Le Fils, Théâtre de la Madeleine

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Critique du Fils, de Jon Fosse, vu le 17 avril 2012 au théâtre de la Madeleine
Avec Catherine Hiegel, Michel Aumont, Stanislas Roquette et Jean-Marc Stehlé, dans une mise en scène de Jacques Lassalle

« Spécial … » 

Telle a été ma première réaction au sortir de la pièce. Jon Fosse, c’est spécial. Une sorte de mélange entre Beckett et de Tchekhov. Le premier, car l’histoire part de pas grand chose et n’arrive nulle part. Le second, car les personnages déclarent devant nous que leur vie est monotone et qu’il ne s’y passera pas grand chose. Caricatural, mais pas si faux quand on y réfléchit.

L’histoire, donc, se passe en Norvège. Une Norvège sombre, froide, inquiétante, dans laquelle un vieux couple vit, presque seul, loin de tout. Nous peinons à comprendre ce qu’ils attendent, ce qu’ils espèrent et ce qu’il craignent. La mort est-elle souhaitable ou plutôt rejetée ? Difficile à percevoir : ils ne parlent que peu, souvent pour ne pas dire grand chose, et se répètent beaucoup. Toutefois, un élément de leur vie semble plus clair que le reste : ils ont un fils. Un fils en prison d’après le voisin, un fils dont ils n’ont plus de nouvelles depuis 6 mois, un fils passionné de musique, un fils qui leur est peut-être devenu inconnu après tant d’absence … Et voilà que ce fils revient. Sans prévenir, du jour au lendemain, il retourne chez ses parents, loin de tout.

L’intrigue donc, en elle-même, n’est pas très gaie … Dès le début de la pièce, l’ambiance est froide, et menaçante. Les lumières aident à créer cette atmosphère inquiétante, puisque la scène est presque plongée dans l’obscurité. Michel Aumont et Catherine Hiegel ouvrent la pièce. Lui lit le journal, elle défait un ourlet à l’aide de ses ciseaux. Si ils parlent, ce n’est que pour dire des choses succintes. Leur conversation n’est pas très animée. Et pourtant, malgré ces « il fait de plus en plus sombre » – « oui » – « ce n’était pas comme ça avant » – « oui », dialogue pouvait paraître pauvre et ennuyeux, ces deux acteurs parviennent à transmettre quelque chose … Le spectateur, s’il n’est pas passionné par ce qu’il voit, garde tout de même ses yeux scotchés sur ces deux personnages … Sûrement grâce au talent de ces deux Grands : elle, nous dévoilant une belle palette de sentiments, que l’on avait presque oublié après Moi j’crois pas !, et lui qui, en répétant toujours la même phrase, parvient à toujours la prononcer d’une manière nouvelle, comme s’il redécouvrait chaque fois l’obscurité de son lieu d’habitation …

Mais ils ne sont pas seuls, et les deux autres acteurs ne tardent pas à faire leur entrée … Tout d’abord, parlons du voisin, un vieil homme constamment saoul, incarné par Jean-Marc Stehlé. Il faut savoir que cet homme est décorateur de métier, et acteur à l’occasion, si j’ai bien compris. Eh bien je n’ai qu’une chose à dire : bravo ! Son personnage est absolument parfait dans sa gestuelle, sa manière de parler, ses déplacements, ses mimiques ; tout soutient parfaitement l’ivrognerie du personnage, tout est là sans en faire trop non plus. De plus, comme, finalement, c’est lui qui apporte un peu de lumière et de sourire chez le spectateur, par son décalage avec le reste de la pièce beaucoup plus sombre, on se laisse plus facilement entraîner dans son jeu. Et bien sûr, le dernier acteur, Stanislas Roquette, incarne LE fils : démarche de jeune – nonchalante – , visage ne laissant rien transparaître, parlant rarement et ne disant finalement pas grand chose, la composition de son personnage est excellente. Entouré de tous ces grands du théâtre, ce jeune acteur ne se laisse pas enfoncer, et parvient à tirer son personnage assez haut : tout comme les autres, on le regarde faire, on le suit des yeux sans savoir vraiment pourquoi, on attend. Mais on ne se déscotche pas. 

Finalement, ce spectacle ne s’éclaircit pas au fil de la pièce, bien au contraire. On s’y pose de nombreuses questions auxquelles aucune réponse n’est apportée : quelles sont les relations entre le fils et ses parents ? Pourquoi est-il réellement revenu ? Était-il en prison ? Ses parents souhaitaient-ils son retour ? Le visage des acteurs ne laisse rien transparaître des intentions des personnages. Tout est fait pour être inquiétant, tout comme cette musique de fond, qui ne gène en rien, mais accentue cette atmosphère de tension. Le décor, derrière ce qu’on peut imaginer être la maison des personnages, est magnifique. Mais malgré la beauté du paysage, le tableau que l’auteur nous fait de la Norvège ne nous donne pas envie de s’y ballader. 

A voir, ne serait-ce que pour le jeu des acteurs, et pour dire « j’ai vu du Jon Fosse ».  ♥ ♥

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