André Dussollier met dans le mille

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Critique de Novecento, d’après Alessandro Baricco, vu le 1er septembre 2017 au Théâtre du Rond-Point
Avec André Dussollier, dans une mise en scène de l’acteur

Enfin. C’était ce mot, à la fois empreint de soulagement et d’excitation, que je me répétais en arrivant au théâtre du Rond-Point ce soir. Après avoir raté le spectacle l’année de sa création à cause du trop grand nombre de spectateurs qu’il enregistrait, puis l’année dernière suite à l’accident d’André Dussollier, c’était avec une impatience incontrôlable que j’attendais le spectacle qui, de plus, marquait l’ouverture de ma saison 2017-2018. Je ne pouvais rêver mieux.

Comment ne pas fondre devant la poésie qui marque ce joli roman qu’est Novecento ? L’histoire d’un homme né sur un bateau, découvert par un marin, et qui y restera jusqu’à sa mort sans jamais en descendre. Cette histoire, racontée par le trompettiste de l’orchestre de jazz présent sur le bateau, est celle d’un homme profondément libre. Un homme qui, sans avoir jamais posé le pied à terre, peut décrire avec une précision incroyable de nombreux lieux du monde, simplement à travers les connaissances qui se sont succédées sur le bateau. Novecento, c’est ce pianiste qui jouait « quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay ? Quelque chose qui n’existait nulle part. Et quand il quittait son piano, ça n’existait plus… ça n’était plus là, définitivement… »

Je suis une inconditionnelle d’André Dussollier. Sans originalité aucune d’ailleurs, puisqu’il est l’un des plus grands acteurs français aujourd’hui. Mais plus j’y réfléchis et plus je me dis : qui d’autre aurait pu monter Novecento ainsi ? André Dussollier a cette voix faite pour raconter les histoires, et c’est bien de cela qu’il est question ici. Dussollier, qui prend les traits de Tim Tooney, le trompettiste, est l’acteur idéal pour incarner la normalité fascinée par la folie. Il parvient à faire naître en nous la possibilité qu’un tel homme existe, il parvient à nous écarter du monde terrestre effrayant pour nous emmener en balade avec ce pianiste de génie qu’il a connu et dont il nous raconte les folies.

On y croit tellement, à son histoire, que même lorsque le pianiste sur scène entame le prélude en do majeur de Bach, ou la gymnopédie de Satie, cela ne jure pas avec la description qu’on nous avait faite de l’invention éternelle de Novecento. Au contraire, le toucher est si pur que l’émotion est palpable. L’ajout de musicien en live sur scène est un plus incontestable à la proposition d’André Dussollier : comme il le dit si bien lui-même, cela permet de transmettre des choses qu’on ne parvient pas à dire avec les mots. Du côté du spectateur, la difficulté d’expression est la même, et c’est debout, les larmes aux yeux, et les mains battant à l’unisson que l’on remercie les artistes pour ce très beau moment de grâce.

Un incontournable de cette saison. ♥ ♥ ♥

De : Alessandro Baricco | Mise en scène : André Dussollier, Pierre-François Limbosch

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