Unhappy Birthday Party

L-Anniversaire.jpgCritique de L’Anniversaire, de Harold Pinter, vu le 28 septembre 2013 au Vieux-Colombier.
Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Nicolas Lormeau, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez et Marion Malenfant, dans une mise en scène de Claure Mouriéras.

J’ai découvert Pinter lors d’une lecture au festival Nava il y a deux ans, et déjà l’auteur m’avait laissée de marbre. Texte ambigu, tout est dans le sous-entendu mais rien n’est jamais expliqué : on peut s’imaginer tout et son contraire, et le metteur en scène lui-même n’est pas sûr de savoir de quoi il s’agit réellement. Monter un auteur pareil s’avère, d’après moi, dangereux. Et malgré l’excellente distribution qu’a rassemblé Claure Mouriéras sur la scène du Vieux-Colombier, le spectacle ne décolle pas.

Meg Boles et son mari Peter (Cécile Brune et Nicolas Lormeau) tiennent une pension dans un lieu somme toute peu décrit, en bord de mer. Ils n’accueillent qu’un unique pensionnaire depuis un an, Stanley, dont les relations avec Meg sont totalement ambigues. Un jour, deux nouveaux habitants arrivent, qui vont chambouler la vie tranquille de nos trois personnages. Ce sont deux hommes, qui semblent venir dans l’optique de régler leurs comptes avec Stanley. Et justement, ce jour-là, c’est son anniversaire … Ou du moins, c’est ce que prétend Meg, alors que lui le dément. L’histoire dans sa globalité est donc assez compréhensible. Mais les détails, les explications, ne sont jamais données. Qui sont réellement ces deux hommes ? Qu’a fait Stanley ? Meg se doutait-elle de quelque chose ? Pourquoi a-t-elle décidé de ce jour précis pour imposer son anniversaire à Stanley ? Beaucoup de questions qui restent sans réponse.

Sur le plan du jeu, rien à reprocher. Cécile Brune interprète une Meg soumise, dont l’attention ne se tourne plus vers son mari mais bien plus vers Stan, à qui elle semble trop dévouée pour une simple relation d’hôte à maîtresse de maison. Sa composition est de qualité, mais le rôle reste bien plat pour une actrice de cette envergure, on l’attendrait dans des pièces où la tension dramatique est plus présente. Jérémy Lopez incarne Stan avec le talent qu’on lui connaît : composant un homme désagréable à la démarche lourde, le ventre gonflé en avant, profitant de la gentillesse de son hôte, mais s’affaiblissant au fil de la pièce avec la venue de ces deux hommes. En maffieux sans scrupule, Nâzim Boudjenah et Éric Génovèse sont parfaitement crédibles. Génovèse joue beaucoup sur sa voix puissante mais calme et posée, aux côtés d’un Boudjenah plus intrigant, semblant attendre les ordres de celui qui semble son supérieur.

Malgré tout le talent de nos acteurs, la tension reste sur la scène. L’émotion ne parvient pas à passer du plateau aux spectateurs, et c’est bien dommage. Le premier problème vient sûrement du texte, que je n’ai pas su apprécier. L’ambiguité, pourquoi pas, mais le manque de compréhension pèse sur le spectacle, et vient un moment où on ne sait plus quoi croire. Les thèmes abordés sont très anglais, et l’importance de la religion dans l’histoire, thème que l’on retrouve moins dans le théâtre français, crée un décalage entre la scène et le spectateur. La mise en scène semble également un problème. Alors qu’on attend quelque chose de très opressant, une montée en puissante ravageuse, les tentatives d’oppression paraissent plutôt faibles, comme si le metteur en scène n’était pas allé au bout des choses. Quitte à monter Pinter, je pense qu’il faut y aller carrément. Que l’angoisse se fasse réellement sentir. Ce qui n’était malheureusement pas le cas ici.

Néanmoins, certaines scènes sont plutôt réussies, comme la fête d’anniversaire de Stanley. Tous les personnages à l’exception de Peter sont présents, l’alcool joue son rôle, et le plateau présente alors un tableau bien conçu : de part et d’autre de la table centrale, où l’on peut voir un Stanley dépité, nos deux mafieux s’amusent en musique avec les femmes présentes. La scène est des plus captivantes du spectacles.

Que ce soit un problème de texte ou de mise en scène, le spectacle tient surtout grâce à la performance d’acteur. Je le conseillerai surtout aux amateurs de l’auteur. 

Anniv.jpg

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