Des souvenirs qui manquent de force

DancefloorMemories

Critique de Dancefloor Memories, vues le 10 avril 2015 au Studio-Théâtre
Avec Elsa Lepoivre, Christian Gonon, et Hervé Pierre, dans une mise en scène de Hervé Van der Meulen

Pour la petite histoire, le metteur en scène de Dancefloor Memories; Hervé Van der Meulen, est le veuf de Dominique Constanza, sociétaire de la Comédie-Française disparue l’an dernier. Monter cette pièce, c’était lui rendre hommage. En effet, elle avait lu le texte en 2012, avec, à l’époque, Gérard Giroudon et Samuel Labarthe. Certes, une pièce sur des thèmes tels que la vieillesse, la maladie, le départ, peut constituer un bel hommage, marquant et attachant. Mais ici, même si le jeu des acteurs n’est absolument pas en cause, on n’est pas assez pris dans cette histoire, qui manque en fait de vérité.

Tout tourne autour d’un triangle amoureux : Marguerite et Pierre sont deux octogénaires en couple depuis de nombreuses années. Ils s’aiment et vivent une vie paisible jusqu’à l’apparition des premiers symptômes d’Alzheimer chez Pierre. Devant la maladie, Marguerite cherche dans ses sorties des échappatoires, histoire d’oublier le temps d’un instant, d’une danse. Elle rencontre Gary un soir, et d’une seule danse naît un véritable ballet, dans lequel Pierre devient peu à peu spectateur, laissant le duo amoureux évoluer librement.

L’oubli, thème délicat s’il en est, est magnifiquement incarné par Hervé Pierre. La maladie d’Alzheimer le fait rajeunir au fil du spectacle, et il devient finalement un simple enfant, avec l’insouciance de la jeunesse, sa naïveté et l’attendrissement qui lui correspondent. Malheureusement, puisqu’il s’agit ici d’un vieillard, c’est également un sentiment proche de la pitié qui nous habite. Joli travail donc, puisqu’il parvient à nous tirer le peu de sentiments qui nous habitent durant la pièce.

En effet, même si Elsa Lepoivre et Christian Gonon sont d’excellents acteurs, et incarnent au mieux leurs personnages, il manque quelque chose de primordial dans ce spectacle. Ils sont beaux, ils dansent bien, et ils forment un duo qui fonctionne à merveille. Mais ils ne sont pas du tout octogénaires. Ils respirent la vie, la souplesse, l’agilité, la force. Ils débordent d’énergie. Ils sont vigoureux, chacun de leur pas de danse est mesuré et précis. Il n’y a aucune hésitation dans leur geste, pas le moindre tremblement. Ils dansent comme s’ils avaient 20 ans, pas 80.

Alors certes, c’est une belle image : l’amour permettrait, en quelque sorte, de vivre une nouvelle vie. De recommencer quelque chose. Cela serait sûrement mieux passé avec un texte puissant, quelque chose qui prend aux tripes, ce qui n’était pas le cas. Je dois reconnaître que la mise en scène était visuellement réussie, avec ces trois miroirs qui reflétaient les différents couples qui se succédaient sur le plateau. Et quel plaisir de voir ces acteurs danser avec une grâce et une maîtrise de cet art qu’on ne leur connaissait pas ! Mais cela ne suffit pas. Dommage.

Un texte qui manque de densité, porté par d’excellents acteurs. Une habitude du Français qui va finir par me lasser.  

DancefloorMemories2

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