Une pèlerine de seconde main

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Critique de La Pèlerine Écossaise, de Sacha Guitry, vu le 22 octobre 2014 au Théâtre Daunou
Avec Arnaud Denis, Delphine Depardieu, Marcel Philippot, Mona Walravens, Nathan Dunglas, Antoine Courtray, et Serge Ridoux, dans une mise en scène de Pierre Laville

C’est un curieux hasard que d’enchaîner un spectacle qui parle de Guitry, de sa vie et de son oeuvre, et une pièce de l’auteur même. Dans le premier, pourtant seul en scène assez court, un beau décor surmonte la scène : douillet et cossu, comme l’appelle toute pièce de Guitry. Malheureusement ici, c’est quelque chose de bien plus cheap qui nous est donné à voir au théâtre Daunou. Dommage, car on sent bien qu’avec plus de moyens, le spectacle aurait pu donner quelque chose.

Tout commence dans la rue Daunou. On passe devant le théâtre sans le voir : aucun néon, aucune enseigne ne signale sa présence. Lorsqu’enfin on pousse une porte en verre digne d’un HLM, on découvre un théâtre qu’on devine avoir été beau et accueillant, mais qui aurait besoin d’un sérieux ravalement : poussiéreux, dont la peinture s’écaille, et mal insonorisé – on entend le bar d’à côté durant toute la représentation. Pourtant la salle fait partie des plus jolis théâtres parisiens que je connaisse : rénovée, elle serait très agréable.

On retrouve, comme souvent chez Guitry, une histoire de couple : nous sommes chez Philippe et Françoise, mariés depuis quelques années déjà, qui se sont installés à Dinard, loin du stress et de l’agitation de la capitale. On les découvre mal vêtus, négligés, peut-être installés trop tranquillement dans leur train-train quotidien, et, enfermés dans cette routine, ils en oublient la séduction constante qui devrait s’exercer dans un couple, et ce n’est qu’au bord de l’adultère qu’ils se détournent de cette nonchalance pour revenir au fondement de la vie à deux, chacun vers l’autre. Cet adultère va être provoqué par l’arrivée chez eux d’un couple, celui de Marcel et sa jeune compagne Huguette, qui va chasser toute tranquillité de la maison…

La grosse erreur de mise en scène – sans doute due à de faibles moyens – est d’avoir transposé la pièce dans une époque contemporaine. Cela donne donc lieu à des failles à plusieurs moments de la pièce, comme le médecin qui dit avoir connu Flaubert, ce qui perd tout son sens dans cette transposition moderne. De plus, elle est en totale opposition avec le cadre bourgeois de la pièce de Guitry : le décor rappelle trop notre époque, manque de dorures, de tableaux, de même que les costumes, mal coupés, qui ne mettent aucun comédien à son avantage : ce sont autant d’éléments qui entravent le bon déroulement du spectacle. D’autres détails gênent également, comme le manque de différence physique entre deux personnages de plus de 10 ans d’écart, ce qui peut troubler le spectateur lorsqu’ils discutent de l’effet de l’âge.

Je ne sais pas si tous ces éléments m’ont découragée, ou si les acteurs eux-même l’étaient déjà, mais ils m’ont semblé ne pas croire en ce qu’ils jouaient, ne pas se donner entièrement pour défendre cette pièce qui en plus, il faut le dire, n’est sans doute pas la meilleure de Guitry. Je reste d’avis que, lorsque certaines pièces d’un auteur relativement connu sont très rarement jouées, c’est pour une raison essentielle, à savoir que la pièce est loin d’être un chef-d’oeuvre. Cependant les acteurs sont tous justes. A commencer par Delphine Depardieu, épouse douce et aimante, femme qui aime être séduite. Mona Walravens est pétillante à souhait, et Huguette est peut-être finalement le personnage auquel on croit le plus. On a connu Arnaud Denis plus en forme : son Philippe, sans doute le rôle le plus délicat de la pièce, est un peu terne et manque de l’éclat que Guitry lui confère : dommage, car on ne doute pas qu’il puisse s’approprier ce registre là également. Marcel Philippot quant à lui, est plutôt dans le ton, juste, précis dans le rythme, drôle sans être hilarant.

On attendait mieux de ce spectacle : la mise en scène très honorable de Pierre Laville et la justesse ainsi que l’expérience des acteurs auraient pu donner un bon spectacle. Dommage. pouce-en-bas

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