Je suis juif

l'être ou pasCritique de L’être ou pas, de Jean-Claude Grumberg, vu le 24 février 2015 au Théâtre Antoine
Avec Pierre Arditi et Daniel Russo, dans une mise en scène de Charles Tordjman

Les temps sont durs. Après les récents événements tragiques qui ont meurtri non seulement la France, mais une grande partie du monde, il est nécessaire de comprendre pourquoi, et comment on a pu en arriver là. Face à de telles questions, un moyen – je dirai : évident – s’impose : l’Art. Quelle meilleure méthode qu’une approche frontale pour toucher le coeur du problème ? Confrontés à la situation, les questions trouvent des réponses, ou tout du moins s’imposent comme essentielles dans notre esprit. C’est probablement le défi que s’est lancé Jean-Claude Grumberg en écrivant L’être ou pas, pièce portant sur la question juiveA travers de simples dialogues entre un juif et un non-juif, il tente de soulever des questions de bases qu’on peut avoir tendance à oublier ; ces mêmes questions qui ont fait dire à Raymond Barre ces propos choquants et probablement involontaires, au sujet de l’attentat de Copernic : « Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». La question du soir est donc : qu’est-ce qu’être juif ?

Nos deux personnages sont deux voisins : l’un est juif, c’est Pierre Arditi, tandis que l’autre, incarné par Daniel Russo, ne l’est pas. Par une recherche internet, il apprend que son voisin est juif, et incapable de répondre à sa femme lorsqu’elle lui demande ce que cela signifie réellement, il se décide de poser directement la question au concerné. Les recherches de sa femme vont continuer, et permettre d’aborder des points fondamentaux telles que le conflit israélo-palestinien, l’antisémitisme, la pratique de la religion, la croyance ou non en Dieu.

Le procédé fonctionne plutôt bien : le personnage de Daniel Russo ne connaît pas grand-chose à la question juive et pose donc des questions de base, sans être avide de trop de connaissance de manière à ne pas perdre un spectateur qui s’y connaîtrait peu. Daniel Russo, sans incarner un benêt, traduit cependant bien la part d’ignorance de son personnage, désireux d’en savoir plus sur ce problème mais essayant également de placer ses quelques connaissances sur le sujet : il permet ainsi aux nombreux clichés de prendre place sur scène, et tend la perche à son partenaire qui peut donc y répondre. Je pourrais dire que Pierre Arditi « fait du Arditi » car c’est le cas ; certes, il est le personnage que je connais, pour n’avoir vu presque que lui dans plusieurs pièces de théâtre. Mais cela signifie aussi qu’il est un personnage attachant, drôle, et réussi. Certes, on les connaît, ses répétitions interrogatives sur des phrases choquantes, qui commencent pas un « mais… mais… » bafouillant ; mais elles nous font toujours rire. Mention spéciale à la jolie prouesse du duo qui, ce soir-là, alors qu’un spectateur mécontent sort de la salle en disant bien trop fort qu’il n’entend rien, et que les deux acteurs ne jouent que pour eux (ce qui est, je vous rassure, totalement faux), dérangeant toute la salle et surtout le plateau, parvient à reprendre la scène non sans une tournure comique improvisée.

Les deux acteurs endossent donc leurs rôles avec talent. La question est abordée sous plusieurs angles et chacun en prend pour son grade, croyants comme non croyants. Les clichés lancés par l’un sont un bon tremplin pour permettre à l’autre d’y mettre un terme, de s’en moquer, en tout cas de les décliner. Cependant, j’aurais aimé que le problème soit plus poussé. En effet, sur 1 heure de spectacle, on doit bien perdre 20 minutes en conversations qui n’ont rien à voir : politesses de voisin, préparation d’un apéro qui ne verra jamais le jour… qui finalement se révèlent plutôt inutiles. Je n’aurais pas dis non à des dialogues plus longs, plus creusés : on reste sur sa faim, car même si on comprend pourquoi le personnage qu’incarne Arditi, juif par sa naissance, ne croit pas (ou plus) en Dieu, l’explication ne fait l’objet que d’une phrase, d’un seul argument, là où les détails des recherches internet de Madame durent plus de cinq minutes… Les questions abordées sont intéressantes, alors pourquoi ne pas les poursuivre plus ? Peut-être par peur d’ennuyer les spectateurs, qui pourtant ne demandent qu’un propos plus long, plus pensé, plus pensant.

Peut-on rire de tout ? Ce soir là, ça semble le cas. Si ce n’est pas la pièce la plus philosophique que j’ai pu voir, elle permet tout de même de soulever quelques sujets sensibles, toujours avec le sourire, grâce à deux acteurs maîtres de leur art. ♥ ♥ 

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