Quand la torpeur d’Oblomov envahit le public

Oblomov.jpgCritique d’Oblomov, de Ivan Alexandrovitch Gontcharov vu le 10 mai 2013 au Théâtre du Vieux Colombier
Avec Yves Gasc, Céline Samie, Guillaume Gallienne, Nicolas Lormeau, Marie-Sophie Ferdane et Sébastien Pouderoux dans une mise en scène de Volodia Serre

Oblomov est un personnage très connu en Russie, qui passe ses journées sur son divan, à rêver de son enfance, incapable, ou semblant incapable de résoudre ses problèmes de logement (on lui demande depuis plusieurs jours de libérer son appartement) ou de régler quoi que ce soit seul. Au moindre problème, il appelle Zakhar, son serviteur. Oblomov est une adaptation d’un roman, probablement très bien d’ailleurs, mais qui semble mal supporter la transposition sur scène. 
Je ne sais pas si c’est fondamentalement un problème de mise en scène ou de texte. Le texte est vide, creux, sans saveur, inintéressant, c’est sûr. Il ne se passe rien. Mais pourtant, chez Tchekhov non plus il ne se passe rien. Qu’y a-t-il de plus qu’ici alors ? Le problème, ici, c’est que ça s’étire en longueur, les scènes n’en finissent pas, les acteurs parlent mais au fond ils ne disent rien. Et c’est un peu invraisemblable : on n’y croit pas. On ne croit pas à l’amour entre Olga, cette jeune femme présentée par son ami Stolz, et Oblomov. Par conséquent, on ne croit pas plus au malheur de leur séparation. Enfin, un texte long et creux peut parfois se rattraper par une mise en scène ingénieuse et mettant en valeur les aspects intéressants de la pièce. Mais là, malheureusement, ça ne semblait pas le cas.
Je n’ai pas lu le roman, je ne sais pas quels passages ont pu être coupé, je ne sais même pas si il y a effectivement eu des coupes. Pour que la pièce marche, il en aurait fallu, d’après moi. Car si avant l’entracte on tient, avec difficulté, le fil de l’histoire et qu’on s’accroche aux dialogues des personnages pour ne pas couler, juste après, j’ai sombré. La mise en scène aurait pu aider le spectateur à tenir. Mais on dirait que Volodia Serre a voulu que l’on s’ennuie. Le but de monter la pièce serait donc de transmettre l’ennui d’Oblomov au spectateur ? L’idée ne me plaît guère. La mise en scène « se regarde » et on le regrette. Le spectacle dure 3h et c’est une tare. Surtout après l’entracte, quand les scènes se font (est-ce possible ?) toujours moins intéressante, toujours plus longues … Et c’est encore pire lors des scènes où Guillaume Gallienne n’est pas présent.
Car malgré tout, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Guillaume Gallienne incarne cet Oblomov du mieux possible, et c’est en le voyant dans ce genre de rôles et de pièces qu’on regrette de ne pas le voir plus souvent au Français, et mieux distribué. C’était la première fois que je le voyais en vrai, sur scène, et il faut dire qu’il a réellement quelque chose, que son talent est perceptible même à travers une pièce pareille, c’est-à-dire qu’il fait le maximum avec un personnage et une mise en scène lui permettant le minimum. Il parvient avec l’aide d’Yves Gasc (Zakhar) à mettre quelques scènes vaguement au-dessus des autres, à éveiller un peu l’attention éteinte du spectateur. Si je dois trouver un point positif à ce spectacle, c’est peut-être d’avoir découvert le talent de cet acteur, que je connaissais de réputation mais que je n’avais jamais pu vérifier. A côté, ses camarades jouent tant bien que mal des rôles inutiles, comme Nicolas Lormeau, ou peu intéressant, comme Céline Samie. Sébastien Pouderoux confirme mon interrogation sur son entrée au Français : il n’est pas bon, sa voix est monotone, et ses fin de phrases tombantes. Mais s’il n’est pas aidé par cette pièce, il devrait quand même lui apporter un peu de piquant, lui qui incarne Stolz, caractérisé par sa conception active de la vie. Marie-Sophie Ferdane enfin, que l’on avait pas vue depuisLa Mouette, nous rejoue ce rôle sans grande différence : mystérieuse et calme, on croit retrouver devant nous Nina autant qu’Olga. Mais elle chante bien, il faut le reconnaître. 

Certes, le principe d’Oblomov est d’étirer le temps au maximum de manière à atteindre un sentiment de tranquillité certain. Mais le principe du théâtre n’est pas d’ennuyer le spectateur. Bien dommage d’avoir fait pareil travail avec d’aussi bons comédiens. pouce-en-bas

Oblomov2.jpg

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