Florian Zeller et Robert Hirsch : le ver de terre amoureux d’une étoile

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Critique de Avant de s’envoler de Florian Zeller, vu le 28 octobre 2016 au Théâtre de l’Oeuvre
Avec Robert Hirsch, Isabelle Sadoyan, Claire Nadeau, Anne Loiret, François Feroleto, et Léna Bréban, dans une mise en scène de Ladislas Chollat

Première fois au Théâtre de l’Oeuvre depuis que Frédéric Franck en a quitté la direction. Robert Hirsch dans une pièce de Zeller, quelle originalité pour ouvrir la nouvelle saison de François-Xavier Demaison et Benoît Lavigne. Mélange de sentiment à l’arrivée dans ce théâtre que j’adore : je vouais un culte aux propositions de Frédéric Franck, qui manquera cruellement à la direction de l’Oeuvre, mais j’ai hâte de revoir Robert Hirsch, et je laisserai une chance à Florian Zeller sur cette nouvelle pièce qu’il n’a apparemment pas écrite pour lui. Objectivité.

C’est une pièce qu’il décrit comme différente du Père qu’il avait monté il y a quelques années à la Madeleine ! Je veux bien, mais comme dans Père, le personnage central, s’appelle André. Comme lui, il est nonagénaire. Comme lui, il confond les moments passés, présents. Comme lui, Alzheimer l’habite peu à peu. Comme lui, son entourage parle de le mettre en maison spécialisée. Comme lui, il s’y refuse. Avant de s’envoler, c’est Le Père avec Anne Loiret qui remplace Isabelle Gélinas. Comment s’enthousiasmer pour un auteur qui ne sait écrire qu’une pièce, qui n’est même pas bonne ?

Pourtant, j’y ai cru. Durant le premier acte, j’ai pensé que ça prenait : la mise en scène permettait de suivre à peu près l’histoire malgré les fantômes présents sur scène qui parlaient à certaines scènes, marquant ainsi leur présence, et restaient absents à d’autres. Mais très vite, tout devient très flou, mais pas un flou artistique comme l’auteur aimerait nous faire croire. On assiste à un véritablement encombrement par désir de dissimuler qu’il y a du vide, un manque d’idée, de renouveau.

Pis encore, la pièce essaie de soulever des mystères dont on n’a cure. Elle soulève des histoires de famille qui n’ajoutent rien et ne font qu’ajouter des noeuds au noeud central déjà bien emmêlé, ajoute des relations extraconjugales inutiles, qui ne font pas avancer l’histoire, mais bien plus, font reculer encore notre compréhension et notre intérêt pour la pièce.

Néanmoins, je le savais, ce n’était pas pour Zeller que je me rendais à l’Oeuvre ce soir-là. Je suis étonnée qu’il arrive encore à baisser dans mon estime, alors que son acteur principal ne peut atteindre plus haut niveau. Voir Robert Hirsch jouer, c’est une leçon de théâtre, une leçon d’interprétation, un leçon d' »être André ». Le frisson qui nous tient lorsqu’on voit ce monstre sacré entrer en scène est créé par notre connaissance. Celui qui s’instaure en nous devant une telle interprétation est entièrement due au talent d’un acteur qui n’a rien perdu avec les années. Rien. A ses côtés, Isabelle Sadoyan n’est pas en reste : lumineuse, elle forme un beau duo avec André. Elle est aussi juste que son partenaire,  et est pour lui un contrepoids : lorsqu’il est perdu, elle est est le chemin le plus sûr pour qu’il se retrouve.

Je continue de me demander pourquoi de si grands comédiens jouent un si petit auteur. 

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