faire illusion dans les premiers actes, c’est de pire en pire à mesure que la pièce avance, car l’émotion est censée progressivement prendre le pas sur l’apparente légèreté « champagne-brillant-paillettes » du début. Mais rien n’arrive. Laurent Laffite apparaît comme un acteur comique. On a l’impression de voir débarquer chez Rostand ce personnage tout à fait savoureux qu’il proposait dans Le Système Ribadier de Feydeau. Alors oui, il y a sûrement un référentiel où ça fonctionne. Mais pas là. Il prend tout au second degré, accompagnant certains des vers les plus beaux du répertoire de ce petit ricanement qu’on lui connaît, et qui dénature tout le propos. La scène du balcon est une catastrophe, le dénouement final difficilement supportable. Bref, si quelqu’un a dû faire preuve de résignation, d’acceptation, d’abnégation, ce soir-là, c’est moi.

© Christophe Raynaud de Lage