Anna Christie, un texte dans le brouillard

annachristie Critique de Anna Christie, vu le 31 janvier 2015 au Théâtre de l’Atelier Avec Mélanie Thierry, Féodor Atkine, Stanley Weber, et Charlotte Maury-Sentier, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinelli

Il fait sombre sur la scène du théâtre de l’Atelier. Un brouillard marin semble s’y être installé et ne pas vouloir se dissiper. On se sent transporté dans un port loin d’ici, là où le jour n’arrive pas à émerger tant les ténèbres envahissent le plateau. Mais quelque chose manque pour que le voyage soit complet : une histoire qui nous prend aux tripes. L’histoire d’Anna Christie ne m’a pas vraiment parlé ; trop désuète, je ne comprends pas comment elle peut encore toucher aujourd’hui.

Anna Christie a toujours vécu loin de son père. Si bien que lorsqu’elle décide de retourner auprès de lui, il lui apparaît presque comme un étranger. Leurs conversations sont gênées, un peu gênantes, mais pourtant pleines de bons sentiments. On les voit se chercher, mais ils ne se trouvent pas. Peut-être ont-ils vécu trop longtemps loin l’un de l’autre. Il lui fait découvrir la mer, cette vieille salope, dont elle tombe amoureuse. Elle aime son brouillard, son mystère, son immensité. Un soir, ils repêchent un homme qui avait fait naufrage : c’est un véritable marin, dans toute sa simplicité et sa brutalité. Il est direct avec Anna et lui proposera même de l’épouser ; mais les secrets qu’elle cache risquent de le faire changer d’avis bien assez tôt…

C’est donc plutôt une jolie histoire, portée par d’excellents comédiens. A commencer par Mélanie Thierry, que je ne connaissais que par le cinéma, et qui compose une Anna Christie franche et légèrement amère, mais dont le caractère bien trempé semble finalement cacher un grand coeur. L’homme dont elle tombe amoureuse, le marin sauvé par son père, est incarné par Stanley Weber : grand et plutôt costaud, il est un marin simple d’esprit et dont on devine qu’il se contente du côté matérialiste de la vie. Les deux acteurs forment un couple assez improbable, lui, grande créature qui pourrait la briser entre ses doigts vu la fragilité apparente de sa partenaire ; ce duo fonctionne très bien et on sent un réel plaisir de jouer ensemble. Mention spéciale à Feodor Atkine, qui incarne le père d’Anna : son entrée en vieux loup de mer ivre et remarquable de réalisme et de précision, et il compose un personnage bourru et attachant, décrivant souvent la vie de marin comme une abomination dont les « la mer, cette vieille salope » constituent le refrain. La voix de l’acteur, profonde et marquante, est un atout de plus qui lui permet de passer aisément du registre comique à l’émotion.

Rien que dans la description que j’ai pu faire des personnages, aussi bien joués soient-ils par les acteurs, on sent le trop plein de clichés de la pièce. Cette prostituée au grand coeur et ce marin simple et brutal qui vont finalement former un joli couple, c’est vu et revu. Mais là n’est pas le seul bémol que je place sur la pièce. Je pense que mer et théâtre ne peuvent pas vivre ensemble, sur une même scène. Lieux de liberté totale et d’abandon, l’un représente l’immensité lorsque l’autre n’a qu’un cadre restreint à offrir. Impossible de rendre le calme mystérieux de la mer, l’impression de solitude et de rien devant l’infini qu’elle représente, sur une simple scène de théâtre. Impossible donc de comprendre réellement les personnages lorsqu’ils l’évoquent, et passent des minutes entières à la contempler avec admiration.

Encore un texte choisi par une actrice qui aura vu un rôle pour sa personne, et non une pièce dans son ensemble. Dommage. ♥ 

ANNA CHRISTIE (Jean Louis MARTINELLI) 2015

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