Le spleen de Paris

lhs fb 3Critique des Heures souterraines, de Delphine de Vigan, vu le 22 mai 2015 au Théâtre de Paris Avec Anne Loiret et Thierry Frémont, dans une mise en scène d’Anne Kessler

Depuis les si géniales Cartes du Pouvoir présentées au Théâtre Hébertot en début de saison, je me suis promis de suivre certains acteurs : Raphaël Personnaz et Thierry Frémont. C’est la raison pour laquelle ce spectacle présenté au Théâtre de Paris m’a tapé dans l’oeil : il met en scène non seulement Thierry Frémont, mais également Anne Loiret, si marquante lors du festival NAVA il y a quelques années. Le tout dirigé par Anne Kessler, dont les mises en scène récentes ont toujours su me convaincre : le spectacle était prometteur, et s’est avéré à la hauteur de mes attentes.

Attention, voici un spectacle qui ne met pas particulièrement en joie. Le texte, toujours très réaliste, aborde la solitude qui peut parfois habiter certains êtres. Ici, Mathilde et Thibault vivent tous deux un passage difficile : elle subit un harcèlement de la part de son boss pendant que lui se remet difficilement de sa rupture avec Lila, son travail d’urgentiste n’aidant pas à l’établissement d’un nouveau mode de vie sain et agréable. Tous deux doivent malgré tout continuer à avancer. A vivre. Même s’ils n’ont plus goût à rien, ils doivent trouver la force de se lever le matin. Ils doivent continuer. Ce spectacle, c’est une bataille de tous les instants. Une bataille quotidienne, réaliste, intense.

Quelle atmosphère sombre et déprimante… et quelle incarnation ! Les deux acteurs sont renversants. Thierry Frémont semble littéralement déchiré de l’intérieur et chaque second apparaît sur son visage comme une épreuve extrêmement douloureuse. Le combat qu’il livre semble presque perdu et il ne paraît rattaché à la vie que par un fil beaucoup trop fin. Les mêmes sentiments de tristesse, de désarroi, se lisent chez sa partenaire, Anne Loiret. La fatigue compose le principal trait de son visage, auquel viennent parfois s’ajouter des signes de défaite, comme si elle était blasée de tant de haine injustifiée. Ce qui est particulièrement impressionnant, dans son jeu, c’est la manière dont elle dessine son supérieur, jusqu’à le rendre réel et effrayant à nos yeux, bien qu’il n’apparaisse jamais sur scène. On en vient à le craindre, à appréhender ses apparitions vocales. Une telle puissance d’évocation est surprenante, rare.

La réussite de cette pièce réside également dans la qualité de sa mise en scène. Le réalisme est maître mot de ce spectacle, qui pourrait si facilement tomber dans le pathos mais qui se contente de se balader autour de sa frontière. Outre une direction d’acteurs précise, qui joue beaucoup sur les expressions faciales et les émotions qu’elles peuvent dégager, les rencontres entre les deux personnages sont toujours rythmées avec beaucoup de précision, de façon à ce qu’on y croit sans que cela paraisse une évidence. Mais on s’accroche tellement à ces deux personnages que la chute n’en est que plus difficile. Les scènes dans le métro, ce lieu si commun qui pourrait se transformer en lieu de rencontre, marquent une solitude et presque un renfermement troublant, accablant, et qui donne à réfléchir.

On en sort complètement chamboulés de l’intérieur. Un beau moment de théâtre et d’émotion. A voir. ♥ ♥ 

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